Déclaration de M. Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France, sur son hostilité à la future constitution européenne et sur la reconquête de la souveraineté nationale, Lamoura le 7 septembre 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France, sur son hostilité à la future constitution européenne et sur la reconquête de la souveraineté nationale, Lamoura le 7 septembre 2003.

Personnalité, fonction : VILLIERS Philippe de.

FRANCE. Mouvement pour la France, président

Circonstances : Université d'été du Souverainisme à Lamoura (Jura) du 5 au 7 septembre 2003

ti : Chers amis, merci à vous toutes et à vous tous d'avoir pendant trois jours travaillé, réfléchi dans ce moment de retrouvailles joyeuses qui se termine par cette journée d'ouverture sur l'année 2004 et sur le thème "L'Europe des libertés". Je voudrais d'abord remercier notre hôte Jean-Louis Millet et à nouveau vous demander de l'applaudir parce qu'il a été formidable. Je voudrais lui associer Jacqueline, son épouse, toute l'équipe des Jurassiens qui nous accueille, et l'équipe du Mouvement Pour la France qui a préparé cette Université d'été. Il n'y a pas eu un "couac", c'était remarquablement organisé. Merci Thierry de La Perrière et merci Bruno Georges et à tous ceux qui vous ont aidés.

Je voudrais évidemment saluer M. Gerald Howarth et le remercier pour son exposé qui nous a été droit au coeur. Vive le Royaume-Uni ! Cela fait longtemps que je me dis : "Un jour nous serons sauvés par les Anglais !".

Tout à l'heure, les jeunes d'entre nous qui ne connaissent pas forcément l'expression "Shadow Cabinet", donc gouvernement fantôme, ont cru qu'il faisait allusion à la France. Parce que nous avons un gouvernement fantôme. Mais ce n'est pas la même chose. Nous, c'est un gouvernement fantôme tout court, vous, c'est un gouvernement en attente. Et nous espérons un jour vous accueillir lorsque vous serez ministre de la défense. Merci Monsieur le porte-parole du Parti Conservateur britannique et je voudrais vous dire que je suis très honoré de l'invitation que j'ai reçue, à laquelle nous nous rendrons avec mes amis députés européens, à la Conférence du Congress for Democracy à Londres. Merci beaucoup, nous y serons présents.

A travers vous, nous saluons l'amitié franco-britannique en vous demandant la possibilité de nous envoyer un jour un Churchill ou une Margareth Thatcher, la France en aurait bien besoin. Nous saluons aussi l'union des souverainistes. Souverainistes de tous les pays, unissons-nous. Aujourd'hui est un moment important parce que s'ouvre la possibilité de mener un combat dans tous les pays européens contre la Constitution européenne. Et nous aurons bien besoin des Conservateurs britanniques, qui seront au premier rang pour refuser cette Constitution. Il faut imaginer quand on est Britannique ce que cela veut dire une Constitution supranationale. C'est une machine destructrice. Et donc souhaitons que cette date soit la pierre d'attente pour la construction d'un grand mouvement pour réclamer un référendum à tous nos gouvernants et naturellement un grand mouvement pour qu'il y ait des estrades communes pour dire, au nom des peuples et des démocraties de chacune de nos nations, un "non" massif à cette Constitution européenne. La présence du porte-parole du Parti Conservateur britannique est aussi le prélude à la formation d'un grand groupe qui manque tant au Parlement européen, un grand groupe souverainiste où siègeront ancienne Europe, nouvelle Europe, tous ceux qui veulent défendre les intérêts et les libertés des nations. Alors merci Gérald Howarth, merci d'être venu ici sur les hauteurs de Lamoura pour ce message chaleureux et plein d'espoir.

Je voudrais remercier tous les intervenants, tous les participants, et parmi eux saluer un certain nombre de personnalités qui sont ici. Je voudrais saluer Thierry Coste, le conseiller politique de "Chasse, Pêche, Nature et Tradition". Nous recevons votre présence comme un geste de proximité puisque vous êtes Jurassien, et aussi d'amitié. Nous défendons les mêmes terroirs, les mêmes libertés, il est temps, il est heureux que les souverainistes et les défenseurs des traditions se parlent pour que le peuple français entende la polysynphonie des libertés françaises, chacun en ses territoires, chacun avec sa voix, chacun avec ses voix, mais avec une ligne mélodique. Merci Thierry d'être avec nous.

