Point de presse de MM. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, et Renaud Muselier, secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, sur les répercussions de la dégradation de la situation en Irak et au Proche-Orient sur les pays de la Méditerranée occidentale et la recherche de solutions dans la perspective du prochain sommet du Dialogue 5+5, à Tunis, Saint-Symphorien-le-Château le 30 octobre 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Point de presse de MM. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, et Renaud Muselier, secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, sur les répercussions de la dégradation de la situation en Irak et au Proche-Orient sur les pays de la Méditerranée occidentale et la recherche de solutions dans la perspective du prochain sommet du Dialogue 5+5, à Tunis, Saint-Symphorien-le-Château le 30 octobre 2003.

Personnalité, fonction : GALOUZEAU DE VILLEPIN Dominique, MUSELIER Renaud.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie; FRANCE. SE aux affaires étrangères

Circonstances : Réunion extraordinaire des ministres des affaires étrangères du "Dialogue 5+5" à Saint-Symphorien-le-Château les 29 et 30 octobre 2003

ti : La réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères du Dialogue 5+5 qui vient de se tenir hier soir et ce matin, avait été décidée, je le rappelle, lors de la réunion ministérielle du Dialogue 5+5 qui s'est tenue à Sainte-Maxime en avril dernier. Nous avions décidé d'une réunion supplémentaire compte tenu de l'actualité internationale. Ce cadre d'échange politique informel permet aux pays de l'Europe du Sud et du Maghreb, dans un contexte international particulièrement troublé, de se concerter de manière approfondie et c'est donc ce que nous avons fait hier soir et ce matin.

Cette réunion avait deux principaux objectifs :

- discuter des évolutions régionales en particulier en Irak et au Proche-Orient, ainsi que de leurs conséquences sur nos régions, sur la Méditerranée occidentale.

- contribuer à la bonne préparation du premier Sommet des chefs d'Etat et de gouvernement du Dialogue 5+5 qui se tiendra à Tunis les 5 et 6 décembre prochain.

Les conclusions de la présidence qui ont été dressées viennent de vous être distribuées. Les dix ministres du Dialogue 5+5 expriment la même inquiétude quant à la situation en Irak et au Proche-Orient et la même volonté de ne pas nous résigner et de travailler ensemble.

Concernant l'Irak, nos dix pays, conscients de la gravité de la situation, entendent ¿uvrer dans un esprit constructif en faveur de la restauration de la souveraineté irakienne. Ils souhaitent l'unité de la communauté internationale pour aller de l'avant.


Au sujet du Proche-Orient, les ministres du Dialogue 5+5 n'ont pas caché leurs inquiétudes pour l'avenir face à la dégradation de la situation. Ce conflit cristallise tous les sentiments de frustration et de colère. Nous avons un devoir collectif d'agir pour sortir de l'engrenage de la violence. Les membres du Dialogue 5+5 estiment que la communauté internationale se doit de réagir pour sauver l'espoir de paix dans cette région.

Face à ces évolutions régionales qui suscitent l'inquiétude et la préoccupation de tous, les ministres des Affaires étrangères du Dialogue 5+5 estiment que les réponses à donner pour ce qui concerne la Méditerranée occidentale sont de deux ordres :

- plus d'intégration maghrébine : la nécessité de relancer la construction d'un Maghreb uni est dans l'esprit de tous.

- plus de construction euro-méditerranéenne, ce qui passe par une relance du Processus de Barcelone et le renforcement des relations entre les deux rives de la Méditerranée. La perspective de la Conférence euro-méditerranéenne de Naples les 2 et 3 décembre prochain constitue à cet égard une échéance majeure.

La réunion que nous avons tenue à Esclimont a permis également de préparer les travaux du Sommet des chefs d'Etat et de gouvernement du Dialogue 5+5 :

Tous les pays concernés mesurent l'importance de ce Sommet, le premier du genre. Cette échéance politique majeure permettra de renforcer la solidarité entre les pays de la Méditerranée occidentale et contribuera, nous l'espérons, à stimuler l'intégration maghrébine.

