Déclaration de M. François Loos, ministre délégué au commerce extérieur, sur le formidable développement économique que connaît la Chine et sur les enjeux du développement des relations franco-chinoises, Paris le 22 octobre 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Loos, ministre délégué au commerce extérieur, sur le formidable développement économique que connaît la Chine et sur les enjeux du développement des relations franco-chinoises, Paris le 22 octobre 2003.

Personnalité, fonction : LOOS François.

FRANCE. Ministre délégué au commerce extérieur

Circonstances : Assemblée annuelle de la Fédération des minéraux et métaux à Paris, le 22 octobre 2003

ti : Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,


Tout d'abord je tiens à vous remercier chaleureusement de m'avoir invité à votre déjeuner. Certains d'entre vous savent que j'avais eu, dans des responsabilités antérieures ou comme ami, l'occasion d'y participer. Je n'imaginais pas avoir un jour la chance de vous parler d'un thème aussi passionnant que celui que vous avez choisi.

Votre intervention, Monsieur le Président, pose beaucoup de questions et la Chine est pleine de paradoxes. Après tout, c'est l'empire du milieu. Je ne vous répondrai donc pas directement mais je vous parlerai des enjeux que représente la Chine, de l'état de nos relations avec ce pays et tenterai d'éclaircir le rôle que la France joue dans le monde.

I/ C'est évident, la Chine impressionne

Le PIB de la Chine croît de + 8 % par an depuis 20 ans. La Chine est aujourd'hui la 6ème puissance économique mondiale en terme de PIB. Elle sera au niveau de la France en 2005. Sa place dans le commerce mondial est déjà comparable à la nôtre.

Dans votre secteur, c'est aujourd'hui le 2ème consommateur mondial de cuivre raffiné et le 2ème consommateur mondial d'aluminium.

Mais la Chine, c'est aussi un nationalisme fort. Je rappellerai simplement trois exemples récents : la maîtrise de la crise du SRAS qui illustre la détermination et l'efficacité du gouvernement chinois ; la réussite du vol spatial habité qui montre la soif de technologies du pays ainsi que sa capacité à les absorber et à les maîtriser.

Quand le Président chinois a reçu notre Premier Ministre en avril dernier, il nous a dit très naturellement qu'il ne serait pas satisfait aussi longtemps que son pays ne maîtriserait pas toutes les technologies. Ce n'est pas une utopie, c'est une ambition extrême. Elle va exiger des travaux herculéens.

Pour maintenir son équilibre, la Chine est condamnée à une croissance forte : on peut remarquer que 8 % de croissance chez eux enrichit moins chaque Chinois que 0,5 % chez nous enrichit chaque Français (80 ¿/habitant dans le premier cas, 127 ¿/habitant dans l'autre). La répartition des fruits de la croissance crée des problèmes autrement plus importants que chez nous.

Par ailleurs, la poursuite de ce développement passe par la remise en état du système financier, par la nourriture de sa population alors que le pays risque de perdre son autosuffisance alimentaire. Les Chinois ont cependant déjà prouvé leur capacité à résoudre les problèmes.

II/ Il faut positiver

Par son importance, le marché chinois est structurant pour nos technologies, je pense en particulier aux centrales électriques, au TGV, au traitement de l'eau ou des déchets, ¿

Dans votre secteur, le formidable développement que connaît la Chine est pratiquement un gage de pérennité de votre activité pourvu que vous y soyez actifs. La Chine vous donnera des chances à condition que vous acceptiez d'y transférer de la technologie.

J'ai fait comme vous le constat que nous ne faisons pas assez avec la Chine. En 2002, alors que notre part de marché dans le monde était de 5,2 %, elle s'élevait en Chine à 1,4 %, anormalement derrière celle des allemands qui faisaient 5,6% et même derrière celle des Italiens. Quand les importations chinoises progressent de + 44 % du premier semestre 2003 sur le premier semestre 2002, les nôtres font + 25 % ; dans l'absolu un bon chiffre - qui nous a fait repasser devant l'Italie - mais inférieur à la moyenne.

En fait, depuis 20 ans, nous avons investi massivement pour obtenir de grands contrats et la Chine est depuis longtemps le premier risque COFACE. Mais nous avons négligé les PME.
Confucius a dit : "Commettre une faute et ne pas s'en corriger, c'est la vraie faute".

Pour corriger notre faute, nous avons fait de la Chine un pays cible sur lequel nous concentrons nos actions de soutien au commerce extérieur. Ainsi, de 9 l'an dernier, le nombre de salons aidés doit passer à 20 en 2004. C'est encore trop peu pour répondre au potentiel du pays, mais nous venons de loin.

