Déclaration de Mme Claudie Haigneré, ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies, sur les perspectives dans le domaine de l'observation spatiale de la Terre comme enjeu stratégique et comme facteur de coopération internationale, Paris, le 4 novembre 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Claudie Haigneré, ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies, sur les perspectives dans le domaine de l'observation spatiale de la Terre comme enjeu stratégique et comme facteur de coopération internationale, Paris, le 4 novembre 2003.

Personnalité, fonction : HAIGNERE Claudie.

FRANCE. Ministre délégué à la recherche et aux nouvelles technologies

Circonstances : Colloque "Quel avenir pour l'observation spatiale de la Terre en France ?" organisé à l'initiative de l'Institut Diplomatie et Défense, Paris, le 4 novembre 2003

ti : Messieurs les présidents,
Mesdames, Messieurs,


Je me réjouis de l'occasion qui m'est donnée aujourd'hui de participer à ce colloque sur "L'avenir de l'observation spatiale de la Terre" organisé à l'initiative de l'Institut Diplomatie et Défense. La diversité des sujets de débat qui ont été abordés ce matin lors des deux tables rondes montre combien l'initiative de ce colloque s'inscrit dans un faisceau d'enjeux tout à fait essentiels pour notre pays et pour la construction de l'espace européen de la recherche spatiale. Vous l'avez rappelé ce matin, l'observation spatiale de la Terre est un enjeu stratégique. Elle répond aux besoins de la défense, mais aussi ceux de la sécurité civile ; elle offre des réponses à des problématiques sociales, humanitaires, économiques, elle représente un enjeu industriel et est facteur de développement scientifique. Je souhaiterais rappeler ici combien les choix que nous feront pour l'avenir de l'observation spatiale sont amenés à influer sur l'avenir de l'ensemble de ces secteurs.

En tant que Ministre déléguée à la Recherche et aux Nouvelles Technologies, je souhaiterais souligner tout d'abord combien la maîtrise de cette technologie est un facteur de rayonnement à l'échelle internationale, et cela à plusieurs égards :

Tout d'abord, l'observation spatiale de la Terre apparaît comme un facteur de cohésion à l'échelle européenne. L'accord entre 6 états-majors sur les Besoins Opérationnels Communs (BOC) témoigne de la volonté de tirer parti des synergies qu'offre une mise en commun l'ensemble des systèmes européens de l'observation spatiale de la Terre, déjà opérationnels ou à venir.

L'observation spatiale de la terre est également un facteur de coopération à l'échelle internationale, soit avec des puissances ayant déjà acquis les compétences technologiques, et je pense aux coopérations avec les Etats-Unis (avec, encore récemment, le satellite Calipso), avec le Japon, avec la Russie, dans le cadre de programme européen GMES (Global monitoring of environment and security), ou soit avec des pays souhaitant acquérir de nouvelles compétences technologiques, comme l'Inde.

Au-delà de cette coopération technologique, les partenariats dans le domaine de l'observation de la terre se placent également sous le signe de la solidarité. L'observation de la Terre apparaît ainsi comme un facteur de cohésion et d'amélioration des conditions de vie. De nouveau services se développent en réponse à des sollicitations nouvelles, plus larges, et je souhaite mentionner ici la charte sur les risques, mise en ¿uvre dans le cas d'inondations, de tremblements de Terre.

Enfin, la haute technicité à l'oeuvre dans le domaine de l'observation spatiale est facteur de compétitivité industrielle. La France grâce au CNES, et l'Europe, ont acquis, grâce à une politique volontariste et innovante, une position de leader en de nombreux domaines.

L'Europe a très tôt pris la dimension de ces différents enjeux et a su développer de nombreux moyens et applications. C'est ainsi qu'elle a voulu le programme GMES. C'est ce qui fait d'elle un contributeur majeur aux systèmes mondiaux d'observation de la terre, et elle doit affirmer son rôle dans les suites du sommet mondial sur l'observation de la Terre qui s'est tenu à Washington le 31 juillet dernier.

Il est important de souligner que la France a tenu un rôle précurseur dans ce domaine dont elle a su saisir la diversité et l'importance de toutes les applications duales et de ses enjeux de souveraineté. Les filières SPOT et HELIOS sont le fruit d'une telle implication. Ces filières sont désormais des services opérationnels dont la France assure en grande partie la continuité de fonctionnement. De manière élargie, on peut aussi mentionner le rôle majeur de la France dans le développement de la météorologie opérationnelle, ainsi que de manière encore probatoire, dans le domaine de l'océanographie opérationnelle, grâce aux instruments TOPEX, POSEIDON puis JASON développés en coopération franco-américaine. Je voudrais ici rendre hommage au CNES pour le rôle qu'il a joué dans le développement de ces systèmes et dans la diffusion de leurs applications.

L'ensemble des services que je viens de mentionner ont des applications duales, qu'il s'agisse de l'imagerie haute résolution ou champ large à usage militaire ou civil, de la météorologie indispensable à toute action militaire mais aussi pour notre quotidien, ou de l'océanographie utilisée par les bâtiments marins ou sous-marins, mais aussi dans le secteur de la pêche. Si certains satellites sont encore différenciés selon leur usage, comme HELIOS ou SPOT, la tendance va vers l'intégration en un seul système de l'ensemble des fonctions utiles à toute une communauté d'utilisateurs.

Le nouveau programme dual franco-italien ORFEO d'optique radar en est une illustration particulièrement significative.

