Déclaration de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, sur les relations franco-slovènes, la construction européenne et l’actualité internationale, Ljubljana le 23 octobre 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, sur les relations franco-slovènes, la construction européenne et l’actualité internationale, Ljubljana le 23 octobre 2003.

Personnalité, fonction : GALOUZEAU DE VILLEPIN Dominique.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie

Circonstances : Voyage en Slovénie de Dominique de Villepin du 23 au 25 octobre 2003 : conférence de presse conjointe avec le ministre slovène des affaires étrangères, M. Dimitrij Rupel, à Ljubljana le 23

ti : Permettez-moi tout d'abord de vous dire la joie qui est la mienne d'être présent aujourd'hui à Ljubljana et le plaisir que j'ai eu à retrouver mon collègue et ami Dimitrij Rupel.

La Slovénie a entamé lundi ce que nous pouvons qualifier ensemble de "semaine française", puisque c'est une semaine marquée par l'intensité des contacts politiques entre nos deux pays. Du côté français, vous savez que François Loos, le ministre du Commerce extérieur, était présent chez vous il y a deux jours avec une forte délégation d'industriels et après ma visite, demain, Mme Haigneré, ministre de la Recherche, sera présente pour explorer aussi les voies d'un développement de la coopération entre la Slovénie et la France. Du côté slovène, le président de l'Assemblée nationale, M. Pahor, que j'ai eu le plaisir de rencontrer tout à l'heure à nouveau, était à Paris lui-même hier. Cette semaine marque bien la force et l'excellence des relations bilatérales entre nos pays et je retrouve avec émotion cette belle ville de Ljubljana où la trace et l'inspiration de la France sont bien présentes. Votre place de la Révolution française, vous l'avez rappelé, le monument qui renferme les cendres d'un "grognard" de Napoléon sont là aussi pour le rappeler.

Les liens sont nombreux, et j'ai eu l'occasion de le redire devant le Parlement, votre hymne inspiré des poèmes de Preseren, qui lui-même était nourri des idéaux de la Révolution française, ou encore votre langue déclarée officielle par décision de Napoléon, votre participation à la Francophonie, qui honore cette organisation et dont nous nous réjouissons, tout ceci resserre profondément les liens qui existent entre la Slovénie et la France. A juste titre, Dimitrij a insisté sur la coopération économique entre nos deux pays, les projets qui existent et qui doivent se multiplier, à l'exemple de l'investissement de Renault et de Revoz dont nous souhaitons qu'ils puissent connaître rapidement de nouveaux développements. Les perspectives existent, il faut que nous continuions à les conforter. Je tiens aussi à me féliciter, comme Dimitirj, de l'accord auquel nous sommes parvenus aujourd'hui sur les visas de long séjour pour les étudiants. Nous voulons faire davantage et la qualité de la coopération culturelle, l'intérêt manifesté pour la langue française en Slovénie doivent être encouragés. Nous souhaitons donc réciproquement faciliter les échanges pour notre jeunesse, pour nos étudiants et pour nos jeunes professionnels.

Le thème principal de nos entretiens d'aujourd'hui était évidemment l'Europe. Le peuple slovène a confirmé massivement, par référendum, l'enthousiasme qui était le sien, sa volonté d'adhérer à l'Europe au 1er mai prochain. Vous serez officiellement membre de l'Union, mais c'est déjà chose faite dans la réalité. Nous travaillons en effet depuis maintenant de longs mois en amitié sur les bancs de l'Union européenne. Vous savez à quel point la France a soutenu ce choix, cette entrée au sein de l'Europe comme d'ailleurs au sein de l'OTAN et elle reste et restera à vos côtés tout au long de ce long chemin que nous allons faire ensemble au sein de cette même famille. Nous avons noué une concertation confiante sur les dossiers européens et je voudrais développer plus particulièrement trois points.

Tout d'abord l'exemple économique qu'il nous faut donner, l'ambition économique qu'il nous faut développer ensemble. L'Europe en effet doit être capable de relever le pari de la croissance, de l'emploi, ainsi que celui de la gouvernance économique. Les propositions qui ont été examinées lors du Conseil Européen du 17 octobre vont dans le sens d'une initiative dynamique et ambitieuse pour rendre à l'Europe sa pleine compétitivité.

