Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur le bilan de la politique gouvernementale, Villepinte le 28 novembre 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur le bilan de la politique gouvernementale, Villepinte le 28 novembre 2003.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Réunion du Conseil national de l'UMP au Parc des Expositions de Villepinte, le 28 novembre 2003

ti : Ça tombe bien, j'étais venu vous dire merci !

Merci à chacune et chacun d'entre vous. Merci de votre soutien et merci de cette famille politique fertile, diverse mais qui sait se rassembler. J'ai entendu ton message Alain, et je suis heureux que ce Conseil national ait pu démontrer à la fois la capacité de débat mais aussi la cohésion.

Notre pays aujourd'hui a besoin que l'union majoritaire, cette union populaire, sache se rassembler sur les choses essentielles afin de traiter les difficultés que nous avons à surmonter et de ne pas se laisser piéger par les difficultés liées aux parcours personnels.

Je voudrais vous dire combien il est important, à vous toutes et à vous toutes, que l'UMP se rassemble pour qu'ensemble nous réussissions à faire en sorte que notre pays soit à la dimension de ses ambitions dans ce nouveau siècle.

Je remercie tous ceux qui travaillent à la construction de cette grande famille politique qu'est l'UMP. Évidemment, Alain, avec respect et amitié. Je note les progrès d'organisation, d'implantation et d'adhésion de notre famille politique. Je sais le rôle de Jean-Claude, de Philippe, et de chacune et chacun d'entre vous, sur le terrain. Nous avons besoin de cette famille politique. Tous ceux qui sont aujourd'hui au Gouvernement savent que nous avons besoin, à l'Assemblée nationale, avec Jacques et Bernard, avec Josselin et Henri au Sénat, de cette famille rassemblée.

Derrière vos débats, derrière votre union, il y a pour nous les conditions de l'action. Nous avons besoin de cette force et je suis donc heureux de voir aujourd'hui l'UMP ainsi réunie. L'ensemble des membres du Gouvernement, nombreux ici présents, nous disent avec moi leur gratitude.

Je voudrais rapidement vous rappeler notre cap. Quelquefois, l'on cherche, ici ou là, à jeter un peu de confusion dans la ligne du Gouvernement. Dans le cap que la Président de la République nous a adressé, les choses sont simples :
- Un grand projet, la nouvelle Europe,
- Cinq grandes réformes pour la législature,
- Trois grands chantiers, menés directement sous l'influence du Président, contre le cancer, le handicap et l'insécurité routière.

Concernant cette nouvelle Europe, notre grand projet, je voudrais attirer votre attention sur les grands rendez-vous de 2004. Ils sont essentiels pour l'avenir de notre pays.

En une année, nous allons à la fois changer et la géographie de l'Europe et ses institutions. Nous allons avoir des débats importants. L'UMP n'est pas spectatrice de ces changements. Notre pays a formulé ses idées et doit encore défendre ses convictions.


L'élargissement est acquis, l'Assemblée nationale vient de voter l'adhésion, 25 pays qui viennent nous rejoindre, l'Europe enfin retrouve son lit, tel un grand fleuve d'avenir. À nous également, chers amis des départements et des régions de France, d'être accueillants vis-à-vis de ces 10 pays, pour qui l'Europe est une espérance et qui ont besoin d'un accueil chaleureux.

Ils ne doivent pas sentir la France indifférente à leur entrée et à leur espoir au sein de l'Union européenne. Ne comptez pas sur les autres pour manifester la générosité de la France, chacun d'entre nous est concerné pour envoyer ce message d'accueil à ceux qui sont sortis de l'enfer du Communisme et qui veulent avec nous atteindre le modèle social dont ils rêvent depuis plus de 50 ans.

Cet élargissement nous voulons le rendre possible avec une nouvelle constitution préparée par la Convention sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing. Il y a de grands débats et il faudra que nous discutions de ces sujets-là, ils sont importants.

Nous voulons au fond, plus de politique, nous voulons une Europe qui puisse décider, avec une présidence plus stable, une Commission plus efficace, des Parlements nationaux et européens représentant une démocratie plus vivante. Pensons à ces institutions qui feront que cet élargissement sera viable.

