Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, dans "Le Moniteur" le 24 octobre 2003, sur la politique du logement et de l'aménagement urbain, les priorités en matière de grandes infrastructures, l'ouverture des services publics à la concurrence, la décentralisation et la politique du développement durable. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, dans "Le Moniteur" le 24 octobre 2003, sur la politique du logement et de l'aménagement urbain, les priorités en matière de grandes infrastructures, l'ouverture des services publics à la concurrence, la décentralisation et la politique du développement durable.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre, FABRE Bertrand, PERRIER François.

FRANCE. Premier ministre

ti : Il paraît que quand le Bâtiment va, tout va. Le secteur de la construction peut-il être un levier pour la politique économique et sociale du Gouvernement?

J'ai une vision très positive du secteur de la construction. C'est un secteur qui a fait ses preuves en matière de développement économique et d'aménagement du territoire. C'est une activité qui est un moteur pour la croissance, et qui joue en plus un rôle majeur pour la cohésion sociale, pour la cohésion territoriale, pour la création d'emplois et leur répartition sur le territoire.
J'ai beaucoup d'estime pour les professionnels de ce secteur. Au cours de cette année 2003, où le premier semestre a pourtant connu une croissance négative, avec un contexte international de ralentissement, le BTP a créé 13 000 emplois entre janvier et juillet. C'est une belle performance !
La construction est à l'évidence un secteur stratégique pour l'économie de la France, et pour notre stratégie de croissance durable, parce que les entreprises de ce secteur ont une activité directement liée à la capacité de production de projets d'avenir.

C'est pour cela que le gouvernement soutient pleinement cette logique de projets qui est au c¿ur de notre vision d'une république décentralisée.

Quelles sont les priorités de la politique du logement, et particulièrement du logement social?

Le logement a une fonction essentielle, je dirai pivot, de la cohésion sociale. Aujourd'hui, encore plus que dans le passé, les problèmes de cohésion sociale sont souvent liés aux problèmes du logement : que ce soit l'organisation nouvelle des familles, la solitude des personnes âgées, ou les difficultés des exclus. Tout ce qui dans notre société est sujet à réflexion sociale rencontre, à un moment ou à un autre, la problématique du logement. Et je crois vraiment que le logement doit être perçu non seulement comme une activité mais aussi comme une valeur sociale majeure. C'est pour cela que nous avons voulu, avec la loi urbanisme et habitat, avec la loi rénovation urbaine et d'autres textes, mettre en oeuvre une mobilisation nationale sur des objectifs précis qui sont ceux du développement du logement.
Nous avons construit, en 2002, 56 000 logements locatifs sociaux. Ce sera au moins autant en 2003. Et je pense que, grâce notamment à la baisse du taux du livret A, nous pouvons viser un objectif plus ambitieux de l'ordre de 80 000 nouvelles constructions l'an prochain, dont naturellement les constructions et reconstructions dans le cadre des opérations de rénovation urbaine.

Beaucoup de nos quartiers ou banlieues, édifiés à la hâte lors des années de reconstruction ou d'urbanisation, sont aujourd'hui à repenser. Comment peut-on les rendre conformes aux aspirations des Français?

Nous avons des taux d'intérêt historiquement bas, et une partie des Français sont aujourd'hui à la recherche d'un logement. C'est donc pour nous un axe économique et social ; c'est un élément très important pour traiter l'une des plaies de la société française, provoquée par notre déstructuration urbaine. C'est pour cela que nous allons rénover 150 quartiers, pour lesquels nous voulons engager une rénovation complète, en partenariat avec les organismes d'HLM et avec les collectivités locales, de manière à ce que tous soient partenaires de cette dynamique.
J'ajouterai que nous avons une priorité: l'accession à la propriété. 56% des Français sont propriétaires de leur logement, et un grand nombre aspire encore à le devenir. Dans l'Agenda 2006, nous fixons des objectifs importants d'accroissement du nombre d'accédants à la propriété. C'est un programme ambitieux, mais il correspond aux aspirations de la société française.

Les Français constatent la disparition progressive des commerces de proximité alors que, selon un récent sondage, ces commerces sont pour eux un critère déterminant du choix de leur lieu d'habitation. Comment peut-on revitaliser ces commerces?

