Interview de M. Jacques Barrot, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à France 2 le 1er décembre 2003, sur le fonctionnement du système de soins, le vote de l'amendement sur l'interruption involontaire de grossesse, l'instauration d'un service minimum dans les services publics en cas de grève et le débat autour du port de signes religieux à l'école. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jacques Barrot, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à France 2 le 1er décembre 2003, sur le fonctionnement du système de soins, le vote de l'amendement sur l'interruption involontaire de grossesse, l'instauration d'un service minimum dans les services publics en cas de grève et le débat autour du port de signes religieux à l'école.

Personnalité, fonction : BARROT Jacques, SICARD Roland.

FRANCE. UMP, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale;FRANCE. UMP, membre du comité politique

ti : R. Sicard-. On a connu une nouvelle situation de crise ce week-end dans les hôpitaux. Les services étaient débordés par les cas de grippe et de bronchiolite. Vous êtes ancien ministre des Affaires sociales. Est-ce que vous n'avez pas l'impression qu'en voulant faire des économies dans le système de santé, on est finalement allé trop loin ?

- "Je crois surtout qu'il y a une mauvaise coordination entre hôpital et médecins de ville, médecins généralistes. Ce n'est pas normal qu'autant de familles se précipitent à l'hôpital, et je crois que nous ne résoudrons ce problème que lorsque nous aurons un peu un pilotage hôpital - ville. J'ai créé des agences régionales d'hospitalisation, je souhaite qu'elles deviennent des agences régionales de santé, pour qu'on puisse utiliser tout le dispositif. Il faut que ces familles, pour la plupart, aillent voir le généraliste. Il faut sans doute faciliter l'organisation des gardes et il faut aussi éduquer ces familles à pouvoir se rendre chez le médecin de proximité."

Mais au moment de la canicule, les urgentistes avaient dit qu'ils manquaient de moyens. Cette fois-ci, ils redisent qu'ils manquent de moyens...

- "Si toute la France se fait soigner aux urgences, évidemment, on n'aura jamais tous les moyens pour envoyer tout le monde à l'hôpital ! La vérité, c'est que le système de soins a plusieurs possibilités : vous allez à l'hôpital quand cela est en effet nécessaire, mais il faut aussi cette médecine de proximité. Il faut aussi susciter des vocations dans le domaine des professions de santé, infirmières, médecins. Il y a là un beau chantier mais il faut s'y mettre vraiment tous ensemble."

C'est un chantier qui va coûter cher ?

- "C'est surtout une bonne gestion, une bonne organisation, une bonne articulation, ne pas opposer les uns aux autres, mais voir la complémentarité de l'hôpital et du médecin généraliste. Je dois dire qu'en Haute-Loire, nous avons un réseau de généralistes qui fonctionne, qui accueille et tout le monde ne va pas aux urgences. Mais c'est vrai que c'est plus facile pour les familles de savoir quel est le médecin de garde et le médecin d'urgence... Il faut organiser ça en milieu urbain aussi."

Autre sujet d'actualité, c'est cet amendement qui a été voté par la majorité sur l'interruption involontaire de grossesse. Beaucoup, y compris à l'UMP d'ailleurs, y voient une remise en cause possible du droit à l'avortement. Est-ce une erreur politique ?

- "Ils se trompent ! Les uns se trompent, les autres en profitent pour faire de la caricature. De quoi s'agit-il ? De protéger mieux la femme enceinte qui attend son enfant, qui veut cet enfant et contre un accident éventuel d'un chauffard qui va déclencher la mort du f¿tus. Il ne s'agit pas de statuer sur le statut du f¿tus, tout ça, c'est vraiment de la caricature..."

Pourquoi F. de Panafieu par exemple, qui est votre vice-présidente au groupe UMP, dit-elle que cela va beaucoup trop loin et qu'elle s'opposera jusqu'au bout à cet amendement ?

- "Elle a émis une crainte et cette crainte nous l'avons dissipée, déjà par un sous-amendement qui dit qu'il n'est pas question de toucher à l'interruption volontaire de grossesse. Et, en effet, avec le Sénat - il y a deux assemblées en France -, on va améliorer..."

Vous allez rectifier le tir ?

- "Non, pas le rectifier, mais l'améliorer sur un point qui n'est pas celui auquel on pense : c'est celui de la responsabilité des médecins, parce qu'il est vrai qu'un obstétricien risque, en voulant soigner une femme enceinte, de provoquer un accident pour le f¿tus. Il ne faut pas non plus, dans ce cas là, alors qu'il a tout simplement exercé son art en prenant un risque qui était nécessaire, qu'il soit sanctionné. Donc il faut faire des distinctions... Mais je m'insurge : il n'y a pas de remise en cause de l'IVG."

Vous avez un grand projet à l'UMP, qui concerne le service minimum dans les services publics en cas de grève. Les Français y sont très favorables. Est-ce un projet qui va aboutir très rapidement ?

