Interview de Mme Brigitte Girardin, ministre de l'outre-mer, à "Kan-Kan" le 6 octobre 2003, sur la mise en oeuvre de la loi de programme pour l'outre-mer, le développement économique, notamment l'industrie touristique, RFO et les grandes orientations du budget pour 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Brigitte Girardin, ministre de l'outre-mer, à "Kan-Kan" le 6 octobre 2003, sur la mise en oeuvre de la loi de programme pour l'outre-mer, le développement économique, notamment l'industrie touristique, RFO et les grandes orientations du budget pour 2004.

Personnalité, fonction : GIRARDIN Brigitte, SEYMOUR Jean-jacques.

FRANCE. Ministre de l'outre-mer

ti : 1) En quelques mots, quelle est la rentrée de votre ministère ?

Brigitte GIRARDIN :

L'action que j'entreprends cette année s'articule autour de deux objectifs majeurs : Tout d'abord j'entends mener à leur terme les chantiers engagés.

Il s'agit de rendre totalement effective la loi-programme en publiant dans les meilleurs délais ses décrets d'application.
De même il faut tirer toutes les conséquences de la révision constitutionnelle en fonction des souhaits exprimés par les collectivités concernées, notamment si elles expriment clairement le voeu de soumettre à leurs électeurs un projet d'évolution institutionnelle qui ne peut être que le leur, et en aucun cas celui du gouvernement.

D'autre part, il m'apparaît nécessaire de prendre mieux en considération les souhaits et les attentes de ceux qu'on appelle communément le " 5e DOM ", c'est-à-dire des originaires d'outre-mer vivant dans l'hexagone jusqu'ici bien souvent négligés. Il convient qu'ils trouvent la place pleine et entière qui leur revient, sans renier leurs liens affectifs et familiaux avec leur région d'origine.

Le projet de centre culturel et d'affaires de l'outre-mer soutenu par le Président de la République devra être au coeur de Paris la vitrine des économies et des cultures ultramarines.Améliorer la visibilité de l'outre-mer en France métropolitaine est un des axes de la politique que je mène.Il s'agit de renforcer l'unité nationale par une meilleure connaissance de toutes les composantes de la société française et une meilleure prise en compte de sa diversité culturelle.

Mais je n'oublie pas d'autres chantiers comme le passeport-logement pour mieux accueillir les jeunes qui viennent en métropole, et l'élargissement du passeport mobilité, notamment aux sportifs venant s'entrainner en métropole ou devant se déplacer pour participer à des compétitions.

2) Les questions économiques

a) La loi-programme entre petit à petit en vigueur, mais des points noirs subsistent. Le tourisme s'essouffle. L'inquiétude grandit chez les professionnels à la veille de la haute saison. Quelles mesures concrètes proposez-vous après la tenue du comité interministériel du tourisme présidé par le Premier ministre ?

Brigitte GIRARDIN :

L'outre-mer français et les Antilles-Guyane en particulier disposent d'atouts incontestables pour un développement durable de l'activité touristique : une situation géographique avantageuse, des richesses naturelles et culturelles variées, un environnement protégé, un excellent niveau d'équipement et de sécurité.

Le tourisme représente par ailleurs une activité structurante et créatrice d'emplois, générant une forte valeur ajoutée et adaptée aux aspirations de la jeunesse.

C'est pourquoi, avec le Secrétaire d'Etat au tourisme, M. Léon BERTRAND, nous avons souhaité contribuer de façon active à la relance du secteur de l'industrie touristique, plus particulièrement nécessaire aux Antilles, en étroite coordination avec les professionnels et les collectivités locales. C'est dans ce cadre que nous avons lancé, dès le mois de décembre dernier, un plan d'urgence décliné en une vingtaine de mesures dont la mise en place, évaluée périodiquement, se poursuit de façon satisfaisante.

Parmi ces mesures, je ne citerai que la campagne de promotion des destinations ultramarines qui vient tout juste d'être lancée en métropole et à l'étranger par Maison de la France et son nouveau " Club outre-mers " sous le thème fédérateur " la France des 3 Océans ".

Ce plan de relance est complété par une action en profondeur engagée dans le cadre de la loi de programme pour l'outre-mer. Un soutien marqué au secteur du tourisme est ainsi apporté au travers de l'exonération accrue des charges sociales, conjuguée à un soutien fiscal renforcé des investissements réalisés dans le cadre d'opérations de réhabilitation et de rénovation hôtelières ou de la navigation de plaisance.

