Déclaration de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, sur le thème "Pour une nouvelle éthique du monde", Paris le 28 octobre 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, sur le thème "Pour une nouvelle éthique du monde", Paris le 28 octobre 2003.

Personnalité, fonction : GALOUZEAU DE VILLEPIN Dominique.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie

Circonstances : Intervention de Dominique de Villepin devant l'UMP (Union de la majorité présidentielle) à Paris le 28 octobre 2003

ti : Mesdames, Messieurs,


Avec le nouveau siècle nous observons la répétition d'un étrange paradoxe: comme l'aube nouvelle de la Renaissance avait été obscurcie par les guerres de Religion, comme l'espoir levé par la Révolution française s'était rougi du sang des victimes de la Terreur, c'est au moment même où la civilisation franchit une étape décisive, où elle connaît les plus formidables mutations et où elle est porteuse des plus grands espoirs de paix, qu'elle s'accompagne des plus lourdes inquiétudes sur son avenir. La chute du mur de Berlin a ouvert une nouvelle ère. Le vent de la liberté a semé partout un espoir de démocratie. La libéralisation des échanges et la révolution des technologies de l'information ont donné naissance à un univers plus prospère et plus intégré. Pourtant le monde souffre: loin de la sérénité radieuse de la fin de l'histoire, de nouveau les crises se multiplient; beaucoup éprouvent un sentiment de perte de repères, au nord comme au sud, à l'est comme à l'ouest.

Comme à chaque tournant de son parcours, l'humanité cherche son chemin entre les certitudes d'hier et l'avenir qui hésite. La mondialisation chevauche des forces économiques, sociales, technologiques incontrôlées où la volonté ne semble guère avoir de prise. Alors que faire? Laisser voguer le navire au risque de se perdre? S'arc-bouter contre le mouvement et se complaire dans la nostalgie d'un âge d'or? Ou au contraire s'appuyer sur le présent tel qu'il est et se mobiliser pour construire l'avenir?

La France refuse la nostalgie comme le fatalisme. Et, dans cette partie qui se joue, elle n'est pas seule. L'Europe a une responsabilité particulière: géant économique placé au coeur de tous les grands circuits internationaux, elle a un devoir de vigilance qui ne doit pas se relâcher face aux dérives toujours possibles, aux tragédies de 1 'histoire dont nous avons fait à plusieurs reprises l'expérience terrible. Berceau des valeurs humanistes, l'Europe doit assumer pleinement, aux côtés des autres grandes aires du monde, ce rôle de gardien mais aussi d'éclaireur. Comment le veilleur d'Argos ne retrouverait-il pas, dans un monde aux rapides métamorphoses, une nouvelle mission au service de l'homme ?

Longtemps les peuples ont aspiré à se protéger d'un monde extérieur souvent menaçant. Les cités, les Etats, les empires mêmes, à l'image du plus achevé, celui de Rome, cherchaient à s'abriter derrière de solides lignes de fortification. Au citoyen jouissant du droit de cité, s'opposait l'étranger, le barbare.

Progressivement pourtant va grandir une nouvelle aspiration. Les hommes vont reconnaître qu'ils ont tous en partage une même nature, qu'ils appartiennent à une même espèce et qu'ils ont, par conséquent, des devoirs les uns à l'égard des autres. Cette conception nouvelle soutient la chrétienté qui, dès le Moyen Age, s'étend à l'Europe entière: l'architecture romane ou .gothique traverse les frontières, le latin s'impose comme langue savante. Bientôt, la maison de Habsbourg rêve d'une monarchie universelle et la Renaissance, avec la découverte du Nouveau Monde, dessine un espace global; déjà le commerce s'émancipe, et .les mêmes banquiers prêtent de l'or à des Etats pourtant en guerre les uns contre les autres; les humanistes se proclament citoyens du monde. Les Lumières avancent, avec la raison, un nouveau principe d'unité du genre humain et consacrent les deux branches de la liberté politique et économique. Voltaire et Diderot proclament le caractère intangible de la personne humaine, tandis qu'Adam Smith soutient que la Richesse des nations repose sur les volontés individuelles, mises en harmonie par la main invisible du marché. La Révolution française proclame à la face des monarchies chancelantes d'Europe les nouvelles valeurs démocratiques qui vont inspirer le Printemps des peuples. Un siècle et demi plus tard, au sortir d'une guerre mondiale dévastatrice, les hommes jettent les bases d'un système mondial destiné à bannir la guerre des relations internationales.

La mondialisation porte en elle l'empreinte de ce long chemin parcouru. Sur la voie de, l'unité de l'humanité, elle marque une nouvelle étape décisive. Irrésistible, elle correspond à un besoin profondément ancré en l'homme de repousser toutes les frontières et d'élargir les portes du possible. Comme tous les grands moments de l'histoire, elle est riche d'occasions exceptionnelles.

Occasion pour chacun d'avoir accès au bien-être économique. Songeons .à l'évolution de
l'Asie, dont les pays les plus avancés ont atteint en quelque cinquante ans un niveau de vie comparable à celui des pays d'Europe ou d'Amérique du Nord. Songeons également aux progrès effectués par les pays d'Europe de l'Est qui, comme la Pologne ou la Hongrie, s'apprêtent aujourd'hui à rejoindre l'Union européenne et son marché unique.
Occasion pour chacun d'accéder également à l'information et à la connaissance. Par un mariage entre les télécommunications, l'informatique et la télévision, des milliards d'informations sont diffusées désormais à travers la planète entière de façon simultanée et interactive pour un coût négligeable. Il y a là une véritable libération des énergies.