Les quelques exemples que je viens de vous donner le montrent bien : le défi principal que nous avons à relever aujourd'hui est sans conteste la définition et les modalités d'application d'une politique spatiale au niveau de l'Union Européenne, afin de doter nos communautés de l'ensemble des moyens et systèmes répondant à nos besoins. Je souhaiterais rappeler, aux travers d'exemples, les apports que je vois à une telle intégration.

Exemple d'intégration transnationale, le programme franco-italien ORFEO, qui vise à intégrer un système d'observation optique et un système radar, résulte d'un double constat sur les bénéfices découlant d'une coopération internationale dans le systèmes duaux. D'une part, cette coopération permet, sur une base technologique commune, d'unifier les utilisateurs autour d'un seul système et d'élargir la taille de la communauté utilisatrice, d'où des économies d'échelle. D'autre part, la coopération internationale permet d'associer des technologies différentes (radar et optique dans le cas d'ORFEO), au bénéfice des deux Etats et donc de partager des ressources.

Dans le même esprit, l'initiative sur les Besoins Opérationnels Communs, quant à elle, est le fruit d'un effort de rationalisation des capacités existantes et futures, dans la perspective d'une prise en compte des impératifs d'interopérabilité, d'accès à l'information et de sécurité indispensables.

En tant que Ministre de la Recherche et des Nouvelles Technologies, je souhaite mentionner un autre type de synergie que permet l'observation de la Terre : la complémentarité entre recherche et applications opérationnelles.

Par exemple, le programme JASON résulte de la vision que la France a des possibilités d'évolution des programmes scientifiques en capacités véritablement opérationnelles. Ce service d'océanographie opérationnelle est désormais reconnu par l'Union Européenne comme un des plus prometteurs de GMES. Dans la même lignée, il conviendrait encore de mentionner la recherche en amont sur les tremblements de terre, avec DEMETER.

Cependant, nous avons encore beaucoup de progrès à faire pour faire accepter cette évolution, et pour que le client final accepte de partager les ressources. Mais dans un contexte de budgétaire limité, ces solutions permettent d'assurer la continuité du service, et de dégager des moyens pour de nouvelles applications.

Il s'agit d'avoir présent à l'esprit que les retombées économiques et stratégiques de ce domaine doivent suffire aujourd'hui à justifier son développement. J'insiste sur l'aspect stratégique ; dirigeants, nous somme responsables de la pérennité de ces activités. Les infrastructures bords et sol de l'observation de la Terre, les applications qui en découlent, ont certes une dimension commerciale et contribuent au maintien et au rayonnement de notre industrie spatiale, ainsi qu'à sa compétitivité dans les secteurs plus commerciaux comme les télécommunications et la navigation. Mais nous ne pouvons compter sur le seul marché, et devons éviter l'optimisme des années 90, qui voyait de larges perspectives commerciales à l'observation de la Terre. Cet optimisme a failli être fatale à la thématique de l'observation de la Terre.

La France se doit de conserver son excellence scientifique, technologique et industrielle. Elle doit donc demeurer une force de proposition de services nouveaux et prometteurs faisant appel à l'innovation et à la coopération internationale. Mais elle ne peut assurer seule le versant financier du développement de services opérationnels et de leur continuité, pour le service à de multiples communautés internationales.

L'implication de l'Union Européenne sera donc fondamentale pour assurer la continuité des services qui répondent à ses besoins et à ceux de l'ensemble de ses Etats membres.

Dans le cadre de Jason, par exemple, alors que les infrastructures sol pour l'océanographie opérationnelle sont développées en relation avec le GMES sur des fonds communautaires, il est difficile d'imaginer que ces services reposent sur la garantie de fourniture du satellite par un seul état, à sa seule charge. Le précédent de la météorologie, avec le succès d'Eumetsat, devrait vous inspirer.

En ce qui concerne ORFEO et les Besoins Opérationnels Communs, ces programmes et accords préfigurent les coopérations renforcées qui pourraient s'établir avec l'Union Européenne, aussi bien dans le cadre communautaire qu'intergouvernemental, pour les besoins de défense. La mise en oeuvre récente d'un plan d'action pour les capacités européennes (ECAP) dans le secteur spatial pourrait permettre de faire le point sur les lacunes capacitaires de l'Union européenne en matière de besoins de sécurité et de défense. Pour autant, dans ces secteurs, il s'agit d'articuler avec précaution la politique communautaire. Il convient en effet de préserver la souveraineté nécessaire quant à l'usage sur des capacités qui demeurent essentiellement nationales.

Vous le savez, tous ces sujets sont actuellement l'occasion de débats fournis, aussi bien en ce qui concerne les programmes en coopération multilatérales, au travers du Livre Blanc sur l'Espace ou bien encore dans le cadre des discussions sur une agence européenne de l'armement. L'équilibre entre intérêts nationaux et intérêts communautaires, l'utilisation optimale de nos moyens financiers, le développement de nos capacités d'innovations, l'élaboration de solutions nouvelles, les cadres que ces problématique requièrent, sont les enjeux de notre politique spatiale nationale, et d'une politique spatiale européenne.

Il n'y aura pas de solution unique, ni unilatérale.

De nombreux instruments institutionnels existent et il faudra y recourir de la manière la plus pertinente. La France participe activement à ces débats, en souhaitant faire partager et fructifier son savoir-faire et le rayonnement de ses technologies, tout en garantissant son autonomie de décision.

Je vous remercie de votre attention.

(Source http://www.recherche.gouv.fr, le 17 novembre 2003)

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