Interview de Mme Brigitte Girardin, ministre de l'outre-mer, dans "La Semaine guyanaise" du 20 novembre 2003, sur la mise en oeuvre de la loi-programme pour l'outre-mer, le statut de la Guyane, les mesures pour faire baisser le coût du billet d'avion à destination des DOM, le budget 2004 du ministère et l'intégration de RFO dans France Télévisions. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Brigitte Girardin, ministre de l'outre-mer, dans "La Semaine guyanaise" du 20 novembre 2003, sur la mise en oeuvre de la loi-programme pour l'outre-mer, le statut de la Guyane, les mesures pour faire baisser le coût du billet d'avion à destination des DOM, le budget 2004 du ministère et l'intégration de RFO dans France Télévisions.

Personnalité, fonction : GIRARDIN Brigitte, TROTIGNON Sébastien.

FRANCE. Ministre de l'outre-mer

ti : La Semaine Guyanaise : Quels sont les axes de votre politique pour cette année ?

Brigitte Girardin : J'entends tout d'abord mener à leur terme les chantiers engagés :
Il s'agit de rendre totalement effective la loi-programme en publiant rapidement ses décrets d'application, dont la plupart ont déjà été transmis pour avis aux Assemblées locales. La Commission de Bruxelles vient par ailleurs de donner un avis favorable au volet défiscalisation. Nous allons donc pouvoir respecter le calendrier que nous nous étions fixé.

De même, il faut tirer toutes les conséquences de la révision constitutionnelle en fonction des souhaits manifestés par les élus des collectivités concernées, notamment s'ils expriment clairement le voeu de soumettre à leurs électeurs un projet d'évolution institutionnelle, qui ne peut être que le leur, et en aucun cas celui du gouvernement.
Il m'apparaît aussi nécessaire de prendre mieux en considération les souhaits et les attentes de ceux qu'on appelle communément le " 5e DOM ", c'est-à-dire des originaires d'outre-mer vivant dans l'hexagone jusqu'ici bien souvent négligés. Il convient qu'ils trouvent la place pleine et entière qui leur revient, sans renier leurs liens affectifs et familiaux avec leur région d'origine.

A cet égard, le projet de centre culturel et d'affaires de l'outre-mer, soutenu par le Président de la République, devra être au coeur de Paris la vitrine des économies et des cultures ultramarines. Il convient en effet d'améliorer la visibilité de l'outre-mer en France métropolitaine, tout en renforçant l'unité nationale par une meilleure connaissance de toutes les composantes de la société française et une meilleure prise en compte de sa diversité culturelle. Mais je n'oublie pas d'autres chantiers comme le " passeport-logement " pour mieux accueillir les jeunes qui viennent en métropole, et l'élargissement du " passeport mobilité ", notamment aux sportifs venant s'entraîner en métropole ou devant se déplacer pour participer à des compétitions.

La Semaine Guyanaise : Les Antillais devraient être consultés sur l'évolution institutionnelle avant la fin de l'année. Comment analysez-vous la situation en Guyane, où, paradoxalement, ce sont les élus de la majorité gouvernementale qui bloquent le processus ?

Brigitte Girardin : Comme vous le savez, le Gouvernement a toujours fixé deux conditions pour que soit organisée une consultation populaire sur une évolution institutionnelle ou statutaire : la conformité à la Constitution, d'une part, et l'exigence d'un large accord politique, d'autre part. Ce large accord politique doit se concrétiser, c'est la moindre des choses, par l'existence d'une majorité en faveur de la réforme au sein des membres des assemblées des collectivités territoriales que l'on veut supprimer.
Dès lors que cet accord existe, rien ne s'oppose à l'organisation d'une consultation populaire.
Pour le moment, j'observe qu'une majorité au sein des membres des deux assemblées guyanaises n'existe pas en faveur de la réforme, contrairement à la situation que j'ai constatée en Martinique et en Guadeloupe.

La Semaine Guyanaise : Quelles sont les raisons juridiques qui motivent ce rejet du projet guyanais ?

Brigitte Girardin : Il importe que le document d'orientation - qui constitue, en cas de victoire du " OUI ", la " feuille de route " du Gouvernement - soit rédigé en termes clairs et précis, et qu'il indique à la population quelle sera la portée de son vote. Or, le texte que l'on m'a présenté était confus, incomplet et mal rédigé d'un point de vue juridique. Les compétences des nouveaux " districts " et le régime électoral de leur assemblée avaient été purement passés sous silence. Il s'agit pourtant d'un élément particulièrement " novateur " des propositions des élus.

La Semaine Guyanaise : Frustrée, la population guyanaise a l'impression que Paris refuse à la Guyane ce qu'il a précisément accordé aux Antilles... Il n'y a-t-il pas d'éventuelles initiatives gouvernementales susceptibles de débloquer la situation ?

