Déclaration de Mme Claudie Haigneré, ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies, sur les politiques de la France et de l'Union européenne en faveur de la recherche aéronautique, Paris le 10 décembre 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Claudie Haigneré, ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies, sur les politiques de la France et de l'Union européenne en faveur de la recherche aéronautique, Paris le 10 décembre 2003.

Personnalité, fonction : HAIGNERE Claudie.

FRANCE. Ministre délégué à la recherche et aux nouvelles technologies

Circonstances : Ouverture du Colloque "Aéronautique : les nouvelles voies de la recherche" à Paris le 10 décembre 2003

ti : Mesdames et Messieurs les Présidents,
Messieurs les Directeurs,
Mesdames et Messieurs les élus,
Messieurs les professeurs,
Mesdames, Messieurs,

C'est à la fois avec plaisir que j'interviens dans ce colloque sur les " Nouvelles voies de la recherche aéronautique ", et avec pleine conscience du caractère éminemment stratégique de ce domaine.

En effet, les implications de la recherche en aéronautique s'inscrivent dans un faisceau d'enjeux d'ordre à la fois social, économique et industriel, et requièrent de la part des décideurs et dirigeants de ce secteur, mais également des élus, une attention accrue envers l'ensemble de ces impératifs.

L'initiative de ce colloque me paraît particulièrement heureuse, au moment ou les questions liées à la sécurité, à la prévention des risques et des nuisances, mais également aux préoccupations environnementales, s'imposent désormais comme des sujets majeurs du débat en aéronautique. Je suis persuadée que les échanges permis par ce colloque seront à la fois fructueux et constructifs, et je tiens d'ores et déjà à vous dire que je saurai être attentive aux conclusions que vous porterez.

Le secteur d'activité de l'aéronautique matérialise incontestablement une des plus grandes réussites industrielles et commerciales de notre pays. Il représente de plus un domaine à haute valeur ajoutée, source de croissance et d'emplois.

Si l'on comptabilise les quelques 100 000 emplois directs et un chiffre d'affaires de près de 20 milliards d'¿ dont plus des deux tiers à l'exportation, si l'on ajoute qu'Airbus fait aujourd'hui jeu égal avec Boeing sur l'ensemble de ses marchés et ne cesse de moderniser son offre, que, dans le domaine de l'aviation d'affaires, Dassault Aviation a connu un très grand développement ces dernières années grâce à la famille Falcon, et se situe aujourd'hui au premier plan mondial de l'aviation d'affaires de haut de gamme, on conçoit sans peine l'ampleur de ce succès.

Il n'a été possible d'atteindre un tel niveau qu'avec l'appui d'une politique de recherche et développement judicieusement orientée, favorisant la résolution des questions techniques propres à ce secteur.

Le haut niveau technologique de cette industrie ne se mesure pas cependant uniquement par la mise au point des nouveaux matériels que sont les cellules, les moteurs et les équipements. Le programme de cette journée est là pour le rappeler, la recherche et le développement technologique dans le domaine aéronautique fait aussi appel à des connaissances très diverses et pluridisciplinaires. La sécurité de la navigation aérienne, par exemple pour les systèmes de contrôle en route et d'approche ou aides à l'atterrissage, ou la recherche relative à la certification et à la sécurité de l'exploitation des matériels volants, avec en particulier l'étude des facteurs humains qui lui sont attachés, sont autant de domaines tout à fait indispensables au bon développement de l'industrie aéronautique.

Le gouvernement, notamment par le biais de mon ministère, du ministère de la Défense et de celui chargé de l'aviation civile, s'efforce dans toute la mesure de ses moyens de favoriser cette recherche.

En ce qui concerne les soutiens institutionnels, je rappelle qu'actuellement la recherche aéronautique française représente un montant de 300 M¿ sur l'ensemble du budget civil de Recherche et de Développement, chiffre significatif par rapport à l'ensemble du budget de R D de notre pays.

