Interview de M. Léon Bertrand, secrétaire d'Etat au tourisme, à "France 2" le 9 décembre 2003 sur les résultats du référendum aux Antilles, le poids du tourisme dans l'économie française, le développement du tourisme de plein air et sur la discrimination positive pour une meilleure intégration sociale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Léon Bertrand, secrétaire d'Etat au tourisme, à "France 2" le 9 décembre 2003 sur les résultats du référendum aux Antilles, le poids du tourisme dans l'économie française, le développement du tourisme de plein air et sur la discrimination positive pour une meilleure intégration sociale.

Personnalité, fonction : BERTRAND Léon, LABORDE Françoise.

FRANCE. SE au tourisme

ti :

F. Laborde-. Avec L. Bertrand, nous allons parler, ce matin, du tourisme. Avant d'aborder cette question, à l'occasion des assises qui ont lieu en ce moment à Paris, revenons sur le référendum aux Antilles. Vous êtes vous-même, on peut le rappeler, d'origine guyanaise, et la Guyane, justement, elle, avait choisi de ne pas faire de référendum, considérant peut-être que l'affaire était mal engagée ? Les faits vous donnent-ils raison ?

- "Je pense, effectivement, qu'il fallait prendre son temps pour bien expliquer. Je l'ai senti en Guyane, c'est pour cela que nous n'avons pas engagé le référendum. De plus, il n'y avait pas de consensus politique. Et je crois qu'effectivement, les faits m'ont donné raison lorsqu'on regarde les résultats pour la Martinique et la Guadeloupe."

Il y a quand même deux îles, Saint-Barthélémy et une partie de Saint-Martin qui ont voté "oui". Donc, il va y avoir des statuts différents à l'intérieur des Antilles françaises, cela va être un peu compliqué.

- "Oui, la Constitution a d'ailleurs été révisée pour cela, permettant à chaque région d'Outre-mer de bénéficier d'un statut particulier en fonction de sa position géographique. Ce qui peut expliquer pourquoi effectivement, Saint-Barthélémy et une partie de Saint-Martin, pourraient avoir un statut particulier, donc de collectivité territoriale."

Ils ont déjà d'ailleurs des avantages fiscaux absolument considérables, pratiquement on ne paye pas d'impôts sur le revenu...

- "Oui, je crois. Et par rapport à cela, donc ce sont des avantages fiscaux qui seront certainement consolidés, au travers de ce nouveau statut."

Revenons au tourisme, encore que ce soient des destinations touristiques extrêmement prisées des Français et des autres. Ces Assises du tourisme, permettent de faire un peu un état des lieux. Combien pèse le tourisme dans l'économie française aujourd'hui ?

- "C'est quand même important, c'est 15,1 milliards d'euros de solde positif de notre balance des paiements. Aujourd'hui, où je vous parle, c'est 2 millions d'emplois directs et indirects, c'est 200 000 entreprises, c'est 7 % du PIB. Donc, c'est considérable pour l'économie française. Avant l'automobile et avant l'agroalimentaire."

Les professionnels du secteur attendaient beaucoup, notamment d'une baisse de la TVA dans la restauration - on avait reçu, ici même, A. Daguin, qui expliquait à quel point c'était important pour soutenir l'emploi, l'activité. On apprend que, vraisemblablement, ce ne sera pas à l'ordre du jour dans les temps prévus à Bruxelles. Cela veut dire que la France va renoncer à cette demande de baisse de la TVA dans la restauration ?

- "Non, il n'est pas du tout question que la France renonce à cet engagement du président de la République et à cette détermination affichée du Premier ministre, et de nous d'ailleurs. On sait très bien qu'il y a toujours quelques petits problèmes de calendrier, mais nous avons quand même réussi à franchir les étapes intéressantes. Rappelez-vous au début, il n'était pas question... Bruxelles était purement et simplement opposé. Aujourd'hui, les Allemands ont quelques réserves, ils sont prêts à nous faire plaisir, donc nous gagnons progressivement dans cette affaire. Et je suis certain que nous parviendrons, d'ici l'année 2004, bien entendu, à avoir gain de cause."

Parce que, c'est effectivement une des conditions importantes pour que l'on puisse continuer à créer des emplois dans le secteur ?

- "Oui, créer des emplois, et puis surtout améliorer l'existant. N'oublions pas que si nous voulons rester les premiers et gagner des parts de marché, il nous faut vendre de la qualité. Il faut former des jeunes, il faut que ces derniers soient tirés par ces beaux métiers du tourisme. Et pour cela, il faut de la formation, mais il faut surtout leur donner des salaires beaucoup plus décents. Et la marge financière qui sera dégagée par la TVA, permettra justement de le faire."

La France reste toujours la première destination mondiale ou...

- "Oui, tout à fait."

...on est maintenant concurrencé par d'autres pays ?

