Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, premier ministre, sur le bilan de l'action de la police et de la gendarmerie contre la délinquance, l'objectif de sécurité du gouvernement et sur l'éthique professionnelle des policiers et gendarmes pour assurer la défense des valeurs de la République, Paris le 24 septembre 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, premier ministre, sur le bilan de l'action de la police et de la gendarmerie contre la délinquance, l'objectif de sécurité du gouvernement et sur l'éthique professionnelle des policiers et gendarmes pour assurer la défense des valeurs de la République, Paris le 24 septembre 2003.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Réunion avec les policiers et gendarmes d'Ile-de-France à Paris le 24 septembre 2003

ti : " Je voudrais vous dire combien j'apprécie et je félicite le ministre de l'Intérieur de cette capacité à organiser ce dialogue direct. Je souhaite que l'ensemble des membres du Gouvernement pratique ces méthodes, c'est-à-dire les méthodes modernes de responsabilité, du contact direct face à la discussion, face aux politiques engagées et face aussi aux observations qu'on peut en chaque circonstance ainsi recevoir. C'est pour ça que je suis très heureux aujourd'hui de vous transmettre au nom de tout le gouvernement, aux côtés de N. Sarkozy, la profonde gratitude de l'ensemble du pays pour le travail que vous avez accompli.

Je sais qu'il s'agit d'efforts, d'efforts d'organisation, d'efforts de mobilisation. Je sais qu'il s'agit de professionnalisme. Je sais aussi qu'il s'agit de motivation. Et je voudrais vraiment saluer ces résultats qui font que, dans notre pays aujourd'hui, la délinquance recule. C'est, je pense, très important d'avoir cette culture de l'évaluation, cette culture des résultats que vous avez les uns et les autres acceptée et qui fait qu'aujourd'hui, régulièrement, on peut voir les progrès, on peut mesurer les résultats des initiatives et présenter aux Français les résultats de votre travail.

Je crois que c'est un progrès essentiel aujourd'hui pour l'action publique. Les fonctionnaires, ceux qui servent la République, ne doivent pas avoir peur de l'évaluation. Ils ne doivent pas avoir peur des résultats, au contraire. C'est une façon de légitimer aux yeux de tous leur capacité de servir l'intérêt général. Nous avons besoin d'une fonction publique qui croit en elle-même, qui croit en son efficacité et donc qui croit en ses résultats. Vous avez fait en sorte que, en une année, plus de 100.000 Français soient à l'abri d'un délit ou d'un crime dont, sans votre effort, si on avait laissé les choses en l'état, ils auraient été victimes. 100.000 Français, c'est un chiffre considérable et c'est le chiffre de votre résultat contre la délinquance. On a vu pendant longtemps, progressivement, la délinquance monter dans notre pays. Je souhaite vraiment que, pour les objectifs qui sont les nôtres et pour l'agenda 2006 que j'ai fixé au Gouvernement, nous puissions baisser, dans les cinq ans qui viennent, la délinquance de 20 % dans notre pays. Elle a augmenté de 10 % dans les cinq ans précédant l'arrivée de notre gouvernement aux responsabilités. Je souhaite qu'on puisse atteindre cet objectif tous ensemble dans l'intérêt de notre pays avec la force que vous avez dégagée, avec les initiatives que vous avez prises.

J'ai confiance dans l'action de N. Sarkozy. Nous travaillons ensemble en proximité. Ce qui vous est proposé est quelque chose qui est élaboré au sein du gouvernement en parfaite cohérence. Nous souhaitons que vous puissiez avoir les moyens des résultats que nous vous demandons. Nous savons que ces résultats sont difficiles mais nous savons aussi qu'ils sont essentiels à notre pays. Vous avez montré en peu de temps qu'on pouvait mener des réformes complexes qui apparaissaient impossibles quand on parlait de rapprocher la gendarmerie et la police, quand on parlait de l'organisation des GIR, pour se donner au niveau régional les moyens d'intervention regroupés pour s'attaquer à une délinquance dure, organisée, parfaitement clandestine et redoutable. On a vu que vous étiez capables d'assumer ce type de défi et c'est pour ça que nous pouvons avoir confiance dans les initiatives qui sont aujourd'hui celles que vous propose le ministre de l'Intérieur.

Il a su le premier - ce n'est pas le plus maladroit de mes ministres, ça ne vous a pas échappé - organiser une loi de programmation, ce qui fait que les investissements humains et matériels sont ainsi définis pour cinq ans. C'est, je crois, très important pour vous, pour lui, pour le pays que d'avoir la lisibilité et non pas de se dire, à chaque budget, "qu'est-ce qu'on va faire ? ", "comment va-t-on gérer l'année prochaine ? " Si on veut, dans un pays moderne, avoir un Etat qui veut assumer sa fonction de stratège, il faut une programmation pluriannuelle. C'est ce que nous avons fait pour toutes les fonctions de l'autorité régalienne, la sécurité, la justice et la Défense. Nous avons aujourd'hui mobilisé des moyens qui sont importants, à Paris et en France, et que nous jugeons essentiels pour les équilibres de la société française. C'est pour ça que nous nous sommes engagés dans cette voie.

Et si, dans l'agenda 2006 du gouvernement, nous mettons cet objectif de sécurité, c'est parce que nous voulons proposer aux Françaises et aux Français une République de sûreté, une République qui s'engage à lutter contre toutes les insécurités parce qu'au fond, l'insécurité contre laquelle vous vous battez, celle qui est souvent la plus présente, l'insécurité physique face à laquelle nous devons mobiliser toutes les forces du pays.

