Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, à RTL le 8 octobre 2003, sur l'élection d'Arnold Schwarzenegger comme gouverneur de Californie, la situation en Corse et sur le procès des emplois fictifs au RPR. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, à RTL le 8 octobre 2003, sur l'élection d'Arnold Schwarzenegger comme gouverneur de Californie, la situation en Corse et sur le procès des emplois fictifs au RPR.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales

ti : J.-M. Aphatie - Bonjour N. Sarkozy.

- " Bonjour, J.-M. Aphatie . "

C'est l'information de la nuit : Arnold Schwarzenegger est devenu gouverneur de Californie. Ceci vous inspire-t-il un commentaire ?

- " Ecoutez, je suis très partagé. Il est vrai qu'en France, quand on n'a pas fait l'ENA, on regarde les gens avec un peu de commisération. En même temps, il est vrai que les capacités de Schwarzenegger n'ont pas été pour l'instant démontrées, mais malgré tout je trouve que cette démocratie américaine a une capacité de rebond ! Quelqu'un qui était un étranger dans son pays, qui a un nom imprononçable et qui peut devenir, comme l'a dit A. Duhamel, le gouverneur du plus grand Etat des Etats-Unis... c'est pas rien ! Et puis, souvenons-nous : Ronald Reagan. On a beaucoup plaisanté, et puis, finalement, il fut un président qui n'a pas fait honte aux Etats-Unis. "

Donc un commentaire bienveillant à propos d'Arnold Schwarzenegger.

- " Oh, au début, si on n'est pas bienveillant au début, J.-M. Aphatie, hein... "

On ne l'est pas après, nous sommes d'accord... On a appris hier que le dirigeant nationaliste corse, Charles Pieri, était visé par une information judiciaire. On dit que vous suivez particulièrement ce dossier - tout ce qui touche à la Corse évidemment vous intéresse - et le journal Le Monde daté d'aujourd'hui vous prête même, à propos de Charles Pieri, cette phrase : "il faut le faire tomber comme Al Capone, c'est-à-dire en regardant de près sa situation fiscale". Pourquoi cette attention particulière au dossier Pieri, N. Sarkozy ?

- " Je n'ai aucun commentaire à faire sur une procédure en cours, et les propos qui ont été rapportés par Le Monde ne m'engagent pas. "

Vous ne les démentez pas ?

- " Ils ne m'engagent nullement ! Si j'avais quelque chose à dire je le dirais. Et jusqu'à preuve du contraire, ce n'est pas Le Monde qui est mon porte-parole. Simplement, j'avais dit depuis le début qu'il y avait en Corse des situations qui n'étaient pas acceptables. Chacun les connaît sur l'île, et sur le continent. Eh bien, ça sera l'occasion pour tous de s'expliquer devant la justice. Laissons la justice faire son travail. L'Etat de droit c'est aussi pour la Corse. L'Etat doit avoir une action déterminée en Corse, calme, sereine. Il ne s'agit pas de faire de cas particuliers, mais il s'agit que [sur] des anomalies, chacun puisse y donner des explications. "

Sur l'attitude politique de Charles Pieri, pour en finir : est-ce que c'est un dirigeant nationaliste corse qui vous parait appartenir au passé, et est-ce que vous souhaitez dialoguer plutôt avec d'autres dirigeants nationalistes ?

- " Je n'ai aucun commentaire à faire sur le fait qu'il soit dirigeant nationaliste ou pas, militant ou dirigeant ou pas. Le rôle du ministre de l'Intérieur, c'est de faire en sorte que ceux qui ont des choses à expliquer à la justice puissent le faire. Point. "

Vous confirmez ?

- " Sans aucune vocation à définir sur telle ou telle personnalité des sentiments personnels. Ni sur Yvan Colonna, ni sur personne d'autre. Yvan Colonna était recherché, depuis des années, par la justice. Le travail du ministre de l'Intérieur c'est de donner des moyens à la police pour qu'on puisse le ramener. Et s'agissant de la Corse, que chacun puisse penser que, sur l'île comme sur le continent, l'Etat de droit est respecté. Point. "

Vous confirmez que vous serez en Corse la semaine prochaine ?

- " Oui, je le confirme. Je serai en Corse deux fois durant le mois d'octobre. "

Le procès des emplois fictifs du RPR se poursuit à Nanterre. A. Juppé s'est expliqué hier devant ses juges. A propos de ces fameux emplois fictifs, l'un des prévenus a dit la semaine dernière : " tout le monde savait ". Vous-même, entre 1988 et 1993, vous étiez secrétaire national du RPR. Connaissiez-vous, à l'époque, l'existence de ces emplois fictifs ?

- " Ecoutez, tout le monde sait bien que les partis politiques à cette époque-là - tous les partis politiques - ont eu des problèmes à se mettre en accord avec les nouvelles lois de financement. C'est une vérité que tout le monde connaît. Et je trouve qu'A. Juppé fait face dans ce procès avec une certaine dignité, et beaucoup de courage. "

Mais quand vous étiez vous-même dans les murs de RPR, entre 1988 et 1993, vous saviez qu'il y avait ce type de pratique ?

- " Monsieur Aphatie, si j'avais des choses à dire, j'aurais été convoqué par la justice. Pour l'instant, je ne suis qu'invité par Jean-Michel Aphatie. "

Et donc vous ne voulez pas répondre à ma question. On ne sait pas si vous saviez ou pas.

- " Mais non. Monsieur Aphatie vous êtes...

Vous avez le droit de ne pas répondre à ma question...