- "C'est d'abord une nécessité : il faut concilier cette continuité du service public et le droit de grève. On n'est pas sans références, on a regardé ce qui s'est passé dans les pays étrangers. Et mardi prochain, le 9 décembre, le groupe UMP que je préside, a voulu consacrer une demi-journée à un débat, où on va comparer ce qui se passe ailleurs."

Mais va-t-il y avoir une loi rapidement ?

- "Le calendrier - ou plutôt la méthode -, c'est d'abord ce débat. Ensuite, cela va être une concertation gouvernementale approfondie avec les syndicats. On ne peut rien faire si on ne s'intéresse pas à ce que disent les syndicats sur les possibilités de mettre en place un service minimum. Et puis enfin, oui, le moment venu, il faudra trancher et sans doute une loi. Que peut-on mettre dans cette loi ? On s'inspirera probablement de certains exemples qui ont réussi. En Italie, il y a toute une série de dispositions pour prévenir d'abord les usagers - il faut qu'ils soient avertis - et puis ensuite, une instance de régulation qui permet de dire.."

Il y aura des gens réquisitionnés, c'est cela que ça veut dire ?

- "Non, cela veut dire que les non-grévistes aussi se signalent, les grévistes se signalent en temps voulu et qu'il y a une organisation d'un service minimum garanti. Mais cela veut dire aussi qu'il y a une instance de gens très indépendants qui disent que là, le droit de grève s'exerce dans le respect des personnes. L'étudiant qui ne peut pas aller passer son examen ou le salarié d'une entreprise privée qui ne peut pas aller à son boulot, alors qu'il est nécessaire pour lui et pour l'entreprise d'y aller, franchement, il faut que nous modernisions notre pays, en respectant ces syndicats et la grève bien sûr."

Vous allez mettre le feu aux poudres, parce que les syndicats sont vent debout contre cette idée ?

- "Non, parce que la méthode que je viens d'énumérer va passer par un long dialogue social - pas si long que ça, parce qu'il faudra bien trancher dans un délai de six mois ou d'un petit peu plus. Il faudra trancher parce que la France ne peut pas rester comme ça, en cas de grève, dans une sorte d'attente pour toute une série de gens qui ont droit eux aussi à exercer leur droit d'aller travailler ou d'aller passer un examen."

On parlait de l'UMP. Il y en a beaucoup justement à l'UMP qui sont un petit peu agacés par les prises de positions de N. Sarkozy, qui s'est plus ou moins déclaré à la présidentielle. Pensez-vous qu'il en fait trop ?

- "Je vais vous dire : pour le moment, il faut surtout que nous remettions ce pays sur les rails, il faut que nous lui redonnions un peu du tonus, à travers la revalorisation des travailleurs - je ne dis pas du travail, je dis des travailleurs -, pour leur redonner un peu le courage de pousser en avant notre économie, de manière à ce que nous retrouvions la croissance, que nous puissions faire reculer le chômage. Alors, tout ça exige un jeu collectif..."

Et Sarkozy, il joue perso ?

- "Il y aura des élections présidentielles, mais elles viendront en leur temps. Je ne veux pas critiquer untel ou untel. Ce que je veux personnellement, c'est rappeler que la Coupe du monde, ça se gagne par un jeu collectif."

Un mot sur le voile islamique. J.-L. Debré, qui préside la mission parlementaire sur ce sujet, veut interdire tout signe religieux. On a l'impression qu'à l'UMP, vous n'êtes pas vraiment sur la même longueur d'onde ? Vous êtes plus modéré ?

- "Il y a eu vendredi, au cours de notre congrès, quand même un rapprochement des points de vue. De quoi s'agit-il là aussi ? Il faut bien penser au but. Le but, c'est de lutter contre certains intégrismes qui ne respectent pas les valeurs de la République. Qu'est ce que c'est, les valeurs de la République ? C'est par exemple l'égalité homme - femme. Pour ça, il faut donner un signal et ce signal doit être juste. Il concerne l'école, parce que c'est à l'école qu'on éveille les consciences, que l'on apprend aux enfants à ne pas provoquer de ségrégation en fonction des religions et des sexes. Ce signal, il faut bien le mesurer, parce qu'il ne s'agit pas d'attaquer le fait religieux, pas plus que d'attaquer un bon musulman ou un bon chrétien ou un bon juif. Simplement, il faut rappeler que la pratique de sa religion ne doit pas amener à faire pression sur les autres et surtout qu'il faut en effet respecter des valeurs républicaines. Et la dignité de la femme est au coeur du débat. C'est pour cela qu'il faut donner ce signal, mais il faudra l'accompagner par un effort d'intégration, il faudra l'accompagner par beaucoup de médiation et d'écoute."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 1er décembre 2003)

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