Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, du logement, du tourisme et de la mer, à "France 2" le 2 octobre 2003, sur l'alliance entre les compagnies aériennes Air France et KLM, sur la continuité du service public dans les transports et le droit de grève dans divers pays européens, et sur les grands projets de développement des infrastructures. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, du logement, du tourisme et de la mer, à "France 2" le 2 octobre 2003, sur l'alliance entre les compagnies aériennes Air France et KLM, sur la continuité du service public dans les transports et le droit de grève dans divers pays européens, et sur les grands projets de développement des infrastructures.

Personnalité, fonction : ROBIEN Gilles de, LABORDE Françoise.

FRANCE. Ministre de l'équipement, des transports, du logement, du tourisme et de la mer

ti : F. Laborde-. Bonjour. Avec G. de Robien ce matin, nous allons essentiellement nous consacrer sur l'aspect Transports, si je puis dire, de vos activités qui sont en effet extrêmement vastes. Avec d'abord ce rapprochement Air France / KLM dont on a beaucoup beaucoup parlé. Finalement, on se rend compte que les syndicats qui auraient pu manifester une assez grande hostilité, ils ne sont pas follement enthousiasmés par le projet, mais ils le prennent avec une relative sérénité.

- "Tout simplement parce que les syndicats ont des connaissances économiques, qu'ils connaissent déjà les capacités, les potentialités d'Air France. Et voir Air France qui s'allie avec KLM, c'est un événement considérable. Un événement considérable pour la compagnie Air France, Air France avec les ailes françaises qui, quand même, s'allie avec une grande compagnie néerlandaise très bien gérée et qui va devenir, ensemble, vont devenir donc la plus grande compagnie aérienne mondiale. Est-ce que vous vous rendez compte l'événement que ça représente ? Et quand on parle de certains échecs français et autres, là, voilà une réussite éclatante, et pour l'Europe, et pour la France."

Alors est-ce que mariage signifie absolument privatisation, est-ce que l'Etat va totalement se retirer de cette nouvelle entité Air France / KLM ?

- "Déjà, depuis le mois de mars où j'ai passé la loi des conditions de privatisation, il est certain qu'Air France sera privatisée. Et avec le rapprochement KLM/ Air France, par les échanges d'actions, l'Etat va passer en dessous de la barre des 50%, donc Air France sera une entreprise non nationalisée, donc privée. Et puis ensuite, progressivement, l'Etat baissera son capital en dessous de 20%, largement en dessous de 20%."

Est-ce que la synergie entre les deux compagnies va être effectivement immédiate et complète ? Je pense, par exemple, aux aéroports, entre Roissy-Charles-De-Gaulle et l'aéroport de Schiphol à Amsterdam.... ?

- "C'est un des buts de la synergie, on peut dire de KLM + Air France, ou de Air France + KLM, c'est d'avoir deux " hubs ", c'est-à-dire deux endroits, deux aéroports dédiés en très grande partie à ces compagnies ou au nouveau groupe, qui peuvent recevoir l'augmentation de trafic dans les prochaines années. Donc là encore, ce sont deux outils ou lieu d'un pour Air France."

Et il n'y aura pas un troisième aéroport en France du coup ?

- "Il n'a jamais été question d'un troisième aéroport en France. On a fait rêver quelquefois les gens avec un troisième aéroport. Peut-être que dans 20 ans, 25 ans ou 30 ans, il faudra vraiment l'imaginer et le construire, mais aujourd'hui, avec le potentiel que représente Schiphol, à la fois les voisins, les riverains de Roissy peuvent être rassurés.."

Il y aura délestage de Roissy sur Schiphol à Amsterdam ?

- "Nous, ce que nous voulons, c'est que le bruit à Roissy n'augmente pas et diminue. J'ai déjà pris des mesures pour cela, par exemple il y a beaucoup moins de vols de nuit à Roissy entre 0 et 5H00. Il y a 25% de vols en moins. Avec Schiphol, Air France et KLM vont pouvoir s'arranger pour que les deux aéroports puissent servir de " hub " à chacune des compagnies."

Les marchés boursiers ont réagi hier après-midi de façon un peu mitigée à ces annonces, l'action KLM a reculé à Amsterdam, celle d'Air France à Paris.

- "Oui, enfin il faut voir d'où vient Air France. Air France, au début de l'année, était à 7 euros. Aujourd'hui, l'action d'Air France est autour de 13 euros, c'est presque un doublement, c'est montrer tout le potentiel de cette compagnie et les espérances qu'elle suscite dans le monde des investisseurs."

Alors donc, le grand mariage, après le grand mariage Air France / KLM, un autre grand chantier, toujours dans le secteur du transport, vous faites un tour d'Europe ce que l'on appelle publiquement la continuité du service public, c'est une façon élégante de dire comment faire pour éviter la grève, disons-le. Vous avez déjà visité Lisbonne et Rome, vous allez visiter Madrid, Bruxelles et Berlin, avec 11 syndicats de la RATP et de la SNCF. L'idée c'est quoi ?

- "11 sur 15."

Oui.