Ainsi que vous le rappelez, le Premier ministre a en outre réuni le 9 septembre un Comité interministériel sur le tourisme, le premier depuis vingt ans. Ce comité a défini une nouvelle stratégie nationale de développement touristique pour les dix ans à venir, qui confirme l'objectif de développement durable du tourisme outre-mer et fixe le principe de la tenue, avant la fin de l'année, d'Assises nationales du tourisme au sein de laquelle l'outre-mer aura toute sa place.

b) Sur la banane : Les récentes décisions des professionnels et du monde politique aux Antilles, le coup de main du gouvernement avec ses prêts à taux zéro sont-ils suffisants pour donner un nouveau coup de fouet à la filière et redonner espoir aux planteurs ?

Brigitte GIRARDIN :

Au-delà des mesures d'urgence prises par le gouvernement ces derniers mois (mission conjointe des ministères de l'outre-mer et de l'agriculture sur le terrain et octroi de prêts à taux zéro) pour aider les planteurs à survivre en ces périodes de crise chronique (2003 n'étant pas meilleure que 2002), je note un certain nombre d'initiatives et de mesures locales, régionales et nationales, qui permettent d'être raisonnablement optimiste pour l'avenir de la filière " banane " antillaise.

La création du " Front de promotion de la banane antillaise " constitue à cet égard un signe fort de mobilisation des pouvoirs publics au côté des socio-professionnels pour préparer les grandes échéances à venir (élargissement et passage au régime uniquement tarifaire).

De même, le choix des groupements martiniquais de se regrouper en une union, dans le double but de renforcer la position de la banane martiniquaise sur le marché et de faire baisser les coûts de production par l'accès à des intrants moins chers, doit être salué. Enfin, comme nous en sommes convenus avec les acteurs de la filière en février dernier, Hervé Gaymard, ministre de l'agriculture, et moi-même, attendons les propositions des professionnels pour définir le cadre d'une nécessaire réforme de l'OCM-banane, que nous présenterons vers la fin de cette année à la Commission européenne.

Tous ces efforts conjoints pour défendre ce secteur sont justifiés, compte tenu de son importance dans les économies locales.

c) Le transport aérien : Précisez votre vision de la continuité territoriale qui semble ne pas être la même que celle du collectif des antillo-guyanais ?

Brigitte GIRARDIN :

Pour la première fois, un gouvernement s'est véritablement attaqué à défense de la continuité territoriale. Après la mise en oeuvre, dés l'été 2002, du passeport mobilité qui concerne quelques 10 000 jeunes chaque année, la loi de programme pour l'outre-mer a concrétisé des avancées très importantes dans le domaine de la continuité territoriale. Pour la première fois, en effet, la nécessité d'assurer la continuité territoriale avec la métropole est inscrite dans la loi. Une dotation de continuité territoriale, allouée à chaque collectivité d'outre-mer, permettra ainsi, en 2004, aux résidents de bénéficier d'un billet de transport aérien vers la métropole à tarif réduit chaque année. En outre, des exonérations de charges sociales seront désormais accordées aux compagnies privées desservant l'outre-mer, ce qui devra se répercuter sur les tarifs des liaisons avec la métropole, mais également sur ceux de la desserte de proximité de l'outre-mer.

d) La question audiovisuelle : L'intégration de RFO au sein de France télévision souhaité par le gouvernement n'est-elle pas de nature à mettre en péril la production locale déjà bien maigre. Et au fond, à quoi sert une nouvelle réforme de ce service public ?

Brigitte GIRARDIN :

Le monde audiovisuel connaît outremer, comme en métropole, des mutations importantes. Le développement de nouveaux modes de diffusion, la diversification de l'offre de programmes, transforment les conditions dans lesquelles les sociétés nationales de programmes doivent remplir leurs missions de service public. RFO ne peut rester bien sûr à l'écart des évolutions en cours et doit imaginer dès aujourd'hui les moyens de mieux répondre aux attentes et aux aspirations des téléspectateurs ultramarins.

Il apparaît donc aujourd'hui nécessaire d'engager avec RFO l'élaboration d'un contrat d'objectifs et de moyens, et de préciser ainsi les axes stratégiques de l'entreprise pour les années à venir. Dans cette perspective, les ministères de l'outre-mer, de la culture et de la communication, ont rédigé un document d'orientations. Ce texte de travail a été soumis à l'entreprise et constitue une base de dialogue avec toutes les parties concernées. Il place au coeur de ses préoccupations la question de la production.

