Article de Mme Tokia Saïfi, secrétaire d'Etat au développement durable, dans "La Tribune" du 26 novembre 2003, sur le rôle des entreprises dans la stratégie nationale du développement durable, intitulé "Le développement durable, stratégie gagnante pour les entreprises". | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Article de Mme Tokia Saïfi, secrétaire d'Etat au développement durable, dans "La Tribune" du 26 novembre 2003, sur le rôle des entreprises dans la stratégie nationale du développement durable, intitulé "Le développement durable, stratégie gagnante pour les entreprises".

Personnalité, fonction : SAIFI Tokia.

FRANCE. SE au développement durable

ti : L'enjeu politique majeur de la deuxième moitié du XXème siècle a sans doute été, pour notre pays, la construction européenne. L'enjeu politique majeur de ces prochaines années sera, sans hésitation, la mondialisation. Depuis plusieurs années, ont émergé, à l'échelle de la planète, des problèmes environnementaux, sociaux ou économiques, voire financiers. L'ouverture des frontières, les distances raccourcies avec l'avènement de nouvelles technologies, ont pu donner l'impression que plus rien n'était sous contrôle et que tout pouvait arriver, créant alors un risque important pour notre tissu social.

Si les Français ont parfois l'impression de subir une évolution imposée, nous devons les réconcilier avec l'économie de marché. Une mondialisation, humaine et régulée, est nécessaire. C'est aussi une chance pour la France : un emploi sur quatre est consacré à l'export et, depuis le Traité de Rome, nous sommes devenus le 4ème exportateur mondial.

A côté de ces impressions, il y a des faits, trop souvent méconnus. La moitié de l'humanité vit avec moins de 2 dollars par jour. Plus d'un milliard d'êtres humains n'ont pas accès à l'eau potable. La Terre se réchauffe dangereusement suite aux émissions de gaz à effet de serre - le citoyen américain en émet 11 fois le seuil acceptable par notre planète, le français 4 fois. Chaque Français génère 360 kg de déchets par an. Ce chiffre a crû deux fois plus vite dans les dix dernières années que le revenu des ménages.

C'est pour répondre à ces véritables problèmes que des Etats et des personnes se sont mobilisés autour du développement durable. Cette approche présente plusieurs atouts. Elle concilie développement économique, protection de l'environnement et équité sociale, ce qu'il est coutume d'appeler les trois piliers. En outre, elle réussit à fédérer les "acteurs" de notre société : citoyens, collectivités locales, associations, administrations et entreprises.

Du côté du monde économique, la dynamique existe aujourd'hui de façon indéniable. Il faut s'en réjouir et dépasser la thèse simpliste d'une récupération du développement durable. Celui-ci n'est pas une contrainte pour les entreprises, c'est une réalité. Celles qui l'intègrent sont gagnantes économiquement sur le long terme, connaissant mieux la société qui les entoure, maîtrisant leurs dépenses et leurs risques, ayant une meilleure image de marque, motivant leurs salariés, actuels et à venir, autour de valeurs.

Le gouvernement français a, le 3 juin dernier, adopté sa stratégie nationale de développement durable à cinq ans. Issue, sous mon impulsion, d'un long processus de consultation entre les administrations et avec la société civile, notamment au travers du CNDD, elle s'assimile, pour chaque ministre, à une "feuille de route" ambitieuse, avec des objectifs concrets et quantifiés. Les citoyens doivent d'abord être mieux informés. Ainsi, en septembre dernier, l'expérimentation d'un enseignement à l'environnement pour le développement durable a été lancée dans 80 établissements au sein de 10 académies pilotes. Elle sera généralisée à la rentrée 2004.

L'Etat et ses établissements publics doivent s'engager dans une démarche "exemplaire" en matière d'éco-responsabilité. Ils seront appelés à réduire de 20 % leurs consommations d'eau et de 10 % celles d'énergie. Dans le cadre des commandes publiques - 110 milliards d'euros par an -, l'Etat pourra dorénavant intégrer dans ses choix des critères "développement durable".

