Interview de Mme Brigitte Girardin, ministre de l'outre-mer, au "Télégramme de Brest" du 12 décembre 2003, sur les résultats de la consultation référendaire aux Antilles. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Brigitte Girardin, ministre de l'outre-mer, au "Télégramme de Brest" du 12 décembre 2003, sur les résultats de la consultation référendaire aux Antilles.

Personnalité, fonction : GIRARDIN Brigitte, REINHARD Philippe.

FRANCE. Ministre de l'outre-mer

ti : Télégramme : La Guadeloupe et la Martinique ont répondu non au référendum institutionnel de dimanche dernier. Avez-vous été surprise par ce résultat ?

Brigitte Girardin : Honnêtement, ma surprise vient moins du résultat lui-même que de l'ampleur du non en Guadeloupe. La réponse de nos compatriotes antillais s'explique sans doute d'abord par le fait que la campagne menée par les élus qui avaient souhaité cette consultation a manqué de souffle. Il aurait fallu peut-être procéder à un travail pédagogique plus actif.

Télégramme : Comment expliquez-vous ce rejet (de justesse en Martinique et massif en Guadeloupe) ?

Brigitte Girardin : Les populations avaient sans doute en tête d'autres sujets de préoccupation que les questions institutionnelles qui leur étaient soumises à l'initiative des élus. Même si les questions économiques et sociales sont davantage au centre de leur vie quotidienne, j'observe que ces consultations ont enregistré un taux de participation rarement atteint dans les DOM. On ne peut donc pas dire que les Martiniquais et les Guadeloupéens ne se sont pas sentis concernés par la question qui leur était posée.

Télégramme : Avec le recul, comment expliquez-vous cette réponse négative ?

Brigitte Girardin : Je crois que les électeurs ont été déroutés par les alliances inhabituelles qui se sont constituées à l'occasion de ces consultations. Les partisans du oui comme ceux du non se recrutaient aussi bien à gauche qu'à droite. Et l'on a vu des membres de la majorité présidentielle faire campagne pour le oui côte à côte avec des responsables indépendantistes. Cela n'a pas facilité la lisibilité du scrutin et de ses enjeux.

Télégramme : Même si le gouvernement ne s'est pas engagé sur le résultat, le rejet massif des Guadeloupéens n'est-il pas au bout du compte un échec personnel de Lucette Michaux-Chevry, et, partant de L'UMP ?

Brigitte Girardin : L'échec du référendum en Guadeloupe est au moins autant celui du président socialiste du conseil général, Jacques Gillot, qui s'était engagé en faveur du oui, que celui de Madame Michaux-Chevry. Le non traduit en fait une divergence entre la perception qu'ont les électeurs de leurs institutions locales et celle de la classe politique dans son ensemble.

Télégramme : N'est-ce pas aussi un échec politique pour le gouvernement ?

Brigitte Girardin : Absolument pas. Il ne s'agissait pas, comme ce fut le cas en Corse au mois de juillet dernier, d'un projet présenté par le gouvernement mais d'une réforme voulue par les élus des départements antillais. Il faut d'ailleurs relativiser ce que vous qualifiez "d'échec". Quatre consultations locales ont été organisées le 7 décembre. La Guadeloupe et la Martinique ont répondu non. Mais Saint Martin et Saint Barthélemy ont massivement répondu oui. Ces deux îles vont donc devenir, conformément au v¿u de leurs habitants, des collectivités d'outre-mer spécifiques, dotées d'un statut proche de celui de Saint-Pierre-et-Miquelon.

Télégramme : Vous affirmez que l'échec de cette consultation n'a pas d'implication politique au plan national. Il n'empêche qu'un leader politique au moins, François Bayrou, s'est impliqué dans la campagne du non¿

Brigitte Girardin : L'idée que je me fais de la démocratie locale, c'est de rejeter toute tentative de récupération nationale à des fins politiciennes. Au demeurant, l' UDF n'a pas été la seule formation politique à s'engager pour le non. Le Front national a également adopté cette position. J'ajoute que le déplacement aux Antilles de Monsieur Bayrou s'est déroulé dans une très grande indifférence. Il a dû annuler quelques manifestations prévues et n'a jamais réuni plus de deux cents personnes. Je regrette que François Bayrou ne soit jamais intervenu au moment de la discussion des textes concernant l'outre-mer qu'il s'agisse de la révision constitutionnelle ou de la loi de programme. Il parle d'un " déni de démocratie ", alors que nous avons donné la parole aux populations. C'est pour le moins surprenant.

Télégramme : N'était-ce pas une erreur de consulter les Antillais sur des questions institutionnelles alors que les vrais problèmes de l'Amérique française sont d'abord économiques et sociales ?

Brigitte Girardin : Le gouvernement a consenti des efforts considérables pour soutenir le développement économique et social des collectivités d'outre-mer. Le Parlement a adopté, le 21 juillet dernier, une loi-programme sur quinze ans. Les dispositions de ce texte s'articulent autour de trois idées fortes : encourager la création d'emplois durables dans les entreprises par un allégement renforcé des charges sociales ; favoriser la relance de l'investissement privé grâce à un dispositif de défiscalisation rénové : ceci permettra notamment la remise à niveau des infrastructures touristiques et donnera de la sorte un coup de fouet salutaire à l'économie de ces départements ; renforcer la continuité territoriale entre les collectivités d'outre-mer et la métropole, en contribuant à l'abaissement du coût des billets d'avion.

Télégramme : Le gouvernement Raffarin traverse une zone de turbulence. Comment la ministre issue de la société civile que vous êtes vit-elle cette période difficile ?

Brigitte Girardin : Je puis témoigner du fait que l'ambiance au sein du gouvernement est excellente. Je suis d'autant mieux placée pour le dire que le portefeuille qui m'a été confié est, par nature, interministériel. Je travaille avec tous les ministres, et, de mon point de vue, franchement je ne perçois aucune difficulté. Nous travaillons très bien ensemble et de manière très solidaire.

Télégramme : Vous êtes ministre sans être élue. À l'avenir, vous engagerez-vous plus avant en politique ?

Brigitte Girardin : Depuis que je travaille, je n'ai jamais rien demandé ou sollicité. J'essaie d'être utile. Je n'ai jamais été candidate à quelque poste que ce soit. Si on pense que je peux être utile dans d'autres fonctions, j'examinerai les propositions qui pourraient m'être faites le moment venu. Pour l'heure, je me consacre à plein temps à répondre aux aspirations de nos compatriotes de l'outre-mer.


Propos recueillis par Philippe Reinhard

(source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 15 décembre 2003)

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