- "Nous restons les premiers, de très loin. 77 millions de touristes en 2002, certainement le même nombre à la fin de cette année. Simplement, nous sommes troisième, en parts de marché, les Etats-Unis sont avant nous et les Espagnols. C'est la raison pour laquelle nous avons, dès le 9 septembre dernier, mis en place une stratégie sur les 10 à 15 ans à venir, de façon à garder cette place mais aussi à permettre aux touristes lorsqu'ils passent chez nous, de rester plus que trois jours et demi, comme c'est le cas actuellement. C'est-à-dire, de faire du "mieux tourisme", inventer des filières nouvelles, vendre la qualité, pour que le touriste, s'il reste un ou deux jours de plus, que cela se traduise par des recettes supplémentaires."

Qu'est-ce qui augmente, se développe le plus vite dans le tourisme ? On parlait tout à l'heure, en coulisses notamment, du "tourisme de plein air", "des campings". Cela veut-il dire que c'est lié un peu la crise, les gens ont peu de moyens, ou peut-être à une volonté de revenir un peu plus vers la nature ?

- "Oui, c'est vrai que l'on constate, à la fois, que, d'abord, les touristes, aujourd'hui, ont envie de connaître d'autres produits, sortir des produits traditionnels - Paris la région Paca, Normandie etc. - pour aller découvrir la nature. D'où, effectivement, une augmentation de l'hôtellerie de plein-air, se trouver en nature, comme je le disais. Et puis c'est vrai que nous traversons encore quelques difficultés financières qui font que les touristes, notamment les Allemands, préfèrent aller dans l'hôtellerie légère, style camping, etc. Ceci explique cela et c'est pour cela que ce secteur est d'ailleurs le seul qui progresse très vite : une progression à deux chiffres dans l'année."

C'est quoi : 12%, 20 %?

- "12-20 %, les premiers en Europe. C'est malgré tout, quand même, un secteur qui se développe très bien."

Les députés parlent en ce moment d'un secteur qui vous concerne directement, puisqu'il s'agit de celui des transports et du service garanti. On voit que les Français sont extrêmement demandeurs d'un service garanti en termes de transport. Cela joue-t-il aussi pour le tourisme ou est-ce que les grèves à répétition, parfois, peuvent avoir un impact un peu négatif ?

- "Tout à fait. Nous avons vu d'ailleurs, pendant la période estivale, mis à part d'autres soucis que nous avions. Des grèves à répétition, il est clair, finissent par jouer négativement sur le produit touristique. Une destination ne peut être atteinte que par un moyen de transport, qu'il s'agisse de l'avion ou du train. Et c'est pour cela que ce projet de loi me paraît tout à fait intéressant. Il faut arriver à garantir un minimum de moyens, et puis il faut aussi penser tout simplement aux Français qui ne doivent pas être pris en otages dans cette affaire. La discussion est en cours, nous verrons bien. Mais il faut se préserver, je pense, quelques axes majeurs pour que le pays ne soit pas paralysé, même si par ailleurs les gens ont le droit de revendiquer."

Cela doit-il passer par une négociation avec les syndicats ou par une loi directement ou les deux ?

- "Il faut les deux, il faut d'abord négocier, il ne faut jamais, bien entendu, prendre les gens par surprise. Il faut négocier et ensuite, si c'est nécessaire, peut-être, passer par une disposition législative."

Une dernière question, qui agite la classe politique, en tout cas une partie du Gouvernement. Je voudrais vous demander votre sentiment personnel sur la discrimination positive. C'est un sujet pour lequel on a entendu N. Sarkozy, dire qu'il fallait, effectivement soutenir un petit peu les Français qui ne sont pas forcément représentés. On a entendu d'autres ministres qui parlaient davantage d'intégration. Vous êtes particulièrement bien placé, vous venez des Antilles, vous avez dû connaître effectivement des difficultés de racisme, d'ostracisme. Faut-il, en France, soutenir la discrimination positive ?

- "Je ne sais pas s'il faut appeler cela "la discrimination positive", mais en tout cas, on sent bien qu'à un moment donné, il faut qu'il y ait un effort particulier qui soit fait, de façon à remettre un peu les choses à niveau. Et puis après, permettre aux uns et aux autres, de pouvoir évoluer dans la même cour."

Donner un coup de pouce aux Français d'origine maghrébine, antillaise ou africaine, c'est cela ?

- "Oui, cela me paraît, peut-être, nécessaire à un moment donné. On a mis en place la parité pour que les femmes tout naturellement..."

Avec un succès très relatif...

- "C'est un début mais ça arrivera. De toute façon cela progresse. Je crois que, là aussi, il faut peut-être faire la même chose. Est-ce la discrimination positive, est qu'il faut trouver une autre voie ? Mais en tout cas, c'est une nécessité."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 9 décembre 2003)

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