Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, sur les mesures en faveur des sapeurs pompiers, l'organisation et le financement des services départementaux d'incendie et de secours (SDIS) et sur le projet de loi sur la sécurité civile, Bourg-en-Bresse le 27 septembre 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, sur les mesures en faveur des sapeurs pompiers, l'organisation et le financement des services départementaux d'incendie et de secours (SDIS) et sur le projet de loi sur la sécurité civile, Bourg-en-Bresse le 27 septembre 2003.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales

Circonstances : 110e congrès de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, à Bourg-en-Bresse le 27 septembre 2003

ti : Monsieur le Président
Mesdames et Messieurs,


Cher colonel ORY, avant votre discours, j'avais conscience d'être attendu. Maintenant, j'en ai la certitude. Permettez-moi cependant avant d'en venir au vif du sujet, de vous dire combien je suis heureux de vous retrouver pour ce 110ème congrès de la fédération nationale des sapeurs pompiers de France.

En me retrouvant ici, devant vous, à Bourg en Bresse, je ne peux malheureusement oublier que le soir de votre dernier congrès à Martigues, en arrivant à l'aéroport, j'apprenais la terrible nouvelle du décès de vos cinq collègues à Neuilly.

Dans ces moments difficiles, je me dois d'être à vos côtés, je l'ai toujours été et je le serai toujours.

En disant cela, je pense tout particulièrement à vos collègues de La Seyne sur Mer, Georges, Michel et Patrick décédés dans des conditions dramatiques ce 1er septembre. Je pense à leurs familles que j'ai tenu à recevoir pour les soutenir et leur dire que je ne les laisserai jamais seules. Car, après ce que ces hommes ont donné pour la Nation, je ne peux pas les oublier, tout simplement parce que je n'en ai pas le droit.

Colonel ORY, mon devoir est de dialoguer avec vous, en toute clarté et transparence. Vous le savez, je suis peu enclin aux faux-semblants, vous non plus. Vous avez exprimé avec vigueur et franchise vos attentes comme vos déceptions. Je vous répondrai avec la même détermination et surtout la même franchise.

Permettez-moi, cependant, quelques mots plus personnels. Ce congrès est un grand moment pour votre fédération. Il l'est aussi pour vous puisque nous sommes ici sur vos terres, à ce moment si particulier de votre carrière.

Je peux vous assurer que depuis le premier jour, comme la plupart de vos collègues dans cette salle, j'ai apprécié l'authenticité de vos propos. J'ai été particulièrement sensible à votre dévouement profond pour la cause des sapeurs-pompiers, un dévouement qui ne doit rien à l'intérêt personnel. Je ne saurai vous reprocher votre impatience, votre franchise et votre détermination, car ce serait un peu renier une partie de moi-même.

Comme vous, je crois que la sécurité civile doit être plus forte et mieux reconnue. C'est ma volonté pour les 235 000 sapeurs pompiers que vous représentez et pour les 60 millions de Français que vous protégez.


Vous demandez que le volontariat soit consacré. C'est ma première priorité.

Sans les volontaires, nos services d'incendie et de secours ne pourraient faire face. C'est une évidence puisque 8 pompiers sur 10 sont volontaires. Ma conception de la sécurité civile, c'est l'alliance entre l'expertise des professionnels et l'engagement civique des volontaires, un engagement qui du reste s'accompagne lui aussi d'un haut degré de technicité.

Est-il besoin de vous redire toute la considération que j'ai pour votre engagement ?

Je trouve profondément anormal que depuis tant d'années, le volontariat coûte aux volontaires. Lorsque l'engagement se paye par la perte de son emploi, cela n'incite pas à l'évidence aux vocations nouvelles. La "mission FOURNIER" a rendu ses conclusions en mars dernier. Il faut rendre le volontariat attractif et rendre la vie quotidienne des volontaires plus facile. C'est pour notre pays, pour la sécurité de nos concitoyens un choix stratégique.

Comment rendre attractif le volontariat ? D'abord, en cessant de décourager les bonnes volontés grâce à plus de souplesse et de réalisme.