Paul-Marie Coûteaux, au moment où je m'adresse à lui, a dans sa main la pipe de Saint-Claude. Paul-Marie reconnu dans tous les milieux intellectuels et politiques pour sa fidélité à la ligne gaulliste, pour son envergure intellectuelle, pour sa hauteur de vue. Je voudrais dire à Paul-Marie ceci : "Votre présence active, cher Paul-Marie, votre apport intellectuel sont indispensables dans cette grande mouvance, ce grand mouvement, ce grand élan souverainiste qui naît ici à Lamoura". Je prends à mon compte tout ce que vous avez dit. Chacun a bien senti ce matin, à travers la diversité des interventions, à la fois une gravité, une unité, une sérénité, une hauteur, un sentiment d'urgence, que vous avez parfaitement traduit.

Je voudrais saluer également et dans le même esprit, Aymeric Chauprade. Vous avez bien compris qu'Aymeric Chauprade, qui est le directeur des études de l'Ecole de Guerre, a décidé de descendre dans l'arène. Il est connu sur les plateaux de télévision pour ses interventions de géopolitologue, il nous a apporté un message d'espoir exprimé brillamment. Je le remercie parce que, pour ceux qui ne le sauraient pas, il est reconnu non seulement dans tous les milieux intellectuels, mais aussi bien au-delà par toutes les sensibilités souverainistes. On en a eu la preuve ce matin. Et merci de faire le lien avec toutes les sensibilités souverainistes qui vous reconnaissent et vous écoutent. Je dirai tout à l'heure la place qui sera la vôtre dans cette campagne.

Je voudrais saluer également celle qui est intervenue juste après Jean-Louis, Cécile Rasquin, puisque Cécile nous a dit : "J'étais à l'UMP, je n'y suis plus à cause de la Constitution européenne et de la visite de Giscard à Moliets". C'est un magnifique témoignage et quelle aisance ! Cécile est la première d'une longue chaîne. Elle est la sirène qui creuse le sillage.

Dans le même esprit, je voudrais saluer quelqu'un qui est l'ami et l'adjoint de Nicolas Dupont-Aignan, Christophe Baudouin qui nous a rejoint ce matin. Merci Christophe Baudouin. Je vous demande de transmettre de la part de tous les Français qui sont ici, de toutes sensibilités souverainistes confondues, un message de sympathie, de fidélité et d'estime pour le courage de Nicolas Dupont-Aignan et de tous ses amis.

Mes chers amis, le giscardisme européiste est à Moliets avec l'UMP, le souverainisme est à Lamoura sur les hauteurs. On peut difficilement imaginer deux projets européens aussi irréductibles l'un à l'autre. Giscard est l'invité d'honneur de l'ancien parti de l'Appel de Cochin. Voilà donc que le parti héritier du gaullisme reçoit ce qu'il appelait naguère, le mot était de Jacques Chirac, le parti de l'étranger. La boucle est bouclée. Je pense en cet instant à tous les militants du gaullisme, de l'indépendance nationale, qui sont encore à l'UMP. Je pense à eux parce que nous imaginons leur malaise sur la Corse, sur la Constitution européenne. En lisant, hier matin, une interview du Figaro, je pensais très fort à eux à partir de la question suivante qui est posée à Alain Juppé : "La ratification de cette Constitution doit-elle être soumise à un référendum ?" Réponse du Président de l'UMP : "Ce sera au Président de la République de trancher. Mais l'enjeu est tel qu'il me paraît difficile de ne pas consulter les Français. Encore faut-il voir le contexte". Cela commence à chalouper ! Et quel sera le positionnement - oh le beau mot - des uns et des autres ? Dans notre pays il y aura débat. Quelle sera l'attitude du PS ? C'est une question sur le référendum, par rapport à tout ce que vous avez entendu sur l'importance d'une Constitution avec un Etat unitaire fusionnel européen. Quelle sera l'attitude du PS ? C'est pour savoir s'il faut faire un référendum ou pas. Aura-t-il un sursaut du sens des responsabilités ? Comme en Corse ? Et la phrase clé, écoutez-la bien, imaginez le militant de l'UMP, ancien RPR : "Parviendrons-nous à l'accord bi-partisan que mérite un sujet d'une telle importance ?" Cela veut dire que bientôt il y aura un seul parti sur la question européenne, on le connaît par coeur, c'est l'UMPS. Et il est logique que ce soit Giscard qui fasse le lien puisque c'est lui qui a amené Mitterrand après lui. Alors moi je dis à Alain Juppé "Chiche". "Si vous attendez qu'il y ait un accord entre l'UMP et le PS pour faire un référendum, alors j'appelle François Hollande et Alain Juppé ensemble, avec des estrades communes, à faire voter "oui" à la Constitution européenne, parce que cela fera comme pour la Corse, le "non" l'emportera".