Je garde les mêmes convictions que celles qui m'animaient lorsque j'étais ministre du commerce et des PME. La société française n'est pas construite pour résoudre ses problèmes par le gigantisme et la concentration. La société française vit par le lien social; le pacte républicain, c'est le vivre ensemble de la France, alors que le gigantisme et la concentration, y compris commercial, ont contribué à déstructurer en partie le lien social. C'est pour cela que nous tenons beaucoup à ce que dans nos opérations de rénovation urbaine, par exemple le rez-de-chaussée des petits bâtiments collectifs - puisque nous voulons des maisons individuelles et des petits collectifs plutôt que le retour à ces barres et tours infernales- la priorité soit donnée au petit commerce, au commerce de proximité, aux petites entreprises. Il faut réserver les rez-de-chaussée de ces rénovations à ce type d'activité économique qui est un élément majeur de la cohésion sociale, mais aussi parce qu'il produit du service et crée des emplois. D'où notre politique de soutien au commerce. Je pense notamment au Fisac: il doit participer au financement des initiatives de cette nature en complément du texte sur l'initiative et la création d'entreprises que Renaud Dutreil a défendu au Parlement. Encore une fois, c'est un élément très important de la vie sociale et de la cohésion d'un quartier. Il y a des sociétés qui ont mieux réussi que nous leur aménagement urbain. Le président de la République citait l'exemple japonais, où les immeubles élevés sont réservés aux bureaux et où on réserve une place très importante au commerce de proximité. Il doit y avoir, au travers du commerce de proximité, une vraie stratégie de centre ville, avec des commerces de quartier et avec des centres commerciaux intégrés à ces quartiers, le tout avec un habitat à dimension humaine, et non plus avec cette logique forcenée d'attractivité sur des kilomètres, qui certes atteint ses objectifs d'attractivité, mais qui ne participe pas à l'animation sociale quotidienne.

La France doit continuer à s'équiper, même si les disponibilités budgétaires sont limitées. Pensez-vous que les contrats de partenariat public-privé soient une bonne solution?

C'est une bonne perspective. Nous discutons avec les professionnels pour faire en sorte qu'ensemble nous soyons dans une stratégie gagnant-gagnant pour l'ensemble des professions. Les Romains, avec leurs aqueducs, avaient déjà montré la voie, ce n'est donc pas une nouvelle procédure. Mais quand j'entend Tony Blair dire qu'il va confier au secteur privé la création de cent hôpitaux nouveaux, je vois bien que nos partenaires européens doivent aujourd'hui faire face à leurs besoins d'équipements collectifs, y compris de transport, par une mobilisation très forte de l'investissement privé. Ces initiatives créent donc des possibilités nouvelles d'investissement, et c'est très important compte-tenu de l'endettement non seulement de l'Etat mais aussi des agents économiques publics ; nous souhaitons leur développement.

Quelles sont vos priorités en matière de grandes infrastructures?