Nous ne voulons pas un monde organisé selon le principe de la hiérarchie, nous voulons un monde organisé selon le principe de l'équilibre. Pour cela nous avons besoin de l'Europe afin de porter dans ce monde les valeurs de la France, celle de l'universalité, de la paix, du développement durable et du développement avec tous les pays qui souffrent. C'est cela la France, c'est ce dont l'Europe aujourd'hui a besoin, c'est ce dont le monde a besoin au travers d'une Europe partageant nos convictions.

L'influence française se développe en Europe grâce à l'expérience et la vision du chef de l'Etat. Lorsque, le lundi, nous arrivons à faire en sorte que les Ministres des finances prennent une décision telle que nous la souhaitons, des remarques fusent comme quoi l'échec de la France aura été finalement une bonne nouvelle, on nous dit : " quel passage en force avez-vous réussi là ! "¿

Le lendemain, à l'unanimité, l'Europe rassemblée accorde à la France, et à la Région PACA, et à Kadarache, le Projet ITER, grand projet d'avenir scientifique, premier projet mondial, 10 milliards d'investissements, des milliards importants pour l'emploi, tout ceci par une décision européenne.

Comme quoi quand l'autorité et la fermeté s'expriment, nous ne sommes pas perdant, y compris en Europe. Nous avons fait la preuve de notre capacité. J'ai beaucoup de reconnaissance pour la communauté scientifique de Kadarache et pour votre région, cher président, ainsi que pour l'ensemble de ceux qui, dans les collectivités locales, se sont mobilisés. J'adresse également deux messages personnels et affectueux, l'un pour Claudie Haigneré, qui s'est battue à merveille, l'autre pour Pierre Lellouche, émissaire du Gouvernement qui nous a beaucoup aidé afin de dégager ce consensus. Comme quoi la France peut gagner en Europe sur ses idées, sur ses valeurs. L'Europe aujourd'hui est pour nous un levier de puissance, un espace de force et de crédibilité, pour ceux que nous représentons.


Durant la législature, nous avons cinq réformes à mener. Cinq réformes stratégiques.

La décentralisation est engagée, pour rapprocher les décisions du terrain, pour mettre de l'humanité dans la décision et dans l'administration publique. Trop de décisions sont lointaines, trop de procédures sont longues, il existe trop de complexité dans la vie de notre société. Par la décentralisation, par la proximité, nous allons donner aux citoyens le moyen d'avoir accès plus rapidement aux interlocuteurs locaux qui ne se battent pas pour des pouvoirs, qui se battent pour des responsabilités qu'ils doivent assumer. Cette décentralisation est en marche. Elle changera profondément l'organisation même de l'Etat dans les années qui viennent.

Concernant le rétablissement de l'autorité républicaine, nous avons ensemble fait voter trois lois stratégiques et pluriannuelles : la sécurité, la défense et la justice. Il s'agit de faire en sorte que l'Etat se fasse respecter, que nous soyons capables d'assurer notre défense à l'extérieur, la sécurité dans les quartiers, et aussi la justice partout en France afin qu'elle puisse trouver son expression pratique et concrète, au sein de notre administration judiciaire. Il y a là des réformes importantes pour que la France redonne à tous les Français confiance dans son autorité républicaine.

Ces réformes nous engagent et engagent les Ministres qui les portent : Nicolas Sarkozy pour la sécurité, Dominique Perben pour la justice, ou Michèle Alliot-Marie pour la défense. Tous les jours ils sont engagés car il y a un devoir de suivi de la loi, un devoir de suivi de vote, pour que tout soit appliqué. Que tout ce qui a été voté au Parlement se vive concrètement sur le terrain. Les ministres sont responsables de la décision avec le Parlement, ils sont aussi responsables de l'exécution sur le terrain des mesures que vos parlementaires, en votre nom, ont voté.

La réforme des retraites, conduite par François Fillon et Jean-Paul Delevoye, est très importante. Il fallait sortir de cette impasse, dans laquelle la société française était enfoncée. Il fallait faire en sorte que, depuis très longtemps, nous soyons capables de proposer au pays des perspectives sur ce sujet. Cette réforme est engagée, mais, là aussi, il nous faut continuer le devoir d'information pour que chaque Français connaisse ses droits et possibilités en matière de retraite et de pension.