Des jeunes ont envie de vous rejoindre dès 16 ans. Pourquoi les décourager ? Je m'étais engagé devant vous à ramener l'âge minimal de 18 à 16 ans. Dans moins de trois semaines, ce sera chose faite. Le décret est à l'examen du Conseil d'Etat.

Des diplômés aimeraient se rendre utiles à vos côtés, mais on ne leur offrait aucun grade correspondant à leur formation. Ils pourront demain être directement engagés au grade d'officier.

Pourquoi vous demander d'être des athlètes de haut niveau quand vos fonctions exigent avant tout d'être robuste et résistant ? Les exigences d'aptitude physique seront corrigées.

Dans le même esprit, les exigences de formation seront revues. On n'exigera plus de vous d'avoir une formation dans tous les domaines. Vous devrez être formés en priorité aux équipements et aux missions de votre centre de rattachement.

Un peu de souplesse, un peu plus de considération humaine, c'est aussi ne plus exiger du sapeur-pompier volontaire de l'Eure qui déménage dans le Gard de devoir repasser la totalité la procédure de recrutement. Son dossier sera simplement transféré. C'est encore vous permettre de suspendre temporairement votre engagement, sans devoir y renoncer définitivement.

Au delà, il faut donner de la pérennité à votre vocation. Comment conserver votre enthousiasme ? En reconnaissant mieux vos mérites et en les valorisant.

Pour la première fois, et il n'était que temps, les volontaires auront vocation à participer à l'encadrement des Services d'Incendie et de Secours (SDIS). J'ai voulu que cela soit le premier article du nouveau décret relatif aux sapeurs pompiers volontaires.

Vous ne serez plus cantonnés dans des grades qui ne correspondent en rien à votre expérience. Vous aussi, de major à colonel, vous pourrez accéder aux mêmes grades que les professionnels. Et pour les infirmiers, nous allons créer trois grades correspondant à ceux d'officiers.

Votre expérience va être mieux reconnue. Un exemple : les sous officiers et les officiers de plus de 50 ans qui ont été chef de centre pendant 15 ans accéderont au grade supérieur.

Et pourquoi imposer à celui qui est en bonne santé et qui aime sa mission de l'abandonner obligatoirement à 55 ans ? Vous pourrez poursuivre votre vocation désormais jusqu'à 60 ans.

Enfin, je sais combien le volontaire s'engage pour sa commune et ses habitants. Vous vous étiez inquiétés de la distance introduite par la loi démocratie de proximité entre vous et votre commune. Et cette inquiétude est légitime dès lors que ceci pourrait dissuader certains de s'engager. Nous allons corriger ce risque en créant des comités de centre associant les maires qui se prononceront sur le recrutement et la vie des volontaires.

Ce ne sont plus des promesses. Ce sont des actes, inscrits dans le décret que le Conseil d'Etat devrait valider d'ici quelques jours.

Mais cette reconnaissance des sapeurs pompiers doit être aussi celle de leur fidélité.

Vous venez de le rappeler, il faut régler le différend sur l'extension de la part variable de l'allocation vétérance aux sapeurs-pompiers volontaires qui ont cessé leur activité avant 1998. Qui peut me dire qu'ils ont été moins méritants que leurs cadets ?

J'ai entendu leur impatience. J'ai reçu, avec vous Président ORY, un de leurs représentants. Mais, sur ce sujet, comme sur tant d'autres, vous savez que l'accord des élus est incontournable. C'est aujourd'hui chose faite. Je vais enfin corriger rapidement ce que les plus anciens vivent comme une injustice.

Et au lieu de laisser cette disposition dans le projet de loi sur la sécurité civile, qui viendra en discussion au Parlement au printemps, j'ai voulu qu'elle soit inscrite dans la prochaine loi de finances rectificative pour 2003. Ainsi, nous gagnons le temps des débats parlementaires. Et, cette extension, je vous le dis, sera appliquée dès le 1er janvier 2004.

