Interview de Mme Noëlle Lenoir, ministre déléguée aux affaires européennes, à France Info le 29 octobre 2003, sur la promotion de la citoyenneté européenne, notamment par la coopération régionale transfrontalière, par des actions auprès de la jeunesse, par la présence d'un drapeau ou d'un hymne européen lors des compétitions sportives et par un livret remis lors de la journée d'appel de préparation à la défense. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Noëlle Lenoir, ministre déléguée aux affaires européennes, à France Info le 29 octobre 2003, sur la promotion de la citoyenneté européenne, notamment par la coopération régionale transfrontalière, par des actions auprès de la jeunesse, par la présence d'un drapeau ou d'un hymne européen lors des compétitions sportives et par un livret remis lors de la journée d'appel de préparation à la défense.

Personnalité, fonction : LENOIR Noelle.

FRANCE. Ministre délégué aux affaires européennes

ti :
Q - Bonsoir Noëlle Lenoir. Vous êtes ministre déléguée aux Affaires européennes et vous avez prôné ce matin en Conseil des ministres une série de mesures afin que chacun d'entre nous prenne conscience de sa citoyenneté européenne. Commençons, par exemple, par ceux qui sont sûrement aux premières loges de l'Europe en construction, les frontaliers. Vous proposez des eurodistricts ; de quoi s'agit-il ?

R - Il s'agit de dessiner, en région transfrontalière, un cadre à l'intérieur duquel vit une communauté d'habitants. Il s'agirait de collectivités bi ou tri-nationales, avec des assemblées délibérantes, peut-être des ressources financières et des transferts de compétences, un regroupement de collectivités territoriales de plusieurs nationalités, en quelque sorte.

Q - Et qui géreraient quoi par exemple ?

R - ¿qui géreraient, par exemple, les transports urbains ; qui permettraient de mieux harmoniser les tarifs postaux et de télécommunications ; qui permettraient aussi de réaliser des projets en commun, comme un hôpital de taille suffisante pour être en mesure d'assurer un service de santé de haute qualité aux habitants de cette région.

Q - Il y a un test mené à Strasbourg et Kehl, une petite ville en face en Allemagne ; d'autres projets vont voir le jour ? Tout cela peut-il se développer rapidement ?

R - Il y a beaucoup de demandes en transfrontalier franco-allemand, notamment avec Colmar-Fribourg. Mais il y en a aussi entre la France et l'Espagne, par exemple.

Q - Deuxième série de mesures à destination des jeunes qui sont, selon vous, les meilleurs citoyens européens. Pourquoi ?

R - Parce qu'ils ont des réflexes. Les jeunes n'ont pas connu les frontières. Les très jeunes n'ont connu qu'une seule monnaie unique, l'euro. Pour ces jeunes qui voyagent plus facilement que les générations précédentes, l'Europe est un espace à parcourir et à savourer comme un plaisir.

Q - Le film, vous l'avez peut-être vu, "L'auberge espagnole", nous montre ce qu'est la vie de ces jeunes Européens confrontés à leur propre identité. Comment développer ces échanges, ces partages ?

R - Il faut multiplier les échanges scolaires et les jumelages entre établissements scolaires, dont le nombre a stagné depuis dix ans. Nous voulons aussi, avec Luc Ferry et Xavier Darcos, généraliser les sections européennes y compris dans les lycées professionnels pour que les gens se sentent immergés dans l'Europe. Il faut enfin développer le multilinguisme qui devient une exigence européenne. Les jeunes Français doivent apprendre dès le primaire.

Q - Pour ces jeunes qui sont aussi des futurs travailleurs, il y a une série de stages qui vont être envisagés, 10 000 stages en Europe programmés pour les prochaines semaines, je crois ?

R - C'est une expérience pilote que j'ai menée en appui avec un club d'entreprises privées qui nous aident. Nous fournissons un service, avec la réalisation d'un site Internet commun qui permettra aux jeunes de connaître tous les stages proposés par ces entreprises qui s'offrent à eux en Europe. Nous nous occuperons ensuite de faciliter éventuellement le séjour des jeunes stagiaires dans les différents pays.

Q - Troisième volet ; les symboles, notamment le drapeau européen qui doit être hissé à chaque événement, lors du pavoisement, à côté du drapeau français ; cela peut-il suffire à marquer nos esprits ?