Il nous faut un vrai plan national des infrastructures de transport, c'est à dire qu'il nous faut choisir à l'horizon 2020 - 2025 les grandes infrastructures qui sont les priorités nationales - nous allons faire cela dans le courant du mois d'octobre - et nous aurons dans le courant du mois de novembre un comité interministériel d'aménagement du territoire qui définira les premières phases des projets retenus. Pour cette première phase des infrastructures de transport, je souhaite que la priorité soit donnée à la bonne connexion de la France avec le tissu européen. Les liaisons ferroviaires avec l'Espagne via Perpignan, le franchissement des Alpes - notamment avec le projet de ligne Lyon-Turin -, le TGV avec la liaison à Strasbourg et la connexion avec le système allemand ICE de l'autre côté de la frontière, sont des éléments très importants. Ils font partie de cette mobilisation ferroviaire, avec le TGV Bretagne, le TGV Atlantique et autres grands projets que je ne peux tous citer. Une carte les identifiera, pour montrer que le ferroviaire va prendre une place très importante.
Mais nous ne voulons pas limiter les efforts au ferroviaire: nous ferons également des efforts sur les routes qui, avec la décentralisation, vont donner lieu à de nouvelles compétences et donc à nouvelles initiatives. Je pense évidemment aussi à d'autres formes de transport. Nous avons demandé au sénateur Henri de Richemont un rapport important sur le cabotage et sur les infrastructures mer-fer, mer-route pour que sur l'Atlantique et sur la Méditerranée, nous avons des capacités de cabotage et d'organisation logistique pour permettre le développement des communications et en particulier de bases logistiques. En matière aérienne, nous poursuivrons les études engagées en ce qui concerne Notre-Dame des Landes, dans la perspective de développement d'un grand aéroport pour l'Ouest de la France.
Nous avons aussi un certain nombre de projet qui nous viennent des territoires. Je pense à la proposition qui est faite par le Nord-Pas-de-Calais du canal Seine-Nord, par exemple qui fait partie des projets à étudier dans le cadre de ces grandes infrastructures d'avenir.
Nous avons là une logique de cohérence nationale, comme il en a existé dans le passé avec le schéma directeur, qui avait été brouillé par des schémas de services touffus et confus. Nous devons avoir une carte des grandes infrastructures qui permettent de faire face aux besoins de communication de la France, et aux besoins d'intégration de notre pays dans le nouvel espace européen. Cet objectif doit être poursuivi en faisant en sorte que les exigences environnementales puissent être partagées entre la route, le fer, l'aérien, le maritime, et qu'on n'ait pas cette concentration que nous avons quelquefois comme c'est le cas dans la vallée de Chamonix où je compte beaucoup sur le Lyon-Turin pour pouvoir améliorer les conditions de communication. Face à la croissance des échanges, il faut la diversité des infrastructures. Pour cela il faut reconstituer des capacités de financement, y compris chez les opérateurs. Notre pays en a vraiment besoin et, de ce point de vue là, le partenariat public privé, la décentralisation, et la mobilisation de tous les acteurs sont nécessaires.

Les Français sont très attachés à leur modèle de services publics. L'Union européenne ne constitue-t-elle pas un risque de remise en cause?


L'Europe n'est pas une menace, l'Europe est un projet, et la France n'a pas d'avenir hors de l'Europe. L'Europe est un projet à renouveler chaque jour et je pense que l'année 2004 sera l'année d'un très grand rendez-vous européen. Nous avons en 2004 trois grandes échéances qui seront décisives pour l'avenir de la France en Europe. D'une part le 1er mai, l'entrée en vigueur du traité d'Athènes, qui permettra l'intégration de10 nouveaux Etats membres et qui constitue un événement très important. ; deuxièmement, la fin de la Conférence inter-gouvernementale et l'adoption, je l'espère, du traité constitutionnel suite au travail fait par la Convention présidée par Valéry Giscard d'Estaing ; enfin les suites de l'initiative européenne de croissance pour laquelle Allemands et Français ont apporté une contribution importante dans la ligne des propositions de la Présidence italienne.. En effet, l'Europe ne peut pas se limiter aux débats institutionnels: elle doit aussi penser à ce qui est la première préoccupation des Français, l'emploi, et par conséquent se mobiliser pour la croissance, puisque c'est la croissance qui est source d'emplois. Dans ce contexte là, nous avons une vision très européenne, dans une nouvelle Europe avec un nouveau périmètre, avec de nouvelles institutions, avec de nouvelles formes d'organisation, notamment une Europe plus politique avec un Conseil européen plus stabilisé, et non plus ces présidences par semestre qui donnent une instabilité à l'Europe.
C'est dans ce nouveau contexte que la France devra faire valoir un certain nombre de ses valeurs, y compris celles qui concernent sa diversité culturelle et le service public. Il va de soi que notre service public doit rendre un service adapté au public, c'est à dire un service efficace, un service rapide et diversifié dans ses modes d'exercice. La Poste, par exemple, est en train de faire un effort considérable sur ses plates-formes logistiques. Elle a des investissements importants à faire pour être une grande entreprise de logistique avec la capacité de faire face à l'ouverture des marchés puisque nous allons vers une Europe dans laquelle il y aura de moins en moins de monopoles.
Le service public doit donc garder sa culture, doit garder ses valeurs, mais en se montrant ouvert. Les marchés de l'électricité, un certain nombre d'autres qui étaient jusqu'à maintenant monopolistiques, demeurent des marchés plus ouverts. Nous bénéficions de cette ouverture. Par conséquent, la France doit permettre à son service public de trouver sa place dans cette nouvelle donne. Ce sera une chance réelle d'avoir un service public modernisé, avec une fonction publique remotivée, et qui peut tenir toute sa place dans la vie économique et sociale. Les français, d'ailleurs sont dans cet état d'esprit : ils ont un double souci de qualité des prestations pour chacun et d'efficacité globale des réseaux de services, dans un esprit de responsabilité. C'est pour cela que je crois à l'avenir du service public et je crois à la modernité des services publics, dans un contexte qui est celui du XXIème siècle, de la société de l'information et des nouveaux réseaux de communication. Je suis très confiant sur les débats qui sont actuellement menés sur ce point par Jean-Paul Delevoye autour de l'idée d'évaluation et du développement de l'accessibilité.