Au-delà de cette mesure d'équité, je me suis engagé devant vous pour que les sapeurs-pompiers volontaires bénéficient d'un véritable avantage retraite spécifique, un avantage qui soit la reconnaissance de votre fidélité après 20 ans d'engagement au service des autres.

La formule apparemment la plus simple, que j'avais reprise à mon compte, est celle de la bonification de vos annuités calculées au titre de votre activité principale. A l'analyse cette idée se heurte à de réelles difficultés techniques. D'abord en raison de la diversité de vos statuts professionnels. Ensuite, du fait qu'elle n'offre aucun bénéfice à ceux d'entre vous qui ont déjà le nombre d'annuités suffisant pour bénéficier d'une retraite à taux plein. Sans oublier la difficulté, vous l'imaginez, de toucher à plus de trente régimes de base différents.

Aussi, je vous propose une autre solution pour que vous puissiez bénéficier d'une retraite complémentaire après un minimum de 20 ans d'engagement.

Cette solution, c'est de créer un nouveau régime de retraite complémentaire qui se substituera progressivement à l'allocation de vétérance. Pour vous dire les choses de manière simple : le socle est la cotisation de l'employeur qui vous garantit à partir de 20 ans de service un complément de retraite. Le plus, naturellement facultatif, est la possibilité que vous aurez de cotiser également. Et le bonus sera le doublement de votre cotisation par l'Etat. L'objectif est de créer un complément de retraite de 1800 euros par an comme le préconise le rapport FOURNIER.

J'ai tenu à présenter ce dernier projet aux élus. Et je leur ai donné rendez-vous dans un mois pour arrêter définitivement le dispositif. L'objectif est qu'il soit adopté avant votre prochain congrès.

Toutefois un régime de ce type porte ses effets au fur et à mesure du cumul des cotisations. C'est pourquoi, pour la période transitoire, j'ai obtenu des élus qu'à partir de 2004, ceux d'entre-vous qui quitterez le service, perçoivent de toute façon un revenu revalorisé. Concrètement, ils toucheront le double du montant de l'indemnité versée actuellement.

Vous voyez la logique de ce dispositif : les plus anciens bénéficieront dès le 1er janvier 2004 de l'extension de la part variable ; pour vous tous, un nouveau dispositif de retraite complémentaire se substituera à l'allocation de vétérance ; et dans la période de mise en place, le montant de l'indemnité versée à ceux qui partiront dès 2004 sera doublé.

C'était un engagement, je ne vous cache pas qu'il n'était pas facile à obtenir. Mais cet engagement je vous le devais. Il est aujourd'hui réalité.

Autre sujet qui vous préoccupe : la reconnaissance du caractère dangereux du métier de sapeurs-pompiers. Les professionnels souhaitent ainsi rappeler que compte tenu de la spécificité de votre mission, à partir d'un certain âge, elle peut être dangereuse non seulement pour vous, mais également pour les personnes que vous tentez de secourir.

11 ont encore perdu la vie depuis le début de l'année. Après cet été, qui peut me dire que les missions des sapeurs pompiers ne sont pas dangereuses ?

Vous demandez que votre profession soit classée "dangereuse et insalubre", ce qui certes vous permettrait de partir en retraite à 50 ans, mais vous l'imposerait à 55 ans. Les représentants de vos organisations syndicales m'ont clairement dit qu'ils souhaitaient un dispositif plus souple.

C'est pourquoi, la piste privilégiée est celle d'un nouveau congé pour difficulté opérationnelle (CDO). Ce CDO, j'utilise vos propres termes, était directement menacé par la réforme des retraites. Je me suis engagé non seulement à le préserver, mais plus encore à l'améliorer. Je rencontrerai à nouveau les représentants des sapeurs-pompiers professionnels le 1er octobre pour valider une à une les propositions que nous pouvons aujourd'hui mettre sur la table.

Et maintenant que l'âge du volontariat a été ramené à 16 ans, il faut attirer les plus jeunes vers cet engagement.

Commençons par l'école.

