Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, du logement, du tourisme et de la mer, à "BFM" le 2 décembre 2003, sur les conditions préalables à l'instauration d'un service minimum dans les transports en commun, sur l'augmentation du nombre de conducteurs sans permis et sur la possibilité pour les locataires en HLM d'acquérir leur logement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, du logement, du tourisme et de la mer, à "BFM" le 2 décembre 2003, sur les conditions préalables à l'instauration d'un service minimum dans les transports en commun, sur l'augmentation du nombre de conducteurs sans permis et sur la possibilité pour les locataires en HLM d'acquérir leur logement.

Personnalité, fonction : ROBIEN Gilles de, MANIERE Philippe.

FRANCE. Ministre de l'équipement, des transports, du logement, du tourisme et de la mer

ti :
P. Manière-. Il est le seul représentant de l'UDF au Gouvernement, ce qui exige évidemment, de lui des trésors de diplomatie et d'ingéniosité, depuis que F. Bayrou a commencé sa bronca contre l'UMP. Il est aussi le seul agent d'assurance de l'équipe de J.-P. Raffarin, et l'un des rares à ne pas être énarque, il a fait deux années de droit, mais aussi beaucoup de cages d'escaliers pour caser ses polices d'assurance et ses formateurs. Il est enfin, le seul de la petite bande à porter un nom à particule, si l'on excepte, bien sûr, D. de Villepin, et c'est du sérieux puisqu'il descend, dit-on, du bon Roi Saint-Louis en personne. Il est entré en politique en battant l'indétrônable maire communiste d'Amiens, il y a presque 15 ans, mais n'a décroché son premier portefeuille ministériel que l'an dernier, à l'âge de 61 ans. Et pourtant, tout le monde croit qu'il en est à son deuxième ou troisième gouvernement. L. Jospin, lui-même, lui donnait du "Monsieur le ministre". Il faut dire que la loi sur la réduction du temps de travail, qui porte son nom, a fait couler tellement d'encre que personne ne se souvient plus qu'il l'avait faite voter comme simple député et non comme ministre du Travail. Alors, il se rattrape aujourd'hui avec un maroquin qui a lui aussi, un nom à rallonge, écoutez plutôt : ministère de l'Equipement, des Transports, du Logement, du Tourisme et de la Mer. Avec tout ça, on ne doit pas dormir souvent.

Depuis plusieurs jours, une grève des contrôleurs SNCF perturbe à nouveau considérablement le trafic entre Picardie et Ile-de-France - Picardie, vous connaissez. Vous êtes ministre des Transports, vous êtes surtout celui qui porte une sorte de négociation avec les syndicats pour l'instauration d'un service minimum, qui permet enfin aux salariés d'aller à leur travail sans être soumis aux caprices des grévistes. Quand tout cela va-t-il enfin cesser, alors qu'on est déjà probablement le dernier pays au monde où on peut ainsi être pris en otages ?

- "Il y a deux problèmes à résoudre. Il y a le problème de l'avant-grève, c'est-à-dire toute la période où, par exemple, à la RATP, il y a ce qu'on appelle "l'alarme sociale". Et cette période-là est très importante pour éviter la grève. Et puis, lorsque la grève survient, si elle survient, ce qui est toujours un échec par ailleurs pour tout le monde, à ce moment-là, c'est vrai qu'il faut équilibrer la notion de grève, qui est inscrite dans la Constitution et la notion de continuité du service public, qui a aussi une valeur constitutionnelle. On ne s'en est pas beaucoup occupé au cours des décennies précédentes. Je m'y attelle, j'ai engagé une démarche qui consiste à aller voir dans les pays européens comment cela fonctionne. Beaucoup de syndicats sont venus avec moi, dix sur quinze, RATP et SNCF. Maintenant, nous débriefons un petit peu nos observations que nous avons faites en Italie, en Espagne, au Portugal, en Allemagne et en Belgique..."

On dit que vous avez calqué le modèle italien ?

- "Je n'en suis pas encore là. J'ai reçu 15 syndicats sur 17, les deux autres je vais les recevoir aujourd'hui et demain. Et à la suite de ça, je vais faire des propositions extrêmement précises, avec un calendrier, pour tenter d'obtenir par la voie de la négociation, au moins un accord ou disons une bienveillante attention sur une démarche qui aboutirait à la continuité du service public. Je crois que c'est indispensable si on veut respecter les usagers et si on veut, en même temps, que la notion de service public soit réhabilitée ou davantage valorisée dans notre pays."