Ce Sommet contribuera ainsi à un rapprochement accru entre le Maghreb et l'Europe. Vous savez que la France a proposé à cet égard des coopérations dites renforcées entre le Maghreb et l'Union européenne dans le cadre du Processus de Barcelone. Enfin, la question d'une nouvelle approche commune sur les migrations sera également abordée à cette occasion, dans la lignée des conclusions de Sainte-Maxime et des réunions ministérielles sur les migrations en Méditerranée occidentale de Tunis en octobre 2002 et de Rabat en octobre 2003.

Q - Vous vous êtes entretenus longuement, hier soir, de l'Irak et du Proche-Orient. Sur l'Irak, y a-t-il un consensus ? Si oui, quel est-il ? Sur le Proche-Orient, que peut-on faire de plus ? Je pense notamment à la Feuille de Route, au Conseil de sécurité et à l'initiative de Genève. En avez-vous parlé ?

R - Nous avons, bien sûr, longuement évoqué la situation irakienne. Vous verrez, dans les conclusions que nous vous avons remises, les principaux points que nous avons évoqués, que nous avons souhaité souligner : évidemment, ce sont la restauration de la pleine souveraineté irakienne, le transfert de responsabilités quand cela sera possible et l'unité et la mobilisation de la communauté internationale pour permettre la reconstruction de l'Irak.

Vous connaissez également la volonté de la France d'¿uvrer dans le sens de l'unité de la communauté internationale. C'est ce qui a justifié de notre part le vote de la résolution 1511 dont je rappelle que, comme les précédentes, comme la résolution 1483, comme la résolution 1500, elles ont été votées à l'unanimité de la communauté internationale. Nous avions longuement parlé de la résolution 1511 avec nos principaux partenaires et au premier chef avec l'Allemagne et la Russie pour noter qu'il y avait là un pas dans la bonne direction, qu'il y avait des progrès. Nous estimions qu'il y avait toujours des insuffisances, qu'il fallait sans doute aller plus vite dans la voie de la restauration de la souveraineté irakienne. Nous continuons de penser et je continue de penser qu'une nouvelle approche est nécessaire. Les dramatiques attentats qui ont marqué les derniers jours en Irak sont là pour nous rappeler que la violence et le terrorisme doivent bien sûr être combattus par tous les moyens d'une politique de sécurité à notre disposition, mais qu'il faut aller plus loin et définir une approche qui permette véritablement de donner aux Irakiens le moyen de reprendre en mains leur destin. Nous restons donc convaincus de la nécessité de ce changement d'approche, de l'importance de cette dimension politique si l'on veut donner toutes ses chances à la reconstruction.

En ce qui concerne le Proche-Orient, là encore, évidemment, nous sommes très frappés par la dégradation de la situation mais nous considérons qu'il n'y a pas de fatalité de la guerre au Proche-Orient. Il n'y a pas d'alternative à la Feuille de route ce qui signifie, pour les parties, qu'il faut mettre en ¿uvre leurs engagements puisque, comme vous le savez, l'ensemble des parties ont accepté cette Feuille de route. Cela signifie, au premier chef, du côté palestinien, une action résolue contre le terrorisme. Nous devons aider le Premier ministre Ahmed Qoreï, qui est un interlocuteur pour la paix, à avancer dans cette direction. Et bien sûr, du côté israélien, il est important d'obtenir l'arrêt des actions qui minent la confiance des Palestiniens. Je pense à la colonisation, à la construction du mur, au bouclage des Territoires, aux attentats ciblés.