Mes chers amis, je dis simplement, après tous les orateurs qui se sont succédés : "Sortons de nos chemins de traverse, rejoignons-nous, ne confondons pas les appareils des partis et les électeurs". Il y aura aux élections européennes des gens de toutes sensibilités, y compris chevènementistes puisqu'on a cru comprendre qu'il n'y aurait pas de liste chevènementiste, qui voteront pour nous. Et je voudrais dire aux électeurs de l'UMP, à l'orée de cette année décisive pour l'Europe et pour la France, rejoignez-nous, soit comme Cécile physiquement, soit par la pensée, c'est déjà très important, et puis dans les urnes.

Mes chers amis, nos idées avancent, le giscardisme est une idée des années 70. Giscard, c'est l'époque de Brejnev. Cela donnait un côté pathétique à cette réunion de Molliets, Giscard et son fils spirituel Alain Juppé. Le giscardisme, c'est l'idée des grands ensembles, des blocs supranationaux des années 70, alors que l'idée souverainiste, on le sent, c'est une pensée qui petit à petit s'établit, se dégage, s'organise. Regardez les mille fleurs du souverainisme qui s'épanouissent chaque jour. L'idée souverainiste, d'ailleurs, on la décline sans le savoir : il y a le souverainisme culturel de Chirac cet été lorsqu'il a parlé de l'exception culturelle. Qu'est-ce que c'est que l'exception culturelle ? C'est le droit de veto pour la culture. Et on salue, on a obtenu l'exception culturelle. Donc il y a une exception à la règle. La règle c'est l'abandon de souveraineté, mais il y a un souverainisme culturel. Celui là on ne veut pas le lâcher. Il y a un souverainisme alimentaire. Dans le Nouvel Observateur j'ai lu hier : "José Bové défend le souverainisme alimentaire". Et depuis vendredi soir, cela a été un grand moment de télévision, on a vu le Premier ministre de la France confesser son souverainisme budgétaire. Certes, pour l'instant, il s'agit d'un souverainisme schizophrénique, avec deux discours en deux jours de sens contraires. Le vendredi : "Je préfère l'emploi à l'Europe ; je préfère les souplesses nationales au carcan européen". Le samedi, à Molliets, avec Giscard : "Je préfère l'inverse". "Je préfère le carcan européen aux souplesses nationales, et d'ailleurs je m'apprête à faire adopter un corset de fer qui ne me permettra plus aucune souplesse nationale". En fait, Jean-Pierre Raffarin est encore hésitant. Mais il regarde désormais dans la bonne direction. Jean-Pierre est souverainiste le vendredi et européiste encore le samedi. C'est un souverainisme à éclipse, on pourrait dire un souverainisme intermittent, on pourrait même dire que Jean-Pierre est un intermittent du souverainisme. Certes, il y a encore du chemin à faire, un petit demi-tour, mais c'est un bon début. Et lorsque je l'ai entendu, sans doute comme vous, hier, renvoyer à ses bureaux de Bruxelles le commissaire Lamy, qui n'est pas l'ami de la France, je me suis dit : "Allez Jean-Pierre encore un petit effort, quelques mètres de plus, un petit coup de pied dans le derrière du commissaire Lamy, un petit coup de pied dans le derrière du commissaire Fischler, un petit bras d'honneur discret à Bruxelles, une petite tape dans le dos affectueuse pour Giscard pour le renvoyer à Vulcania avec sa Constitution, et là nous sommes disposés, dès que tout cela sera fait, à réfléchir à une proposition : c'est de te nommer, Jean-Pierre, dès que la boucle sera bouclée, dès que tu auras fini ton tour, quand tu seras complètement souverainiste, directeur de campagne pour la campagne du référendum contre la Constitution européenne".

