Interview de Mme Nicole Fontaine, ministre déléguée à l'industrie, dans "La Tribune" le 27 novembre 2003 sur la nécessité de bâtir une politique industrielle à l'échelle de l'Europe grâce notamment à une harmonisation fiscale et sociale et de remédier au retard français en matière d'innovation. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nicole Fontaine, ministre déléguée à l'industrie, dans "La Tribune" le 27 novembre 2003 sur la nécessité de bâtir une politique industrielle à l'échelle de l'Europe grâce notamment à une harmonisation fiscale et sociale et de remédier au retard français en matière d'innovation.

Personnalité, fonction : FONTAINE Nicole, PROVOST Olivier.

FRANCE. Ministre délégué à l'industrie

ti : " Il faut identifier les projets ou les blocages "

L'Europe est-elle compétitive ?

- La réalité est contrastée. Nous avons de réels atouts : le dynamisme de notre commerce extérieur, une main-d'oeuvre très qualifiée, et l'élargissement européen qui offre de nouvelles perspectives. Sans oublier l'initiative de croissance, présentée par la France et l'Allemagne et qui a reçu le soutien de tous nos partenaires. Mais il ne faut pas se cacher non plus nos faiblesses, notamment en termes de productivité par heure travaillée, face aux Etats-Unis.

Les Européens vont-ils se mobiliser ?

- Il est déjà important de noter que pour la première fois, la Commission européenne se penche sur ce problème. La prise de conscience de la nécessité de bâtir une politique industrielle à l'échelle de l'Europe progresse, ce dont je me réjouis. Il est clair cependant que l'intégration européenne n'est pas achevée. De même, nous souffrons d'être distancés en matière de recherche et développement (R D) par des pays comme les Etats-Unis et le Japon. Particulièrement en matière de recherche privée. Cela ne veut pas dire qu'il faut réduire nos efforts en matière de recher- che publique, au contraire, cela doit constituer un appui déterminant pour la recherche privée. Mais chacun s'accorde à dire aujourd'hui que l'innovation est la clé de la croissance future de nos industries.

La bonne entente entre Paris et Berlin peut-elle déboucher sur une initiative commune en la matière ?

- Justement, j'organise avec mon homologue allemand Georg Wilhelm Adamowitsch, le 19 janvier prochain, une journée de rencontre entre quelque trois cents industriels français et allemands afin de confronter les expériences de coopération, mieux identifier les projets ou les blocages et encourager concrètement les partenariats. De nombreuses grandes entreprises à l'exemple d'Airbus, EADS, Siemens, Arcelor devraient y participer mais aussi des PME.

Comment remédier au retard français en matière d'innovation ?

- L'esprit d'entreprise doit encore être développé davantage en France. Cela commence heureusement à évoluer, grâce en particulier à la loi de Renaud Dutreil sur l'initiative économique. Mais en la matière, les esprits changent lentement. Nous sommes par ailleurs confrontés actuellement au problème sérieux de la parité entre le dollar et l'euro, qui pèse sur nos exportations.

En France, nous allons faire adopter dans la loi de finances des mesures de soutien à l'innovation, dont celle en faveur des business angels. Nous avons aussi présenté une disposition destinée à faciliter la venue de cadres étrangers de haut niveau sur notre territoire, avec une exonération de l'impôt sur le revenu de leur prime d'impatriation. Au niveau européen, intervient depuis quelque temps la prise de conscience qu'il faut bâtir une politique industrielle européenne, que nous ne pouvons pas nous résigner à la désindustrialisation. D'autant qu'un géant comme la Chine vient de prouver qu'il n'est pas qu'un immense atelier pour l'industrie manufacturière mondiale mais est aussi capable d'être un site de production à haute valeur ajoutée.

Une véritable politique industrielle européenne ne passe-t-elle pas par une harmonisation fiscale et sociale ?

- La France y est favorable, malheureusement certains pays ne l'étaient pas. La convention a maintenu la règle de l'unanimité sur ces sujets. Je ne peux que le regretter. A mes yeux, la mise en place d'une monnaie unique implique de tendre également vers un rapprochement de nos fiscalités et de nos règles sociales.


Propos recueillis par Olivier Provost

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 28 novembre 2003)

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