Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, dans "L'Express" le 9 octobre 2003, sur la défense de l'Europe sociale et sur les conséquences de l'échec des négociations de l'OMC à Cancun. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, dans "L'Express" le 9 octobre 2003, sur la défense de l'Europe sociale et sur les conséquences de l'échec des négociations de l'OMC à Cancun.

Personnalité, fonction : CHEREQUE François, GANZ Pierre, LHAIK Corinne.

FRANCE. CFDT, secrétaire général

ti : Pierre Ganz et Corinne Lhaïk .- La Confédération européenne des syndicats dont la CFDT fait partie vient de manifester à Rome pour la préservation du volet social de la future Constitution de l 'Europe . Que redoutez-vous ?
François Chérèque .- " Que ce volet dont l'existence n'était pas acquise au départ - nous nous sommes battus pour qu'il soit inclus - soit remis en question par l'Espagne ou certains des pays qui entreront l'an prochain dans l'Union. Une Constitution définit des règles mais aussi des grandes valeurs : le droit à l'emploi, le droit de grève, de manifester, de négocier, sont fondamentaux, et font partie du modèle social européen ".

Pour le syndicaliste que vous êtes, le pacte de stabilité est-il une bonne chose ?
" Les politiques sont malvenus de se plaindre de règles qu'ils ont adoptées à l'unanimité ! Cela dit, elles peuvent et doivent évoluer. Si nous avons une gouvernance budgétaire, avec le pacte, et monétaire avec la Banque centrale européenne, nous manquons cruellement d'une politique économique. En matière industrielle par exemple. C'est bien de rappeler les règles de concurrence en matière de subvention comme le fait la Commission dans le cas de Bull et Alstom, mais il faut aussi des décisions qui aident les entreprises. N'a-t-on pas réussi, grâce à la volonté politique à faire d'Airbus le concurrent de Boeing ? A l'inverse, n'est - il pas aberrant d'appliquer les règles de la concurrence à une entreprise, comme Bull, qui est seule en Europe dans son secteur ? Ne favorise t-on pas, de fait, ses homologues américaines ? "

La relance que la France et l'Allemagne viennent d'annoncer vous satisfait -elle ?
" Cela ressemble beaucoup à de la communication dont on ne voit pas bien le contenu. Et puis, est-il possible que deux pays seulement de l'Union donnent le " la " alors que nous serons bientôt 25 ? "

Justement, avec l'élargissement, l'harmonisation sociale est-elle possible ?
" C'est à nous de faciliter la mise à niveau des nouveaux entrants. Tel n'est pas le cas aujourd'hui : les aides que nous mettons en place pour ces pays sont dix fois moins importantes que celles dont l'Espagne et le Portugal ont bénéficié quand ils sont entrés dans l'Europe ".

Faut-il pour cela créer un impôt européen ?
" Nous y sommes favorables. Le budget européen représente à peine 1% du produit intérieur brut (coupure).Et puis il faut réfléchir à une meilleure répartition des aides : la moitié du budget européen est consacré à l'agriculture. "

L'échec de Cancún est-il un mal pour un bien ?
" Cet échec est un mal pour un mal. Qui en subit les conséquences ? Les pays les plus pauvres : en l'absence de règles internationales nouvelles, ils devront discuter en tête à tête avec les pays riches qui seront ainsi en position de force. L'échec de Cancun, c'est la prime à la loi du plus fort ! Voilà pourquoi nous nous opposons à la démarche des (coupure) alter-mondialistes qui affirment vouloir changer le monde. Mais ils ont tellement de mal à formaliser leurs ambitions que leur seule proposition, c'est " non ". Non à Cancun, non à l'OMC¿ Supprimer l'arbitre du commerce mondial, les libéraux ne demandent pas mieux ! Mieux vaut se battre pour en améliorer les règles ".

Que dites-vous aux Etats qui vous reprochent de faire du protectionnisme parce que vous réclamez qu'ils appliquent les mêmes règles sociales que les pays développés ?
" Ils ont raison sur certains points. Réclamer l'application des mêmes règles qu'en Europe - règles que nous avons mis deux siècles à adopter - c'est les mettre en danger en les empêchant de faire du commerce avec nous ; les syndicalistes de ces pays nous disent " OK pour supprimer le travail des enfants, mais donnez du travail aux parents " ! "

Les ONG sont-elles les alliées des travailleurs ?
" Pas toujours et pas toutes. A Cancún, une organisation comme Oxfam a mené des actions positives, en particulier en défendant les pays les moins développés. Mais d'autres ONG ont poussé à l'échec, je pense notamment à Attac. Voilà de faux amis des pauvres qui ont favorisé le libéralisme et les Etats-Unis plutôt que les pays qu'ils prétendent défendre ".


(Source http://www.cfdt.fr, le 10 octobre 2003)

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