Tribune de Mme Nicole Fontaine, ministre déléguée à l'industrie, dans "La Tribune" le 6 novembre 2003 sur les mutations industrielles causant une perte d'emplois industriels directs mais la création d'emplois de service, sur la nécessité de dynamiser l'ensemble de nos industries et intitulée "L'industrie française n'est pas en déclin". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de Mme Nicole Fontaine, ministre déléguée à l'industrie, dans "La Tribune" le 6 novembre 2003 sur les mutations industrielles causant une perte d'emplois industriels directs mais la création d'emplois de service, sur la nécessité de dynamiser l'ensemble de nos industries et intitulée "L'industrie française n'est pas en déclin".

Personnalité, fonction : FONTAINE Nicole.

FRANCE. Ministre délégué à l'industrie

ti : "L'INDUSTRIE FRANCAISE N'EST PAS EN DECLIN"

Déclin ou mutation ? Les difficultés que la croissance a connues à travers toute l'Europe ont accéléré les restructurations ou dépôts de bilan, parmi les entreprises moins compétitives et donc plus vulnérables. Certains en tirent prestement des projections : le coeur de "l'atelier du monde", y compris dans le domaine des technologies avancées, se déplacerait irrésistiblement vers l'Asie et son gigantesque réservoir humain travaillant à bas coût L'Europe serait ainsi condamnée à ne plus être, dans quelques décennies, qu'un espace commercial de distribution, à faible production industrielle.

Cette vision défaitiste ne correspond pas à la réalité. La France demeure le cinquième pays exportateur de biens industriels au monde. En 2002, l'excédent commercial industriel français a été de 22,2 milliards d'euros. Depuis vingt ans, sa production industrielle n'a cessé d'augmenter en volume, au rythme d'environ 2,5 % par an, c'est-à-dire aussi fortement que les services.

Certes, les statistiques font apparaître une baisse de la part de la production industrielle dans la richesse nationale. Mais cela est dû à une augmentation de la productivité de l'industrie, qui permet une baisse des prix industriels. Cette baisse relative est à même d'entraîner une baisse des prix pour les consommateurs. Loin d'ailleurs d'être négative en termes industriels, cette baisse des prix stimule elle-même la consommation des biens d'équipements, et donc de nouveaux rebonds de l'industrie et de l'économie.

L'amélioration de la productivité, par l'automatisation des processus de fabrication et des conceptions de produits plus innovantes, entraîne une diminution du nombre des emplois industriel directs à l'intérieur des usines. En France, avec 2,3 % depuis 1996, ce recul est cependant beaucoup plus faible qu'au Royaume-Uni (14 %), en Allemagne (9,7 %), ou aux Etats-Unis (10,5 %).

Au surplus, une part des services traditionnellement assurés en interne par les entreprises industrielles, en matière de logistique ou de maintenance notamment, sont de plus en plus confiés à des entreprises extérieures Les emplois précédemment comptabilisés dans l'industrie le sont désormais dans les services.

Cette division entre les deux secteurs apparaît d'ailleurs de plus en plus obsolète. Elle ne résiste pas à l'analyse de la mutation la plus fondamentale qui soutient l'industrie française, comme celle de ses grands partenaires : la part des activités "immatérielles", comptabilisées comme services, y est en forte croissance. Ainsi, depuis 1990, la baisse du nombre d'emplois industriels directs (600.000) a été largement compensée par les créations d'emplois de services à l'industrie (1.200.000). Cela n'autorise cependant pas le triomphalisme. S'il est vrai que le mouvement permanent de destruction et de création d'emplois s'inscrit dans le processus naturel, et souvent vital, de toute activité économique soumise à la concurrence, les plans sociaux qui sont placés sous les feux des projecteurs sont toujours un drame humain, social et économique, pour ceux qui les vivent et pour leurs régions.