La décentralisation peut-elle constituer un levier pour la réforme de l'Etat?

Le lien est très fort. Nous avançons simultanément : car la décentralisation et la réforme de l'Etat sont les deux versants d'un même sujet. La réforme de l'Etat doit tendre vers une organisation structurée, modernisée, avec une dimension stratégique renforcée. L'Etat est en charge principalement des valeurs de la cohérence, et les collectivités territoriales sont en charge principalement des valeurs de la proximité. Il faut que chacun assume bien ces services aux Français: l'Etat la cohérence et les collectivités la proximité.
Nous sommes en train de réformer l'Etat ministère par ministère. D'ores et déjà le ministère des Finances a engagé une réforme importante, le ministère de l'Intérieur également, nous sommes en train de travailler sur une simplification des représentations de la France à l'étranger. D'ici avant la fin de l'année, chaque ministre devra présenter au Parlement son projet de réforme de son propre ministère.
Il y a là une dynamique administration par administration, mais il y a aussi la décentralisation qui est pour moi un des leviers majeurs de cette réforme de l'Etat: à partir du moment où des compétences nouvelles sont confiées aux collectivités territoriales, il est évident qu'il y a un changement fondamental, dans la formation professionnelle, dans les infrastructures de transport, dans un grand nombre de sujets. Le transfert de compétences va porter sur près de 15 milliards d'euros; c'est donc un transfert de compétences très important.
Le Parlement va voter sa quatrième loi sur la décentralisation, et il y en aura une cinquième sur le financement. Nous aurons fait en dix-huit mois cinq grandes lois de décentralisation. Progressivement la décentralisation va entrer dans la vie quotidienne des Français. Ce ne sont pas des réformes très spectaculaires, mais je suis sûr que ce sont des réformes qui seront populaires quand elles seront perçues, parce qu'on verra que le maire, le président de département ou le président de région ont des moyens nouveaux pour régler un certain nombre de problèmes, et que l'on peut enfin engager tel ou tel projet au niveau local. Nous avancerons parallèlement en termes de réforme de l'Etat et de réforme des collectivités territoriales, et nous suivrons à la lettre le message que nous a donné le président de la République en Conseil des ministres, suivant lequel l'Etat doit s'imposer à lui-même ce qu'il impose aux autres.

Comment le développement durable s'inscrit-il dans votre action gouvernementale?