Au niveau européen, l'aide, en progression constante, que reçoivent aussi bien les industriels de l'aéronautique que les laboratoires de recherche, dans le cadre des PCRD atteste que l'aspect stratégique de l'aéronautique est maintenant largement reconnu à Bruxelles : on est ainsi passé d'un montant d'aides de 35 M¿ prévu par le 2ème PCRD (1987-1991) à un montant de 840 M¿ pour l'actuel 6ème PCRD.

Le bilan des appels à propositions, depuis le début, montre que le secteur de l'aéronautique répond bien aux priorités de recherche européennes, et confirme en particulier la performance de l'industrie aéronautique française : présente dans la majorité des projets déposés en tant que coordinatrice ou simple participante, elle obtient généralement un très bon taux de succès.

Sur ce plan européen, je voudrais aussi mentionner le projet Galileo de navigation par satellites, dont le transport aérien bénéficiera largement, et qui a été approuvé au niveau communautaire en début d'année 2003.

Ces efforts, il est vrai, doivent être poursuivis pour que ce secteur stratégique conserve son haut niveau d'excellence.

En effet, à l'avenir, le marché aéronautique international devrait s'étendre considérablement ; la circulation aérienne devrait augmenter de 50 % au cours des dix prochaines années, tandis que le trafic des longs courriers a pratiquement triplé en quinze ans et devrait à nouveau doubler d'ici dix ans.

Le maintien de notre position privilégiée nécessite donc la poursuite d'efforts volontaristes qui doivent répondre à la nécessité impérative de développer des avions encore plus performants et économiques, plus sûrs et plus respectueux de l'environnement. Sur ce point, il convient bien évidemment de penser à la protection de l'atmosphère par la réduction des effets des rejets, mais aussi aux nuisances sonores pour les riverains des aéroports actuels et futurs.

L'augmentation continue du trafic imposera également d'accroître la capacité de notre système de navigation aérienne, sans dégrader le niveau de sécurité ni accroître les atteintes à l'environnement.

Ces exigences conjuguées suscitent un haut niveau de recherche, dans les laboratoires publics ou chez les industriels et les sociétés de service, aussi bien pour l'amélioration du dispositif de contrôle et de l'écoulement des flux que pour la sécurité propre des aéronefs, qui implique des questions aussi diverses que le vieillissement et la tenue des structures, ou la protection contre le givrage ou la foudre. La recherche sur les facteurs humains constitue là encore une bonne part de ces préoccupations.

D'ici 2020, la recherche aéronautique dans l'Union Européenne devrait nécessiter un financement d'environ 7 milliards d'euros par an, provenant à la fois de sources publiques et privées, et se répartissant pour 50 % en provenance des entreprises, 38 % des programmes européens et 12 % des programmes nationaux. Ce chiffre à lui seul indique l'étendue des enjeux à venir.

Le Ministère de la Recherche, pour sa part, a conduit depuis 1999 une action de relance de la dynamique en matière de recherche aéronautique, concrétisée par des initiatives fortes de mobilisation de la communauté scientifique nationale.

Ces actions se sont développées principalement dans le cadre du Réseau de Recherche et d'Innovation Technologique (RRIT) " Recherche Aéronautique sur le Supersonique " mis en place conjointement par les Ministres de la Recherche et des Transports le 11 décembre 2000. Entre 2000 et 2003, ce sont ainsi 67 projets d'excellente qualité mettant en jeu plus d'une centaine d'équipes des laboratoires universitaires et de l'ONERA, avec la collaboration de l'industrie, ont pu être sélectionnés. Le Réseau a notamment permis de travailler sur des sujets de pointe liés au vol supersonique.

De plus, en créant autour d'objectifs et de sujets scientifiques et technologiques d'intérêt commun des liens solides et durables entre les équipes de recherche académiques et les industriels, le Réseau engendre des retombées positives très importantes sur l'ensemble du transport aérien, en particulier pour la diminution des nuisances chimiques et sonores.