Autre réforme, celle de l'école. Vous l'avez engagée par vos débats, le grand débat national est en train de la préparer également. Une consultation qui nous conduira à l'automne à la proposition d'une révision de la loi de 1989, pour faire de notre école républicaine, à partir d'un consensus partagé dans la République, un lieu de développement de la personne, dans un esprit de justice, avec le soucis d'égalité et du dépassement que peut donner aujourd'hui l'éducation. C'est ce que nous attendons de cette réforme. Je vous demande donc de participer, dans toute la France, à tous les travaux et débats pour faire en sorte que s'exprime dans tout le pays, une l'idée qui rassemble, celle d'une école adaptée au XXIe siècle.

Enfin, pour le printemps prochain, la réforme de notre système de l'assurance maladie et de santé. Il nous faut ici surmonter les déficits, mieux organiser les responsabilités, partager davantage la conscience de la dépense, pour qu'ensemble nous soyons capables de maîtriser notre système et de pouvoir faire face aux besoins de santé grandissants.


Ensuite, les trois chantiers que le Président de la République nous a demandé de mettre en ¿uvre.

Concernant l'insécurité routière, nous y travaillons tous, tous les ministres, il ne s'agit pas de la responsabilité d'un seul, tous sont mobilisés aujourd'hui sur ce sujet. Nous avons quelques résultats satisfaisants, il faut rester mobilisés. Il ne faut pas céder, ici ou là, à quelques critiques opérationnelles. Nous faisons cela pour sauver des vies. Comme pour la lutte contre le cancer et contre le tabac, nous le faisons pour notre pays, nous le faisons pour la vie et nous continuerons dans cette direction car nous ne pouvons pas rester en tête des hit-parades de la mort.

Lutte contre le handicap et aide personnes âgées à mieux vivre dans notre société, c'est le plan dépendance. Neuf milliards sont mobilisés avec un effort de tous. J'entends beaucoup de gens parler de solidarité, je vois même beaucoup de pancartes avec le mot solidarité.

Je crois que pour nous, qui sommes des humanistes et pas des matérialistes, la solidarité est un engagement personnel. Je préfère d'ailleurs le mot de fraternité à celui de solidarité. Dans le mot solidarité, il y a les procédures administratives, il y a tout ce que les autres font à notre place, la solidarité devient un système.

La fraternité c'est un engagement. Je souhaite que ce soit par la fraternité, par cet engagement personnel, en créant de l'activité, en travaillant, que ce travail-là permettra aux entreprises de payer ce qui a aura été crée, que cette richesse créée soit affectée à la lutte contre la dépendance et puisse donc venir en soutien aux personnes qui en ont besoin. Une occasion également de rénover cette loi de 1975 sur le handicap.

Alors, quand on vous demande : " Mais quel est l'horizon du Gouvernement ? " : un cap européen, cinq grandes réformes et trois chantiers. C'est assez lisible, cela se comprend. Déclinons les, ce sont nos priorités.


Après le cap, la méthode, et quelle est-elle ? Elle est simple. J'ai une ligne de conduite, c'est la réforme juste. En France, il n'existe qu'un seul levier de changement, celui de la justice. Si nous voulons opposer un bloc contre un autre, nous bloquons la société française. Elle se crispe et nous ne pouvons réformer.

C'est en faisant, les uns les autres, les efforts pour que l'idée de justice supporte la réforme, qu'elle sera alors acceptée. C'est de cette manière que nous avons pu faire accepter la réforme des retraites. D'un côté, des efforts, travailler plus et cotiser afin de permettre un financement, mais de l'autre côté, des droits nouveaux, pour ceux qui ont commencé à travailler à 14, 15 ou 16 ans, c'est une avancée sociale considérable. Des efforts mais des droits, c'est cela la réforme juste.

Le droit de grève, oui respectons-le, je respecte le droit de grève et il faut le respecter, c'est même un honneur que de s'opposer en faisant grève. Mais le jour de la grève, on n'est pas payé, car quand on fait grève, on donne quelque chose, donc on n'est pas payé le jour de grève, c'est une action juste.