Occasion enfin d'ancrer davantage la démocratie à la surface de la terre. On se souvient de l'effort constant des dictatures de l'ancien bloc soviétique pour isoler les sociétés qu'elles opprimaient. Partout l'abaissement des frontières, avec la chute du mur de Berlin, s'accompagne dans ces pays d'une exigence démocratique croissante. Toutes ces évolutions ne vont pas sans hésitations: les déceptions sont nombreuses sur tous les continents, en Afrique, en Amérique latine, en Asie ou en Europe même. Mais le cap est fixé et la direction est claire.
Pourtant notre époque suscite beaucoup d'inquiétudes, à l'heure où la mondialisation bouleverse à tous les niveaux l'organisation de la vie collective.

D'abord, si le rétrécissement de l'espace accélère la circulation des marchandises et des informations, il multiplie également les risques. Une crise financière en Thaïlande peut gagner la Russie via le Brésil, plus rapidement qu'un voyageur n'aurait pu venir en annoncer la nouvelle il y a quelques siècles encore. Les épidémies se propagent à la vitesse des avions de ligne. Et si le temps long et dense de l'histoire et des cultures semble s'effacer, les repères s'estompent avec eux tant la révolution de la technologie a modifié la texture même de notre monde.

Ensuite, la mondialisation substitue à la géographie traditionnelle une topologie nouvelle, à 1 'heure où les Etats ne sont plus seuls à penser ou agir à l'échelle globale. Lorsque le chiffre .d'affaires de General Motors dépasse le PIB du Danemark, la restructuration d'une entreprise peut avoir des répercussions imprévisibles. Aujourd'hui, une décision importante dans n'importe quel endroit de la planète peut affecter les cours de bourse et la vie économique dans toutes les capitales. Ainsi certaines régions fragiles peuvent-elles subir des licenciements et des destins brisés dont les conséquences politiques et sociales risquent parfois d'ébranler l'autorité même des Etats.

Enfin, le développement de la mondialisation entraîne une nouvelle dynamique des continents et des Etats. Les pôles se multiplient, du Brésil à l'Afrique du Sud en passant par l'Inde, désormais premier exportateur de services informatiques. Ou la Chine qui devient, avec un taux de croissance continu de l'ordre de 8%, l'un des moteurs de la croissance économique en Asie orientale et même au-delà. On a vu récemment à Cancun la détermination des pays du Sud à mener une action collective, coordonnée et autonome. La question est dorénavant posée ouvertement dans les grandes instances internationales: comment réduire le déficit de démocratie qui affecte la légitimité des mécanismes actuels?

L'ouverture des frontières et la libération des échanges offrent une possibilité exceptionnelle de diffuser la polyphonie des cultures. Mais la circulation des produits, la diffusion des images entraînent une homogénéisation des comportements, une convergence des rêves. La concentration mondiale de la production et de la distribution dans le domaine des représentations collectives, notamment dans les domaines de l'édition, du cinéma et de l'audiovisuel, fragilise l'expression de la diversité. Ce risque d'effacement du relief et des aspérités facilite en retour la résurgence d'appartenances religieuses ou communautaires parfois ancrées dans la violence. Sous la poussée de ces réactions identitaires, le monde tend paradoxalement à se fragmenter à mesure qu'il se globalise. Un piège nous guette: celui de l'incompréhension entre les cultures.

Depuis maintenant une dizaine d'années, les signaux d'alerte ne sont pas suffisamment entendus. Car les identités sont au coeur de la plupart des grandes tensions. Blessées, humiliées, méprisées, elles peuvent sécréter la violence et la haine. Les avertissements se succèdent, de la Bosnie au Kosovo, de l'Afghanistan au Rwanda et jusqu'à la Côte-d'Ivoire. Partout l 'hostilité des communautés, des ethnies et des religions a pu précipiter des conflits ou des guerres de décomposition et de recomposition nationale. Dans tous ces pays nous devons rester mobilisés.

Devant ces mutations, nos pays ne doivent pas se laisser gagner par la peur. Peur du terrorisme qui, depuis le Il septembre, hante les esprits car il peut frapper tout le monde et partout; peur de l'inconnu que l'on soupçonne complice de ces ennemis tapis dans l'ombre. Peur des catastrophes naturelles, qui paraissent se multiplier, alors que semble se dérégler le rythme même des saisons; peur de notre alimentation, qu'empoisonnent certains excès dans la course folle à la productivité. Peur, en définitive, de vivre dans un univers dominé par la technique et le commerce, et, à travers eux, par des forces dont rien n'assure qu'elles intègrent une conscience, une éthique et un respect véritable de 1 'homme.

Alors que nos destins sont plus que jamais liés, cette peur traduit un véritable vide de puissance: aucune ne parvient aujourd'hui à faire valoir un ordre. Le malaise planétaire se .nourrit du sentiment d'un monde insuffisamment gouverné, alors qu'il aurait tant besoin de l'être. Certes, les ressources de la technique nous permettent plus que jamais de transformer notre environnement. Pourtant, le fort révèle aujourd'hui ses faiblesses; le fou peut, en un instant, ébranler toutes les certitudes.

