Interviews de Mme Nicole Ameline, ministre déléguée à la parité et à l'égalité professionnelle, dans "Lettre à tous" d'octobre 2003 et à BFM le 30 octobre 2003, sur les grands axes d'action du ministère de la parité et de l'égalité professionnelle, plus particulièrement en matière d'égalité professionnelle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interviews de Mme Nicole Ameline, ministre déléguée à la parité et à l'égalité professionnelle, dans "Lettre à tous" d'octobre 2003 et à BFM le 30 octobre 2003, sur les grands axes d'action du ministère de la parité et de l'égalité professionnelle, plus particulièrement en matière d'égalité professionnelle.

Personnalité, fonction : AMELINE Nicole, MONOD F..

FRANCE. Ministre délégué à la parité et à l'égalité professionnelle

ti : F. Monod -. Je rappelle que vous êtes ministre déléguée à la Parité et à l'Egalité professionnelle."

- "C'est cela."

Je rappelle aussi que vous êtes originaire du pays d'Auge, dans le Calvados, et qu'après une formation d'avocat, vous êtes entré jeune - à 24 ans - en politique, dans le cabinet de M. d'Ornano qui fut votre mentor. Il était alors ministre de l'Environnement et du cadre de vie.

- "Tout à fait.

Vous fûtes sa suppléante à l'Assemblée nationale en 1988, où vous lui avez succédé en 1991, avant d'être élue en 1993, puis réélue en 1995, date à laquelle vous avez été nommée secrétaire d'Etat à la Décentralisation. A nouveau élue en 1997 - bravo - votre famille politique d'origine est celle des libéraux. Je me trompe ?

- "Non, c'est parfaitement exact. Et vous avez raison de citer M. d'Ornano, c'était un homme d'une grande vision politique et qui pensait en 1988 que les femmes n'étaient pas assez nombreuses en politique."

Votre mission en tant que ministre, aujourd'hui, est de promouvoir la parité professionnelle et l'égalité des chances pour les femmes. Et cela tombe bien puisque le Gouvernement vient de décider de donner un coup d'accélérateur à la parité hommes femmes. Qu'est-ce qu'on peut dire aujourd'hui ? Est-ce que les choses se détériorent ?

- "Non, je ne crois pas qu'on puisse dire cela, au contraire. Je considère que la France moderne a besoin de tous ses talents et que l'égalité professionnelle devient véritablement un axe fort, central, de notre stratégie de croissance. Donc, les femmes sont sur le marché du travail, elles y sont nombreuses, même si leur performance n'est pas assez reconnue, mise en valeur, accompagnée. Mais elles sont là et elles représentent aujourd'hui le défi moderne de la compétitivité."

On va passer en revue un certain nombre de mesures que vous souhaitez prendre, cela nous permettra de rentrer un peu dans le détail des choses à faire. D'abord, faciliter ou accélérer le retour à l'emploi des femmes ; on sait qu'il y a un peu plus de femmes chômeurs aujourd'hui que d'hommes.

- "Oui tout à fait. C'est une obligation, à la fois morale et économique, que de faire en sorte que toutes les femmes, singulièrement celles qui ont été victimes de plans sociaux, puissent retrouver très vite, non seulement des raisons d'espérer mais une véritable formation. Nous avons d'ailleurs réussi avec l'entreprise Moulinex, dans le cadre du plan social, à remettre au travail 150 femmes. C'était un pari important. Mais au-delà, je voudrais dire que les femmes ont un taux d'activité qui est important, notamment un des plus importants d'Europe, et qu'il est donc très important de valoriser surtout leur carrière, leur salaire et de faire en sorte qu'elles disposent d'une véritable égalité des chances."

On sait que le temps partiel est très important chez les femmes : 85% du temps partiel est fait par des femmes.

- "Absolument."

C'est normal, c'est subi ou c'est volontaire ?

- "Non, c'est plutôt un effet du système. Il faut dire que les femmes ont été au XXème siècle une forme d'armée de réserve de l'emploi. Elles se sont magnifiquement adaptées au travail mais souvent à des prix ou à des sacrifices réels ; le temps partiel a été pour certaines un choix intermédiaire. C'est une bonne idée mais ce n'est pas toujours l'idéal, et je suis en train de regarder comment nous pourrions améliorer également cet aspect du travail à temps partiel."

Vous voulez aussi favoriser l'accès à la formation professionnelle des femmes. On sait que dans une entreprise, aujourd'hui, les patrons choisissent plutôt, peut-être parce que c'est leur habitude, mais ils orientent, ils choisissent plutôt des hommes. Comment est-ce que vous allez faire ?

- "Nous sommes au XXIème siècle, et il appartient à la société et aux entreprises de mieux s'adapter au travail des femmes. Aujourd'hui, la formation professionnelle doit être effectivement dirigée, je dirais, de manière un petit peu prioritaire vis-à-vis des femmes parce qu'elles n'ont pas, compte tenu de leurs contraintes, eu toujours la possibilité effectivement de s'investir. Mais je fais confiance aux chefs d'entreprises car je sais qu'aujourd'hui ils sont très sensibles à l'idée de valoriser leurs compétences, celles des hommes, celles des femmes, et nous en avons besoin."

Changer les mentalités - parce qu'il s'agit un peu de ça - c'est très difficile. Vous allez donner des incitations particulières, financières ou fiscales, par exemple ?

- "Vous avez raison, c'est une question à la fois de politique et de culture. Il est très important que dès l'école les jeunes filles se sentent totalement libres dans leurs choix professionnels, et que, progressivement nous puissions, par des systèmes tout à fait concrets - je pense notamment aux modes de garde -, les libérer aussi de ces contraintes qui font souvent qu'elles renoncent par avance à des carrières qui seraient plus conformes à leurs diplômes ou à leurs capacités."

