Interview de Mme Noëlle Lenoir, ministre déléguée aux affaires européennes, à TV5 le 30 octobre 2003, sur la perspective d'un référendum sur la future Constitution européenne et les mesures gouvernementales pour promouvoir la citoyenneté européenne, notamment par l'enseignement et la remise d'un livret du citoyen européen lors de la journée d'appel de préparation à la défense. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Noëlle Lenoir, ministre déléguée aux affaires européennes, à TV5 le 30 octobre 2003, sur la perspective d'un référendum sur la future Constitution européenne et les mesures gouvernementales pour promouvoir la citoyenneté européenne, notamment par l'enseignement et la remise d'un livret du citoyen européen lors de la journée d'appel de préparation à la défense.

Personnalité, fonction : LENOIR Noelle.

FRANCE. Ministre délégué aux affaires européennes

ti :
Q - Vous êtes la ministre française déléguée aux Affaires européennes. Une consultation par référendum, c'est le chemin obligatoire selon vous ?

R - C'est le président qui en décidera ; il n'y a rien d'obligatoire puisque notre Constitution prévoit deux voies ; soit la ratification par le Parlement, soit la voie référendaire et toutes les deux ont exactement la même légitimité démocratique.

Q - On a l'impression de certaines craintes au sein de la majorité envers ce référendum et notamment au vue des sondages qui ne sont pas très favorables à l'exécutif français ?

R - Il n'y a pas de craintes particulières, mais une idée-force qui renvoie d'ailleurs aux mesures que j'ai proposées. Nous, Français, sommes parmi les pays fondateurs puisque la France, il y a plus de 50 ans, a participé à la création de l'Union européenne, à l'époque la Communauté européenne. Mais il reste encore beaucoup de travail à faire pour que chacun d'entre nous se sente vraiment citoyen européen. Référendum ou pas, la pédagogie de l'Europe reste essentielle.

Q - Pour cette pédagogie, vous avez proposé plusieurs mesures pour affirmer la citoyenneté européenne ; quelles en sont les principales ?

R - La première mesure est au niveau de l'école. Chez nous, le sentiment d'appartenance à la communauté nationale - mais cela doit être vrai aussi pour l'Europe - commence à l'école. Il faut faire la pédagogie de l'Europe dès le plus jeune âge. J'ai proposé avec Luc Ferry trois mesures : premièrement, que la première langue étrangère soit apprise à l'école dès l'âge de 6-7 ans, dès le primaire, il ne faut pas attendre ; deuxièmement, il faut que dans toutes les classes élémentaires, l'Europe figure dans les programmes qu'il s 'agisse de l'histoire ou de la géographie de l'Europe. L'Europe est notre cadre de vie, il faut que les jeunes enfants en soient conscients. Je voudrais aussi développer les sections européennes y compris là où elles sont très peu nombreuses, c'est-à-dire dans les lycées professionnels.

Q - Certains de vos opposants ne manqueront pas de vous adresser des critiques notamment à l'égard de cette citoyenneté européenne qui, pour eux, risquerait de se faire aux dépens de la citoyenneté française ou nationale. Vous avez une réponse particulière à ces critiques qui pourraient venir prochainement ?

R - Oui, j'ai une réponse et elle est pragmatique. Cela fait 50 ans que la France est membre de l'Union européenne. Pensez-vous que nous avons perdu, si peu que ce soit, notre identité nationale ? Chacun reconnaît que nous avons une identité très forte. Par ailleurs, serait-il raisonnable de rester isolé - même si notre pays n'est pas un petit pays avec 60 millions d'habitants, c'est déjà conséquent - pour faire face aux grands défis du monde ?

Q - On a l'impression quand on lit vos propositions que le projet européen passe véritablement par l'éducation, c'est-à-dire faire du citoyen, un citoyen européen et responsabiliser notamment comme vous le disiez les écoliers.

R - Tout à fait. Il s'agit en quelque sorte de transposer ce qui a été au fondement de l'idéal républicain et du civisme de la IIIème République à nos jours, dans le cadre de la citoyenneté européenne. C'est la raison pour laquelle j'ai aussi proposé qu'à l'âge de sa majorité, chaque jeune, garçon ou fille, se voit remettre à l'occasion de la journée d'appel de préparation à la défense, un livret du citoyen européen. Ce livret serait personnalisé et lui serait remis après un entretien sur ses droits et devoirs de citoyen. Ceci lui permettrait d'entrer dans sa majorité, dans l'âge adulte, avec le sentiment qu'il est Français bien sûr, mais qu'il appartient aussi à une autre communauté, plus grande mais tout aussi accueillante, qu'est l'Europe

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 4 novembre 2003)

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