Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement, à France 2 le 25 novembre 2003, sur l'entente franco-allemande pour contourner le pacte de croissance, la manifestation des buralistes à propos de la hausse du tabac et sa politique des transports pour la campagne pour les élections régionales en Ile-de-France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement, à France 2 le 25 novembre 2003, sur l'entente franco-allemande pour contourner le pacte de croissance, la manifestation des buralistes à propos de la hausse du tabac et sa politique des transports pour la campagne pour les élections régionales en Ile-de-France.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François, LABORDE Françoise.

FRANCE. SE aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement

ti : F. Laborde-. Avec J.-F. Copé, ce matin, nous allons parler de l'actualité gouvernementale, mais aussi de l'actualité de la région puisque J.-F. Copé est non seulement porte-parole du Gouvernement, mais aussi candidat aux élections régionales en Ile-de-France. Alors démarrons par l'actualité gouvernementale et même européenne, puisque à la surprise générale, qu'a-t-on appris cette nuit ? Voilà-t-y pas que Paris et Berlin se mettent d'accord, en gros pour contourner le Pacte de stabilité et de croissance, et dire, " écoutez, cet excès de rigueur ne nous convient pas, on le met entre parenthèses et on fait ce qu'on veut. " C'est comme ça qu'il faut l'interpréter ?

- "Non non, ce n'est pas comme ça qu'il faut l'interpréter, d'abord parce que ce n'est pas la France et l'Allemagne, c'est l'ensemble des pays membres de l'Union européenne qui en ont discuté et qui se sont mis d'accord sur le fait qu'il y avait lieu de ne pas appliquer de sanctions. Pour une raison simple, c'est qu'il y a de la part de la France en particulier, comme de l'Allemagne ou d'autres pays, la volonté de respecter l'esprit du traité de Maastricht, c'est-à-dire une réduction maîtrisée des déficits. Mais c'est aussi la démonstration que nous avons montré à la fois notre volonté de faire des réformes de structures, de maîtriser les déficits, mais en même temps de ne pas casser les perspectives de reprise de croissance. On était dans une situation inédite. Ces trois dernières années ont été marquées par un fort ralentissement de croissance, il fallait en tenir compte avec le pragmatisme nécessaire, et je crois que ça c'était important de le faire."

Est-ce que ce n'est pas aussi une façon de dire que le politique prime sur disons le technocratique, puisqu'on sait bien que la Commission de Bruxelles souhaitait au contraire une application stricte avec des sanctions de ce Pacte de stabilité de croissance et qu'effectivement les ministres de l'Economie et des Finances ont dit : " eh bien non, la décision revient à des politiques. " ?

- "Cela veut dire que chacun est dans son rôle en tout cas, effectivement."

C'est aujourd'hui que les autres pays candidats à l'Union européenne doivent arriver, est-ce que c'est un message ? Comment ils doivent interpréter cela ? Comment ils doivent le comprendre ?

- "Non, non non, je crois que ce sont deux choses différentes. Il s'agit là, je le rappelle, des pays qui sont membres de la zone euro et qui donc sont dans une logique bien spécifique, c'est qu'il faut naturellement respecter les critères du traité de Maastricht, mais le faire, je le répète, sans casser la croissance, il faut moderniser notre économie. Lorsque l'on baisse les impôts, mais lorsque l'on investit aussi dans des dépenses indispensables, en faveur de la sécurité, de la défense, de la justice, on fabrique une Europe équilibrée et je crois moderne dans la logique de croissance et de stabilité que nous souhaitons. Et donc c'est au bénéfice y compris des nouveaux venus."

Et on garde quand même l'idée que la France et l'Allemagne pèsent un peu plus lourd dans cette Europe-là que d'autres ?

- "Il ne faut pas se tromper de débat. La France et l'Allemagne ont constitué depuis le début un moteur très important. Pour autant, vous l'avez vu, y compris dans la réunion d'hier soir, ce sont l'ensemble des pays de l'Euro-groupe qui ont discuté de tout cela, ils sont parvenus à un accord."

Alors revenons maintenant à d'autres sujets français, sujets de contestations avec d'abord la manifestation des débitants de tabac hier à Paris, qui disent que les hausses prévues par le Gouvernement sont absolument insupportables. En gros, ils disent " bon d'accord, on n'aura pas davantage de hausses pendant quatre ans, mais c'est trop tout de suite, il faut étaler tout ça. " Qu'est-ce que vous leur répondez ?