La conviction de la France est qu'il faut aller plus vite et plus loin et qu'il faut, pour cela, de nouveaux gestes importants qui permettraient de marquer l'unité et la volonté de la communauté internationale. Nous avons donc proposé, à plusieurs reprises, au cours des derniers mois, la tenue d'une conférence internationale qui était prévue au terme de la première phase de la Feuille de route. Nous avons prévu aussi une présence internationale, civile et de sécurité, pour fortifier l'Autorité palestinienne et s'interposer entre les parties, donnant à Israël la sécurité dont il a absolument besoin. Nous pensons que cela pourrait faire partie des gestes indispensables susceptibles de relancer la confiance, de recréer le climat favorable à ce processus de paix. Nous sommes frappés de voir, et c'est une conviction française très forte, à quel point la dégradation s'accélère dans cette région du Moyen-Orient : Les foyers de tensions se multiplient. Il est donc essentiel que nous prenions ensemble la mesure de cette situation si nous ne voulons pas que le Moyen-Orient lui-même ne connaisse une spirale nouvelle de violence. C'est ce qui a guidé d'ailleurs les trois pays européens, comme vous le savez, vis-à-vis de l'Iran. Nous avons conscience, là encore, des risques qui existent, qui sont liés à la prolifération nucléaire ; conscience de la nécessaire mobilisation de la communauté internationale et de la responsabilité qui était la nôtre en tant que pays européens de faire en sorte que l'Iran puisse accepter un certain nombre d'engagements. Vous savez que l'Iran, à l'occasion de cette visite, a accepté trois grands engagements : la transparence en ce qui concerne les informations sur ses programmes ; deuxièmement, l'acceptation de la signature du Protocole additionnel ; et le troisième élément, c'est la suspension des activités liées à l'enrichissement de l'uranium et au retraitement. C'est là la preuve que quand les Européens veulent se mobiliser, ils peuvent obtenir des résultats. Tout ceci bien sûr doit se traduire dans les faits, par des gestes concrets, importants. C'est ce que nous attendons au cours des prochaines semaines. Avec l'Agence internationale de l'énergie atomique, l'ensemble des partenaires américains et russes, nous avons été en concertation et nous souhaitons donc que ce processus de dialogue, ce processus de confiance puisse se conforter au cours des prochaines semaines.

Q - Avez-vous évoqué l'affaire d'UTA avec le vice-ministre libyen ? Où en est-on des problèmes d'indemnités ?

R - Nous avons bien sûr abordé cette question difficile avec le chef de la délégation libyenne. Vous connaissez la position de la France. Nous estimons que le dialogue, la négociation doivent reprendre entre la Fondation et les associations des familles des victimes. Nous espérons que ces négociations qui ont été interrompues il y a peu, comme vous le savez, pourront reprendre rapidement, et que les engagements qui ont été pris par la partie libyenne au plus haut niveau pourront très rapidement être satisfaits.

Q - Est-ce qu'il a demandé des engagements ?

R - Nous avons évoqué cette situation et avons formé le v¿u qu'une solution puisse être trouvée très rapidement.

Q - L'Accord de Genève sur le Proche-Orient a-t-il des chances d'être examiné par le Quartet ? Comment est-il perçu par votre collègue espagnole par exemple ? Vous dites que la Feuille de route n'a pas d'alternative. Que représente cet accord pour vous ? Que peut-il devenir ?