- "Alors, pas tout à fait pour éviter la grève, parce que la grève c'est un droit imprescriptible qu'il faut évidemment respecter, on est dans un pays de droit. Mais en même temps, comme je connais l'attachement des syndicats, aussi bien de la SNCF que de la RATP, à la fois au droit de grève bien sûr, mais à la continuité du service public, je voudrais savoir comment est-ce qu'ailleurs, on peut à la fois marier le service public avec le droit de grève, et on voit des expériences considérablement différentes par rapport à la France. Aussi bien, par exemple au Portugal, aujourd'hui, qu'en Italie, et demain, peut-être en Allemagne et en Belgique, où les syndicats sont extrêmement responsables, et disent : " on fait grève mais on ne veut pas priver totalement les autres travailleurs, les mères de famille, les étudiants...""

Ceux qui en ont le plus besoin d'ailleurs souvent.

- "Du droit qui est un vrai droit, c'est celui de la mobilité en France."

Donc en fait dans ces pays-là, souvent, quand il y a une journée de grève, dans cette journée de grève, il y a deux heures de trafic normal, c'est ça l'idée.

- "Par exemple. Il y a des pays qui disent, de telle heure à telle heure, même si on fait grève il n'y aura pas de baisse de l'intensité des transports, et puis il y a d'autres pays qui disent : toute la journée, il faut au moins 20 %, 30 % ou 50 % de navettes ferroviaires ou de métro pour assurer ce minimum de transport. Donc comment concilier le droit de grève avec le service public, c'est tout l'enjeu."

Vous les avez trouvés comment les syndicats dans vos journées pédagogiques si je puis dire ?

- "Très ouverts, très réceptifs, et les syndicats italiens, l'équivalent de la CGT, de la CFDT, de FO, la CFTC, en Italie ou au Portugal, très pédagogues, très pédagogues, pour montrer à quel point ils sont attachés au droit.."

Vous les aviez prévenus, c'est ça ?

- "On avait prévenu qu'on allait venir, donc ils nous ont gentiment reçus, mais ils nous ont surtout, pendant des heures et des heures, montré que le droit de grève était conciliable avec le maintien du service public, et donc évidemment cet échange était à la fois très intéressant, mais en même temps émouvant entre des syndicats de pays voisins, pays européens, qui savaient se parler, se comprendre, et peut-être piocher, ici ou là, de bonnes idées pour la France."

Vous ne parlez jamais de service minimum, c'est un mot tabou ?

- "Pourquoi employer des mots qui fâchent ? La continuité du service public, c'est pas mal, ça veut bien dire ce que ça veut dire. Je sais que le service minimum, ça a un effet un petit peu, vous savez coercitif, imposé, revanchard. Alors, on parle de continuité du service public. Tout le monde est attaché au service public. Utilisons le mot."

Alors parlons maintenant de l'infrastructure des grands chantiers, puisque, là aussi, les routes, les canaux etc, ça dépend de vous. Vous aviez des grands projets... et puis le financement manquait, et du coup vous êtes obligé de renégocier avec F. Mer.

- "Ce n'est pas tout à fait ça. Quand on est arrivé, on avait fait un audit vraiment des infrastructures qui étaient promises, dans la France entière, on s'apercevait que ces infrastructures c'était des promesses verbales et que derrière, il n'y avait aucun financement. Donc nous réfléchissons actuellement avec F. Mer et avec le Premier ministre comment moderniser la France, comment équiper la France en modes de transport vraiment différents - le rail, la route, les voies fluviales, le transport aérien - pour que la France soit un pays moderne encore dans 15 ans et malgré, ou avec, l'élargissement de l'Europe, et comment financer tout cela, raisonnablement, sur la durée."

Parce que ce sont des grands projets comme ça qui, à la fois, tirent l'emploi...

- "Exactement."

... font de l'emploi industriel, font de la croissance.

- "Ce sont des projets comme ça qui, pendant leur réalisation, créent des emplois et de la croissance et, une fois qu'ils sont réalisés, génèrent autour de ces axes d'infrastructures - systématiquement, on l'a toujours vu - du développement économique. Donc c'est une façon de préparer l'avenir de la France."

Aujourd'hui, enfin dans quelques minutes, vous vous rendez à Blois pour une journée organisée par la Sécurité routière qui s'appelle " Motard d'un jour ". On a vu que, notamment à Paris d'ailleurs, le nombre d'utilisateurs de deux roues augmente énormément. Et puis, le 15 octobre, il y a une grande semaine sur la Sécurité routière. Votre préoccupation, aujourd'hui, c'est quoi ? C'est à la fois d'alerter les automobilistes, les motards ? De faire encore baisser le chiffre des tués sur la route ?

- "Ma préoccupation, ce n'est pas de montrer du doigt les motards, ma préoccupation c'est de dire les pouvoirs publics doivent, c'est vrai, améliorer, et nous le faisons, les infrastructures pour que les motards s'y sentent davantage en sécurité. Mais aussi les motards doivent faire des efforts considérables, parce qu'aujourd'hui par exemple, 70 % des motards dont on relève la vitesse, dépassent la vitesse qui est prescrite. Or ils payent un tribut énorme. Savez-vous que les utilisateurs de deux roues sont largement plus blessés évidemment que les automobilistes, il y a 1500 utilisateurs de deux roues qui, chaque année, meurent sur les routes. Ceci est inadmissible, inacceptable, et donc on doit faire tous ensemble, chacun dans son rôle, les pouvoirs publics ou les utilisateurs de deux roues, des efforts pour essayer de faire des économies de vies humaines."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 3 octobre 2003)

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