- "Vous savez, F. Laborde, on n'a pas changé de ligne, nous au gouvernement, c'est toujours la même. D'un côté on est cohérent, on est déterminé à lutter contre le cancer, et donc on a mesuré que l'augmentation de la fiscalité était un élément qui baissait la consommation de tabac, ça c'est absolument essentiel. Et dans le même temps, on a toujours dit et on continue de le dire, on propose aux buralistes un contrat d'avenir. La manifestation d'hier était importante. On a bien reçu les messages, on les connaissait un peu par avance. Aujourd'hui, on travaille avec eux, la porte est grande ouverte, à ce qu'on appelle un contrat d'avenir, qui est adossé sur des propositions pour faire en sorte que les buralistes ne soient pas les victimes de ce plan contre le cancer. Et donc comme ils ne doivent pas en être les victimes, parce qu'on a besoin d'eux sur l'ensemble du territoire, on travaille avec eux à la manière de compenser les risques de pertes et d'assurer leur développement sur d'autres activités."

Donc ils vont maintenir leur chiffre d'affaires et il ne faut pas qu'ils aient la crainte de disparaître du paysage français ?

- "Et la porte est grande ouverte pour en discuter avec eux. Mais en revanche, nous tenons bon sur la politique que nous menons contre le cancer, c'est absolument indispensable et de la responsabilité d'un gouvernement que de le faire."

Autre secteur où ça commence un petit peu à s'agiter, ce sont les Facs, les étudiants. Ils redoutent une sorte de régionalisation, une différenciation d'une université à une autre. Ils ont le sentiment que derrière la réforme des diplômes se cache autre chose, et on a le sentiment que L. Ferry n'arrive pas à leur faire entendre raison, et ils aiment bien la grève, voilà.

- "Pour aller à l'essentiel là dessus, moi je crois qu'il ne faut pas se contenter de lire simplement les tracts des syndicats étudiants, de l'UNEF en particulier, proche de l'opposition. Moi je crois que ça vaut la peine que chacun ait bien à l'esprit que ce qui est en jeu c'est l'intérêt des étudiants. L'homologation des diplômes au niveau européen, c'est indispensable pour la carrière des futurs étudiants, je crois qu'il ne faut pas s'y tromper."

Il n'y a aucune raison qu'on garde notre licence quand d'autres font des masters ou des choses comme ça ?

- "Je crois que l'objectif, c'est que l'on puisse développer ces carrières professionnelles dans l'ensemble de l'Europe et ça ne dévalorise absolument pas les diplômes français, bien au contraire. Quant à ce qui concerne l'autre réflexion sur la manière d'améliorer les moyens de fonctionnement de l'université, c'est une réflexion, demandée à l'origine par la conférence des présidents des universités, il faut y travailler, point. Aujourd'hui, ce texte là n'est absolument pas fabriqué et encore moins à l'ordre du jour du Conseil des ministres, c'est un autre thème."

Mais alors comment s'expliquer que cette contestation comme ça bouillonne ? C'est effectivement une manipulation de l'opposition ?

- "Ecoutez, en tout cas, moi j'invite chacun à bien s'informer et on est à la disposition des étudiants pour tout leur dire sur ce qu'il en est de nos réflexions, dont je rappelle qu'elles sont d'abord au service des étudiants, et non pas, en rien, ni de pré-projet de privatisation ou de régionalisation ou autre bêtise de ce style, qui n'a jamais existé."

Alors régionalisation, justement, revenons-y. Vous êtes candidat à la présidence de la région Ile-de-France et vous devez présenter aujourd'hui quelques pistes, ou une grande piste en tout cas, en ce qui concerne les transports. Alors de quoi s'agit-il ? Aujourd'hui pour circuler en Ile-de-France, on a essentiellement les transports collectifs, c'est là-dessus que vous voulez jouer ?

- "Vous savez, je tourne beaucoup évidemment dans la région parisienne, et ce que je vois aujourd'hui, c'est que les transports publics c'est devenu un problème absolument majeur. J'avais parlé du fait qu'il fallait faire un service minimum, c'est indispensable, et puis il y a l'autre point : c'est les tarifs, qui vont avec. Il y a 28 tarifs différents, ça va de 45 à 132 euros."

Pour la carte Orange, pour ceux qui n'habitent pas Paris, qui ne savent pas ce que c'est.

- "Ma proposition, pour la carte Orange - et donc le principe est simple - moi je m'engage, si je suis élu, à une rénovation de tout ça, à faire une carte Orange unique à 45 euros, c'est-à-dire le prix le plus bas, pour l'ensemble de la région Ile-de-France."

Quelle que soit la distance ?