Face à cette nouvelle épreuve, chacun se situe en fonction de son propre héritage, et notamment les Etats-Unis, modèle de démocratie et de liberté. Quel surprenant renversement! Longtemps ce pays a échappé aux embarras de la puissance, parce qu'il a su s'inventer Babel moderne, lieu d'une alchimie des cultures. Des pères fondateurs qui ont traversé l'Océan à la recherche d'un espace vierge où construire une société idéale à la longue lignée de ces hommes et de ces femmes venus du monde entier pour se forger un destin, l'Amérique a démultiplié son énergie par l'optimisme, l'enthousiasme, la foi en l'avenir. Autant d'atouts pour comprendre le monde, et pourtant ce miracle intérieur n'obscurcit-il pas sa compréhension d'autres terres, souvent travaillées par des aspirations identitaires et parfois même prêtes à s'opposer à elle pour s'affirmer? Ce risque est d'autant plus grand à l'heure du Il septembre, où les Etats-Unis se découvrent puissance vulnérable, appelée avec les autres à repenser le monde.

Notre continent européen, quant à lui, doit tirer toutes les leçons de sa douloureuse histoire. C'est d'abord dans la volonté de mettre un terme aux pages sombres du passé qu'il a trouvé la force de se relever. Et aujourd'hui l'Europe a vocation à défricher, aux côtés des autres peuples, les voies de ce nouveau monde à construire. Tel est le défi qu'elle entend relever pour édifier son propre modèle: elle place l'Union au-dessus des rivalités d'intérêt, instaurant le dialogue comme méthode pour avancer et résoudre les conflits, promouvant ardemment les valeurs universelles de respect et de tolérance.

Désormais ce sont les fondements mêmes de la puissance qui connaissent une véritable révolution. Les Etats-Unis en apparaissent bien sûr comme la figure dominante et, à ce titre, ils connaissent aussi de grands débats et de grandes tentations. Certains, parmi les cercles néo conservateurs, tentent d'opposer Américains et Européens, les uns descendant de Mars, maîtrisant la guerre et la force, quand les autres descendraient de Vénus et se laisseraient bercer par les facilités de l'idéalisme. Mais aujourd'hui le constat s'impose: Mars n'est pas Mars et Vénus n'est pas Vénus. Les Etats-Unis ne peuvent pas s'appuyer sur la force seule, qu'elle soit économique ou militaire. L'Europe se dote d'une politique de défense et assume ses responsabilités, y compris militaires, que ce soit dans les Balkans, en Afghanistan ou en Afrique. Nous sommes tous d'une même terre, pétris de grandeur et de fragilité, unis par les réalités de la mondialisation, confrontés aux mêmes menaces, attachés aux mêmes espoirs, dépendants des mêmes phénomènes. C'est au-delà de la force qu'il faut trouver des solutions pour se réapproprier ensemble notre avenir.

Face à la peur, il n'est de remède que l'action. Nous avons une mission: celle de replacer l'homme au coeur du nouvel âge. Comment faire?

Ce sont les peuples qui peuvent apporter la réponse. Chaque jour ils s'avancent davantage sur le devant de la scène et interpellent le politique: face aux catastrophes sanitaires, aux désastres écologiques, à la persistance de la grande pauvreté, ils demandent des comptes à leurs responsables. Depuis quelques années, de grandes mobilisations rassemblent, de Seattle à Porto Alegre, les inquiétudes et les contradictions que porte la mondialisation. Mais c'est en chacun de nous qu'une véritable conscience mondiale est en train de naître.

Conscience mondiale face aux inégalités, d'abord. Le défi du développement n'a pas encore été relevé: un quart de la population vit avec moins d'un dollar par jour. Certes, un effort de longue haleine a été entrepris par la communauté internationale: dès 1961, l'assemblée générale des Nations unies lançait l'idée d'une "décennie de développement" visant à aider les pays du Sud à entrer dans la modernité. Aujourd'hui l'Amérique latine et l'Asie connaissent une dynamique générale de croissance, avec le décollage de l'Asie du Sud-Est, du Brésil et du Mexique, puis des deux géants d'Asie, Inde et Chine, avec la Corée du Sud. Mais l'Afrique reste pour beaucoup en marge du développement de la planète, et sa part dans les échanges ne cesse de diminuer. Aujourd'hui le PNB de tout le continent africain reste trois fois inférieur à celui de la France.

Nous avons un devoir de solidarité à l'égard des pays les moins avancés. Nous le voyons aujourd 'hui : la mondialisation ne suffit pas à garantir la convergence des niveaux de vie. C'est pourquoi la France s'emploie à mettre les pays du Sud au coeur des préoccupations internationales. Elle a décidé d'augmenter de moitié son aide publique au développement d'ici 2007, avec l'objectif d'atteindre 0,7% du pnb en 2012, mais elle estime aussi qu'il est essentiel de favoriser l'insertion des plus démunis dans les grands circuits du commerce international. Tel est le sens du soutien que nous apportons au NEP AD, grâce auquel nous voulons construire une véritable politique de partenariat avec l'Afrique.