La semaine prochaine, il y a une discussion au Parlement sur ce sujet. C'est une discussion qui ne va pas se conclure par un vote. On se demande quand même pourquoi ?

- "Tant mieux. Parce que vous savez, les Italiens, pour prendre le modèle italien, ont mis dix ans pour construire un système de service minimum ou service garanti. Et nous, est-ce que vous croyez qu'on va le mettre en dix jours, comme ça, en place ? D'abord, la loi sera peut-être indispensable à un moment donné. Il faut savoir ce qu'on va mettre dans la loi. Si vous votez demain une loi disant que de telle heure à telle heure, tous les métros doivent fonctionner..."

Vous savez que les Français seraient très favorables. Il y a une majorité qui sont pour, y compris une majorité de gens de gauche.

- "Et moi je suis aussi dans ces Français favorables, puisque je m'attaque à ce dossier-là, mais je m'y attaque par la voie de la négociation avec les syndicats. Et donc, aujourd'hui, je les ai tous rencontrés. Ils conçoivent bien qu'il faut faire quelque chose, ils voudraient le faire tout seuls. Et je vais donner un délai pour les mettre un petit peu au défi..."

Quel délai ? C. Blanc va à nouveau amener la discussion au Parlement sur ce sujet dans quelques jours, en janvier je crois. Allez-vous en profiter pour faire passer votre texte à ce moment-là ou attendrez-vous encore ?

- "Je crois que les syndicats peuvent admettre que l'accord entre eux et avec le ministère des Transports se concrétise peut-être par une loi de couronnement, pas une loi qui donne des heures ou des jours minimums, mais une loi qui donne justement le procédé, le processus, l'architecture ou la modalité de négociation à chaque grève, pour qu'il y ait un certain niveau de service minimum qui soit assuré. C'est ça qui est important. Et d'autres pays ont réussi, l'Italie a réussi. Je pense qu'on n'est pas plus bêtes qu'en Italie et que surtout les usagers en ont besoin."

Les transports, c'est aussi la route. On vous a vu en première ligne avec N. Sarkozy sur les radars. Il y a un nouveau problème qui se pose, celui de la conduite sans permis, et apparemment, il y a beaucoup de gens qui conduisent sans permis ?

- "Oui, il y a beaucoup de gens, peut-être moins qu'on ne le dit, mais il y a encore des gens..."

Combien ? Peut-on mesurer ?

- "On ne peut pas savoir, mais de l'ordre de 6 ou 7 % peut-être - on a dit 20 %, c'était excessif. Mais lorsque l'on fait des contrôles, je crois qu'on a entre 3 et 5 % de relevés de personnes sans permis. D. Perben a renforcé les peines pour la conduite sans permis. Désormais, la conduite sans permis est punie d'une amende de 3.750 euros et d'un an d'emprisonnement, évidemment à l'appréciation des juges. Et s'il y a récidive, c'est 4.500 euros et deux ans d'emprisonnement. C'est-à-dire qu'il n'est plus question de conduire sans permis..."

Ca, c'est nouveau ?

- "C'est tout nouveau, ça vient de passer le 28 novembre 2003 à l'Assemblée nationale, c'est l'article L. 221-2 du Code de la route. Et je rappelle que ceux qui conduisent sans permis risquent autre chose : s'ils ont un accident, ils ne sont pas assurés. Il a déchéance de l'assurance quand on n'a pas de permis."

On parle beaucoup de la privatisation des sociétés d'autoroutes. C'est une bonne idée, l'Etat est totalement impécunieux, il a besoin d'argent... Et vous, vous êtes contre. Pourquoi ?

- "Je n'ai pas dit que j'étais contre."

Si, quand même !

- "Non, ça dépend à quel prix. Si c'est pour vendre au prix du marché, évidemment, ça n'est pas forcément une bonne affaire."

Mais on vend toujours au prix du marché !

- "Justement, le système d'autoroute est un système de monopole, donc le marché n'existe pas par définition. C'est payé par les redevances des usagers. Si c'est pour réinvestir dans les transports, ça peut encore se concevoir, donc ça dépend du prix. Cela dépend si vraiment l'Etat fait une bonne affaire. Parce que la deuxième solution, ce peut être de garder les redevances des autoroutes pour construire également des infrastructures. Les deux points de vue se défendent..."