Il faut cesser de considérer les jeunes comme des irresponsables, incapables de s'engager pour une noble cause. Vous êtes des exemples pour eux. Leurs yeux brillent en vous voyant. Mais cela ne suffit pas. Il faut que ces jeunes passent du statut de spectateur à celui d'acteur.

Dans le cadre de l'école ouverte, j'ai demandé à vos collègues de l'Essonne, de créer des groupes d'élèves pompiers dans 4 collèges en zone d'éducation prioritaire. L'expérience a été lancée en juillet avec l'Inspection d'Académie. Au lieu de se battre dans la rue, ces collégiens se sont battus pour participer à cette formation. D'ores et déjà ce sont 84 jeunes qui se sont engagés. Je leur remettrai dans quelques jours à Etampes leur attestation. Je peux vous annoncer que je signerai avec Xavier DARCOS une convention pour généraliser cette initiative à toute la France.

Mais, au-delà, il faut récompenser l'engagement civique de ces jeunes, comme ceux des sections de jeunes sapeurs-pompiers. J'ai par exemple proposé que cela soit inscrit dans leur livret scolaire et porté à la connaissance des jurys d'examen. Je ne serai pas hostile à ce que l'on soit encore plus ambitieux.

Nous avons également créé la filière professionnelle de la sécurité dont une option concerne la sécurité civile et les entreprises. 8 premiers élèves ont reçu leur diplôme et 91 sapeurs-pompiers volontaires de la zone Ouest ont obtenu un BEP grâce à la validation de leurs acquis professionnels. Cette année, trois nouveaux centres de formation seront ouverts par l'Education Nationale dans les départements du Gard, du Pas de Calais et de Seine et Marne. Je souhaite que ce dispositif soit rapidement généralisé sur toute la France car il est normal que votre expérience puisse être reconnue et valorisée par un diplôme.

A vous maintenant de faire connaître cette filière et de créer la demande, si vous voulez que nous puissions franchir ensemble la prochaine étape, c'est à dire le bac professionnel.


Au-delà, c'est toute la Nation qui doit honorer vos valeurs.

Sachez que, comme vous, je n'oublierai jamais cette belle image des drapeaux des sapeurs pompiers qui ont défilé pour la première fois sur les Champs Elysées, cette gerbe déposée à l'Arc de Triomphe à la mémoire de vos collègues et la flamme du soldat inconnu.

Colonel ORY, lors de la journée nationale des sapeurs pompiers du 14 juin et il y a quelques instants, vous avez regretté la trop faible représentation des sapeurs pompiers dans les promotions des ordres nationaux. Eh bien je vous donne rendez-vous à la prochaine promotion de l'ordre national du mérite du 15 novembre et début janvier pour la Légion d'honneur.

Pour le mois de novembre, j'ai proposé en accord avec le Président de la République 28 sapeurs-pompiers au mérite national. Le Journal Officiel prendra enfin les couleurs de votre profession !


Vous m'avez dit votre impatience et votre scepticisme. Vous avez clairement exposé vos revendications. Croyez-vous que j'y sois opposé ? Mon rôle de ministre est de vous donner les moyens d'accomplir vos missions car la sécurité civile ne peut tolérer l'échec. Ma conviction d'homme est qu'il est juste d'être votre premier ambassadeur. Bien sûr, la sécurité des sapeurs pompiers est un impératif. Bien sûr, il faut instituer un avantage retraite. Bien sûr encore, vos moyens d'équipements doivent être à la hauteur.

Mais il faut que vous ayez bien conscience que toute décision exige un accord tripartite entre tous les sapeurs-pompiers, le ministère de l'Intérieur, et surtout les élus locaux. Je ne peux tout décider seul depuis mon bureau.

Et, chacun de vous a bien conscience qu'en quelques années, l'effort financier des départements a été considérable, qu'ils ont réalisé une modernisation sans précédent des services départementaux. Aujourd'hui, le statu quo est particulièrement fragilisé par la question du financement des SDIS. C'est une évidence, nous ne pourrons progresser sans régler ce problème. Pendant trop longtemps, le Gouvernement a décidé de mesures coûteuses dont il a transmis la facture sans compensation aux SDIS.