Dans la perspective des objectifs du millénaire, la France veut lancer une nouvelle initiative pour favoriser le développement de l'agriculture africaine. Elle défend l'idée d'un système commercial préférentiel unique pour l'Afrique, assorti d'un moratoire sur les subventions agricoles afin de protéger les producteurs locaux. Elle propose ensuite un traitement commercial privilégié pour assurer à l'Afrique un meilleur accès à nos marchés. Enfin, elle sait que la vie d'un milliard d'êtres humains dépend du coût des matières premières et s'engage à en défendre le prix auprès des pays développés.

Conscience mondiale face à la maladie, ensuite. Avec le sida, l'humanité est confrontée à l'un des plus grands défis sanitaires de l'histoire: 42 millions de personnes sont atteintes du virus dans le monde, dont près de 30 millions en Afrique. Et le bilan s'alourdit en permanence, avec 5 millions de morts par an. Dans certains pays d'Afrique australe, près de 40% de la population active est contaminée. L'équilibre social, économique et politique de collectivités entières est mis à mal par la disparition de leurs forces vives.

La lutte contre le sida est une lutte complexe, face à laquelle la France se veut déterminée.
C'est une lutte complexe sur le plan social, en particulier pour les pays les plus touchés où la prévention doit prendre en compte les facteurs culturels: celle-ci passe par l'éducation et la scolarisation des enfants et notamment des filles, qui doit devenir la règle. Voilà pourquoi la France s'engage, dans ces pays, pour la mise en place d'un système éducatif moderne et performant. Dans plusieurs pays comme le Burkina Faso, la France est au premier rang de ce type d'aide avec la construction d'écoles, la formation de maîtres mais aussi un travail spécifique sur les programmes scolaires.

C'est une lutte complexe en raison de la nature même des épidémies. Celle du SRAS, atteignant dans le même temps le paysan d'une province reculée de Chine et 1 'homme d'affaires de passage à Toronto, l'a de nouveau illustré récemment. C'est donc l'ensemble de la communauté internationale qu'il faut mobiliser, pour mettre tous les moyens possibles à la disposition de ce combat contre la maladie. La France a décidé de tripler son apport au Fonds mondial contre le sida, le paludisme et la tuberculose, portant sa contribution à 150 millions d'euros par an. Parce qu'on ne peut espérer de succès contre la maladie que collectif, nous agissons avec le souci d'intégrer en permanence tous les acteurs, Etats comme entreprises ou ONG.

C'est une lutte complexe car elle nécessite de trouver le moyen d'abaisser les barrières, qui rendent aujourd'hui très difficile l'accès aux soins pour les malades alors même que les remèdes sont connus et que les médicaments génériques peuvent être fabriqués à bas prix. Mais pour la France, l'accès aux médicaments constitue un devoir moral. Le discours du président de la République à Abidjan en 1997 a constitué un véritable acte de rupture avec le consensus international qui écartait toute possibilité pour les malades des pays pauvres d'avoir accès aux antirétroviraux. Les résultats commencent à apparaître: l'accord conclu le 30 août dernier dans le cadre de l'OMC va dans le bon sens en facilitant le développement des médicaments génériques. Il reste encore un long chemin à faire et notre détermination est intacte.

Oui, quels que soient les obstacles, la France agit, fidèle à son devoir de solidarité et à une tradition d'assistance médicale qu'elle illustre depuis longtemps, du dépistage de la maladie du sommeil à la lutte contre la cécité des rivières. Aujourd'hui cette tradition se renouvelle avec plusieurs centaines de médecins français en Afrique, des assistants techniques de terrain et la forte présence d'associations spécialisées dans l'intervention sanitaire, de Médecins sans frontières à Médecins du monde.

Conscience mondiale, enfin, face au désastre que constitue la destruction de l'environnement. " Notre maison brûle ", avertissait le président de la République à Johannesburg. Pensons à la catastrophe que constituerait la disparition de nos principales ressources d'oxygène, les forêts d'Amazonie ou d'Afrique. Songeons aux conséquences du changement climatique, responsable d'une élévation du niveau de la mer qui menace les deltas très densément peuplés du Bangladesh et du Vietnam. Aujourd'hui nous sommes confrontés à une série de menaces qui pèsent sur notre avenir, de la désertification à l'appauvrissement de la diversité biologique ou à la pollution des océans.

Le défi de l'eau est l'un des plus préoccupants: selon les Nations unies, trente et un pays affrontent de graves pénuries d'eau et plus d'un milliard de personnes n'ont pas accès à l'eau potable; trois milliards de personnes ne disposent pas d'installation sanitaire. Bientôt, la pénurie d'eau douce affectera plus de 70% de 1 'humanité.

Pour agir nous devons prendre la mesure des mécanismes qui relient les différents problèmes: l'eau est au coeur de multiples enjeux. Enjeu de la paix: la gestion de l'eau du bassin du Niger, par exemple, est à la source d'un risque de conflit entre pays frontaliers. Elle nécessite une entente politique et donc une intégration régionale. Mais aussi enjeu de la santé, car il ne peut y avoir de santé publique dans la région si l'eau n'est pas potable, ce qui nécessite des infrastructures particulières. D'où l'impératif d'un effort des pays développés pour aider à la mise en place de ces infrastructures, et de tous les moyens nécessaires à l'assainissement des régions. Enjeu, enfin, de l'agriculture: la maîtrise de la gestion d'énergie et la protection du climat sont indispensables pour éviter la désertification, en particulier pour la fabrication du coton.

