Déclaration de Mme Nicole Fontaine, ministre déléguée à l'industrie, sur la mise en place de groupements universitaires européens, notamment celui de l'ESSEC avec l'université de Mannheim, afin de mieux affronter la concurrence mondiale dans le domaine de l'enseignement supérieur, et plus particulièrement avec les Etats-Unis, Paris le 10 octobre 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Nicole Fontaine, ministre déléguée à l'industrie, sur la mise en place de groupements universitaires européens, notamment celui de l'ESSEC avec l'université de Mannheim, afin de mieux affronter la concurrence mondiale dans le domaine de l'enseignement supérieur, et plus particulièrement avec les Etats-Unis, Paris le 10 octobre 2003.

Personnalité, fonction : FONTAINE Nicole.

FRANCE. Ministre délégué à l'industrie

Circonstances : Signature d'un engagement entre l'ESSEC et l'Université de Mannheim, Paris le 10 octobre 2003

ti : Monsieur le Recteur,

Monsieur le Directeur général,

Madame le Directrice,

Messieurs les Doyens,

Mesdames, Messieurs,

C'est avec une vive conscience du caractère fondateur de cette journée, que je prends la parole devant vous. Lorsque je considère la liste et l'ambition des engagements réciproques que vous êtes entrain de prendre, je réalise que nous assistons au mariage de grandes écoles européennes. Compte tenu du prestige des institutions que vous représentez, je suis assurée que ce mariage aura un réel retentissement. Il marque un tournant très concret dans cette grande entreprise qu'est la construction d'une véritable Europe universitaire ! Comme vous pouvez vous l'imaginer, l'ancienne présidente du Parlement européen s'en réjouit tout particulièrement.

Je sais que les relations entre l'ESSEC et Mannheim sont anciennes. Cela me paraît d'ailleurs un atout important pour la future vie commune de ces institutions. Je comprends que vous affichez aujourd'hui la volonté de franchir une étape décisive. Unir vos noms, c'est-à-dire vos marques, est, dans votre lettre d'intention, l'illustration la plus significative.

Ma présence aujourd'hui parmi vous témoigne de l'importance politique que nous attachons à votre projet. Je crois en effet que nous sommes aujourd'hui à la pointe d'une évolution majeure : lors de la préparation du 40ème anniversaire du Traité de l'Elysée, le 22 janvier dernier, j'avais insisté, avec Francis Mer, sur l'importance des questions de formation au plan européen. Le Processus de Bologne a permis de franchir des étapes importantes. Les diplômes européens sont en voie d'harmonisation. C'est un travail difficile et lent qui consiste à planter pas à pas le décor de cet espace universitaire ouvert dont l'Europe a besoin.

En appelant à soutenir la constitution de Groupements universitaires européens, la déclaration commune du chancelier allemand et du président de la République du 22 janvier dernier entend placer dans ce décor en construction des acteurs. Ces acteurs européens, issus du rapprochement d'universités et grandes écoles existantes, proposeront aux étudiants des cursus intégrés sur plusieurs pays, sous une marque commune visible aux plans européen et mondial. Les Groupements universitaires font échos, dans le champ de la formation à ce qu'Airbus a représenté dans l'industrie aéronautique. Je suis particulièrement heureuse que le premier projet de cette nature unisse l'Allemagne et la France.

Certains diront que cet objectif fait aussi écho à mon parcours européen, notamment au rôle que j'ai joué en faveur des échanges Erasmus au Parlement européen. Il est vrai que je demeure particulièrement sensible à ces questions. Mais ce n'est pas tout. Des rapports économiques de plus en plus nombreux mettent en évidence l'importance de la qualité des institutions de formation dans le rythme de croissance à long terme. Un rapport à paraître du Conseil d'analyse économique établit un constat identique. La question de la formation est donc au coeur de nos problématiques économiques et donc de mes préoccupations, en tant que ministre de l'Industrie. A cet égard, ma démarche s'inscrit dans une logique de cohérence profonde par rapport au grand dessein européen, fixé en l'an 2000 à Lisbonne : devenir l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, un objectif certes ambitieux. Ce but, notre gouvernement a choisi de s'en donner les moyens avec, par exemple, le plan de soutien à l'innovation que nous avons préparé et dont les dispositions seront opérationnelles dès le 1er janvier 2004. Cet objectif, nous le poursuivons aujourd'hui même, précisément avec le soutien apporté à la constitution de Groupements universitaires ; car nos emplois de demain dépendent de nos investissements d'aujourd'hui dans l'intelligence, qu'ils soient financiers ou humains.