Mes chers amis, cette rentrée est décisive. Ou bien le gouvernement lance les grandes réformes dont le pays a besoin, ou bien il s'enfonce dans la molle tentation de l'immobilisme actif. Aujourd'hui nous avons un gouvernement de démineurs professionnels, de caboteurs, qui contournent les problèmes, qui tentent de résoudre parfois avec courage les difficultés quotidiennes : les profs râlent, on crée des postes, on ouvre un débat ; les vieux meurent, on ouvre des lits ; les agriculteurs protestent, on débloque des fonds ; le pays attend, on invente un agenda 2006, etc. Mais ce qui manque, c'est une vision, c'est un dessein pour la France, avec une vraie rupture avec le socialisme, sur les 35 heures, sur la Corse, sur l'Europe, un vrai changement sur l'immigration, un dessein pour la France, et c'est ce dessein que je voudrais proposer au Premier ministre aujourd'hui, avec vous, pour que la France ne perde pas, et retrouve sa vitalité, son identité, sa souveraineté. Ce sont les trois mots-clés d'un vrai redressement de notre pays.

D'abord je propose au Premier ministre, au gouvernement de la France, de rendre à la France sa vitalité. Je n'insiste pas, mais tout le monde comprend. La vitalité de ses entreprises qui sont aujourd'hui asphyxiées, cela veut dire abolir la loi sur les 35 heures, cela veut dire remettre la France au travail, cela veut dire retrouver l'attractivité fiscale pour stopper l'hémorragie, la fuite des cerveaux, des sièges sociaux, des capitaux, des talents. Cela veut dire aussi donner des consignes claires, qui n'ont pas encore été données, au commissaire Lamy car nous n'acceptons pas que M. Lamy accepte de négocier la fin de notre industrie et de notre agriculture. La vitalité aussi des familles, comme le disait très bien Paul-Marie, et je suggère au Premier ministre plutôt que de recevoir les associations "gay" pour leur proposer une loi sur l'homophobie, je propose à Alain Juppé plutôt que d'envoyer son représentant sur le char de tête de la "gay-pride", qu'il y ait une vraie politique familiale en France, digne de ce nom.

La vitalité aussi de ses modèles. Ce n'est pas d'un débat, surtout avec les syndicats d'enseignants dont nous avons besoin, c'est d'une décision simple, mes chers amis : rendre l'Education nationale à la nation, c'est-à-dire la rendre aux familles avec la liberté de choix de l'école, la rendre aux profs et aux chefs d'établissements qui doivent avoir demain le droit de choisir leurs professeurs, le droit d'expérimentation pédagogique, et naturellement le droit de faire adopter eux-mêmes les règles de discipline sous leur propre autorité. Rendre l'Education nationale à la nation, cela veut dire aussi la rendre à ses modèles. Un professeur m'a dit hier une chose très juste que je voudrais reprendre. Imaginez un prof, n'importe où en France, le matin quand il reçoit ses élèves. Il reçoit des jeunes, il reçoit des enfants qui ont la tête pleine des symboles médiatiques, des images de la société qui leur ont été proposées la veille et tard dans la nuit. Imaginez un prof qui se trouve face à des enfants qui ont la tête bourrée de ces nouveaux modèles, les footballeurs milliardaires expatriés, les "raveurs", les "lofteurs", Joe Star, Noir Désir : c'est injouable. Il faut donc absolument que Luc Ferry se mette à ressembler à Jules plutôt qu'à Jack Lang, et qu'il impose le goût de l'effort, les disciplines de la connaissance, et naturellement l'amour de la France. Le jour où l'école apprendra à aimer la France, alors on sortira du dilemme de Péguy quand il dit : "Une société ne peut pas enseigner quand elle ne peut plus s'enseigner". Comment faire une école qui essaie de transmettre une citoyenneté cosmique sans passer par le chemin du monde qui est la nation. Donc, je dis la vitalité de la France.