- "Exactement."

Même si on est au fin fond de la ligne C, c'est le même prix ?

- "Exactement, il faut moderniser notre système de transport et pour ça, il faut vraiment créer une dynamique. Donc on va avoir une réflexion sur l'entretien des lignes, pour sécuriser, parce que c'est incroyable les problèmes d'insécurité. On ne peut plus continuer de voyager serrés comme des sardines, il faut que tout ça change, et donc tout ça doit être très concret."

Donc il faut qu'il y ait davantage de rames, il faut qu'il y ait davantage de trains, il faut qu'il y ait davantage de personnels ?

- "Et qu'on s'occupe d'entretenir les lignes existantes. Mais oui, c'est une réflexion très concrète. On parlait tout à l'heure des buralistes, c'est pareil. Moi, j'ai rencontré les buralistes d'Ile-de-France, de la même idée, je leur ai dit attendez, on réfléchit ensemble à la manière d'élargir votre métier. On a la possibilité avec les technologies modernes de vous proposer d'être chez vous débitant de cartes à puce pour avoir tous les services de proximité et on les achète chez les débitants. Ça peut concerner, comme c'est le cas aujourd'hui, les transports publics, la carte Orange qu'on mettrait à tarif unique, mais aussi les services de proximité avec les mairies, les cartes de stationnement etc. Il y a plein de choses nouvelles à faire, il faut que ça bouge un peu. Et, dans ce domaine, les régions doivent prendre le relais du gouvernement de manière très concrète. Et sans démagogie d'ailleurs."

Vous avez employé un mot évidemment qui interpelle tout le monde, c'est le service minimum. On sait très bien, quand on habite une région aussi vaste que l'Ile-de-France, que dès qu'il y a un mouvement de grève c'est l'engorgement, c'est épouvantable. Est-ce qu'effectivement il faut qu'il y ait un service minimum, ou, comme disent les syndicats, un service continu à certaines heures ?

- "Ecoutez, moi je crois que.. Vous savez, qu'est-ce que demandent les habitants ? Ils demandent à ne pas être.."

Ils demandent à pouvoir aller à leur travail sans passer des heures à attendre le RER ou le métro.

- "Exactement, plutôt que de voir les reportages chez vous, le soir, de ces heures d'attente. Il faut bien sûr respecter le droit de grève, mais en même temps, tout le monde demande à ce qu'il y ait un service minimum. Bien sûr qu'il faut discuter des modalités, mais il ne faut pas traîner là-dessus éternellement. Je crois que les réflexions sont bien engagées, le Gouvernement est très attentif à ce que propose d'ailleurs en ce moment l'UMP sur le sujet. Il y aura une réflexion la semaine prochaine, donc moi je pense qu'assez vite on doit pouvoir avancer et priorité bien sûr en Ile-de-France, du moins de mon point de vue. Je crois qu'on a trop attendu sur tous ces sujets. Il faut qu'on fasse un peu bouger les choses, c'est ce que les habitants demandent."

Donc carte Orange unique et service minimum. Toute dernière question, elle ne vous concerne pas directement mais tout de même, on en parle beaucoup : le maire de Paris dit qu'il faut construire des tours dans la ville et ma foi il est prêt à faire un référendum pour demander aux Parisiens s'ils sont d'accord. Vous, vous êtes sur la région Ile-de-France, pas sur Paris, mais en tant que maire de Meaux, vous avez une expérience des tours. Vous lui dites quoi à B. Delanoë ?

- "Je vais vous dire, quand j'ai appris cette proposition, j'ai été un peu surpris, parce que pour être très honnête avec vous, c'est bien les grands concepts dans les salons, d'en discuter dans les bureaux, tout ça c'est bien gentil, et puis il y a la vie des gens. Moi, je peux témoigner qu'à Meaux, l'effet de vivre, comme c'est le cas pour la moitié de notre ville, avec des tours insalubres, c'est une horreur. Donc je crois que ça vaut peut-être la peine d'y réfléchir à deux fois avant d'engager la belle ville de Paris dans des constructions folles, qui, à l'évidence, ne correspondraient pas à ce qu'attendent les habitants, et qu'il faut qu'on y travaille."

Vous voulez dire que c'est une démarche purement électorale ?

- "Je crois qu'elle est surtout très idéologique et je crois qu'il est temps d'en arrêter avec les idéologies et de regarder au quotidien ce que les gens demandent car ce que les gens demandent, ça peut parfois correspondre à la responsabilité publique et à une vraie vision de l'avenir."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 25 novembre 2003)

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