Sous l'angle économique, notre stratégie s'appuie sur d'autres leviers majeurs, peu ou pas utilisés jusqu'ici, par exemple le consommateur, la certification ou l'actionnaire. Le consommateur est aujourd'hui noyé sous une masse d'informations. Nous allons ainsi relancer les deux éco-labels officiels - le français "NF Environnement" et la "fleur" européenne. Le commerce équitable sera soutenu pour arriver à un niveau digne de notre pays.

La France est aujourd'hui dans les dernières en Europe en matière de nombre d'entreprises certifiées sur le plan environnemental - ISO 14001 OU EMAS. Ainsi, si un donneur d'ordres exige une telle certification, nos entreprises, notamment les plus petites, ont dès le départ moins de chances de remporter des marchés. Nous devons revenir dans le peloton de tête, grâce à des aides financières et à des actions menées avec les réseaux consulaires. Côté actionnaires, nous voulons développer l'investissement socialement responsable (ISR) en fixant des règles du jeu et en favorisant une augmentation des volumes financiers concernés.

Enfin, nous prévoyons de mettre en oeuvre pour 2005, un véritable dispositif incitatif, fiscalité comprise, lisible pour les bénéficiaires. Peu savent ainsi que l'énergie solaire thermique est une technique éprouvée, dont la différence de coût avec le chauffage traditionnel peut être largement compensée par des économies de fonctionnement, des aides et des exonérations fiscales.

Le pilier social du développement durable a une importance toute particulière. Pour les entreprises, il pose la question de leur rôle vis-à-vis de la société. Nous sommes en ce moment en plein débat européen sur la "responsabilité sociale et environnementale" des entreprises. Nous nous attachons à défendre nos valeurs, notamment en matière de gouvernance et de transparence. L'enjeu est d'avoir des référentiels au niveau européen et mondial. La forte adhésion des entreprises françaises à l'initiative "Global Compact" de l'ONU sera valorisée.

Dans le même esprit, MM. Fillon et Mer, Mme Bachelot et moi-même avons lancé une étude pour comparer les politiques de développement durable des 1 150 entreprises cotées et réfléchir aux lacunes du dispositif réglementaire NRE actuel. Nous verrons comment faire de ces rapports, non pas une formalité administrative de plus, mais un véritable outil pour les entreprises, prenant en compte les spécificités des secteurs d'activité et le contexte international.

Pour aller vers un développement plus durable, notre méthode doit suivre deux directions : la coopération internationale et l'action de proximité. Le président de la République avait pris l'initiative à Johannesburg de sensibiliser la communauté internationale. Notre objectif est de constituer une véritable diplomatie du développement durable, dynamique et ouverte. Nous travaillons à mieux articuler entre elles les conventions intergouvernementales existantes. Deux échéances importantes sont prévues en 2004 : la préparation d'une stratégie méditerranéenne du développement durable en février et le prochain Sommet de la Francophonie en fin d'année à Ouagadougou sur le thème de la solidarité pour le développement durable.

Afin d'améliorer la coopération internationale en matière d'environnement, nous défendons par ailleurs le projet d'une Organisation des Nations unies pour l'environnement (ONUE). Il est également nécessaire d'avoir un système financier performant en faveur du développement. C'est dans cet esprit que le président de la République a lancé des travaux sur une taxe internationale de solidarité.

Au niveau local, nous travaillons à renforcer le lien social. Les élus et le monde associatif ont alors un rôle important. J'ai pu constater, lors de la première édition de la semaine nationale du développement durable, l'efficacité avec laquelle pouvaient travailler ensemble des entreprises, des collectivités et des associations. Devant ce succès - plus de 2 000 événements en France parrainés -, l'opération sera reconduite du 21 au 27 juin 2004. Il faut savoir écouter la société civile dans son ensemble, ses messages et ses propositions. J'étais à Porto Alegre dans cet esprit. Bombay est un rendez-vous important auquel nous sommes attentifs.

Le développement durable traite de sujets touchant chacun dans sa vie quotidienne, sur fond de solidarité entre les peuples et les générations. Il s'agit d'avancer avec tous, à un rythme réaliste. Apportant une réponse politique, conciliant défis mondiaux et actions locales, il est alors peut-être la voie à suivre pour répondre aux craintes de nos concitoyens face à la mondialisation.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 28 novembre 2003)

Rechercher