La vitalité de la France et aussi l'identité de la France. Je ne reviendrai pas sur les propos de l'expert national qui s'est exprimé ici, avec quel courage ! Maxime Tandonnet. Il est évident que le 1er mai prochain, c'est la disparition physique des frontières. C'est la suppression des outils nationaux de maîtrise des flux, c'est le transfert de cette compétence à la Commission de Bruxelles, et surtout c'est la fin du droit de veto, c'est-à-dire, comme dirait Dominique Souchet, qu'on va se trouver pour les problèmes d'immigration à Bruxelles dans la même situation que M. Gaymard a connue parce qu'il n'avait plus de droit de veto sur l'agriculture, juste au début de l'été. Quand vous n'avez plus le droit de veto, vous êtes réduits à l'impuissance. La France le sait bien a contrario, puisque c'est sa menace du droit de veto qui lui a permis de peser sur les évènements au moment de la guerre en Irak. Alors, la fin du droit de veto en matière d'immigration, cela me fait penser à ce que je lisais ce matin dans le Journal du Dimanche sur les déclarations de Nicolas Sarkozy qui a dit hier : "Il faut que l'on soit Français, que l'on travaille pour les Français, parce qu'on est élu pour les Français et tant pis si les autres ne sont pas contents". Donc l'ami de José Bové, l'ami des "Raveurs", l'ami de tout le monde, hier était souverainiste. Le problème, c'est que demain matin, il est à Bruxelles. On est en schizophrénie, comment dire cela autrement ? C'est un dédoublement de personnalité. Et donc je ne reviens pas sur l'idée de cette grande frontière totalement perméable, mais je voudrais simplement dire ceci : on a vraiment le sentiment en ce moment qu'on cherche à détricoter la France par le haut et par le bas. Par le haut, aspiration avec ce monstre juridique de la Constitution européenne. Par le bas, la désintégration. A Montaigu - je salue au passage le maire de Montaigu - on a appris qu'une équipe turque se formait à côté de l'équipe traditionnelle, le football-club de Montaigu. Une équipe turque. Ils ont été agréés par la Préfecture avec le soutien du ministre de l'Intérieur, ils ont été affiliés à la Fédération française. Comment cela s'appelle-t-il ? Cela s'appelle de l'apartheid. Et maintenant ils réclament un terrain et des vestiaires individuels. Non, ce n'est pas possible. On est en train de désintégrer le pays. Ce que je dis, c'est le contraire du racisme. Si les Turcs de Montaigu veulent jouer au football, et ce sont de très bons footballeurs, ils n'ont qu'à jouer dans l'équipe du football-club de Montaigu comme tout le monde. On ne peut pas accepter une société d'alvéoles. C'est cela qui va créer du racisme. Et la grande erreur de Nicolas Sarkozy, c'est le Conseil supérieur des musulmans de France. Moi je sais ce qu'il y a derrière : en fait l'Etat ne se sent plus en mesure d'assurer le maintien de l'ordre dans les cités, et il a décidé de s'en remettre à un bras séculier supplétif, l'Islam, qui devient ainsi un élément actif et efficace de la puissance publique. Voilà ce qu'il y a derrière. Et donc nous allons, dans les mois qui viennent, sur cette question essentielle de l'immigration, fuyant les chemins de l'excès, mais avec courage et sérénité, dire les choses. Il faut arrêter les flux, rétablir les contrôles à la frontière, freiner les distributions de visas, rétablir l'ordre dans les cités de non-droit, et je propose, après y avoir bien réfléchi cet été, que pour retrouver le creuset du civisme français, on rétablisse le service national.