- " Mais bien sûr... Et vous, vous n'êtes pas magistrat ! "

Absolument. Je suis journaliste, et je pose les questions que tout le monde se pose.

- " Et moi je suis invité. Je vous réponds en vous disant ce que vous savez vous-même. Ne faites pas le faux naïf : c'est que toutes les formations politiques, de gauche comme de droite, ont eu des problèmes pour se mettre en accord avec la loi sur les financements. Voilà ce que j'ai à dire. "

Ce que je sais moi-même ! c'est moins que vous sans doute...

- " Oh ? Pourquoi ? Ça, ce n'est pas sûr Monsieur Aphatie. "

J'en suis certain.

- " Pas sûr, compte-tenu des responsabilités qui étaient les miennes. Mais j'imagine qu'avec la confiance que vous et moi nous faisons à la justice, si la justice avait estimé que j'avais beaucoup de choses à dire, elle m'aurait certainement convoqué. "

Peut-être le fera-t-elle. Allez savoir...

- " Ah bon, bon. Et vous, vous ne m'avez qu'invité. Voilà. "

Le Sénat examine cet après-midi la loi que vous présentez avec l'ambition de mieux maîtriser les flux migratoires. Entre autres dispositions, cette loi supprime la double peine, mais un amendement des députés - voté le 8 juillet - établit pour les travailleurs immigrés, qui n'auraient pas eu de contrat de travail, une procédure d'expulsion. Et ceux qui ont demandé...

- " Ce n'est pas exact Monsieur Aphatie ! "

Ah ! Ce n'est pas exact...

- " Alors je vais vous l'expliquer, il n'y a absolument aucun problème. "

Lisant : " les salariés étrangers, sans titre de travail, dont on aura constaté qu'ils exercent une activité salariée, seront dorénavant passibles d'une amende de 3.750 euros, et d'une interdiction de territoire français de trois ans ". Et cette mesure d'interdiction - je termine ma question - qui fait l'objet de critiques de la part de ceux qui vous demandaient la suppression de la double peine. Ils vous demandent de ne pas soutenir cet amendement. Retirez-vous, ou maintiendrez-vous cet amendement ?

- " De quoi s'agit-il, c'est très simple : un certain nombre de personnes obtiennent un titre de séjour pour entrer en France. "

Oui.

- " Un visa de touriste. Ce titre de séjour, Monsieur Aphatie, dit que ces personnes n'ont pas le droit de travailler. C'est bien ça ? "

Et elles travaillent.

- " Et elles travaillent. Alors je vous pose une question à mon tour si vous me le permettez Monsieur Aphatie... "

Allez-y.

- " Quand on est ministre de l'Intérieur, on est en charge de faire respecter la loi ? Si des gens rentrent en France avec l'interdiction absolue de travailler, et qu'ils travaillent, qu'est-ce que j'en fais ? "

Je ne sais pas. Vous les expulsez ?

- " Ah bon, voilà. Vous voyez... "

Donc ça veut dire que vous maintiendrez l'amendement ?

- " Monsieur Aphatie, quand vous dites "je ne sais pas", c'est déjà mieux. C'est une présentation qui ... parce que quand vous avez dit : "des travailleurs étrangers". Non. Des gens qui rentrent en France avec un visa de touriste et qui détournent le visa pour travailler alors qu'ils n'en ont pas le droit, qu'est-ce qu'on en fait ? Eh bien, moi je propose qu'on les expulse ! Alors ce qui est vrai, et sans doute ce que je reverrai dans le cadre du débat, c'est qu'il est parfaitement inutile de leur mettre en plus une amende. Comme de toute manière on les expulsera, l'amende on ne pourra pas la recouvrer. Et vous voyez, je suis pour la suppression de ce qui est inutile. Mais j'aimerais qu'on m'explique au nom de quoi il serait inadmissible, pour un Etat de droit, d'expulser des gens qui travaillent en France, alors qu'ils n'ont pas le droit. Dans ce cas-là, j'aimerais qu'on m'explique à quoi ça sert d'avoir des papiers... "

Vous avez planché hier devant la Commission.

- " Juste un mot, pardon. Sur cette affaire de loi sur l'immigration : je veux que chacun comprenne qu'en France, avoir des papiers et de ne pas en avoir, c'est pas la même chose ! Alors, c'est la fin des mariages forcés et des mariages blancs! Des attestations d'accueil bidon ! Des gens qui, arrivés en France, perdent la mémoire pour qu'on ne puisse pas les raccompagner chez eux, et perdent leurs papiers ! Si la France veut continuer à être un pays d'immigration, accueillante et ouverte, elle doit prendre la décision de renvoyer les clandestins, qui par définition sont en situation irrégulière. Ca fait des années que nous n'avons aucune politique d'immigration, eh bien maintenant c'est fini ! "

Une dernière question, ça passe très vite. Dimanche, lors du Grand Jury RTL/Le Monde/LCI, J.-F. Copé nous a dit qu'il avait évoqué avec vous la possibilité de voir votre femme Cécilia figurer sur sa liste aux élections régionales de mars prochain. Vous confirmez ? Votre femme sera candidate en mars aux élections régionales ?

- " Je confirme que c'est elle qui décidera. "

Et elle en a envie ?

- " Et puisque vous la connaissez, vous savez qu'elle a de la personnalité. Quand il y a une question qui est posée, c'est elle qui y répond, et certainement pas moi à sa place ! "

Vous souhaitez qu'elle le soit ?

- " Mais invitez-la. "

Vous n'avez pas de souhait... J'inviterai donc bientôt Cécilia Sarkozy.

(source : Premier ministre, Service d'information du gouvernement, le 9 octobre 2003)

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