Nous devons amplifier les efforts nécessaires pour anticiper les mutations, revitaliser les bassins d'emplois déstabilisés, aider, par la formation, tous les travailleurs à pouvoir s'adapter à de nouveaux métiers, ou à créer leur propre entreprise. A cet égard, même si les médias montrent peu le mouvement actuel de créations d'entreprises, elles ont fait un bond tout à fait encourageant au cours des derniers mois : elles sont ainsi en hausse de 10 % sur les neuf premiers mois de 2003 par rapport à la même période de l'année précédente, tous secteurs confondus. Cette revitalisation industrielle, durable, passe par la création d'activités dynamiques et compétitives sur le marché.

Soutien à l'innovation. Par ailleurs, l'ouverture mondiale des marchés, l'élargissement de l'Europe à l'Est, l'amélioration des capacités productives des pays émergents dans les autres continents, obligent notre industrie à s'armer d'esprit offensif.

Pour longtemps, il sera illusoire de vouloir rivaliser avec les coûts du travail en Chine ou en Inde. Le salut de l'industrie française ne peut venir que de la recherche, de l'innovation technologique, traduite en applications industrielles. C'est pour cela que le gouvernement a mis au c¿ur de sa stratégie industrielle un plan de soutien à l'innovation, applicable dès janvier 2004.

Notre objectif, ici, est double.

Il est d'abord de faire en sorte que les investissements consacrés par la France à la recherche et au développement (R D) atteignent, d'ici 2010, 3 % du PIB, contre à peine 2 % aujourd'hui. Il est aussi de mieux rééquilibrer la part de cet effort entre le budget de l'Etat et celui des entreprises. Nous sommes très en retard sur ce plan, par rapport à nos partenaires principaux. Pour atteindre cet objectif, le gouvernement n'entend pas réduire la part de l'Etat. Il gardera son rôle stratégique, qui est notamment de promouvoir la constitution de "pôles d'excellence", que ce soit en biotechnologie ou en électronique par exemple, sur le modèle du site industriel de Crolles en Isère, susceptibles de s'affirmer sur la scène mondiale.

Mais nous entendons aussi donner un coup de fouet à l'investissement des entreprises privées, en accordant un statut fiscal et juridique avantageux aux "business angels", ces "investisseurs providentiels" qui risquent leurs capitaux dans des projets audacieux, en encourageant la recherche dans les jeunes entreprises innovantes par des exonérations de charges sociales et fiscales très incitatives, en modernisant et en élargissant le dispositif du crédit d'impôt recherche. Mais notre économie est aujourd'hui européenne. C'est pourquoi nous avons lancé une "initiative de croissance" avec l'Allemagne, fondée sur l'investissement dans de grands projets de R D, qui devrait concerner des secteurs stratégiques comme les semi-conducteurs, les télécommunications, les logiciels informatiques.

Il faut aller encore plus loin si l'on veut dynamiser l'ensemble de nos industries. Les règles actuelles de la concurrence, par exemple, ont été conçues pour répondre à une nécessité des années 80, qui était de briser les protectionnismes nationaux lors de l'établissement du marché unique. Mais elles doivent être adaptées au contexte mondial d'aujourd'hui. Car la concurrence n'est plus intra-européenne, elle vient de l'extérieur, et sans la constitution de grands groupes de taille mondiale, l'Europe ne sera pas en mesure de "faire le poids".

Il est heureux que la Commission se montre aujourd'hui très ouverte à la nécessité de construire une véritable politique industrielle de l'Europe, qui ne soit pas centrée sur la crainte des uns par rapport aux autres, mais sur une solidarité offensive de l'ensemble de l'industrie européenne. La création récente d'un Conseil Compétitivité des ministres européens de l'Union va dans ce sens, et son rôle dans la définition des politiques communautaires devra être renforcé. Il est nécessaire d'introduire dans notre action communautaire vigilance industrielle et précision sectorielle.

C'est ainsi que nous réaliserons le grand dessein européen adopté à Lisbonne en mars 2000 : faire de l'Union "l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde". C'est tout le sens de la politique que le gouvernement a lancé depuis son arrivée, qui s'inscrit dans un grand mouvement de libération des forces productives, de relance de l'offre, de réhabilitation du travail et de l'esprit d'entreprendre. Les signes d'un retour prochain de la croissance se dessinent. Les industriels s'y préparent, et la France sera prête

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 6 novembre 2003)

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