Il est temps de mettre un terme à ces mauvaises pratiques et incompréhensions qui se retournent contre les SDIS pour retrouver la sérénité. J'ai donc créé une conférence nationale des services d'incendie et de secours (SDIS) qui se prononcera sur toutes les mesures ayant un impact sur l'organisation et les financements des SDIS.

Pour la première fois, en guise de préfiguration, cette conférence s'est réunie mercredi dernier. Et nous avons pu enfin débattre directement de sujets particulièrement importants. Je pense par exemple à des questions telles que le statut des SDIS ou encore l'avantage retraite.

Cette conférence nationale offrira à l'avenir le lieu de discussion directe sur les enjeux des SDIS. Enfin un lieu où chacun prendra ses responsabilités en toute clarté.


Il est donc temps de stabiliser l'organisation des Services départements d'Incendie et de Secours en fixant des règles claires.

J'ai clairement dit aux élus que nous ne ferons pas table rase du passé. La départementalisation des Services d'Incendie et de Secours engagée en 1996 sera confortée. Ils seront pérennisés dans leur statut d'Etablissements publics.

Aujourd'hui, les solutions comme l'étatisation ou la "conseil généralisation" sont trop radicales pour être crédibles. Il faut être réaliste. Le SDIS est l'un des services publics les plus appréciés et reconnus. Il faut qu'il trouve son point d'équilibre.

Il n'y a pas de débat, non plus, sur le maintien de l'unité de commandement.

C'est un impératif d'action et d'efficacité. Je n'ai pas vu un cas où cela n'ait pas été la garantie d'une bonne gestion de la crise. Le principe de conduite des opération est simple : le maire pour la commune, le préfet pour le département.

C'est vers l'Etat que se tournent nos concitoyens en cas de crise. Il n'est pas question de se décharger de cette responsabilité sur les élus locaux.

Il faut, à l'inverse, poser la question de la gestion et du financement des moyens.

Là encore, je pose un principe clair : " risque quotidien, réponse de proximité ; situation exceptionnelle, solidarité nationale ". A l'évidence, face à des événements tels que ceux que nous avons connus cet été, l'effort ne peut reposer sur les seuls moyens locaux. Dès qu'ils franchiront à la demande de l'Etat les limites du département, les moyens de renforts engagés seront payés en totalité par l'Etat.

Nous allons régler la question du financement des SDIS.

D'ores et déjà, je peux vous annoncer que le décret tant attendu sur la création du Fonds d'aide à l'investissement des SDIS, un fonds de 45 millions d'euros, a été publié au Journal officiel du 17 septembre. Il sera applicable rétroactivement à compter du 1er janvier 2003.

Et pour 2004, nous allons porter ce fond à 54 millions d'euros, soit 20 % de plus. En cette période de budget difficile, chacun peut apprécier le geste.

La question du transport sanitaire par carence d'ambulancier privé est réglée. Pour l'année 2003, les centres hospitaliers sièges de SAMU rembourseront les transports effectués par les SDIS pour un montant forfaitaire de 90 euros. Le règlement de l'arriéré représente 36 millions d'euros. L'accord a été définitivement arbitré. Pour l'avenir, un nouveau dispositif sera mis en place avec des tarifs particulièrement dissuasifs car l'objectif est bien de faire baisser le nombre de ces interventions indues qui n'ont rien à voir avec l'urgence de votre mission. Une fois de plus je fais appliquer la loi.

De même, les sociétés d'autoroute prendront en charge vos interventions sur leur réseau. Le ministère de l'Equipement a donné son accord. Des conventions seront passées localement. Elle permettront une prise en charge supplémentaire de 6 M d'euros.

Enfin, les conseils généraux pourront financer les dépenses des SDIS grâce à une ressource fiscale. Le Premier ministre a, en effet, donner son accord pour le transfert d'une partie de la taxe sur les conventions d'assurance. Ce sera la ressource fiscale, moderne et évolutive qui manquait aux Conseils généraux.