Notre projet est de construire une stratégie française du développement durable et donc, avec Tokia Saïfi et Roselyne Bachelot, de mener les travaux nécessaires pour construire cette stratégie nationale du développement durable. Non seulement chaque ministère doit intégrer le développement durable dans son action, mais nous devons aussi nous placer sur un certain nombre de sujets dans le cadre de nos engagements internationaux - je pense au protocole de Kyoto par exemple. Nous devons investir dans des projets d'avenir et c'est pour cela que nous investissons dans le projet Iter pour l'énergie nucléaire de la prochaine génération, pour une forme d'énergie à la fois de sécurité et de qualité. De même, nous avons lancé un programme sur les véhicules propres, pour renforcer la recherche sur le développement industriel et développer l'ensemble des initiatives qui s'inscrivent dans cette logique du développement durable.
Il faut faire en sorte que le développement durable puisse être intégré dans chaque ministère : le ministère de l'aménagement du territoire doit penser en milieux naturels, il doit penser en zones sensibles, il doit protéger notre biodiversité etc. Le ministère du logement doit penser au développement durable pour tout ce qui constitue aujourd'hui les exigences du logement moderne, tel que ses conséquences en matière de qualité de vie, de protection, de sécurité, d'environnement, de lutte contre le bruit. Nous aurons vraiment gagné quand chaque ministère aura intégré la stratégie de développement durable dans sa propre action.
C'est un sujet sur lequel, après le discours du Président de la république à Johannesbourg, et après un certain nombre d'initiatives, c'est un sujet sur lequel à nouveau la voix de la France est entendue. Ainsi, quand nous plaidons pour une organisation mondiale de l'environnement, nous sommes entendus par d'autres pays qui pensent que la France est là bien dans son rôle de porteur de messages universels. La climatologie, les gaz à effet de serre ne sont plus des hypothèses, nous l'avons vécu avec douleur cet été, tout ceci a des conséquences sur la vie quotidienne, sur notre vie humaine.
On doit avoir au fond de soi-même cette claire conscience de la fragilité de la planète et de la fragilité des phénomènes qui sont liés à la vie sur cette planète. Aujourd'hui l'homme a la possibilité d'abîmer, voire de détruire la planète. Il faut qu'il y ait cette conscience partagée dans tous nos investissements, dans tout ce qu'est le développement. Il faut intégrer cette perspective nouvelle, car nous sommes des fils de cette planète qui doivent avoir de la gratitude à son égard, tout en étant conscient de la fragilité de notre planète mère.

Que représente pour vous l'architecture?

Une fonction majeure pour l'équilibre social. Et la création est la valeur centrale de toute société.
Je vous ai dit ce que je pensais du gigantisme. C'est en développant son sens de l'humain et de la mesure que la France peut affirmer son génie. Or l'architecte est le premier de la cordée des responsables de cette création.
J'ai vu d'excellentes créations dans les lycées, qu'il s'agisse de la gestion de la lumière, de l'agencement des volumes ou de la maîtrise des matériaux.
L'architecture peut parvenir à s'exprimer à des niveaux supérieurs. Mais il peut aussi y avoir des échecs, qui ont l'inconvénient de se voir durablement.
L'architecture est un métier à grande responsabilité, à vraie responsabilité. C'est pour cela qu'on ne peut pas traiter sans nuances les membres de cette Profession. Les architectes sont les meilleurs quand ils ne se laissent pas dominer par une pensée unique.

Quelles réflexions vous inspire le Centenaire du Moniteur?

D'abord, la durée mérite d'être saluée en tant que telle. Nous devons faire de l'expérience, de la fidélité et de la durée une vraie valeur. Alors que le zapping et les logiques de court terme sont des logiques dangereuses. La valeur du temps, dans une société attirée par l'éphémère, est une valeur qu'il faut renforcer. Edgar Morin a tout dit lorsqu'il a dit: "Quand l'immédiat dévore, l'esprit dérive".
Un centenaire, c'est donc une réussite exceptionnelle, même s'il y a naturellement des recompositions de famille. Il y a cette trace dans l'histoire qui fait que nous sommes capables, les uns et les autres, de travailler dans des univers qui sont plus grands que nous.
Ce qui est aussi très important aujourd'hui dans l'information, c'est la crédibilité. Beaucoup de médias choisissent de vendre par la curiosité plutôt que par la crédibilité. Par le choc plutôt que par le vrai. La presse professionnelle a sa crédibilité des informations. Et l'on ne peut pas être un bon professionnel sans être abonné au journal de sa profession: cette exigence du métier n'est possible que si l'on est crédible, et durablement crédible. La presse professionnelle ne cherche pas à faire des coups: on l'achète pour comprendre, pour se renseigner sur une entreprise, pour voir ce qui se passe dans une collectivité locale, pour évaluer un marché.
En tant qu'élu local, je connais bien Le Moniteur, et je connais le sérieux de ses correspondants régionaux, qui travaillent sur des faits concrets.
L'avantage considérable de la presse professionnelle, c'est qu'elle est un triple outil: on la lit par plaisir, mais aussi pour se former, et pour travailler. La force des médias de cette nature, c'est qu'ils savent apporter à leurs lecteurs autre chose que de l'éphémère.

( propos recueillis par Bertrand Fabre et François Perrier)

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 29 octobre 2003)

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