Conférence de presse conjointe de Mme Claudie Haigneré, ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies, et de M. Slavko Gaber, ministre slovène de l'éducation, des sports, des sciences et de la technologie, sur la coopération scientifique franco-slovène, la coopération spatiale européenne, les réflexions en matière d'éthique et d'information scientifiques et l'effort budgétaire en faveur de la recherche, Ljubljana, le 24 octobre 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Conférence de presse conjointe de Mme Claudie Haigneré, ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies, et de M. Slavko Gaber, ministre slovène de l'éducation, des sports, des sciences et de la technologie, sur la coopération scientifique franco-slovène, la coopération spatiale européenne, les réflexions en matière d'éthique et d'information scientifiques et l'effort budgétaire en faveur de la recherche, Ljubljana, le 24 octobre 2003.

Personnalité, fonction : HAIGNERE Claudie.

FRANCE. Ministre délégué à la recherche et aux nouvelles technologies

Circonstances : Voyage en République de Slovénie, le 24 octobre 2003

ti : Je voulais profiter de votre présence pour dire à quel point j'étais heureuse de pouvoir répondre à l'invitation de mieux connaître la Slovénie. Nous fêtons donc nos dix années de coopération. Nos scientifiques se connaissent bien, il y a beaucoup de projets en commun, intéressants. Et j'ai beaucoup apprécié aujourd'hui cette conversation très libre sur les thèmes scientifiques, mais aussi sur l'organisation de la recherche, sur ce que chacun de nos pays, qui sont très différents, dans la taille, dans l'organisation, peuvent justement s'apporter pour adopter de meilleures pratiques de recherche, comment tout cela peut être intégré au niveau européen. C'était une conversation très ouverte, très utile. Je crois que c'est dans la diversité que l'on peut s'enrichir le plus, quand on a cette conviction partagée qu'il nous faut de l'excellence, de la patience et de l'amitié pour mieux travailler. Et les enjeux pour l'Europe sont si importants - la recherche, la technologie sont tellement importants pour préparer l'avenir - que nous devons tous ensemble mettre nos forces, notre volonté au service du progrès.

Q - Quelle est votre opinion sur la coopération dans le domaine de la technologie spatiale que, vous, Madame la Ministre, connaissez le mieux. Existe-t-il des possibilités d'une telle coopération ?

R - Non, mais je crois que c'est l'Europe qui a une ambition spatiale et peut avoir les infrastructures mobiles et des satellites de différents types. C'est important, stratégiquement, pour l'autonomie, l'indépendance de l'Europe, qu'elle puisse avoir accès à l'information. Ce sont, bien sûr, des ingénieurs, des industries, mais ce sont aussi beaucoup de chercheurs qui préparent les instruments ou qui mettent en place les techniques d'analyses des données. Et là, la Slovénie a toute sa place pour y participer. Et c'est tous ensemble, avec nos compétences multiples, qu'on peut aller plus loin pour construire cette Europe spatiale. L'Europe spatiale ce n'est pas uniquement ce qui est terminé, lancer un homme dans l'espace ou un projet. C'est cela, mais c'est aussi tout ce qui rend ces réalisations possibles et là, il y a une grande table pour la coopération. Je vous rappelle qu'en ce moment autour de nous, il y a un Européen dans la station spatiale internationale, un astronaute espagnol, Pedro Duke, qui est en orbite.

Q - Madame la Ministre, à votre avis, quels sont les domaines scientifiques et de recherche où la Slovénie peut jouer son rôle, non seulement dans le cadre de la coopération avec la France, mais en général ?

R - Dans notre coopération bilatérale entre la France et la Slovénie, nous savons que dans le domaine de la génomique, les sciences du vivant, il y a une excellence très forte. Dans le domaine de la nanotechnologie et de toutes ces technologies et sciences à l'échelle du nanomètre, là aussi il y a des compétences très fortes. Mais vous êtes aussi un pays qui a sa biodiversité, des forêts, beaucoup d'éléments naturels importants et je crois que là vous pouvez apporter quelque chose de très particulier à l'Europe, par cette connaissance ; et dans de multiples autres domaines. Mais notre objectif c'est à la fois de mettre à jour l'excellence dans la recherche fondamentale et puis aussi de trouver ensemble comment appliquer cette recherche à des objectifs économiques que pourraient partager nos industries. Et c'est important de le voir. Pour faire cela, il y a des coopérations bilatérales entre la France et la Slovénie qui se servent de tous les outils européens pour mieux collaborer, c'est à dire le programme-cadre et le programme EUREKA et nous souhaitons utiliser tous ces outils.

Q - D'après vous, quels sont les plus grands succès scientifiques dans les domaines de la génomique et de l'espace ? Où sont les limites de la science ? Est-ce que la limite peut n'être que l'argent ou est-ce qu'il y a d'autres limites dans le domaine scientifique ? Est-ce que la science peut faire tout ce qu'elle sait faire ?

R - Nous avons abordé un peu cette question de la place de la science dans la société, de savoir comment chacun devait partager les connaissances, les comprendre pour les utiliser et comprendre la préparation de l'avenir. Mais c'est vrai que le chercheur lui-même doit être responsable de ces connaissances. Il y a une déontologie, une éthique que le chercheur lui-même doit mettre en place ; et puis, il y a des réflexions nationales, internationales, par exemple sur le clonage humain qui nécessitent que, tous ensemble, nous définissions les limites de la dignité, du respect de l'être humain, quand il peut être soumis, par exemple au contrôle de la science. C'est le contrôle de la société, c'est le contrôle du chercheur lui-même sur ce qu'il fait, et puis il y a un contrôle politique bien sûr, c'est le rôle du politique de pouvoir parfois définir des règles par la législation.

Q - Quelle est la compréhension de la science dans le grand public, dans les médias ? Quel est la situation actuelle en Europe et en France ?

R - En France, je dois reconnaître qu'actuellement la science n'est pas synonyme de progrès et qu'il y a un petit peu une crainte par rapport à la science. Vous avez entendu parler de la réaction hostile des Français, et pas seulement des Français, aux organismes génétiquement modifiés et il nous faut plus de pédagogie, plus de transparence pour expliquer, dès qu'on touche à la modification de la vie. Le nucléaire est aussi soumis à discussion. Et donc il y a cette appréhension. Sommes-nous sûrs de pouvoir contrôler cette science qui avance aussi vite ? Je crois qu'il faut expliquer, être transparents, rétablir la confiance dans la science. Les chercheurs ont une responsabilité, les politiques également et je m'y emploie.

Q - S'agissant du financement de la science : Madame la Ministre, comment obtenez-vous des crédits pour votre ministère ? Quels sont les fonds et quelles sont vos justifications ?

R - Je crois avoir réussi cette année à convaincre le Premier ministre et le président de la République français de l'importance d'accorder une priorité à la recherche. Et j'ai le plaisir d'avoir un budget, des moyens pour la recherche en augmentation cette année de 3,9 %, près de 4 %. Mais je suis très jalouse de ce qu'a réussi à obtenir mon collègue qui est ici et qui a dû trouver des arguments encore plus forts que les miens pour convaincre son gouvernement. Je crois que nous partageons tous cette opinion qu'il faut un financement public fort de la recherche, mais qu'il faut aussi donner des moyens à nos industries, à nos entreprises pour investir davantage dans la recherche et développement et dans l'innovation et que c'est ainsi qu'on pourra améliorer la vie, le bien être, la santé et notre croissance économique.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 30 octobre 2003)

Rechercher