Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à La Chaîne Info LCI le 15 décembre 2003, sur l'arrestation de Saddam Hussein, les négociations pour l'annulation de la dette irakienne et pour la participation de la France à la reconstruction en Irak, l'échec de l'adoption de la Constitution européenne, la préparation des élections régionales notamment la concurrence de M. André Santini en Ile-de-France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à La Chaîne Info LCI le 15 décembre 2003, sur l'arrestation de Saddam Hussein, les négociations pour l'annulation de la dette irakienne et pour la participation de la France à la reconstruction en Irak, l'échec de l'adoption de la Constitution européenne, la préparation des élections régionales notamment la concurrence de M. André Santini en Ile-de-France.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François, HAUSSER Anita.

FRANCE. SE aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement

ti : A. Hausser-. Quel week-end ! La crise européenne, S. Hussein arrêté et quelques événements au niveau des régionales... La France se réjouit de l'arrestation de S. Hussein : "C'est une bonne nouvelle", a dit le Premier ministre ; le ministre des Affaires étrangères parle d'un "encouragement pour que la communauté internationale retrouve son unité". Faut-il prendre une initiative maintenant ou attendre ?

- "D'abord, c'est vraiment effectivement une très bonne nouvelle, et comme nous l'avons rappelé les uns et les autres, cela tourne la page de la dictature en Irak. Maintenant, il faut sans doute trouver toutes les voies qui permettent d'accélérer encore ce processus de reconstruction en Irak."

Est-ce que cela légitime l'intervention des Américains ?

- "Tout ce qui pouvait être dit sur ce sujet l'a été. L'étape suivante maintenant, c'est de travailler ensemble, avec l'ensemble des partenaires, à la reconstruction à la fois économique et politique de l'Irak. Et dans ce domaine, la France a toujours été parfaitement claire sur sa volonté d'être tout à fait présente dans ce processus."

Dans le cadre de l'ONU ?

- "Dans le cadre naturellement des Nations unies, bien sûr."

La France a été exclue du processus de reconstruction par les Américains. Cela nous a amenés à protester, cela va encore nous amener à protester. D'un autre côté, l'ancien secrétaire d'Etat américain, J. Baker, sera à Paris demain, pour plaider l'annulation de la dette. Est-ce que cela change la donne ?

- "Nous avons eu l'occasion de le dire à plusieurs reprises, et au-delà bien sûr de ce qui relève de ce que vous venez d'évoquer, ce qui est important maintenant, c'est qu'on se retrouve vraiment, le plus vite possible, tous autour de la table, pour travailler à cette reconstruction. Et c'est vrai que tous ces éléments doivent être évoqués ensemble. La meilleure manière de le faire, c'est de se retrouver avec l'ensemble de nos partenaires. C'est vrai que les Nations unies en sont un cadre."

C'est un peu général, ce que vous dites... Est-ce que vous y avez réfléchi ? Est-ce que le Gouvernement y a déjà réfléchi ? Est-ce que vous en avez parlé ?

- "Ce n'est pas si général que cela ! C'est un sujet dont on parle depuis longtemps. Tout ce qui concerne cette question irakienne doit être évoqué avec l'ensemble des nations concernées. Dans ce domaine-là, nous avons dit, les uns et les autres, qu'il était vraiment important de travailler tous ensemble à la reconstruction de l'Irak. C'est un point essentiel."

S. Hussein doit-il être jugé par les Irakiens ? Par une cour internationale ?

- "On va voir pour la suite des choses. Ce qui est très important aujourd'hui, c'est de constater que maintenant, il est arrêté, que cela tourne une page dans l'histoire de l'Irak et qu'à tout point de vue, aussi bien pour les Irakiens que pour l'ensemble des dirigeants des grandes nations, il est maintenant très important de travailler ensemble à la suite, sachant qu'en ce qui concerne ce procès, il doit avoir lieu - c'est absolument essentiel."

Travailler ensemble pour hâter le processus de transfert de pouvoir aux Irakiens ?

- "Naturellement."

On va parler de la crise européenne. Les Européens n'ont pas réussi à se mettre d'accord pour une Constitution. L'Europe traverse une crise. L'Europe à 25, c'est ingérable ?

- "En tout cas, on a tous constaté naturellement cette situation d'échec, pour ce qui concerne la discussion de ce week-end. Evidemment, la France l'a regretté, comme beaucoup d'autres pays..."

Est-ce que cela ne vous arrange pas, finalement ?

- "Non. Nous étions plusieurs membres, dont la France, à être très partisans de ce projet de Constitution, tel que l'avait évoqué M. Giscard d'Estaing et l'ensemble de la Convention. Il ne fallait pas qu'elle soit détricotée, il fallait qu'elle soit mise en oeuvre telle quelle, parce que si l'équilibre qui avait été trouvé dans un projet aussi ambitieux que celui-là, avait été détricoté, il valait ne rien faire, effectivement."