R - Vous aurez l'occasion de demander à ma collègue espagnole son propre sentiment comme aux autres membres de cette réunion. En ce qui concerne la France, et j'ai eu l'occasion de le dire, l'Accord de Genève donne un horizon à l'ensemble des négociations, discussions, plans de paix, qui ont existé par le passé. Il y a là un certain nombre de sujets traités parmi les plus difficiles sur lesquels il y a un éclairage positif qui montre que, avec de la bonne volonté, entre Israéliens et Palestiniens, on peut proposer un certain nombre de pistes. Dans notre esprit, il n'y a pas d'antagonisme entre la Feuille de route et cet Accord de Genève. Il y a, au contraire, complémentarité. Nous pensons qu'il est essentiel, dans ce moment si difficile pour la communauté internationale, si difficile pour le Proche-Orient, que toutes les bonnes volontés se mobilisent. Et quand on voit se dégager un certain nombre de propositions, de pistes, sur les sujets délicats que vous connaissez comme Jérusalem, nous ne pouvons que nous féliciter de voir dans quel esprit ces sujets sont traités. Ce sont des contributions très utiles et très positives et il convient de continuer à se mobiliser. Bien évidemment, la clé, aujourd'hui, nous le voyons tous, c'est de savoir comment créer la mécanique de négociation qui permettra d'engager le processus. La Feuille de route définit un certain nombre d'étapes, l'Accord de Genève éclaire l'horizon. Nous avons besoin aujourd'hui dans cette première étape, pour "enclencher" la Feuille de route, d'un certain nombre d'incitations et c'est pour cela que la France a fait des propositions, qu'il s'agisse de la conférence internationale, d'une force de supervision, d'un mécanisme de supervision élargi qui inclurait un grand nombre de participants et notamment l'Union européenne. Nous pensons qu'il y a là, peut-être, le moyen de créer le lien entre ces différentes étapes et d'assurer le progrès des négociations qui, on le voit, piétinent maintenant depuis plusieurs mois.

Q - Vous avez évoqué, lors du Sommet de Sainte-Maxime, le danger d'un fossé qui pourrait apparaître entre le Sud et le Nord, suite aux événements en Irak. Suite à l'évolution que l'on a vue en Irak, croyez-vous que ce fossé s'est élargi ? Qu'est-ce que le groupe "5+5" a décidé de faire pour éviter que ce fossé ne s'agrandisse ?

R - C'est une question immense et qui était bien sûr au c¿ur de nos préoccupations. Elle l'a été et elle le reste depuis plusieurs mois puisque, pour nous, l'un des grands risques de la crise en Irak, comme de l'ensemble des crises, c'est bien de créer un fossé entre le Nord et le Sud, entre l'Orient et l'Occident, entre la chrétienté et l'islam. Nous voulons donc lutter en permanence contre cette tentation, contre ces risques, d'où la nécessité et l'importance d'une mobilisation sur l'ensemble des crises. Chacune, aujourd'hui, nous le voyons, est un foyer de gangrène, d'infection, qui est susceptible de s'élargir, de contaminer des régions bien au-delà de celles qui sont concernées et nous sommes très sensibles à cette possibilité, à partir de ces foyers de crises, de liens possibles avec d'autres crises, avec d'autres régions. Partout où c'est nécessaire, nous pensons que la mobilisation de la communauté internationale doit évidemment avoir lieu. C'est le cas en Afghanistan, en Irak, au Proche-Orient. Evitons que ces crises ne s'approfondissent et ne créent de nouvelles résistances, de nouvelles frustrations, de nouveaux ressentiments.

Contre cela, bien sûr, le dialogue tel que celui que nous avons pu avoir aujourd'hui est tout à fait essentiel. La compréhension, l'explication sont indispensables. Mais la clé, c'est le règlement de ces crises elles-mêmes. Nous avons toujours pensé, dans ce contexte, que la grande question du Proche-Orient devait être traitée par la communauté internationale, bien avant l'Irak. Il y avait là un sentiment d'injustice dont nous devions être conscients et qu'il fallait traiter en tant que tel. Entre les deux rives de la Méditerranée, il y a une responsabilité particulière. Nous voulons en permanence, dans un dialogue, je rappelle que l'esprit de nos rencontres "5+5" est celui d'un dialogue informel, traiter de l'ensemble des sujets sans limitations, c'est un élément très important. Nous n'avons pas vocation à institutionnaliser d'une quelconque façon ce dialogue afin de lui laisser cette liberté de proposition, de traitement, d'idées. Nous avons, dans le cadre des relations entre les deux rives de la Méditerranée, abordé un certain nombre de perspectives importantes et je vais demander à Renaud Muselier de préciser les idées qui ont été débattues dans ce cadre.

R - M. Muselier - Dans le cadre du rapprochement et des propositions qui sont faites par le "5+5", il est clair que la présidence italienne et le Sommet de Naples ont une importance certaine. Nos amis du bassin méditerranéen nous ont demandé d'être actifs, de faire en sorte que cette Europe qui se construit, qui s'établit, ait une vraie vision, une vraie politique euro-méditerranéenne.