Oui au droit de grève, oui à l'honneur du gréviste, mais oui aussi, à son détachement et à son désintéressement pour son combat, et donc, oui au non-paiement des jours de grève. C'est une logique importante et c'est pour cela qu'elle a été acceptée parce qu'au fond, elle correspond à une idée de justice. Il est très important de se battre sur ces idées de justice.

J'entends le Parti socialiste dans sa course à la compétition présidentielle. Chez eux, les candidats sont encore plus nombreux et ils font tout pour qu'on les remarque, sur des motos, dans des dîners dansants, dans beaucoup de manifestations¿ Je les entends donc critiquer le Gouvernement. Plus les mots sont durs et plus les pensées sont faibles.

Ils font une compétition active dans la critique. Dois-je leur rappeler que la réforme juste c'est la réforme réussie. Lorsque que nous réussissons à baisser les impôts aujourd'hui, tout en doublant la prime pour l'emploi et en augmentant, de manière significative, la valeur du travail pour que les revenus du travail soient supérieurs à ceux de l'assistance, ça c'est une vraie politique sociale. Cette politique sociale, c'est nous, c'est vous, et ce n'est pas eux !

Je parlais de ce droit nouveau à la retraite, pour ceux qui enfant ont commencé à travailler, souvent dans des conditions difficiles, voilà une belle avancée sociale. Là encore, c'est nous, c'est vous, et pas eux.

La liste pourrait être longue, alors je voudrais juste dire un mot sur l'action que mène notamment Jean-Louis Borloo sur le surendettement. Pour toutes ces personnes, qui se trouvent écrasées par les dettes, envahies par les pressions des huissiers, incapables d'envisager l'avenir, écrasées par le poids de leur passé et de leur douleur, nous leur avons créé cette procédure du redressement, cette capacité à donner une deuxième chance à ceux qui veulent repartir dans la vie. Ce n'est pas une idée sociale ? C'est une belle et grande idée sociale.

Au total, vous le verrez, les grandes avancées sociales de notre Gouvernement seront plus importantes que celles qui ont prétendu être réalisées par nos prédécesseurs. Je tiens à vous dire combien nous continuerons dans cette action pour des réformes justes, pour cette idée de justice et d'égalité, notamment entre les hommes et les femmes.

Cette capacité que nous avons à défendre les principes fondateurs de la République.

Vous avez travaillé sur la laïcité, le débat a été fertile et conclusif. Je tiens à vous dire que pour moi, il y a un critère qui l'emportera sur tous les autres et la décision législative que nous choisirons sera bonne, si elle protège les femmes, toutes les femmes, de toutes les contraintes du fondamentalisme. C'est le point clé, disons-le clairement. Il ne s'agit pas là de religion, il s'agit de combattre toutes les atteintes aux droits de la femme. Ce sera pour moi le premier des critères de la disposition législative, que nous proposerons.

J'ai pris l'engagement, en votre nom à tous, de conduire un gouvernement de mission, de réforme, et je le tiendrais. Nous tiendrons bon dans cette direction, dans cette détermination.

La difficulté est, je le crois vraiment, aujourd'hui derrière nous. Nous avons réussi à mener de grandes réformes, elles ont parfois levé de fortes contestations sociales. Nous l'avons fait dans une période où la croissance était négative pour notre pays.

Maintenant la croissance est de retour, nous allons progressivement revenir à une situation de création d'emplois. Je suis sûr et vous le verrez, les réformes seront plus faciles dans ce contexte dynamique, où nous n'aurons pas contre nous les vents de la conjoncture.

C'est la raison pour laquelle je suis confiant dans l'avenir, et il n'y a pas d'état d'âme à avoir¿ (fin de face A)¿

Réforme après réforme, étape après étape, nous sommes sur la route du succès. Premier grand rendez-vous de ce succès, le printemps 2004.

Concernant le printemps 2004 et ses élections cantonales, régionales et européennes. Trois rendez-vous politiques qui doivent être pour nous l'occasion d'expliquer, de proposer et de convaincre les Français sur notre projet politique. Je compte vraiment sur vous afin que l'UMP soit mobilisée à l'occasion de ces trois échéances.