En d'autres termes, vos moyens pourront être modernisés et remis à niveau dans un climat de sérénité retrouvée.


Au-delà, l'enjeu est aujourd'hui de se donner les moyens de faire face aux catastrophes.

Chaque année, une nouvelle catastrophe s'abat sur la France. Les tempêtes de 1999, les naufrages de l'Erika et du Prestige, les inondations du Gard, et en 2003, 60 000 hectares détruits par le feu. Tirons toutes les leçons de ces événements. Aujourd'hui, l'Etat ne peut pas rester impuissant. Il se doit d'être réactif et solidaire.

Nous devons avoir une idée beaucoup plus précise sur ce que doit être la politique de sécurité civile. Vous avez raison, la coordination interministérielle dans ce domaine est trop faible et les logiques verticales souvent trop fortes. Des événements très récents nous l'ont malheureusement confirmé. C'est pourquoi je vais créer avec l'accord du Premier Ministre un Conseil national de la sécurité civile qui sera placé auprès de moi.

Naturellement, il rassemblera les principaux ministères concernés, mais également les grands opérateurs de services publics, les organismes de recherche et d'expertise, tels que l'INERIS ou encore le CEDRE, et bien entendu les élus et les sapeurs-pompiers.

Ce sera d'abord et avant tout un lieu d'échange et d'actualisation des connaissances sur les risques. Enfin, nous ferons travailler ensemble les chercheurs et les hommes de terrain sur des questions importantes telles que l'évaluation prospective des risques, l'alerte des population, la refonte des plans de secours ou des scénarios d'exercice en vraie grandeur.


Le projet de loi prévoit également d'améliorer la mobilisation.

Il faut dépasser les querelles de services pour engager la réflexion sur le regroupement des postes de commandement. Je suis notamment favorable à la création de plates formes de réception des appels d'urgence sur le numéro commun européen, le "112". Vous en êtes très naturellement le c¿ur. Il y a déjà 8 plate-formes associant les sapeurs-pompiers et le SAMU. Enfin, j'ai donné mon accord pour soutenir la création de la première plate-forme commune associant les pompiers, le SAMU, les policiers et les gendarmes dans les Côtes d'Armor.


Je veux surtout que l'Etat, comme les SDIS, ait les équipements adéquats pour faire face à ces nouvelles catastrophes.

Déjà en 2003, le budget de la sécurité civile a été augmenté de près de 30 %.

Fort heureusement, cet été le dispositif aérien de surveillance et de lutte contre les feux de forêt avait été anticipé et renforcé. Au sol, plus de 1500 sapeurs pompiers sont venus de toute la France à l'appui de leurs collègues du sud. Les avions de la sécurité civile ont totalisé plus de 9 000 heures de vol, soit le double de l'année précédente.

Cela n'a pas suffi. 60 000 hectares ont brûlé. 9 personnes ont perdu la vie, dont 3 des vôtres. C'est le plus lourd bilan depuis 30 ans. Certes, les conditions climatiques étaient exceptionnelles. Certes 95 % des départs de feux étaient criminels. Certes, 88 personnes ont été interpellées et déjà 24 incendiaires sont écroués. Pour autant, personne ne peut se satisfaire de cette réalité.

Nous prendrons les dispositions nécessaires pour que les événements exceptionnels ne soient plus des catastrophes sans précédent.

Mercredi prochain je présenterai en Conseil des ministre une communication sur le bilan de cette campagne feux de forêts, hors du commun. Avec la recherche des incendiaires, une de mes priorités sera de faire respecter l'obligation de débroussaillement. J'ai pu le constater cet été dans le Var et dans les Alpes maritimes, nombre de propriétaires ne respectent pas leurs obligations les plus élémentaires. Conséquence de cette situation, les sapeurs-pompiers sont détournés de la lutte contre la propagation du feu en forêt pour protéger les habitations et les personnes.