Deuxièmement, l'exemple institutionnel. La conférence intergouvernementale qui reprend le projet de la Convention a l'immense responsabilité de devoir dessiner le mode de fonctionnement institutionnel de l'Europe élargie. Bien sûr l'Europe à vingt-cinq ne peut pas être conduite, ne peut pas être organisée comme l'Europe à quinze ou à douze et nous nous félicitons de la qualité du projet qui nous a été remis par la Convention et le président Valéry Giscard d'Estaing. Il est important dans notre esprit, et je crois que nous partageons ce sentiment, que les grands équilibres soient préservés, que l'ambition du projet soit préservée, que l'on évite de déconstruire ce projet. Il faut donc que la concertation entre tous les Européens soit efficace. Nous avons abordé la question de la Commission ; comment à la fois faire que cette Europe soit efficace et en même temps répondre aux voeux de ceux qui souhaitent une représentation précise, un commissaire, une capacité de vote ? Il y a là un compromis qu'il faut trouver de façon à ce que l'Europe puisse être à la fois efficace et représentative. De la même façon nous avons évoqué la question de la représentation au sein du Parlement et du souhait de la Slovénie de voir passer à cinq le nombre de ses parlementaires.

Le dernier exemple, c'est celui de la responsabilité internationale. Votre pays est directement impliqué dans de nombreuses opérations de paix, il est important que l'Europe puisse prendre ainsi toutes ses responsabilités. Nous nous réjouissons d'être côte à côte dans les Balkans où votre pays a une capacité d'action, une responsabilité et dont il a une connaissance particulière et il est essentiel que cette capacité de l'Europe puisse s'affirmer. Nous avons évoqué bien sûr les grands dossiers internationaux et c'est vrai que nous partageons une vision commune du multilatéralisme, notre attachement au Protocole de Kyoto, notre souci d'une véritable justice internationale. Nous souhaitons aussi dans le cadre des Balkans une présence européenne accrue. Nous appuyons l'Agenda de Thessalonique et nous comptons sur l'expérience de la Slovénie pour nous aider là encore à être plus utiles, plus efficaces dans nos relations avec cette région. Nous avons bien sûr abordé la question du Proche-Orient, de l'Irak, de l'Iran et de l'initiative que nous avons prise avec mon collègue britannique et mon collègue allemand pour avancer dans la voie du respect des engagements internationaux par l'Iran, de ses obligations en matière de non-prolifération. Je tiens à dire aussi que j'ai indiqué à mes amis slovènes le souhait de la France et le souhait du président de la République française d'accueillir en visite officielle le président Drnovsek à Paris très prochainement, avant la signature en mai de cette entrée officielle des nouveaux Etats en Europe. Nous souhaitons donc pouvoir organiser très rapidement cette visite et nous allons nous concerter pour fixer très rapidement la date.


Q - S'agissant des positions différentes de la France et de la Slovénie sur le projet de Constitution européenne : la Slovénie demande une augmentation du nombre des députés et le droit de vote de tous les commissaires, en tant que représentante typique des petits pays, tandis que la France, grand pays, s'oppose à cette demande. Jusqu'à quel point la France est-elle prête, ou n'est-elle pas prête à céder sur ces questions ?

R - Je vous l'ai dit, en ce qui concerne le Parlement, nous avons noté la demande de la Slovénie. En ce qui concerne la Commission, je le redis, la position de la France, ce n'est pas une position dogmatique, c'est un souci. C'est le souci que la Commission puisse jouer tout son rôle et être efficace. Alors nous avons sur la table un certain nombre de propositions. Certains Etats qui avancent l'idée par exemple d'une Commission à dix-huit membres, d'autres qui avancent l'idée d'une représentation de tous les Etats membres au sein de la Commission, voire d'une représentation avec deux commissaires pour les principaux Etats. Il y a aujourd'hui plusieurs options. Je crois qu'il est très important que nous puissions réfléchir tous ensemble à partir de ces différentes propositions pour avoir un système qui puisse être le plus représentatif possible des Etats membres mais en même temps capable de répondre à l'exigence d'efficacité. Si nous avions une Commission paralysée par un trop grand nombre de commissaires, qui ne pourrait pas véritablement être un organisme capable de prendre des décisions, c'est l'Europe qui en paierait le prix. Je crois que, de ce point de vue, la conviction de la France et de la Slovénie sont finalement très proches. Il nous reste à trouver la bonne formulation , la bonne proposition qui permettrait de mettre d'accord les Européens.

Q - Monsieur le Ministre, vous revenez de Téhéran, est-ce que vous pensez que ce sera suffisant pour empêcher une éventuelle saisine du Conseil de sécurité des Nations unies par le Conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) ?