Tout d'abord pour que nous puissions montrer notre capacité à nous mobiliser. Nous sommes au sein d'un quinquennat, avec des objectifs de législature, et le premier des objectifs étant de gagner les législatives, mais nous devons aussi nous mobiliser pour toutes les étapes intermédiaires. Dans une démocratie, aucune élection n'est subalterne. Cantonales, régionales ou européennes, elles constituent pour notre démocratie et pour l'UMP des rendez-vous particulièrement importants.

Je vous appelle, le plus possible, à l'union. J'ai quelque expérience des élections régionales, j'en ai gagné trois. Ce qui importe le plus pour les citoyens, c'est que nous parlions des projets de la région, des ambitions de la région et pas des étiquettes politiques et de l'esprit partisan. Tous ceux qui veulent faire dériver le débat politique sur un débat partisan éloignent la politique de la préoccupation du citoyen.

Et l'union sert à cela, elle permet de mobiliser les uns et les autres autour de grands projets, autour d'une dynamique régionale, et c'est la véritable clé du succès. Je vous souhaite tous de pouvoir conduire des listes ouvertes, des listes qui puissent rassembler la société civile, les forces vives et les familles politiques.

J'ai entendu les crampes de Jean-Claude Gaudin, soyons le plus ouvert. Que jamais l'esprit de fermeture ne soit dans notre camp. Que toujours nous puissions avancer parce que nous sommes une union destinée à être majoritaire et populaire.

L'ouverture doit toujours être dans notre camp. Rappelons simplement que la désunion fait le jeu des extrêmes. N'entrons pas dans ce piège, nous conduisant à devenir co-responsable de la désunion car c'est rendre service aux extrêmes.

Pour les combattre, notamment les deux Le Pen, en PACA et en Ile de France, mais aussi partout ailleurs, il nous faut capable de monter des listes rassemblées et de faire en sorte que tous comprennent que la division est la prime aux extrémismes.

Mesdames et Messieurs les chefs de nos campagnes électorales, je compte sur vous pour qu'il y ait des listes ouvertes aux femmes, aux jeunes, et n'oubliez pas la place pour nos compatriotes issus de l'immigration. Nous devons penser à l'intégration, car si nous nous battons aujourd'hui contre le fondamentalisme, nous devons nous battre contre ceux qui prennent la religion pour en faire une dérive politique. Il y a eu dans le passé des échecs d'intégration et ceux qui ont échoué dans leur intégration dans la République vont chercher dans le communautarisme ce qu'ils n'ont pas trouvé dans la République. Faisons en sorte d'être des moteurs de l'intégration notamment par l'élection. Je sais que les places sur les listes sont comptées mais il faudra tout de même trouver de la place. Une liste doit ressembler aux citoyens, elle doit avoir les visages de la citoyenneté.

Je ne voudrais pas me mêler de vos projets régionaux, mais juste vous demander d'insister sur trois priorités.

La première c'est l'emploi, c'est la première préoccupation des Français. Sur un plan local, il existe d'importants moyens d'action. Concernant la création d'entreprise, avec les contrats jeunes, contrats sans charges, plus de 100 000 contrats aujourd'hui signés, avec l'apprentissage, avec le RMA¿ mettons tous ces moyens en faveur de l'emploi sur le terrain. La croissance revient, elle est dans tous les indicateurs, elle sera présente dans les foyers français au cours de l'année 2004. Anticipons, faisons en sorte que l'emploi ne soit pas en retard sur la croissance, mais qu'il la précède. Pour cela, les moyens des départements et des régions doivent être tous mobilisés sur cet objectif. C'est très important. Nous sommes, au niveau gouvernemental, prêts à travailler avec vous. Nous avons tous les outils nous permettant aujourd'hui de donner vraiment ces coups de pouce à l'emploi, sur le terrain. Anticiper afin de permettre aux Français de participer par l'emploi à ce retour de la croissance.