Dans ce document est évoquée l'idée du rapprochement de RFO à la holding France Télévisions. Ce rapprochement permettrait à RFO de bénéficier de la dynamique d'un groupe important sans pour autant perdre son identité. Il permettrait également d'accroître la visibilité de l'outre-mer en métropole. Bien entendu l'identité et les spécificités de RFO seraient préservées au sein de la holding.

3) Le Budget

Quelles seront les grandes orientations ?

Brigitte GIRARDIN :

Les grandes orientations du budget du ministère de l'outre-mer concernent l'emploi, le logement et le soutien aux collectivités locales.

Les crédits pour l'emploi, regroupés au sein du FEDOM, représentent plus de 42 % du budget de mon ministère. Depuis mon arrivée, j'ai mis l'accent sur le développement de l'emploi durable dans les entreprises du secteur marchand. Cette orientation des moyens du FEDOM se fait principalement au travers des contrats d'accès à l'emploi, sans remettre en cause les moyens consacrés aux emplois aidés, essentiellement les CES. De même, concernant les emplois jeunes, un dispositif dérogatoire a été mis en place l'an dernier et sera maintenu en 2004.

Les efforts concernant le logement représentent plus des 2/3 du budget d'investissement de mon ministère. Mon objectif est d'optimiser l'offre de logements afin de mieux répondre aux besoins liés à la croissance démographique et de lutter contre l'exclusion sociale grâce à un effort soutenu de la résorption de l'habitat insalubre. Je m'attache par ailleurs, en complément de cet effort financier, à assouplir les procédures et à traiter les problèmes relatifs au foncier.

Le soutien aux collectivités locales enfin constitue un moyen important du ministère pour accompagner les transferts de compétences, comme c'est le cas en Nouvelle-Calédonie, ou encore pour participer à la prise en compte de besoins spécifiques soit au titre de la continuité territoriale comme la desserte maritime à Saint-Pierre-et-Miquelon ou à Wallis-et-Futuna, ou encore de besoins cruciaux pour certaines collectivités comme par exemple les besoins de construction et d'équipement des établissements scolaires à Mayotte.

Par ses interventions multiples qui concernent l'ensemble des activités économiques et sociales de l'outre-mer, le ministère participe pleinement au côté des collectivités locales à la définition des conditions d'un développement économique et social durable.

Je vous rappelle en outre que le ministère de l'outre-mer ne représente que 11 % environ des dépenses de l'Etat outre-mer. Il est donc de ma responsabilité d'intervenir auprès de mes autres collègues du Gouvernement, pour qu'en complément des moyens de mon ministère, ils mettent en place les financements et les moyens propres à satisfaire les besoins de l'outre-mer qui relèvent de leur compétence. Sachez que je veille continûment à la cohérence de l'action de l'Etat outre-mer et à la prise en compte de ses particularités.

4) Le 5ème DOM
Au travers des multiples associations présentes sur le territoire, le ministère peut-il intervenir pour aider ce 5ème département à donner une image positive des Antilles et de la Guyane ?
Quelles mesures comptez-vous prendre pour traquer les associations dont le seul objectif est d'avoir des subventions qui servent à tout sauf à l'objectif qui est le leur ?

Brigitte GIRARDIN :

Plus d'un million de nos compatriotes ultramarins vivent dans l'hexagone. Le grand nombre d'associations témoigne de la qualité et de la vitalité de ce qu'il est coutume d'appeler le " cinquième DOM ". Elles sont un lien précieux avec ces terres d'outre-mer qu'elles nous font connaître et aimer. Elles sont autant de signes forts de l'engagement de nos compatriotes ultramarins de métropole dans la vie de notre pays et de notre République.

Ensemble, nous devons travailler à la reconnaissance et à la défense des cultures et des identités ultramarines en métropole. Leur donner une plus grande visibilité et leur accorder la place qu'elles méritent ne sera pas toujours chose aisée, nous le savons, mais nous devons avancer pour que l'outre-mer soit reconnu comme un fondement essentiel de notre identité collective et une part irremplaçable de notre communauté nationale. C'est dans cette perspective que le travail et l'action des associations sur le terrain deviennent exemplaires : manifester la présence des cultures ultramarines permet de bousculer l'indifférence ou le préjugé.

Les associations peuvent également jouer le rôle de porte-parole de la communauté ultramarine résidant en métropole. Je réfléchis aujourd'hui aux outils qui nous permettraient de mieux connaître l'opinion de nos compatriotes ultramarins sur les sujets qui les intéressent directement. Le relais associatif pourrait-être cet instrument.

(Source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 9 octobre 2003)

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