A celle-ci s'ajoutent d'autres insécurités, qui posent d'autres difficultés. Je pense aux insécurités sociales, qui inquiètent les Françaises et les Français. Je pense évidemment à des sujets importants comme l'élargissement de l'Europe. On se dit : "comment nous allons gérer les flux migratoires ? ".

Nous voulons faire de la lutte contre les insécurités un élément majeur de la République. Nous devons avoir cette stratégie pour que les Français aient confiance dans la République. On a besoin des instituteurs, des professeurs pour que l'école soit le ferment de la République. On a besoin des policiers et des gendarmes pour que les valeurs de la République soient dans tous nos villages, dans toutes les villes de France.

Je suis venu vous demander de m'aider à remettre la République dans le bon sens. Certains Français aujourd'hui ont le sentiment que, pour exister, pour défendre leurs convictions, pour défendre leur mode de vie ou pour survivre, ils doivent aller chercher leur existence, leur expression aux marges de la République. Nous devons faire en sorte que la République aujourd'hui puisse rassembler les Français. Et vous êtes les premiers militants de ces valeurs de la République. La liberté, l'égalité, la fraternité, ces trois valeurs ont été quelque peu dans le temps un peu détournées et on a vu souvent que la liberté apparaissait comme un acquis pour toujours. Il est clair qu'aujourd'hui que, si on veut réaffirmer cette valeur de liberté de la République et qu'on dise adhérer à la République, il ne suffit pas de défiler pour défendre la République.

Il faut la vivre au quotidien et on ne peut pas dire aux Français " vous êtes dans un pays de liberté " quand ils ne peuvent pas circuler à certaines heures du jour ou de la nuit. On ne peut pas leur dire " vous êtes libre " si on voit, ici ou là, des quartiers interdits ou des violences porter atteinte aux libertés essentielles.

Cette égalité qu'on voit si peu présente dans la société aujourd'hui, nous devons la défendre et vous devez la défendre pour que dans vos actions, un Français égale un Français, mais un délinquant égale un délinquant.

Je compte sur vous pour redonner sens dans votre action à ces valeurs. Notamment, ce dont vous parliez pour votre organisation interne et qui est valable pour toute la société : le mérite. Qu'on puisse les uns et les autres en tenir compte. L'égalitarisme a tué l'égalité. Et, à un moment ou un autre, il faut reconnaître le droit au mérite.

La fraternité, on y croit beaucoup les uns et les autres à cette fraternité. Mais tout a été fait très souvent dans notre pays pour que la fraternité se résume quelquefois à une sorte de solidarité administrative : "je préfère les prélèvements aux engagements", "Je donne et puis j'oublie", "au fond, la vieille personne qui est derrière ses volets clos, est-ce qu'elle me concerne vraiment ? "¿ Cet égoïsme qui est dans la société, il n'est pas conforme à l'idéal républicain. Et vous qui, sur le terrain, appartenez à la vie sociale du territoire, vous qui appartenez à ce lien social entre les Français, soyez aussi les porteurs de ces conditions sociales humaines de nos villes, de nos villages, de nos communes.

Je compte sur votre éthique professionnelle. Je compte sur votre déontologie personnelle pour que vous puissiez montrer aux Français qu'un pays moderne aujourd'hui a besoin d'une gendarmerie et d'une police au service de tous, au service des valeurs de la République, au service de l'avenir de la société.

Une force d'autorité qui pense autant à la prévention qu'à la répression, qui pense aux équilibres de la société, qui pense autant à l'humanité qu'à la fermeté. Vous n'êtes pas des agents de l'Etat isolés dans vos quartiers, dans vos commissariats, que vous n'êtes pas des Français au service d'une République qui ne pense plus à défendre ses propres valeurs. La société française est nerveuse. La société française est souvent inquiète, vous le savez mieux que quiconque. Elle a le sentiment que la République n'assume plus toujours suffisamment ses fonctions essentielles de lien social, d'égalité, de liberté et de fraternité.

Nous avons besoin d'une action en profondeur dans notre pays. Que tous ceux qui aujourd'hui appartiennent à la République assument leurs responsabilités et notamment en première ligne les fonctionnaires dont le pays a particulièrement besoin aujourd'hui pour défendre ses valeurs dans l'exercice de leurs responsabilités. Vous serez d'autant plus efficaces que les Français pourront mesurer combien vous participez aux valeurs de la République. Regardez les résultats que vous avez obtenus, qu'ensemble nous avons obtenus en ce qui concerne la sécurité routière ! Nous avons tenu un discours de présence et de visibilité - ça n'a pas échappé aux Français -, mais en même temps un discours de pédagogie et de responsabilité - ça ne leur a pas non plus échappé -. Ensemble, nous avons pu donc économiser des vies et fait en sorte que la délinquance routière apparaisse pour ce qu'elle est, c'est-à-dire de la délinquance. Les Françaises et les Français ont apprécié cette action. Ils apprécient votre rôle sur ce sujet. Il y a quelques années, on en doutait. ¿

Voilà pourquoi j'ai besoin de vous, pour que les Français aient le sentiment vraiment, Françaises et Français, que cette République là, nous y tenons et que cette République, nous devons la faire vivre et que cette République, elle ne vivra que si on respecte les fonctionnaires, que si les fonctionnaires assument les valeurs de la République et que nous tous ensemble, nous disons que, quelle que soit notre mission, nous avons une mission plus grande que chacun de nous : assurer l'avenir de la France. Merci à vous. "

(source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 30 septembre 2003)

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