R - Je crois que la visite à Téhéran a marqué un pas en avant, un pas dans la bonne direction. Je me félicite, avec mes collègues Joschka Fischer et Jack Straw, d'avoir pu obtenir les termes d'une déclaration sur des points très importants, comme l'engagement de l'Iran à signer le Protocole additionnel, l'engagement à faire toute la lumière et à apporter toute la transparence sur les programmes iraniens, l'engagement à suspendre les activités dans le domaine de l'enrichissement de l'uranium et dans le retraitement. Il s'agit là, je crois, de pas importants. Il faut bien sûr que tout ceci soit suivi d'effet et nous sommes en contact avec l'ensemble de nos partenaires. J'étais en contact avec mon collègue américain, avec Igor Ivanov, mon collègue russe, et j'ai eu ce matin au téléphone M. El Baradeï, le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique, pour faire le point de tout cela. Nous aurons évidemment lundi, dans le cadre de la Conférence intergouvernementale, une concertation très étroite avec l'ensemble de nos partenaires européens que nous avons voulu tenir informés à travers la présidence et lors de nos divers contacts bilatéraux. Il s'agit de bâtir un chemin, il s'agit de sortir d'une situation de crise et il faut donc le faire dans le dialogue et la confiance. Lors de notre rencontre avec les autorités iraniennes, cette relation de confiance a été mise en place, ce dialogue a été noué. Il faut conforter cela, faire en sorte que les engagements pris puissent se traduire en actes et que, à partir de là, le chemin d'une sortie de crise sur un dossier qui nous concerne tous, qui est celui de la prolifération, puisse véritablement être tracé. Je crois que cela est aujourd'hui possible. Cela dépend évidemment de la bonne volonté, de l'engagement des uns et des autres mais nous avons aujourd'hui une perspective qui s'offre à nous, une possibilité d'agir dans ce sens, il faut la saisir.

Q - Aujourd'hui à Madrid la Conférence des donateurs pour l'Irak a commencé. Je veux savoir, la question est pour les deux ministres, comment les deux pays peuvent y participer ?

R - La France est représentée à cette Conférence des donateurs de Madrid par notre ministre du Commerce extérieur, François Loos, qui était ici à Ljubljana il y a deux jours, et nous avons clairement marqué la position française. Nous avons soutenu la contribution de l'Europe avec un montant de 200 millions d'euros. Vous connaissez la part significative prise par la France à travers sa quote-part. Nous nous sommes engagés par cette contribution européenne. Nous contribuons par ailleurs aux efforts de reconstruction de l'Irak par une aide humanitaire que nous donnons directement à ce pays, et nous avons marqué notre intention, comme d'ailleurs nos amis allemands, et Gerhard Schroeder et Jacques Chirac l'avaient annoncé ensemble, notre disponibilité, à participer à une coopération dans le domaine militaire ou policier, à la formation de la future armée ou police irakienne. Dans ce contexte, notre souci est que les conditions qui permettraient d'affirmer la souveraineté irakienne puissent être véritablement satisfaites, nous pensons que cela doit être le point de départ pour nous engager plus avant dans ces domaines. Nous considérons qu'il est important que cette souveraineté puisse être affirmée. Donc pour l'heure et nous l'avons clairement exprimé, nous souhaitons limiter nos engagements à ce qui a été annoncé dans le cadre européen et à ce qui a été fait dans le domaine humanitaire, à charge, si les choses se clarifient sur le plan irakien, évidemment, d'aller plus loin.

Q - Monsieur le Ministre, quel est votre opinion sur le fait que la Slovénie puisse être le pont entre les Balkans et l'Europe ?

R - Nous avons eu l'occasion d'en parler longuement avec mon collègue et ami Dimitrij Rupel, c'est pour nous un point très important. L'enjeu que représentent les Balkans pour la stabilité de l'Europe, c'est une évidence pour nous tous. La volonté de l'Union européenne de s'engager clairement dans ce sens a été marquée fortement à Thessalonique par sa contribution dans le domaine économique et financier. Notre engagement sur le plan de la stabilisation et de la sécurité de cette région, vous le connaissez. Nous avons plus de 5.000 soldats qui sont présents dans cette région et nous sommes côte à côte au sein de la SFOR et de la KFOR. Dans ce contexte, évidemment, la connaissance, la proximité, les liens très forts de la Slovénie avec cette région sont un atout pour la France, pour l'ensemble de l'Union européenne et nous attachons beaucoup de prix à la vision que la Slovénie a de cette région. Nous pensons qu'il est très important de développer les liens de confiance, de développer les liens politiques qui peuvent exister de part et d'autre entre les Balkans et l'Union européenne si nous voulons donner toutes les chances à ce processus de stabilisation et de sécurité, compte tenu de ce que nous savons des difficultés, des tensions, des divisions et des rivalités qui peuvent exister dans cette région. Il nous appartient donc d'être constamment en initiative et pour cela la qualité des échanges que nous avons les uns avec les autres sont évidemment un atout supplémentaire.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 27 octobre 2003)

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