Interview de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, dans "Le Nouvel Economiste" du 7 novembre 2003, sur l'effort budgétaire en faveur de la défense, notamment dans le domaine de l'armement, la doctrine nucléaire de la France et la défense européenne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, dans "Le Nouvel Economiste" du 7 novembre 2003, sur l'effort budgétaire en faveur de la défense, notamment dans le domaine de l'armement, la doctrine nucléaire de la France et la défense européenne.

Personnalité, fonction : ALLIOT MARIE Michèle, GADAULT Thierry.

FRANCE. Ministre de la défense

ti : Le Nouvel Economiste :

Dans le contexte de difficultés économiques et de crise budgétaire, comment justifiez-vous l'accroissement du budget de la Défense ?

Mme Michèle Alliot-Marie :

Par des raisons de sécurité et des raisons économiques. D'abord, nous vivons dans un monde dangereux face à la multiplication des crises internationales et aux nouvelles menaces, notamment terroristes, l'Etat se doit d'assurer la sécurité de notre territoire et celle de nos concitoyens, en France comme à l'extérieur. Les évacuations en Côte d'Ivoire ou au Libéria en sont des exemples. Le budget de la Défense est donc notre " assurance-sécurité " à tous ! Or, à mon arrivée à la Défense, j'ai trouvé des équipements vieillis dont l'entretien était sacrifié : un hélicoptère et un avion sur deux étaient cloués au sol ! Ensuite; on l'oublie souvent, le ministère de la Défense irrigue largement le tissu économique français. En y réinjectant 14,9 milliards d'euros, nous sommes le premier-investisseur public en France. Plus de 175 000 emplois directs en dépendent. Enfin grâce à ses commandes, le ministère permet à nos industriels de faire valoir à l'international les compétences françaises. Les exportations rapportent de l'ordre de quatre milliards d'euros annuels à l'industrie française. Je suis néanmoins consciente que l'effort budgétaire consenti par les Français exige plus que jamais une grande rigueur dans la gestion du ministère. Pour 2004, ce sont ainsi plus de 250 millions d'euros d'économie qui seront faits sur le fonctionnement.

Alors que les armées européennes (dont l'armée française) se spécialisent dans des missions de prévention des conflit et de maintien de la paix, ne pensez-vous pas que qu'une partie des dépenses d'équipement n'est pas adaptée à cette évolution ?

Nous avons pris, sous l'impulsion du président de la République, au cours de ces dernières années, les évolutions correspondantes à la nouvelle donne stratégique. L'armée française ne se spécialise pas dans telle ou telle mission. Elle doit être en mesure de répondre aux besoins de sécurité des Français et aux exigences issues de notre statut de puissance, membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU.C'est le sens de la loi de programmation militaire 2003-2008, votée en janvier dernier. Avec la LPM, le gouvernement permet à nos armées de se doter des équipements nécessaires pour intervenir, dans les meilleurs délais, en Afghanistan dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, en Côte d'Ivoire ou en Ituri (République Démocratique du Congo) à la demande de l'ONU.

A l'inverse, l'Europe et la France ne sont-elles pas en retard dans l'acquisition des équipements pour remplir efficacement ce type de missions ?

La France a établi sa programmation en fonction de ses priorités : la dissuasion, le renseignement et la communication, la capacité de projection. Dans le domaine spatial par exemple, notre composante d'observation sera considérablement améliorée avec le programme Hélios II et l'accès aux satellites-radars. Nos capacités dans les télécommunications spatiales le seront avec les premiers satellites de ces systèmes de nouvelle génération (Hélios II et Syracuse IIIA) mis en orbite dès 2004. Nous consacrons un effort important aux études effectuées en amont dans le domaine spatial avec la réalisation, notamment, d'un satellite démonstrateur d'alerte avancée. Des efforts de même importance sont réalisés dans les différents armements nécessaires à nos missions. Si tous les pays européens faisaient les mêmes efforts, l'Europe serait effectivement encore plus efficace.

Quelles conséquences (stratégiques, diplomatiques, financières.) pourraient avoir une révision de la posture nucléaire française ?

Notre posture et notre doctrine nucléaire telles qu'elles ont été définies publiquement par le président de la République le 8 juin 2001 demeurent inchangées. La Loi de programmation militaire adoptée en 2003 par le Parlement est pleinement conforme avec ces orientations. Elle précise notamment que la dissuasion " reste caractérisée, dans notre stratégie, par un concept de non-emploi ", même si " elle implique de disposer de moyens diversifiés permettant d'assurer sa crédibilité face aux évolutions des menaces ". La modernisation régulière des outils de notre dissuasion est naturellement nécessaire à sa pérennité et à sa crédibilité en toutes circonstances et face à tout adversaire. C'est une constante depuis 1960.

Que faut-il comprendre quand l'Europe indique que sa politique de défense doit être complémentaire de l'OTAN ? Qu'attendez vous de la constitution d'une Europe de la défense ?

Le développement de la politique européenne de sécurité et de défense ne se fait pas en concurrence avec l'OTAN, bien au contraire. L'Union européenne et l'Alliance atlantique sont complémentaires. Par exemple, dans la gestion des crises qui affectent les Balkans, l'Union remplace au fur et à mesure l'OTAN en parfaite coopération. D'ailleurs la majorité des pays européens sont membres de ces deux organisations. L'Europe de la défense donne à l'Union européenne les capacités d'intervenir pour défendre ses intérêts, ses convictions, ses valeurs et d'agir lorsque l'OTAN ne peut ou ne veut pas intervenir. Au cours de l'année écoulée, l'engagement autonome de l'Union en Macédoine et au Congo a montré la contribution essentielle que pouvait apporter l'Europe à la gestion des crises.


(Source http://www.defense.gouv.fr, le 18 novembre 2003)

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