R - Oui parce que le sport est très populaire. Vous avez observé que lors du dernier Tour de France, sur les brassards des coureurs provenant des pays d'Europe, il y avait non seulement leur drapeau sur leurs maillots, mais aussi le drapeau européen. J'ai remis un prix au coureur cycliste qui est arrivé le premier parmi ceux provenant des pays de l'élargissement. L'Europe doit être populaire et gaie, d'où l'idée du drapeau européen lors des manifestations sportives.

Q - Est-ce qu'il faut jouer l'hymne européen à la place des hymnes nationaux, ou à côté, ou en même temps, ou en plus ?

R - Cela n'est pas prévu dans les mesures que je propose. Mais je crois que "L'Hymne à la joie", comme je le disais à l'instant, va très bien à l'Europe qui doit susciter l'enthousiasme au lieu de l'inquiétude.

Q - Un livret informatif va être distribué également aux jeunes citoyens dans le cadre des journées citoyennes qui remplacent le service militaire. Est-ce que vous croyez qu'il sera lu ce livret, est-ce que c'est une mesure incitative ?

R - C'est la mesure-phare parmi toutes celles qui sont proposées et c'est entièrement nouveau. Il s'agit de marquer l'âge de la majorité par la reconnaissance d'une double citoyenneté, la citoyenneté nationale et la citoyenneté européenne. Ce sera un livret personnalisé. C'est ce que je souhaite. Il devrait, selon moi, être signé par l'intéressé et lui être délivré ensuite solennellement après un entretien au cours duquel on lui demandera ce qu'il attend de l'Europe et on lui expliquera ce "qu'être citoyen" européen veut dire.

Q - Alors tout cela est bien beau sur le papier mais mis en application pour quand, parce que ce matin c'est une communication, il n'y a pas de projet de loi particulier en vue ?

R - En ce qui concerne, par exemple, l'enseignement d'une langue étrangère dès l'école primaire, cela est déjà en route. Mais on va accélérer la généralisation de la mesure au cours des prochains mois. Pour ce qui est du livret, je souhaite qu'il puisse être prêt pour le 9 mai qui est la grande journée de l'Europe. S'agissant du drapeau européen sur les maillots sportifs, c'est une proposition que nous allons faire au Comité olympique avec mon collègue le ministre des Sports et également aux fédérations sportives. Ce sera à eux de décider évidemment, mais nous savons déjà qu'ils devraient être intéressés.

Q - N'est-ce pas un peu une gageure de vouloir rendre chacun de nous citoyen européen alors que notre rôle de citoyen, par exemple en France, est un peu oublié ; l'abstention aux élections, le syndicalisme minoré, l'indifférence face à de nombreux sujets difficiles ?

R - Je vous trouve un peu sévère parce que l'abstention en France n'est pas si élevée, notamment aux municipales et aux présidentielles. En revanche, il y a une baisse du civisme ; on a le sentiment que le respect de l'autre est un peu moins présent aujourd'hui qu'hier. Le civisme vis-à-vis de la République, l'idéal républicain et ses valeurs doivent être transposés dans la pédagogie de la citoyenneté européenne, mais aussi mieux intégrés dans la citoyenneté tout court.

Q - Vous croyez qu'un jour quand vous irez en voyage aux Etats-Unis par exemple, vous direz si on vous le demande, je suis européenne avant de dire je suis française ?

R - Il va falloir y arriver. L'Europe, comme dit la future Constitution européenne, c'est une union dans la diversité. C'est une union, comme dit déjà le traité européen, "sans cesse plus étroite entre les peuples". L'idée est qu'on ne peut pas faire l'Europe uniquement pour et par les peuples, il faut la faire aussi avec les peuples, c'est-à-dire avec les citoyens.

Q - Mieux informer le citoyen, c'est lui permettre par exemple de choisir en connaissance de cause, en cas de référendum sur la nouvelle Constitution qui vous a été réclamé cet après-midi à l'Assemblée lors des questions ?

R - La pédagogie ne se limite pas au moment du vote, qu'il soit référendaire ou qu'il s'agisse d'un vote à une élection. La pédagogie est une oeuvre de tous les instants. La question du référendum est autre, elle est posée dans notre pays parce que les deux voies - parlementaire et référendaire - sont offertes. Il y a des pays où le référendum n'est pas possible et des pays où il est possible et où il a déjà été décidé d'y recourir ou non. Le président de la République en décidera, mais je crois qu'il ne faut pas faire l'économie d'une pédagogie de tous les instants

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 3 novembre 2003)

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