Brigitte Girardin : Je ne sais pas si la population guyanaise éprouve une " frustration ". Je constate surtout de l'impatience chez certains élus. Le Gouvernement n'entend pas interférer dans le processus d'élaboration de l'accord politique local : comme en Martinique, en Guadeloupe, à Saint-Martin et à Saint-Barthélémy, il se bornera à constater que les conditions d'un large accord sont - ou non - remplies en Guyane.

La Semaine Guyanaise : Après l'adoption de votre loi-programme, comment comptez-vous vous assurer que les dispositions fiscales prévues pour les transporteurs aériens se répercutent sur les prix des billets ? La Guyane peut-elle encore espérer une nouvelle compagnie aérienne ?

Brigitte Girardin : La première mesure que j'ai mise en oeuvre a été le " passeport mobilité ", dès l'été 2002. Il permet d'accorder, chaque année, la gratuité d'un billet d'avion pour les jeunes en formation professionnelle ou étudiante, ainsi que ceux qui ont trouvé un premier emploi en métropole.
La loi de programme pour l'outre-mer, votée en juin dernier, a créé une dotation de continuité territoriale qui sera allouée, à compter de 2004, à chaque collectivité d'outre-mer. Cette dotation permettra une réduction directe sur le prix du billet d'avion vers la métropole pour les résidents de ces collectivités. Ce dispositif s'inspire de celui qui existe déjà aux Açores, à Madère et aux Canaries. Enfin, la loi de programme accorde pour la première fois des exonérations de charges sociales aux entreprises de transport, notamment aérien. Cette disposition vise à créer les conditions d'un développement d'une meilleure offre de transport, notamment en matière de concurrence. L'arrivée à la Réunion d'Air Austral et d'Air Bourbon sur les liaisons vers la métropole en est une première manifestation. Sur les Antilles, il y a des projets, dont le montage et l'équilibre financier seront facilités par cette mesure.
J'ai la conviction en effet que la continuité territoriale passe par le développement d'une concurrence saine et réelle.
Pour la Guyane, la situation de monopole de fait d'Air France sur la liaison avec la métropole pose un réel problème. Au travers des obligations de service public, ou de l'arrivée de nouveaux opérateurs que je crois possible sur cette liaison, il y a matière à faire évoluer les choses. C'est le sens de l'action que nous menons de concert avec Gilles de Robien, Dominique Bussereau et Léon Bertrand.

La Semaine Guyanaise : Avec les différents amendements qui prévoient des coupes dans le budget consacré à l'Outre-mer, les ultramarins, en particulier les fonctionnaires (rapport de Marc Laffineur), ont-ils à s'inquiéter ?

Brigitte Girardin : Je voudrais tout d'abord vous indiquer que les amendements que vous évoquez ne concernent pas le budget de l'outre-mer et ne conduisent en aucun cas à diminuer les crédits du ministère. Ceux-ci ont d'ailleurs été votés par l'Assemblée nationale le 22 octobre pour un montant de 1,121 milliard d'euros soit une progression de 3,4% par rapport au projet de budget de l'an dernier.
Quant au rapport du député Laffineur, j'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer publiquement sur ce point et de faire part de mes plus grandes réserves. Il s'agit d'une initiative de la commission des finances et non d'une démarche du Gouvernement et, pour ma part, j'ai toujours indiqué que la politique d'un Gouvernement en faveur de l'outre-mer ne devait pas se faire par la voie d'amendements qui n'aient pas fait l'objet d'une concertation préalable sur le terrain avec les élus d'outre-mer et les représentants des forces vives de ces collectivités.

La Semaine Guyanaise : De quelle manière appréhendez-vous l'intégration de RFO au sein de groupe France Télévisions ? Il n'y a-t-il pas des risques de voir la chaîne perdre son identité suite à ce rapprochement ?

Brigitte Girardin : Je souhaite au contraire une réforme qui permette à RFO d'être rattachée à France Télévisions, tout en conservant au sein de la holding son identité propre. Mon objectif et celui du Gouvernement sont de permettre à RFO, qui conserverait son activité radiophonique, de bénéficier de la dynamique d'un groupe important tout en préservant sa spécificité. Il est nécessaire tout d'abord que RFO accroisse la production et la diffusion de programmes de proximité. Il faut par ailleurs aussi accroître la visibilité de l'outre-mer en métropole par une plus large diffusion d'images ultramarines sur les chaînes publiques métropolitaines. Enfin le développement nécessaire de RFO Sat serait mieux assuré avec le soutien d'un groupe important.
Bien entendu, il n'y aura pas de plan social et les statuts de l'ensemble des personnels comme leurs spécificités ne seront en aucun cas affectés.
Des consultations sont actuellement en cours avec les personnels et les élus. Le principe et le calendrier de cette réforme pourraient être précisés dans les prochaines semaines.


Propos recueillis par Sébastien Trotignon

(Source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 20 novembre 2003)

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