Mais les difficultés sont nombreuses ; il n'y a pas que le cours du Reminbi.

Le secteur agroalimentaire par exemple est marqué par des considérations sanitaires que nous avons parfois du mal à comprendre, ou par des normes qui permettent aux Chinois d'imposer toutes sortes de limitations ; même le cognac a connu des menaces.

Dans les biens de consommation, je rappellerai la question toujours difficile des contrefaçons dont se plaignent encore nombre de nos entrepreneurs, malgré les avancées réelles du droit chinois et de son application. Mon collègue italien se bat pour obtenir l'obligation de l'inscription "made in China" sur tous les produits chinois importés. C'est une méthode.

Votre secteur est confronté à l'assèchement des ressources en déchets métalliques, que la Chine détourne en masse. Je vais saisir mes collègues européens de cette question. Cette situation s'apparente à un cartel et fait partie de celles que nous voulons interdire par l'établissement de règles mondiales de la concurrence.

Sur nombre de ces sujets, la solution passe par l'OMC. C'est à l'OMC que l'on discute des initiatives sectorielles, nouvel avatar des accords de produits ou des organisations de marchés. En y adhérant, la Chine a accepté de se mettre sous contraintes, en faisant certainement le pari que ces contraintes seront un facteur accélérateur des réformes dont elle a besoin pour maintenir sa croissance. Les engagements pris par la Chine s'étalent sur 5 ans. Seules les entreprises de Hong Kong sont dispensées de ce délai. Compte tenu des enjeux, des clauses de sauvegarde sont prévues.

III/ Le risque pour la France est de s'attarder à régler les problèmes d'hier. Comment se focaliser sur les vrais enjeux ?

Il est clair que dans la compétition sur le coût de la main d'¿uvre pour les productions de masse, nous avons perdu d'avance, même avec des droits de douane. Nous ne remettons pas en cause notre niveau de vie. Mais il faut nous battre collectivement pour le conserver et continuer à l'améliorer.

C'est pour cela que nous disons qu'il faut réhabiliter le travail.

C'est la modernisation de notre démocratie sociale lancé par François Fillon qui est la clé : il s'agit d'adapter notre pays à son temps. La signature unanime de l'accord sur la formation professionnelle est un signe encourageant d'évolution des états d'esprit. Je l'interprète comme une prise de conscience collective qui ouvre la voie à l'évolution sur les charges sociales, à la réforme de l'Etat, à la réforme de l'orientation scolaire. Ce matin, nous avons adopté la réforme de la haute fonction publique, encore une autre modernisation fondamentale qui est désormais engagée.

Enfin, ne soyons pas trop pessimistes à propos de nos industries.

Premièrement les investissements français à l'étranger sont considérables et l'expérience montre qu'ils sont générateurs d'échanges avec la France, donc d'activité chez nous.

Depuis 1980, 500 entreprises françaises ont investi 5,5 G USD en Chine ; elles y emploient aujourd'hui 150 000 salariés. C'est encore peu par rapport aux 8,6 millions d'entreprises chinoises recensées.

Nous y exportons près de 4 G USD en rythme annuel. Les entreprises étrangères en général font d'ailleurs la moitié du commerce extérieur chinois.

Deuxièmement, la Chine n'est pas encore et loin s'en faut, l'usine du monde : en 2002, la production industrielle de l'OCDE représentait 6 567 G USD, celle de la Chine 562 G USD.

Ni la quantité de travail industriel ni sa qualité ne sont des données figées : leur renouvellement dépend de notre capacité d'innovation qui n'est pas a priori menacée ; comme vous le rappeliez fort justement à propos du Japon, l'avenir n'est pas encore écrit ; l'extrapolation des tendances actuelles jusqu'en 2050 n'a pas de signification.

Je connais bien les difficultés posées par les fluctuations monétaires et par la baisse du dollar. Mais cette baisse n'est ni le résultat d'un calcul américain, ni la conséquence d'une naïveté européenne. Elle est la traduction par les marchés des déséquilibres structurels de l'économie américaine dont les déficits deviennent vertigineux. Le résultat est un appauvrissement de l'Amérique et des Américains dont personne ne peut se réjouir. La force du Deutschemark n'a jamais empêché la bonne santé de l'économie allemande, ni la bonne tenue de ses emplois industriels.

Pour terminer, comme signe d'optimisme, je voudrais reprendre une de vos remarques sur les clés du succès du développement, en Chine comme partout ; la compétence ultime n'est-elle pas de savoir former et faire travailler les gens ? Cette compétence, nous l'avons et on nous l'envie. Je fais le pari que nous saurons la conserver.


Je vous remercie pour votre attention.

(source http://actus.reseau-concept.net, le 12 novembre 2003)

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