Nous sommes face à une compétition mondiale grandissante pour la formation supérieure des étudiants les plus talentueux. Cette concurrence s'exerce principalement avec les Etats-Unis dont l'avance est aujourd'hui décisive. Un président d'une très grande entreprise française me confiait un jour qu'il craignait une "filialisation" de l'enseignement supérieur européen vis-à-vis des Etats-Unis. Dans ce scénario, les établissements nationaux européens se contenteraient d'imiter avec un retard structurel ce qui est réalisé outre atlantique. J'ai certes une grande admiration pour les grandes universités américaines. Mais je ne crois aucunement dans un modèle global d'enseignement, qu'il soit d'origine américaine, asiatique ou européenne. L'enseignement supérieur ne peut être un produit standard. S'il le devenait ce serait un danger pour la démocratie. L'Europe doit donc jouer sa carte. L'enjeu en termes de rayonnement économique et culturel est immense. Si l'Europe n'était plus capable de former et de conserver ses élites, notre économie, et donc notre industrie, se déclasserait progressivement.

Notre gouvernement se bat aujourd'hui pour donner à la France et à l'Europe une industrie d'avance. Ceci ne sera possible qu'à la condition de pouvoir former ses élites, leur donner le goût de l'innovation et de l'initiative dans des institutions universitaires européennes de classe mondiale.

Au nombre des défis que nous avons à relever, j'ajouterai l'adaptation de la formation professionnelle initiale et continue à la réalité économique européenne. On n'exporte plus vers le reste de l'Europe. L'Europe est désormais le marché domestique de la plupart de nos entreprises et, en particulier, de notre industrie. Qu'il s'agisse de relations avec leurs clients, leurs fournisseurs, leurs partenaires, la diversité des nationalités fait partie du quotidien. Cette diversité culturelle est également une réalité au sein même des entreprises. Ce n'est pas nouveau, mais il faut avoir conscience que cette tendance ne fera que s'amplifier. Ainsi, les entreprises ont besoin de managers et de chefs de projets capables de faire dialoguer dans une même dynamique des Français, des Allemands, des Britanniques, etc. et cela ne s'improvise pas. J'ai largement consulté les directeurs des ressources humaines de nombreuses entreprises et leur credo est à peu près identique : nous avons besoin de managers multiculturels, ce qui implique une forte mobilité des étudiants, mais nous craignons parallèlement que le nomadisme étudiant se traduise par une perte de la qualité pédagogique.

En affichant notre volonté politique franco-allemande de soutenir la constitution de Groupements universitaires européens, nous appelons précisément de nos voeux l'émergence d'un nouveau modèle qui réponde à ces différents défis. Ces groupements bâtiront, à l'image d'ESSEC-Mannheim, des cursus intégrés sur plusieurs pays pour rendre compatible les exigences de mobilité, de cohérence et d'excellence. Parce qu'ils auront une dimension européenne basée sur plusieurs pays, parce qu'ils feront, plus qu'aucun autre modèle universitaire, place à la diversité, ils seront reconnus au plan mondial. Je suis profondément convaincue que, pour les étudiants, l'épreuve de la diversité, en développant la capacité d'adaptation, est un facteur d'efficacité professionnelle et d'épanouissement personnel.

Vous avez donc compris que notre soutien politique est total. Ce soutien concerne également Luc Ferry, engagé comme moi dans la promotion des Groupements universitaires européens. Notre gouvernement va vous aider, notamment, à lever les obstacles réglementaires et administratifs que vous pourriez rencontrer sur votre chemin.

J'ajouterai, pour conclure, que le soutien que nous apportons à votre projet est la preuve que l'engagement politique de la France envers l'Europe ne saurait un seul instant être mis en doute. Bien au contraire, nous voulons, par de telles réalisations concrètes, renforcer l'adhésion des citoyens à la construction européenne. Car, avec le temps, à l'image d'Airbus ou d'Ariane, ces réalités deviennent des symboles qui alimentent notre fierté et donnent consistance à notre citoyenneté européenne. Je suis sûre qu'ESSEC-Mannheim donnera, dans le champ universitaire, la cadence, et suscitera l'entraînement !

Je vous remercie./.

(Source http://www.minefi.gouv.fr, le 21 octobre 2003)


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