Bercy est en face de vous dans ce domaine : ils préfèreraient, eux, vendre carrément les autoroutes et vous, vous voulez les garder, mais garder l'argent qui vient des autoroutes, c'est cela ? Et le dédier aux infrastructures ?

- "Si on les garde, on les dédie aux infrastructures et on pousse la croissance..."

Vous attendez un arbitrage dans ce sens-là ?

- ''Oui, il y aura un arbitrage, bien entendu."

Quand ? Au CIAT ?

- "Avant le CIAT."

Il y a un CIAT qui a lieu le 18 décembre et vous espérez l'emporter ?

- "Au moins pour partie, oui."

Que dit J. Chirac sur ce sujet ?

- "Je ne sais pas, vous lui demanderez !"

Côté logement, vous avez souhaité que les locataires des HLM puissent acheter leur logement. Quelle est la logique ? On ne les enferme pas dans quelque chose qui est invendable ensuite ?

- "Non, parce que, d'abord, il faut choisir effectivement les immeubles qui seraient vendus. Les locataires peuvent opter mais ils ne sont pas obligés. Il faut bien choisir les immeubles, souvent des logements individuels parce qu'il n'y a pas de raison que les HLM restent propriétaires, de façon durable, de logements, finalement, qui sont financés par l'Etat et par les locataires - par l'Etat, avec "l'aide à la pierre" et avec l'aide ou la personne, et par les locataires avec le solde de loyers qu'ils paient. Donc, au bout d'un moment, on peut se dire aussi que les locataires ont un droit d'acquisition du logement qu'ils ont aidé à payer."

Vous êtes président fondateur du Groupe parlementaire contre la tabagie. Vous êtes à l'aise en voyant tous les cadeaux qu'on fait aux buralistes depuis quelques semaines ?

- "Je n'ai jamais, en tout cas, hésité là-dessus. Je crois que vraiment, le tabac c'est quelque chose de très très nocif pour la santé. Je me réjouis tous les jours de ne pas avoir commencé à fumer, je n'ai aucun mérite de ne pas fumer. Je crois vraiment que si on peut s'arrêter parce que c'est trop cher ou parce qu'on devient raisonnable..."

Alors pourquoi le Gouvernement fait-il tant de cadeaux aux buralistes ?

- "Pas de "cadeaux". Je n'ai pas entendu les buralistes défiler dans la rue en disant : merci du cadeau !"

Non, mais ça on ne le verra jamais ! Un petit mot de politique quand même : vous laissez la région Picardie à l'UMP, J. Bignon. Elle était pour vous, si vous aviez été candidat. Pourquoi vous défilez-vous comme cela ?

- "Qu'est-ce qui vous dit que je laisse la région Picardie ?"

C'est ce qu'on dit...

- "On le dit..."

Vous serez candidat ?

- "Pour l'instant, j'ai réservé ma réponse, je regarde comment ça se présente et je veux surtout avoir un message clair vis-à-vis des électeurs. Et enfin, je ne ferai pas de liste à part en Picardie. Si je fais une liste, ce sera une liste d'union, bien sûr, avec J. Bignon."

En un mot, vous êtes pour deux ou trois quinquennats ?

- "Je suis pour autant de quinquennats que les électeurs le souhaitent."

Trois questions express pour terminer : que faites-vous en quittant le studio de BFM ?

- "A 9h00, je vais à un colloque sur le handicap et le transport des personnes à mobilité réduite."

La question perso : quel est le dernier livre que vous avez lu et que vous recommanderiez ?

- "Il y a un an que je n'ai pas lu de livre sauf des livres légers et de vacances. Donc, voilà."

C'est nous qui allons vous en recommander ! Dernière question : votre pronostic pour la croissance en France en 2004 ?

- "1,7 et un peu plus si on soutient davantage encore le logement et si on soutient les infrastructures et si par conséquent..."

... Et si on ne privatise pas les autoroutes !

- "Non ! Et si on a des moyens de financer les infrastructures, on peut rajouter, comme l'Espagne d'ailleurs, 0,25."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 2 décembre 2003)

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