Interview de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de l'écologie et du développement durable, à RTL le 19 novembre 2003, sur l'anniversaire du naufrage du Prestige, la responsabilité de l'Espagne pour la pollution et sur le transport de matières nucléaires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de l'écologie et du développement durable, à RTL le 19 novembre 2003, sur l'anniversaire du naufrage du Prestige, la responsabilité de l'Espagne pour la pollution et sur le transport de matières nucléaires.

Personnalité, fonction : BACHELOT NARQUIN Roselyne, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Ministre de l'écologie et du développement durable

ti : J.-M. Aphatie-. Bonjour Roselyne Bachelot.

- " Bonjour, J.-M. Aphatie. "

Le Prestige a sombré au large de la Galice en Espagne le 19 novembre 2002.

- " C'est une triste commémoration. "

Un an tout juste. Du fuel continue de s'échapper de la coque, et on estime à 16.000 tonnes le fuel qui, par petites plaques, indétectables, dérivent au large de nos côtes. Ca finira immanquablement par nous arriver dessus. Pendant combien de temps, R. Bachelot, supporterons-nous la pollution du Prestige ?

- " Il est très difficile de le dire maintenant, mais je n'exclue pas que cette pollution, en quelque sorte centrifugée dans le Golfe de Gascogne, puisse durer peut-être plusieurs mois. Pourquoi pas dix-huit mois. Et nous sommes évidemment dans l'incapacité totale, étant donné ce "centrifugeage" du fuel à l'intérieur du golfe, de faire la seule opération intéressante, c'est-à-dire la récupération en mer. "

On manque de moyens ?

- " Non, pas du tout. Parce que c'est physiquement impossible. Parce que le fuel est trop dispersé. Alors, bien entendu, quand la pollution vient de survenir, il est extrêmement important d'aller la récupérer en mer immédiatement, c'est ce que nous avons fait. Les moyens de la Marine nationale se sont entièrement mobilisés, au service des Français, mais aussi des Espagnols. J'étais d'ailleurs allée voir le travail tout à fait remarquable qu'ont fait les marins français dans ce domaine. D'ailleurs, M. Alliot-Marie a décidé la modernisation de cette flotte antipollution en mer, et ça c'est un premier enseignement qu'il faut tirer : l'importance de la dépollution, dès que la catastrophe écologique surgit. "

A-t-on tiré d'autres leçons ? Est-ce qu'en matière de prévention on a avancé ? Est-ce que les "voyous des mer", comme on les appelait à l'époque, peuvent être moins nocifs ?

- " La France a fait un effort tout à fait considérable. Imaginez, J.-M. Aphatie que, quand nous sommes arrivés au gouvernement en mai dernier, les directives européennes nous imposaient 25 % de contrôle de navires dans nos ports, et il n'y avait que 9,7 % des navires qui étaient inspectés. En quelques mois, grâce à l'effort qui a été initié par D. Bussereau et par G. de Robien, nous en sommes à 34,7 % de navires inspectés dans nos ports, et 100 % des navires à risques sont inspectés. Nous avons également prononcé le bannissement des navires à simple coque, et extraordinairement durci les procédures judiciaires. Vous avez vu l'arrêt qui a été rendu hier contre le navire bulgare qui avait dégazé, avec des peines extrêmement lourdes. Nous avons désigné trois tribunaux qui sont spécialisés dans ces procédures extrêmement complexes. Donc le durcissement de la législation, et l'application de cette législation contre les voyous des mers est en oeuvre. "

En France. Mais en Europe, au niveau international, c'est beaucoup plus compliqué. Ca n'avance pas beaucoup.

- " Et en Europe aussi. Mais évidemment, il nous faut agir auprès de l'Organisation Maritime Internationale qui traîne les pieds. "

Ca c'est plus dur.

- " Et ça c'est beaucoup plus dur, mais ça ne nous empêche pas de mener cette action de façon très forte et très ferme. "

Parlons des responsabilités. Un rapport d'experts la semaine dernière - J.-A. Richard en a parlé ici sur RTL - pointait la responsabilité particulière de l'Espagne. Une commune de Gironde a porté plainte contre l'Espagne. P. de Villiers, président du Conseil Général de Vendée, veut le faire aussi, et il dit : "il faut que l'Etat m'aide. Il faut que l'Etat français porte plainte contre l'Espagne". Allez-vous le faire R. Bachelot ?