C'est la raison pour laquelle la réunion des chefs d'Etat se tiendra à Tunis mais des propositions très concrètes sont susceptibles d'être faites au-delà de la démarche européenne pour une politique euro-méditerranéenne sur les dossiers qui nous paraissent importants ; elles peuvent s'articuler essentiellement autour de trois axes :

- le développement économique : la BEI, le FIMEP. Comment peut-on rendre cette banque le plus efficace possible de façon à ce qu'il y ait des investissements et un geste économique et politique fort sur le développement de ce bassin méditerranéen ?

- parallèlement à cela, le Parlement consultatif qui se doit de se mettre en place représente la culture du dialogue ; c'est quelque chose d'indispensable.

- le dernier volet est la création de la Fondation des cultures euro-méditerranéennes qui, au-delà du débat sur l'installation du siège, que cela soit sur la rive Sud ou Nord, est indispensable pour que l'Europe, avec ses pays du Sud, se rende bien compte de la nécessité de mener une politique euro-méditerranéenne avec des actes très concrets et une politique forte à mettre en place.

Q - Il y a de plus en plus de voix autorisées, des analystes français et étrangers, qui n'excluent plus le fait, si la situation en Irak continuait à empirer, qu'il y ait un retrait unilatéral américain. Je voudrais votre appréciation à ce sujet. Est-ce qu'il y a réellement, d'après vous, une éventualité que ce scénario se produise ?

R - Il est clair que vis-à-vis de l'Irak, la communauté internationale dans son ensemble a une responsabilité et c'est pour cela que nous avons défendu depuis le début l'idée du maintien de l'unité de la communauté internationale. Dans ce contexte, les très graves attentats qui se sont multipliés viennent nous rappeler l'importance de cette mobilisation et l'importance de cette unité. A partir de cela d'ailleurs, vous l'avez vu, les Nations unies ont voté un certain nombre de résolutions à l'unanimité. Un retrait de l'Irak aujourd'hui serait catastrophique et ne correspondrait absolument pas aux exigences de la situation. C'est parce que nous pensons et que nous avons cette conviction, que nous avons dit depuis le début qu'il fallait répondre aux aspirations du peuple irakien, en accélérant le processus de reconnaissance de la souveraineté de l'Irak, d'un gouvernement provisoire appuyé par les forces de la coalition présentes sur le terrain - dont je rappelle qu'elles ont une responsabilité éminente quant à la sécurité et la situation générale du pays - et par l'ensemble de la communauté internationale avec les Nations unies. Tout ceci est étroitement complémentaire.

D'un côté, en "haut" si je puis dire, la souveraineté des Irakiens doit être réaffirmée ainsi que la capacité à reprendre en mains leur propre destin, appuyés par toute la communauté internationale, pour faire en sorte que cette reconstruction puisse se produire dans les meilleures conditions.

Vous voyez bien que ce sont deux processus complémentaires. D'un côté, la souveraineté irakienne, de l'autre, la contribution, la mobilisation, la reconstruction. Nous nous sommes félicités lors de notre rencontre, de la bonne tenue de la Conférence des donateurs de Madrid. Il est important que chacun prenne ses responsabilités : les Irakiens d'un côté, qui ne doivent pas être spectateurs de la situation de l'Irak, la communauté internationale de l'autre, avec, au premier chef, ceux qui sont engagés sur le terrain, les forces de la coalition, dans l'engagement au service de la reconstruction avec l'ensemble de la communauté internationale.