La deuxième priorité, c'est la maîtrise fiscale. Je vous invite à vous engager sur ce sujet. Pendant les dix dernières années de mon mandat régional, je n'ai pas augmenté les impôts de Poitou-Charentes. Un bon élu local, c'est celui qui fait - quand il n'a pas de méchants transferts de compétences de l'Etat, mais maintenant la Constitution vous en protège - des choix et pas celui qui augmente les impôts.

J'entends les socialistes dire qu'ils veulent réhabiliter l'impôt. Nous, nous voulons réhabiliter le travail. C'est un clivage qui nous va. Mais prenez clairement l'engagement que vous travaillerez à impôts constants, que vous travaillerez en faisant des choix. C'est la dignité des élus.

Maîtrisez la fiscalité locale, c'est un élément très important de la décentralisation. À chaque fois que vous aurez de nouvelles responsabilités, il y aura des moyens nouveaux. Vous n'êtes plus dans ce processus où l'on faisait des transferts de charges sans transferts financiers. Maintenant vous aurez des responsabilités et en contrepartie les finances qui correspondront à ces charges.

Vous pouvez donc prendre des engagements de croissance-zéro de la fiscalité, c'est très important d'avoir cette ligne directrice. C'est avec cela que l'on s'oppose aux socialistes, qui, eux systématiquement, dès qu'il y a des difficultés, augmentent les impôts et financent leurs promesses par l'impôt.

Nous devons nous opposer à cette montée de l'impôt, de la fiscalité locale, par une politique rigoureuse. Les vrais décentralisateurs comptent sur cette responsabilité justement pour faire mieux et moins cher.

Troisième priorité, faire de nos territoires, des espaces de justice. La France est très attachée à l'idée de justice, elle rassemble les Français. De nombreuses politiques existent sur le terrain, que ce soit pour le handicap, la dépendance, les transports, la formation professionnelle, la santé des jeunes, selon les compétences de chacun. L'espace de proximité doit être un espace de justice.

Vous pouvez corriger les disparités, vous pouvez agir au plus près des difficultés des citoyens. L'ambition de la décentralisation est une ambition de justice, et ce qui n'est pas résolu elle peut l'être par la proximité et notamment par l'écoute et la capacité de répondre aux aspirations les plus profondes des citoyens. Engagez-vous dans cette démarche. Vos territoires doivent être des espaces de justice. Mobilisez tous les acteurs afin d'atteindre une justice du quotidien, qui redonne confiance dans l'action politique et qui finalement valorise en permanence la dignité de l'élu.

Je vous recommande donc ces trois engagements, emploi, fiscalité et justice. Ils sont conformes à l'attente des Français, à ce que notre famille politique a toujours défendu et à l'action du Gouvernement, lui aussi mobilisé sur ces thèmes.

Je voudrais vous mobiliser enfin pour ces différentes étapes qui sont sur notre parcours. N'oublions pas d'où nous venons. Le 21 avril, nous avons trouvé une France qui boudait la France. Nous, nous voulons ensemble construire une France qui aime la France, une France qui a confiance en elle.

Le manque de réformes, la dévalorisation du travail, la mésestime de toutes les insécurités, ont développé cette idéologie du déclin, dont on entend si souvent parler aujourd'hui. À cette idéologie du déclin, opposons le goût de l'avenir, la société de confiance, cette volonté de faire vivre la France à l'aise dans le nouveau siècle.

Une France qui n'a pas peur de l'avenir, une France qui ne choisit pas le repli mais qui veut l'ouverture et les sécurités, une France qui croit à ses capacités à surmonter les problèmes qui lui sont posés. Le Président de la République nous a dit : La France en grand, la France écoutée dans le monde, la France ensemble, rassemblée autour de son pacte républicain. Voilà notre message.

Nous avons trouvé une France affaiblie, nous sommes en train de construire une France redressée, nous sommes dans cette grande perspective d'être les acteurs, les uns et les autres, d'un service politique. Puisque la politique ce n'est pas de servir une carrière mais d'être au service des citoyens et d'affirmer que nous tous, ici, militants ou ministres, députés ou sénateurs, nous n'avons qu'une seule ambition servir la France pour que les Français aiment encore davantage leur pays.


Merci à tous.


(source http://www.u-m-p.org, le 10 décembre 2003)

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