- " Je suis avec intérêt bien entendu les actions qui sont menées par ceux qui ont intérêt à agir, et qui seuls peuvent le faire. On verra le résultat de ces démarches. Je reconnais qu'ils ont quelque fondement à le faire puisque Jose-Maria Aznar a lui-même reconnu un déficit de gestion dans cette crise. Enfin, je ne voudrais pas néanmoins que ces actions judiciaires empêchent ceux et celles qui ont été lésés par la catastrophe écologique du Prestige, de déposer leurs créances auprès du Fipol. Je suis extrêmement surprise... "

Le Fipol rembourse peu d'argent.

- " Oui mais attendez. Il faut quand même présenter ses créances, puisque l'Etat français, qui dépose une créance auprès du Fipol, se servira de l'argent que nous allons toucher dans le cadre des opérations de dépollution que nous avons menées, pour abonder les remboursements qui sont donnés aux collectivités, aux commerçants, aux hôteliers qui ont eu une perte d'exploitation. Donc, véritablement, il n'y a pas assez de créances qui aient [été] déposées auprès du Fipol. Nous accompagnerons ceux et celles qui déposent ces créances. "

Pas de plainte contre l'Espagne ?

- " Non. "

C'est diplomatique, ou inutile sur le plan du droit ? C'est diplomatique ?

- " Nous suivons avec intérêt les plaintes qui sont déposées par les particuliers. "

Bon... on n'en saura pas beaucoup plus aujourd'hui¿ Il y a un autre dossier écologique dans l'actualité, Patrick Cohen en parlait dans le journal de 7 h 30 : quatre responsables écologistes sont poursuivis devant un tribunal correctionnel du Nord, parce qu'ils ont dit : "il y a des convois nucléaires qui passent, dans vos gares, dans vos villes, vous n'en savez rien, il y a du danger, on ne vous avertit pas, et cela, on n'a pas le droit de le faire. Il n'y a pas de transparence du transport nucléaire en France". Est-ce que ce n'est pas dommage ? C'est un tabou pour nous, Français ?

- " La transparence et la sûreté nucléaire, c'est un dossier auquel je suis extrêmement attachée. C'est la raison d'ailleurs pour laquelle, dans le cadre de la loi sur les énergies, je dépose un titre qui est consacré à la sûreté et à la transparence nucléaire. Un texte novateur, qui va donner des bases législatives à cette sûreté et à cette transparence. Alors le texte qui a été pris pendant les vacances, voulait bien entendu que les transports de matières nucléaires ne donnent pas lieu à des actions de malveillance. Ce texte était sans doute mal rédigé, trop allusif. Nous sommes en train de préparer une réécriture de ce texte, qui conciliera transparence, et bien sûr sécurité des transports, et il y aura une circulaire interprétative, car rien n'est pire dans ce domaine que de donner aux citoyens l'impression qu'on leur cache des choses, alors que nous n'¿uvrons que pour leur sécurité. "

Ca veut dire qu'on va abandonner les poursuites contres les responsables écologistes ?

- " Je n'ai pas à prendre cette décision aujourd'hui, ce matin. "

Un débat agite la société française : celui du voile. Alors une femme ministre, on a envie de vous poser la question : vous êtes pour ou contre une loi réglementant le port du voile islamique à l'école ?

- " La réponse n'est pas binaire. Moi, qu'est-ce que je constate ? Je constate que sur la laïcité nous avons des textes très forts. Un : la Constitution, qui dit que cette République est laïque. Nous avons la loi de 1905. Nous avons les instructions de Jules Ferry aux instituteurs. Et tout ça définit un cadre laïque. Donc, une loi, ça ne peut pas être l'interdiction du voile. Une loi ne peut que renforcer la laïcité. "

Mais est-ce qu'il faut une loi pour préciser...

- " ... alors, a priori, comme cela, je suis pour une loi sur l'interdiction des signes religieux à l'école, et le renforcement de la laïcité. Maintenant, j'attends avec intérêt ce que vont me dire les spécialistes sur les contours que peut avoir cette loi. Je suis, là, beaucoup plus dubitative. C'est-à-dire, "pour", sur le principe mais dans l'attente de ce que pourrait bien contenir un texte pareil. "

Il nous reste quelques secondes. Alors "la coulisse politique", les ministres, dit-on, bruissent de ce bruit : eh bien oui, J. Chirac a un appareil auditif, peut-être deux. Alors on en parle dans la coulisse, on n'en parle jamais publiquement. Est-ce que vous confirmez, R. Bachelot, que le Président de la République - que vous verrez tout à l'heure - a un appareil auditif ?

- " Il me semble que oui. "

Eh bien, c'est une excellente réponse. C'était R. Bachelot sur RTL. Bonne journée !

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 19

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