Au delà des mesures réglementaires, je fais examiner la possibilité de créer un fonds nécessaire au débroussaillement d'office par les collectivités et l'Etat.

Je souhaite aussi renforcer la définition de normes de construction ou d'équipements de l'habitat en zone forestière. Je pense à l'utilisation de matériaux moins sensibles au feu ou à l'obligation d'avoir chez soi du matériel de première urgence contre l'incendie.

Nous tirerons également toutes les leçons de cet été.

En 2004, je peux d'ores et déjà vous annoncer que des colonnes préventives seront déployées dès le début de l'été, et nous les renforcerons, par avance et sans délai, en fonction de l'évolution des risques. Cela coûte moins cher de prévenir que de guérir.

Pour remplacer nos vieux Fokker, le Premier ministre m'a donné son accord pour l'acquisition de deux nouveaux avions gros porteurs, capables d'intervenir sur des feux mais également de transporter des détachements d'intervention sur les lieux de catastrophes.


2004, sera aussi une année essentielle pour l'évolution des moyens de la sécurité civile avec une progression de 18 % des crédits d'équipement. Sur les matériels comme sur la formation des officiers, l'Etat tiendra ses engagements. D'ailleurs, le projet de relocalisation de l'école nationale des officiers dans les Bouches du Rhône progresse enfin. Les difficultés pour trouver un terrain d'accueil du plateau technique sont derrière nous puisque le conseil municipal de VITROLLES a voté, avant hier, à l'unanimité son implantation.

Au-delà, le projet de loi "sécurité civile" sera accompagné d'un effort exceptionnel d'équipement. Le premier Ministre m'a donné son accord pour adapter et moderniser nos équipements de lutte contre les incendies et de protection des populations.

Je peux vous assurer que nous allons tirer tous les enseignements de cet été, dans ce domaine comme dans d'autres. Vous avez évoqué les conséquences de la canicule. Comme vous, je n'admettrai pas que certains se défaussent sur vous et sur les préfets alors qu'ils devraient assumer toutes leurs responsabilités. Je suis impatient d'aller devant la commission pour le dire et notamment pour rappeler ce que sont précisément les missions des uns et des autres.

Pour revenir sur le projet de loi, dans quelques jours, nous aurons recueilli toutes les observations, obtenu tous les arbitrages. Dans un mois, le projet pourra être déposé au Conseil d'Etat. Dans deux mois, il sera déposé au Parlement. Avant l'été 2004, la loi sera notre nouveau cadre d'action.

Mais aujourd'hui, ma priorité est de restaurer un dialogue serein entre l'Etat, les élus et vous, un dialogue qui nécessite un engagement de tous les instants et une volonté acharnée de convaincre les plus réticents. Vous l'avez compris, je n'ai pas décidé de baisser les bras et de vous laisser seuls avec vos inquiétudes. Pour veiller au rythme des progrès à accomplir, pour garantir le respect des engagements pris, je vous propose d'ailleurs que tous les deux mois nous nous retrouvions, votre nouveau président et moi personnellement pour faire le point et faire avancer les choses.


Je sais fort bien que ces réformes ne régleront pas toutes les difficultés et qu'elles ne satisferont pas toutes les demandes. Mais je sais aussi que c'est une maladie bien française de s'évertuer à élaborer une réforme parfaite, à tel point que jamais la réforme ne voit le jour. Sur tous ces dossiers, Colonel Ory vous avez toujours été un partenaire aux déclarations parfois aiguisées mais aussi au jugement avisé. Je souhaite à votre successeur, le Colonel Vignon pleine réussite dans cette belle aventure courageuse qu'il entreprend à son tour à la tête de votre fédération. Président Ory, ce congrès est à votre image, celle d'un homme d'une grande convivialité mais aussi animé d'une farouche volonté d'action. Vous l'aurez compris, ce n'est pas fait pour me déplaire. Je vous remercie de votre action. Comme je remercie tous les sapeurs-pompiers de leur engagement.


(Source http://www.interieur.gouv.fr, le 29 septembre 2003)

Rechercher