La vitalité, l'identité, la souveraineté. Il s'agit de reconquérir la souveraineté. L'Europe est aujourd'hui engagée dans un triple contresens. Nous sommes les vrais défenseurs de l'Europe. Car qui dit ce que j'ai dit ? Personne d'autre que nous. Contresens sur le périmètre : est-ce qu'on fait l'Europe ou l'Eurasie ? Il faut savoir. Contresens sur le projet : est-ce qu'on fait une Europe atlantique ou une Europe indépendante fondée sur la souveraineté des nations. Contresens sur l'architecture : est-ce qu'on fait l'Europe des peuples, une bonne fois pour toutes, ou est-ce qu'on continue à faire l'Europe des technocrates qui détruit nos libertés, nos traditions, nos identités. Nous sommes les tenants d'une Europe européenne, indépendante, démocratique, fondée sur les idées modernes de géométrie variable et de souplesse, et donc de proximité. Or cette Constitution européenne, c'est la fin de la France, c'est la fin des nations, c'est la fin de l'Europe. Parce que les peuples n'accepteront pas longtemps d'être privés de leurs libertés fondamentales. Ce sera l'implosion pour l'Europe en même temps que l'explosion. Et c'est en cela que je dis : "écoutez les souverainistes, c'est-à-dire les tenants de l'Europe des souverainetés, ils peuvent, ils sont les seuls à pouvoir encore demain sauver l'Europe". Il n'y a pas d'autre manière de s'accorder les uns avec les autres. Il n'y a pas d'autre manière d'entretenir l'amitié franco-britannique que de respecter le principe "chacun chez soi", ce qui ne nous empêche pas du tout de construire ensemble des ponts, des projets communs, ou des tunnels. Mais chacun doit garder son histoire, sa spécificité, sa manière d'être, sa manière de penser, sa manière de recevoir le monde et de le regarder. Sinon, c'est une vision totalitaire.

Considérez la Constitution européenne qui s'avance, et dont nous a parlé Georges Berthu. Premier point, tout Etat a une Constitution, mais seuls les Etats ont une Constitution. Deuxième point : la Constitution, c'est la règle suprême que se donne un peuple souverain pour conférer un statut à son Etat. Qui dit Constitution dit Etat, qui dit Constitution européenne dit Etat européen. Alors il ne faut pas essayer de dire le contraire, c'est une évidence. Cela veut dire que quand cette Constitution sera établie et ratifiée, la Constitution de la Vème République ne sera plus que l'équivalent du règlement intérieur d'un Conseil régional. C'est une évidence. Et d'ailleurs, ils ont déjà prévu toute la panoplie sémantique : citoyenneté européenne, territoire européen, les directives s'appelleront des lois - donc vous voyez ce que deviendra la loi française : il y aura une grande loi, la loi européenne, et les autres seront subordonnées -, un ministre des affaires étrangères. "Ministre", il s'appellera ministre, le pas est franchi. La sémantique est toujours un signal. Cette Constitution intègre ce qu'on appelle une Charte des droits fondamentaux, c'est abscons. Qu'est-ce que cela veut dire ? Les juristes, les constitutionnalistes, les spécialistes, comme Armel Pécheul, qui voient bien le fond des choses, expliquent qu'avec cette Charte, les droits seront définis par Bruxelles, et par une Cour suprême, la Cour de Justice. Vous avez des Corses, des Basques, des Bretons, et pourquoi pas des Vendéens, qui iront directement à Bruxelles se faire reconnaître des droits fondamentaux. La nation, c'est fini, c'est terminé. L'application du principe du droit supérieur européen par rapport aux droits nationaux fera exploser les nations.

Cette Charte des droits fondamentaux, Giscard y tenait beaucoup parce que Giscard avance masqué, Giscard trompe les gens, il a toujours trompé les gens et donc il n'a jamais voulu expliquer le sens de cette Charte. Et d'ailleurs vous vous souvenez peut-être que quand il a accepté de m'affronter, c'est sans doute la dernière fois, sur France 3, chez Christine Ockrent, cela a duré un quart d'heure, il a terminé dans les cordes parce que sur ces questions là, on ne peut pas tromper les gens longtemps. Par exemple, hier, M. Juppé a dit : "Oui, mais tout est préservé, tout est sauf, les nations pourront garder leur identité". Il se moque du monde. Parce que l'identité c'est important, la souveraineté c'est ce qui permet à l'identité de lui survivre. Il y a des peuples dans l'histoire qui ont perdu leur souveraineté, qui ont gardé leur identité, mais ils étaient dans la servitude. Donc le mot "souveraineté" n'est pas prononcé. Cette fameuse personnalité juridique conduit tout droit à la conclusion suivante - d'ailleurs c'est ce que veulent les Allemands, Joshka Fisher ne s'en cache pas - : le siège de membre permanent du Conseil de Sécurité sera attribué à l'Union européenne et c'est le ministre européen des affaires étrangères qui siègera à la place de la France. Vous vous rendez compte de ce que l'on dira de Jacques Chirac dans quelques années, quand tout cela sera vérifié. Je ne parle pas de l'extension des décisions à la majorité qualifiée, je ne reviens pas sur ce que Georges a exposé, simplement je vous invite à réfléchir à ce que nous disions il y a encore quelques semaines : comment se peut-il qu'il y ait des Français qui ont vu que la France, avec son droit de veto, était regardée par le monde entier comme une grande puissance, et qui veulent abolir ce droit de veto à Bruxelles ? En d'autres termes, comment peut-on vouloir à la fois à New-York et à Paris une France aux mains libres et à Bruxelles une France aux mains liées ?