Construite avec l'aide de la France, la filière coton fait vivre quinze millions de personnes au Sahel. Elle est rentable, fixe des populations, équilibre la société. Mais elle doit bénéficier d'une organisation équitable des marchés: c'est l'enjeu du commerce. Au-delà de notre soutien à l'initiative coton, il faut que la communauté internationale soit organisée pour analyser et traiter l'enchevêtrement des problèmes. Par ses engagements bilatéraux comme multilatéraux, la France se veut en initiative permanente pour mettre en place une véritable logique de partenariat avec l'Afrique, seule à même de trouver des solutions à la fois globales et concrètes.

Après la prise de conscience du problème dramatique que peut représenter le manque d'eau sur la planète, il est temps désormais pour la communauté internationale d'adopter des mesures décisives afin de réduire de moitié en 2015 le nombre de personnes confrontées à la pénurie d'eau. Au sommet du G8 d'Evian, nous nous sommes engagés à jouer un rôle plus actif pour la mise en oeuvre des objectifs du Millénaire: nous devons encourager la bonne gouvernance des ressources d'eau potable et de leur assainissement, mais aussi renforcer l'action des organisations internationales.

Au-delà de l'eau, pour protéger nos Biens publics mondiaux nous avons une responsabilité collective qui doit pouvoir être exercée dans un cadre adéquat: le Président a suggéré l'idée d'une gouvernance environnementale internationale. Il nous faut en particulier repenser l'action des différentes organisations qui travaillent actuellement dans ce secteur. Pourquoi ne pas redonner au Programme des Nations unies pour l'environnement son rôle d'impulsion et de coordination politique?

Sur cette base, une Organisation mondiale pour l'environnement pourrait se voir conférer deux missions prioritaires. D'abord prendre en charge l'observation scientifique, la veille écologique et la sensibilisation aux risques, afin de pouvoir, ensuite, établir des normes et des codifications environnementales. Enfin, elle aurait pour tâche de coordonner le travail des différentes organisations internationales chargées de la protection de l'environnement.
Forts de cette conscience mondiale, nous devons donc conclure une véritable alliance entre les peuples, car nous avons tous un intérêt mondial à défendre. Mais pour cela nous avons besoin de règles acceptées par tous; nous avons besoin d'une éthique du monde, fondée dans tous les domaines sur le respect de la dignité humaine, sur l'esprit de justice et sur la responsabilité collective.

Dans le domaine scientifique d'abord, des limites doivent être fixées. Ainsi, peut-on accepter l'idée qu'un jour des individus puissent transformer la nature profonde de l'espèce humaine? Dans cette question marquée par la multiplicité des approches, qu'elles soient religieuses, historiques, philosophiques ou strictement médicales, il faut préserver l'idée de l'homme contre tous les intérêts particuliers. L'Europe se mobilise pour mettre en place les règles d'une bioéthique, afin que les progrès de la science ne nuisent pas à l'humanité dans sa nature même. Le président de la République a rappelé à l'Unesco il y a quelques jours cet impératif et la nécessité d'aboutir à un texte de portée universelle, conciliant progrès scientifique et protection de la personne dans les protocoles d'investigation.
Dans le domaine des droits de l'homme, ensuite, nous avons un devoir d'action, de mouvement et d'initiative. Comment accepter que dans certains pays la dignité humaine soit bafouée par la torture? Rien ne peut justifier cette pratique contre laquelle toutes nos valeurs s'insurgent. Notre combat doit également porter sur la peine de mort, afin d'aboutir à son abolition universelle.

La France se bat pour que la Cour pénale internationale puisse jouer tout son rôle et rendre impossibles les crimes contre l'humanité, les massacres et la barbarie ethnique. Nous devons mettre fin à l'impunité qui constitue un facteur récurrent de violation des droits de l'homme. C'est pourquoi nous demandons la ratification universelle du statut de la Cour. Au-delà, nous devrons rendre la Commission des droits de l'homme plus à même d'effectuer des missions concrètes et efficaces. Pourquoi ne pas la doter d'un corps d'inspecteurs permanents des droits de 1 'homme, doté de mandats intrusifs ?

Enfin, nous devons protéger la diversité culturelle. La mondialisation est une chance si elle permet le brassage des cultures, source d'une nouvelle effervescence: nous pouvons, grâce au cinéma, voyager à travers les paysages iraniens d'un Mohsen Makmalbaf, comprendre la société brésilienne avec les films de Walter Salles, entrer dans le monde exubérant des grandes productions indiennes de Bollywood. Nous pouvons regarder le Mexique dans les grandes fresques d'Alvaro Siqueiros, lire la transformation de la Chine chez Gao Xingjian ou le pouvoir des traditions ancestrales chez Nuruddin Farah, traverser les terres sauvages d'Amérique avec Jim Harrison, parcourir ses villes torturées avec Philip Roth et sonder la solitude urbaine avec les photographies de Cindy Sherman. Cette richesse constitue la sève de notre nouveau monde: il nous revient de le protéger contre l'assèchement; il nous revient d'ouvrir les portes d'une mondialisation de la création.