C'est un autre point de votre projet : c'est celui d'une meilleure articulation dans les temps de vie, entre le temps du travail et le temps de la famille.

- "Tout à fait. Nous avons la chance en France d'avoir un taux de natalité et un taux d'activité des femmes importants ; c'est un modèle social auquel nous tenons, et il faut effectivement le privilégier avec un partage des responsabilités plus important et plus efficace dans l'entreprise, mais aussi à la maison."

Est-ce à dire que toutes les entreprises, au-delà d'une certaine taille, devront ouvrir une crèche dans leurs locaux ?

- "Non, mais certaines le font déjà. Je pense qu'il n'y a pas de modèle à généraliser, simplement, chaque entreprise doit aujourd'hui s'interroger sur le facteur humain car ce facteur humain ce sera la ressource, la ressource de plus en plus rare, de plus en plus stratégique. Je fais confiance aux chefs d'entreprise pour, dès maintenant, se rendre compte que les femmes, le travail des femmes, va devenir un atout formidable de productivité au sein même de leur propre entreprise."

Je reviens juste sur un autre exemple précis : on sait que les femmes, souvent, quand elles ont fini leur journée de travail elles n'ont pas du tout fini leur journée - elles doivent un peu faire les courses, elles doivent s'occuper des enfants. Comment est-ce que dans le monde de l'entreprise on peut justement aider ou décharger un peu les femmes de cette deuxième journée ?

- "Il y aura deux axes. D'abord, mettre en confiance les femmes dans l'entreprise et leur dire que tout est possible, que les carrières sont possibles, et corriger les déficits, je dirais, "de chance" ou en tout cas les décalages en matière de salaires notamment, qui existent encore trop souvent. Le deuxième axe, c'est de faire en sorte que l'environnement social de l'entreprise se modernise, que la " parentalité " entre dans l'entreprise. Les partenaires sociaux travaillent sur ce sujet ; je m'en réjouis car c'est très essentiel que nous puissions, par des services nouveaux, par une approche nouvelle du management, faire en sorte que, dans un esprit gagnant-gagnant, les salariés, hommes et femmes, puissent à la fois gérer leur famille et s'investir dans l'entreprise."

A l'heure où on parle, les partenaires sociaux, je crois, rentrent en réunion au Medef pour une deuxième séance de négociations sur l'égalité professionnelle. Qu'est-ce qu'on peut en attendre ?

- "De ce point de vue, je crois que l'on peut d'abord se réjouir. Le dialogue social n'avait pas du tout fonctionné sur ce thème depuis dix ans, nous avons souhaité l'accompagner, le relancer. Je me félicite véritablement des avancées que nous pouvons constater. Nous avons, avec l'ensemble des partenaires sociaux, effectué un voyage dans les pays nordiques il y a peu de temps. Je crois que c'est ainsi que les choses progresseront, c'est-à-dire avec le fait que les partenaires sociaux, les acteurs économiques, les chefs d'entreprises s'emparent, s'approprient de ce qui est aujourd'hui un élément formidablement positif de la croissance économique, c'est-à-dire l'égalité des chances et l'égalité professionnelle."

Les bonnes pratiques, vous êtes allée les chercher dans les pays nordiques, en Suède, en Finlande ?

- "Il y en a en France, beaucoup, parce que les entreprises, et notamment les plus avant-gardistes, les plus modernes, ont déjà compris, naturellement, que la diversité est une richesse et qu'il faut absolument la gérer. Mais, effectivement, les pays nordiques ont sur ces points, quelquefois, un peu d'avance. Nous allons éditer un guide des bonnes pratiques, précisément à l'intention de tous les chefs d'entreprises."

Deux autres questions sur votre programme : pour promouvoir ces bonnes pratiques, vous avez décidé la création d'un label " égalité " pour les entreprises, quels sont les critères ? Ils sont établis déjà ?

- "Non, ils sont en voie de définition car c'est un indicateur extrêmement important, tout à fait sérieux, lourd, difficile à mettre en place, mais qui était déjà accepté par l'ensemble des partenaires sociaux, et qui permettra de distinguer les entreprises qui ont compris que le management, aujourd'hui, moderne, se fonde sur cette dynamique nouvelle hommes-femmes. Je crois que ce sera un très grand progrès pour justement faire progresser ce que vous évoquiez, c'est-à-dire la culture d'entreprise."

Ce sera un label d'exemplarité, en quelque sorte ?

- "C'est cela."

Vous avez décidé, je crois - ou peut-être le président de la République -, la création d'une autorité indépendante de lutte contre toutes les formes de discrimination.

- "Oui. C'est le président de la République qui l'a souhaitée, bien sûr, parce qu'on ne peut pas vouloir la performance au féminin si on ne traite pas aussi la pathologie de l'inégalité qui se traduit par des discriminations à l'embauche, dans le domaine du salaire. Donc, nous avons ce double regard à avoir. Je crois que cette autorité fera également avancer les consciences."

Vous voulez aussi aider les femmes et les filles des cités ?

- "Ça c'est un point fort."

C'est un point fort mais cela paraît rudement difficile...

- "Quand on parle de la diversité, quand on évoque la richesse des talents, eh bien dans nos quartiers il y a des jeunes femmes qui ont une créativité exceptionnelle. L'idée est simple : faire en sorte que de grands groupes nationaux s'investissent pour leur donner une vraie chance dans la création d'entreprises, de micro entreprises, de projets. Et nous sommes, je crois, en train de réussir."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 30 octobre 2003)

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