Quand je vous pose la question de savoir si cela ne vous arrange pas, c'est parce que l'on s'est rendu compte que finalement, l'Europe à 25 était difficile et que le Traité de Nice est un peu inapplicable. Donc, vive les coopérations renforcées, on va enfin faire l'Europe avec ceux qui veulent bien la faire ?

- "Prenons les choses dans l'ordre. La première étape, effectivement, c'est que nous souhaitions, les uns et les autres, que le projet qui avait été élaboré par la Convention présidée par V. Giscard d'Estaing, fasse vraiment l'unanimité. Cela n'a pas été le cas. Il faut continuer d'y travailler. Il y a d'autres échéances à venir, notamment à l'occasion de la présidence irlandaise. Et dans l'immédiat, il faut réfléchir sans doute à cette formule des "pays pionniers"."

Pays pionniers, Europe à plusieurs vitesses ?

- "Non, je ne crois pas qu'il faille dire les choses comme cela, pour une raison simple, c'est que dans le fond..."

C'est un peu le cas, non ?

- "Oui, si ce n'est que dans le concept même des pays pionniers, en fonction des situations, les ensembles de pays pionniers peuvent évoluer, peuvent varier. Il peut y avoir des nouveau membres qui participent, si je puis dire, à ce concept des pays pionniers. Mais encore une fois, je le répète, tout ce qui pourra être fait pour continuer à travailler aux principes d'une Constitution européenne ira dans le sens que nous souhaitons."

Et qu'est-ce qui pourrait être fait ?

- "Nous sommes au lendemain d'un week-end qui n'a pas permis de trouver un accord. Je crois qu'il faut maintenant travailler à d'autres rendez-vous. Ce sera notamment une des missions de la présidence irlandaise."

Politique intérieure, qui vous concerne en particulier, puisque vous êtes candidat à la présidence de la région Ile-de-France : depuis ce week-end, vous avez un concurrent, un adversaire, un compétiteur de plus en la personne d'A. Santini, dont la candidature a été actée par le conseil national de l'UDF. Comment est-ce que vous le qualifiez ?

- "C'est un candidat de plus, avec ceci de différent des autres qu'il partage exactement les mêmes idées que les miennes. Sinon, pour le reste, il n'y pas de surprise. Cela fait maintenant plusieurs mois que monsieur Bayrou brandissait la menace de primaires généralisées. Donc il a mis cette menace à exécution."

Comment allez-vous faire campagne contre lui ? Parce que vous ne pouvez pas faire campagne avec lui, quoi que vous disiez.

- "Ce n'est d'ailleurs pas comme cela que je conçois les choses. Je suis en campagne depuis maintenant trois mois, j'ai sorti beaucoup de propositions sur des sujets très variés et très concrets, puisque je conçois cette élection comme une sorte de super-élection municipale. J'ai d'ailleurs dit souvent, pour expliquer aux gens ce qu'était le président de région - parce que les gens connaissent mal, et le nom du président et ce qu'il fait -, qu'on parle d'un "super maire". Donc, moi, je suis plutôt dans cette logique très concrète : j'ai parlé de la carte Orange à 45 euros, j'ai parlé des services de transports publics la nuit et le week-end, j'ai parlé des maisons des urgences... J'ai une trentaine de propositions très concrètes issues de ce que j'ai vu sur le terrain, de mon expérience d'élu à Meaux. Donc, tout cela doit se poursuivre et que le meilleur gagne, et que le second soit correct."

Vous pensez déjà au deuxième tour... A. Santini a une gouaille : samedi, on l'a entendu raconter une anecdote d'un de ses adjoints qui était dans le RER, où il y avait évidemment beaucoup de monde - "serrés comme des sardines", dit-il -, et il a entendu quelqu'un dire : "Vivement que Santini soit président de région !" Vous vous voyez comme ça, faire des sorties... ?

- "Très honnêtement, chacun son style. Peut-être une différence : moi, depuis trois mois, j'ai beaucoup rencontré les gens qui sont dans le RER - mais apparemment, son adjoint aussi. Mais tout cela n'est pas important. Ce qui compte, en réalité, c'est la force d'un projet, c'est d'essayer d'incarner, dans une certaine mesure, l'avenir, une volonté de redonner une identité à cette région. Très franchement, je pense une chose : il y a un point commun dans les analyses entre F. Bayrou et les nôtres - au moins une - : c'est qu'il nous dit qu'il veut combattre le Front national. Eh bien, ça tombe bien, nous aussi ! Je veux simplement appeler l'attention de tout le monde sur le fait qu'il y a en Ile-de-France un risque très probable de ce qu'on appelle "une triangulaire", c'est-à-dire un Front national présent au second tour. Je crois que cela vaut la peine d'y réfléchir, car pour le reste, je suis élu comme A. Santini. Moi, c'est une ville qui connaît beaucoup de difficultés. Cela donne peut-être aussi l'image des difficultés de l'Ile-de-France, à travers les problèmes d'insécurité, comme le problème du potentiel économique. Sur tous ces sujets, maintenant, il faut partir en campagne, en appelant chacun à ses responsabilités face au risque du Front national qui pourrait maintenir la gauche au pouvoir à la région."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 15 décembre 2003)

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