C'est pourquoi les oeuvres de l'esprit ne sauraient être assimilées à des marchandises. Le droit des Etats et gouvernements à promouvoir des politiques culturelles et linguistiques mérite d'être préservé, non seulement dans les textes, mais également en pratique, face aux tentatives de contournement que permet la technique moderne. Au rythme où disparaissent les cultures et même les langues, dont la moitié sont aujourd'hui en danger, c'est maintenant qu'il faut trouver les moyens de protéger la spécificité du fait culturel à l'échelle mondiale.

Dans le cadre de l'Unesco, la préparation d'une Convention internationale sur la diversité culturelle doit mobiliser tous nos efforts. La France s'emploie à associer le plus de pays possibles à ce combat essentiel pour l'avenir, au nom duquel elle prépare également la mise en place d'une chaîne internationale d'information capable de diversifier les points de vue sur notre planète. Car la mondialisation constitue une formidable occasion de diffuser nos créations dans notre langue: c'est à nous de rendre plus humain un processus contre lequel il serait vain de vouloir se barricader. Mais il faut que les règles en soient fixées de façon équitable.
L'Internet constitue un formidable outil chaque jour plus emprunté pour l'information et la communication. Il a acquis un rôle central dans nos sociétés, transformant la vie d'un nombre croissant d'utilisateurs, ouvrant pour eux les portes de la connaissance et du dialogue; il suscite parfois l'inquiétude, lorsqu'il est utilisé comme moyen de désinformation, de propagande Taciste ou antisémite, voire d'incitation à la haine. Là encore, des règles doivent être fixées pour prendre de vitesse ceux qui détournent un outil aussi précieux. Le Sommet mondial sur la société de l'information qui se tiendra prochainement à Genève doit permettre d'avancer des solutions contre les principales dérives. Actuellement contrôlé par des institutions privées, l'Internet doit être encadré par une gouvernance représentative et responsable au niveau international, respectueuse des enjeux matériels et immatériels de notre univers.

C'est donc une véritable gouvernance mondiale qu'il nous faut bâtir. La France propose la création d'une nouvelle enceinte politique capable d'assurer dans les domaines économiques, sociaux, environnementaux, le rôle d'impulsion et de direction dont le monde a besoin. Devant l'ampleur et la complexité des enjeux, il est indispensable qu'un Conseil de sécurité 'économique et social puisse prendre en compte l'intérêt général.

Dans les secteurs où l'intérêt collectif doit être défendu, de l'environnement à l'alimentation, de la santé publique à la diversité culturelle, les institutions spécifiques doivent être renforcées afin de pouvoir édicter des normes et de les faire appliquer en prenant la mesure de l'ampleur des défis: malgré un flot toujours plus important de textes, un enfant sur six dans le monde est contraint de travailler pour assurer sa subsistance ou celle de sa famille. A l'OMC, des règles de procédure doivent être créées afin de faciliter le débat et la prise de décision à près de cent cinquante Etats. Pour faire émerger un consensus, des négociations préalables à l'échelle régionale pourraient être envisagées, comme le fait déjà l'Europe. Il y va de l'avenir du multilatéralisme et de sa capacité à répondre aux exigences d'un monde complexe.
La mondialisation engendre chaque jour des bénéfices supplémentaires qui devraient aider ceux qui pâtissent le plus des évolutions actuelles. A cet égard, réfléchissons à la création d'un système pour en corriger les excès et dégager de nouvelles ressources pour financer le développement. De la même façon, la responsabilité des entreprises devant l'environnement et le développement des sociétés doit s'exercer à travers de nouveaux concepts; ce thème a été porté par la France lors du G8 d'Evian. Sur tous ces sujets, un Observatoire français pourrait permettre de commencer à définir les grandes priorités et à proposer des solutions innovantes.
Au XXIe siècle, on ne saurait accepter une fatalité de l'impuissance et de l'ignorance. Les peuples doivent être mieux associés aux grandes décisions qui les engagent. A travers les ONG, les sociétés civiles revendiquent une place croissante dans le débat international. Leurs voix doivent être entendues à côté de celles des Etats.
Mais attention : nous avons également un devoir immédiat, auquel nous ramènent chaque jour les crises régionales qui criblent la planète: celui de nous mobiliser pour la paix. Celui de lutter contre chaque menace et de traiter chaque facteur de crise. Ce rôle revient au Conseil de sécurité des Nations unies, dont l'autorité et la représentativité doivent être renforcées. A travers ces changements nécessaires, c'est l'ensemble de la communauté internationale qui doit effectuer une véritable révolution: nous devons transformer les esprits, mais aussi adapter nos réponses.

Transformer les esprits car le monde se métamorphose. Désormais de nombreux engrenages se mettent en place, développant de véritables synergies de destruction.
Synergie entre les facteurs de déstabilisation: terrorisme, prolifération, crises régionales. Il n'y a plus de problème indépendant, de dossier séparé. On assiste au développement d'un nouveau modèle de violence, avec le terrorisme de masse aujourd'hui à la recherche d'alliances, que ce soit avec des groupuscules locaux, avec des mercenaires ou encore avec des mouvements nationalistes ou ethniques. Ce scénario noir n'est-il pas en train de devenir réalité, à l'heure où l'Iraq, après l' Afghanistan et la .Tchétchénie, forme un nouveau laboratoire pour les réseaux terroristes, qui profitent du désordre actuel, de la porosité des frontières, de l'absence d'Etat central fort, des rivalités interethniques ?