Vous savez qu'à la suite des attentats, un certain nombre d'organisations internationales, les Nations unies, ont été amenées - et la nouvelle vient de tomber - à prendre la décision temporaire du retrait d'une partie de leur personnel. C'est une décision temporaire qui a été prise par le Secrétaire général des Nations unies. Les Nations unies ont été durement frappées en Irak, la sécurité de leur personnel est en jeu et c'est une responsabilité très lourde pour le Secrétaire général des Nations unies. Nous comprenons donc bien le sens des mesures qu'il prend aujourd'hui. Plus que jamais, nous estimons que c'est par le changement d'approche que nous rendrons compatibles à la fois ce nécessaire engagement de la communauté internationale et en même temps la pleine implication des Irakiens à travers un gouvernement provisoire qui aurait en charge le destin de l'Irak.

Q - Vous savez bien que la souveraineté syrienne est touchée après la première attaque d'Israël. La Syrie a déclaré que c'est son droit de défendre son territoire si les Israéliens veulent attaquer à nouveau. Comment vous voyez la situation, après les déclarations de M. Colin Powell et la réaction du ministre des Affaires étrangères syrien ?

R - La France a condamné l'intervention israélienne dans le contexte qui est celui que nous avons évoqué, du Proche-Orient, de l'Irak, de l'ensemble du Moyen - Orient. Je voudrais appeler chacun à la plus grande retenue. Nous sommes tous conscients de la fragilité actuelle du Moyen-Orient et nous devons donc tous agir dans un esprit de responsabilité. Ce qui veut dire, je le répète, à la fois prendre les mesures indispensables pour faire respecter la sécurité dans cette région - c'est une responsabilité très forte - mais en même temps être soucieux de l'indispensable dynamique politique.

Dans notre esprit, le processus de paix doit bien sûr s'engager et s'accélérer entre Israël et les Palestiniens mais aussi inclure la Syrie et le Liban. Dans cette stratégie globale, dans cette négociation globale, qui doit être enclenchée, nous n'avons perdu que trop de temps. Il est donc important de renouer les fils du dialogue. Chacun d'entre nous aujourd'hui doit avoir à c¿ur de faire en sorte que ce dialogue puisse reprendre, que la confiance puisse être créée. Ne cédons pas à l'action unilatérale, à l'action de la force. Nous voyons bien que de ces actions ne sort pas plus de sécurité, bien au contraire, mais de nouvelles spirales de violence. Ceci doit être perçu comme autant d'avertissements pour chacun, pour la région, pour la communauté internationale. Nous devons prendre conscience des dangers très grands de cet engrenage de la violence et du terrorisme et faire en sorte que l'action politique, la mobilisation de la communauté internationale puissent être relancées.

Q - Récemment, à La Baule, on a parlé d'une zone de sécurité en Méditerranée occidentale. Pouvez-vous nous éclairer sur cette idée ? Par quels mécanismes cette zone de sécurité sera-t-elle installée dans la région ? On a parlé de trois pays - la Tunisie, l'Algérie et le Maroc d'un côté, l'Italie, la France et l'Espagne de l'autre côté.

R - Cela fait partie de réflexions qui sont engagées et qu'il faut approfondir. Nous voyons bien quand nous regardons nos pays, les pays que vous avez évoqués, la géographie, l'évolution des risques et des menaces, qu'il y a un intérêt commun à se concerter, à agir ensemble, à développer des stratégies communes. Si nous voulons être efficaces, nous devons reconnaître cette évidence, cette nécessité de l'action commune. C'est donc dans cet esprit que nous réfléchissons aujourd'hui à cette meilleure prise en compte de la donnée de la sécurité. Ce n'est pas la seule perspective que nous avons. Dans le domaine de l'immigration, dans le domaine économique, commercial, nous voyons bien à quel point il y a, de façon naturelle, en raison de cette très grande proximité de l'histoire et de la géographie, des liens très profonds qui existent entre nos Etats. Dans cette perspective, il faut que nous approfondissions ce qui représente aujourd'hui un intérêt commun : la sécurité. Il faut le faire avec le souci de mettre en place des processus qui puissent véritablement répondre aux besoins de chacun des pays, mais aussi aux susceptibilités et aux préoccupations de chacun. C'est dans cet esprit là que nous voulons avancer.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 3 novembre 2003)

Rechercher