Mes chers amis, nous allons tous ensemble mener deux combats : un combat pour les élections européennes et un combat pour le référendum. Pour le référendum, on ne sait pas s'il aura lieu et on ne sait pas à quelle date. Pour les élections européennes, nous pouvons tous affirmer ce matin, et je l'annonce publiquement avec l'accord des uns et des autres, qu'il y aura huit listes que j'appellerai de sensibilité Europe des Nations et des libertés, fondées sur le principe du nouveau mode de scrutin. La grandeur de l'homme, c'est qu'il s'adapte ; la grandeur du souverainisme, c'est qu'il est moins bête qu'il n'en a l'air, et qu'il y a parfois dans l'histoire des effets boomerang. Méfiance, quand on change un mode de scrutin, cela peut être un boomerang. Et d'ailleurs, je voudrais vous annoncer que je serai moi-même candidat dans le land du Grand Ouest.

Aujourd'hui, mes chers amis, naît une mouvance fédératrice et anti-fédéraliste qui s'épanouira en une grande entente territoriale de la souveraineté populaire. L'objectif, c'est d'avoir un grand groupe souverainiste à Strasbourg et à Bruxelles, pour que le souverainisme ne soit plus dans chacune de nos nations, qu'il soit au coeur du système, et qu'il soit le droit de veto des droits de veto.

La thématique de notre campagne est simple, vous pouvez la déduire de tout ce qui a été dit : "non" à l'entrée de la Turquie, "oui" à toutes nos libertés, "oui" à nos libertés et à nos terroirs, "non" à la Constitution européenne, "oui" à l'Europe des Nations pour que survivent nos cultures, nos agricultures, nos entreprises, nos emplois, nos protections, bref nos nations. Je pense que l'année 2004 sera une date historique quoiqu'il se passe, parce que je suis convaincu, comme chacun d'entre nous qui s'est exprimé ici à ce pupitre, que le souverainisme populaire prospèrera quand les citoyens français s'apercevront que nos politiciens s'agitent dans le vide, qu'ils n'ont plus les manettes, en d'autres termes que le pouvoir n'a plus le pouvoir. Alors on reviendra aux sources et aux questions centrales du droit constitutionnel aujourd'hui piétiné. On cessera de nous dire qu'il y a la politique et puis l'Europe, parce qu'on aura compris que la politique c'est la question européenne, c'est la question de la nation, et qu'on ne peut rien faire si on ne répond pas à la question de savoir si on garde ou non la souveraineté parce que la souveraineté populaire, c'est la compétence de la compétence. Mes chers amis, merci de votre soutien, merci de votre courage, merci de votre fidélité. Vive les nations européennes, vive l'Europe des Nations !

On dit maintenant, et c'est déjà un progrès considérable dans la sémantique : il y a les Européens fédéralistes, et puis il y a les souverainistes qui sont tout autant Européens. On devrait ajouter pour être complet : les Européens fédéralistes qui vont tuer l'Europe, ils la précipitent dans l'abîme ; les Européens souverainistes qui veulent sauver l'Europe. Oui, vive l'Europe des Nations, vive le Royaume-Uni, vive la France !

(source http://www.mpf-villiers.org, le 7 novembre 2003)

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