Toute situation de crise crée un appel d'air pour les facteurs de violence et de désordre. D'autant que, au-delà de ce lien immédiat, nous pouvons craindre que les groupes terroristes ne jouent sur la multiplication des trafics de matières prohibées et de moyens militaires pour réaliser leurs desseins: davantage de morts, davantage de souffrance, davantage de peur. Les cargaisons illicites qui circulent d'un pays à l'autre, en particulier au Moyen-Orient, échappent encore à tout contrôle. Les échanges de technologies sensibles sont facilités par un accès plus large aux informations, et par une transmission plus rapide. Hier, l'accès à des armes de destruction massive relevait de la gageure. Aujourd'hui, en dépit des barrières successives qui ont été mises en place, il devient potentiellement plus aisé. Comment ne pas s'inquiéter du croisement possible entre cette réalité et le développement d'un terrorisme de masse?

Les méthodes anciennes s'épuisent, quand nous voyons les menaces grandir et muter à la manière d'un virus opportuniste, quand le terrorisme suit la crise et passe d'un théâtre d'opérations à un autre, ou d'une base à une autre, de l'Afghanistan à l'Iraq par exemple. Ou quand des bandes armées en Afrique profitent de, toute faille dans l'autorité d'un Etat pour piller et propager la haine, comme au Sierra Leone ou dans la région des Grands Lacs.
Mais aussi synergie entre les crises régionales, avec des phénomènes de contagion entre des crises elles-mêmes aggravées par des cercles vicieux. En Iraq, les attentats scandent l'actualité, semant le chaos, rendant plus difficiles les efforts pour reconstruire l'unité et la paix dans ce pays. La terrible vague de violence qui vient encore, il y a quelques jours à peine, de secouer Bagdad, marque l'ampleur des difficultés. Les troupes de la coalition y voient, sans doute à juste titre, la présence de groupes militaires venus de l'extérieur. Le vide créé par l'absence de souveraineté iraquienne et de sécurité aux frontières ne peut qu'aggraver la spirale de la crise.

En Afghanistan les Talibans s'efforcent de reprendre position, et profitent des ondes de choc provenant du Moyen-Orient. La production de pavot a repris, et représente désormais presque 50 % du PNB du pays. Le risque existe de voir les efforts de la communauté internationale remis en cause dans des délais très rapides.
Au Proche-Orient, tous les efforts de paix s'enlisent semaine après semaine, avec une insécurité aggravée pour tous, Palestiniens et Israéliens. La menace terroriste hante chaque jour un peu plus Israël. Et la construction d'une barrière de sécurité dont le tracé contredit le droit international, ou encore la poursuite du développement des colonies, ne font que renforcer les frustrations des Palestiniens et attiser inutilement les haines. La mise en ¿uvre de la feuille de route ne cesse d'être mise à mal par des événements dramatiques.
Aujourd'hui toutes les crises sont liées. Comment rétablir le calme à Bagdad si l'on ne montre pas que l'on est capable de prendre le risque de la paix et de la justice à Jérusalem? Les prochains mois seront déterminants pour l'avenir du Moyen-Orient et du monde: jamais auparavant il n'y a eu une telle urgence. La communauté internationale tout entière doit se mobiliser: il faut prendre de vitesse la contagion de la violence.

Dès lors, nous devons adapter nos réponses. Autrefois la logique des blocs suffisait en grande partie à geler les conflits et à les contenir dans un cadre qui permettait d'éviter l'affrontement direct. Or cette situation se double de nombreuses incertitudes qu'il nous faut prendre en compte. C'est aux secousses de divisions ethniques ou religieuses, ou aux soubresauts communautaires, qu'il faut aujourd'hui pouvoir répondre de part et d'autre de la planète: il y va de la stabilité du monde.
Nous passons d'une dialectique de guerre froide à une logique de risques asymétriques. Il devient donc essentiel d'encadrer la relation avec des Etats faibles, tentés par la rupture avec la communauté internationale. Essayons de comprendre le calcul d'un Etat comme la Corée du Nord: prétextant sa propre sécurité, il s'est engagé dans une véritable fuite en avant nucléaire. Plutôt que de répondre aux injonctions de la communauté internationale, il a préféré jouer du chantage et de l'agression verbale en s'appuyant sur sa maîtrise des capacités balistiques et sur un programme nucléaire militaire clandestin. Face à ce défi, c'est toute une région qui se trouve mise en péril.
Il est impératif d'éviter que ne se reproduise ce jeu de la terreur dans d'autres parties du globe. C'est ce que l'Union européenne s'efforce de faire en Iran, en engageant un dialogue sans concession avec les autorités de Téhéran. Partant du constat que le programme nucléaire iranien suscite des inquiétudes légitimes de la communauté internationale, nous avons posé une exigence: le refus de toute ambition nucléaire militaire, qui aurait affecté jusqu'à la sécurité de l'Union européenne. Face à quoi nous avons reconnu le droit de l'Iran à disposer de l'accès à l'énergie nucléaire civile, conformément aux règles du Traité de non- prolifération. Ce choix stratégique nous a permis d'ouvrir un processus de confiance, fondé sur la disponibilité de l'Iran à répondre sans délai aux demandes de la communauté internationale. Si la vigilance s'impose naturellement, nous voulons nous donner les moyens d'éviter une crise majeure, qui aurait pu conduire au retrait de l'Iran du TNP et à l'émergence d'un nouveau pôle de désordre dans une région déjà fortement déstabilisée.