Ces actions conjointes sont très complémentaires des programmes plus finalisés qui sont réalisés par les industriels et l'ONERA avec le soutien du Ministère des Transports. Elles sont aussi en bonne adéquation avec des programmes du PCRD, sur les thèmes liés à l'environnement et au bruit par exemple.

On peut également faire le constat que les domaines de recherche prioritaires ainsi identifiés par le Réseau comme étant au coeur des grands problèmes actuels économiques, technologiques et environnementaux, suscitent dans les laboratoires un large éventail de collaborations avec des équipes étrangères sur des questions scientifiques génériques.

Par ailleurs, en 2002, le Ministère de la Recherche a créé le Centre National de Recherche Technologique " Aéronautique et Espace ", qui rassemble une part importante des acteurs de la recherche aéronautique française. Ce CNRT, qui offre un forum de concertation aux industriels, agences, établissements de recherche publique et d'enseignement supérieur, est aussi un facteur important de cohérence et d'excellence pour l'émergence de projets d'envergure tant dans le cadre national qu'au regard des programmes européens du 6ème PCRD.

La concrétisation rapide des évolutions envisagées du CNRT, en particulier vers une fondation, dans le cadre des actions proposées par le Ministère afin de favoriser le partenariat public-privé serait révélatrice, une fois de plus, du caractère innovant et moteur des actions dans ce secteur.

Il existe, on le voit bien, une réelle opportunité pour la recherche de mettre l'accent sur les domaines scientifiques dans lesquels la France tient à conserver son rôle majeur dans la recherche internationale en aéronautique.

Sur la base de cette expérience réussie et au regard du contexte européen et international, il nous faut aussi penser à l'évolution du cadre et des thèmes de recherche.
Sans perdre de vue les actions à court terme que peut nécessiter la conjoncture, l'action de la communauté aéronautique nationale doit promouvoir une vision stratégique à moyen et long terme de la recherche aéronautique française, et à terme européenne. Je me permettrai de citer quelques buts qui me paraissent devoir focaliser nos efforts :

Organiser la recherche aéronautique en l'orientant sur des thèmes porteurs suscités par l'aval, comme par exemple par l'industrie, les marchés, les questions d'environnement, tout en stimulant les acteurs de la recherche publique et industrielle dans des domaines bien identifiés en l'amont.

Renforcer les moyens et les compétences scientifiques et technologiques de l'industrie aéronautique, face à la nécessité stratégique de disposer d'acquis technologiques décisifs pour relever le défi de lancement de nouveaux programmes d'aéronefs militaires, civils commerciaux ou d'affaires, menés pour la plupart en coopération européenne ou internationale.

Consolider le positionnement de la recherche aéronautique dans l'espace européen.

Renforcer encore si possible les liens entre les entreprises et les laboratoires.

Favoriser l'émergence d'entreprises innovantes, aptes à développer à court et moyen terme les nouveaux produits et services liés à l'aéronautique.

Exploiter au maximum les synergies offertes par la dualité du secteur aéronautique.

Etre génératrices de retombées dans d'autres secteurs que l'aéronautique, tant sur le plan de la recherche des performances, que sur le plan de l'économie ou du respect de l'environnement.

Ce sont-là quelques réflexions que je vous soumets, sans prétendre à l'exhaustivité ni à une définition précise: le programme que vous avez établi pour la rencontre d'aujourd'hui me montre assez combien vous avez déjà cerné les interrogations auxquelles une réponse devra impérativement être apportée et je vous fait confiance pour que vos débats soient à la hauteur de l'enjeu. Je gage que cette journée, compte tenu des compétences que vous réunissez, fournira pour sa part une contribution décisive à la définition des nouvelles orientations de la recherche et je vous souhaite de fructueuses délibérations.

Je vous remercie de votre attention.


(Source http://www.recherche.gouv.fr, le 11 décembre 2003)


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