Devant cette nouvelle donne et les risques d'instabilité, il n'y a qu'une protection: celle que peut apporter un multilatéralisme politique, fondé sur la responsabilité collective et sur l'impératif d'action.
Certes, le recours éventuel à la force reste indispensable, et la France sait en payer le prix: fidèle à ses principes, elle est engagée au service de la paix dans des opérations dans les Balkans, en Afghanistan, en Côte-d'Ivoire, avec un total de douze mille hommes sur le terrain. Nous sommes l'un des premiers contributeurs de troupes dans les interventions extérieures de l'Otan, et l'un des premiers partenaires des Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme, notamment avec nos Forces spéciales en Afghanistan.
Mais la riposte par la force seule ne peut être qu'un dernier recours. Elle n'est pas apte à résoudre par elle-même les problèmes du monde. La logique sécuritaire ne fait qu'étendre la crise, aggraver le mal, creuser les lignes de fracture. Face au terrorisme, la confrontation militaire directe est impossible, quand l'ennemi est tapi dans toutes les zones grises et qu'il se nourrit de la force qu'on lui oppose. Surtout, elle ne constitue pas un rempart contre la violence aveugle. Oui, des moyens militaires peuvent être employés lorsque la communauté internationale l'autorise, et avec un objectif politique légitime. Des moyens policiers, judiciaires ou de renseignement doivent également être déployés pour traquer les terroristes. Mais la seule solution réside dans la mobilisation de la communauté internationale, qui a montré au lendemain du Il septembre sa capacité à s'unir face à ce fléau. Cela suppose que, dans un esprit de responsabilité, nous fassions ensemble, face à chaque crise, à chaque conflit, à chaque situation susceptible de dégénérer, le choix de la volonté politique.
Choix de la volonté politique en Afghanistan où, devant la dégradation observée sur le terrain, nous devons organiser des élections rapidement. Il y a urgence à ancrer la marche vers la démocratie dans un chemin irréversible. C'est pourquoi nous souhaitons que les échéances électorales soient respectées, et que des consultations présidentielles et législatives aient lieu dans les délais fixés. Nous ne pouvons tirer prétexte de la persistance de poches de désordre ou de la recrudescence de la violence dans certaines zones du pays pour baisser les bras. Au contraire: ce n'est qu'en mettant en ¿uvre la responsabilité directe du peuple afghan que nous consoliderons les premiers résultats obtenus.
Choix de la volonté politique en Iraq où, grâce à un transfert de souveraineté le plus rapide possible, les Iraquiens doivent retrouver la maîtrise de leur propre destin, avec le soutien entier de la communauté internationale.

Au Proche-Orient, nous devons dépasser les préalables sécuritaires. Des initiatives telles que le plan de paix de Genève, venant compléter la démarche lancée par la feuille de route, nous donnent un horizon; elles montrent qu'un accord est possible. Soyons réalistes: il n'y aura pas de paix durable dans le monde sans une paix durable au Proche-Orient.
De même en Afrique: le monde ne sera pas sûr tant qu'il n'y aura pas d'apaisement sur ce continent, qui concentre aujourd'hui tous les trafics et tous les risques.
Aujourd'hui une stratégie globale s'impose. Nous avons besoin d'outils et de règles face aux différentes menaces et aux différentes crises. Nous devons renforcer l'édifice des Nations unies afin qu'elles puissent véritablement traiter les problèmes avec efficacité et ouvrir un nouvel horizon: celui d'une démocratie mondiale à construire, où le principe de responsabilité permette d'assurer la stabilité du monde et d'organiser la coopération de tous les Etats. C'est un chemin difficile qu'il nous faut tracer vers l'avenir. Mais il faut en poser dès maintenant les principaux jalons.

Mesdames, Messieurs,

Désormais le monde forme un tout; mais ce tout reste à imaginer et à édifier. Il doit être organisé de manière politique, sous-tendu par une éthique et fondé sur une certaine idée de 1 'homme. Cela suppose de mettre en place de nouveaux équilibres entre les Etats, les peuples, et une gouvernance mondiale à bâtir.
Aujourd 'hui l'humanité est ramenée à sa tâche et à ses devoirs. Depuis longtemps déjà nous connaissons les objectifs à atteindre. De Voltaire rêvant d'une entente entre tous les peuples à Hugo qui s'écriait au nom de l'humanité: "Bas les armes! Alliance! Unité! ", de Jaurès payant de sa vie son engagement en faveur de la paix à Briand portant la voix de l'union à la tribune de la Société des nations, ou à de Gaulle appelant à la coopération de tous les peuples, la France a toujours été guidée par une certaine idée du monde et par un idéal.
Combien d'occasions entrevues mais aussi manquées, pour réaliser cette alliance ! Combien d'espoirs déçus faute de nous être donné les moyens de sceller le pacte des peuples et de la paix! C'est à nous qu'il revient de le faire. N'attendons pas, après les terribles drames qu'a connus le XXe siècle, après les avertissement qui déjà partout nous cernent, de faire un nouvel apprentissage par le gouffre. C'est à chacun de nous qu'il appartient d'¿uvrer, en lui et dans le monde, au réveil d'un nouvel humanisme.


Je vous remercie.

(Source http://www.u-m-p.org, le 13 novembre 2003)

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