Déclaration de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, sur le poids des relations économiques dans les relations franco-israéliennes et l'engagement de la France dans la recherche de la paix et de la stabilité au Moyen-Orient. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, sur le poids des relations économiques dans les relations franco-israéliennes et l'engagement de la France dans la recherche de la paix et de la stabilité au Moyen-Orient.

Personnalité, fonction : GALOUZEAU DE VILLEPIN Dominique.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie

Circonstances : Allocution de Dominique de Villepin à l'occasion du dîner de la chambre de commerce France - Israël, à Paris le 10 décembre 2003

ti : Monsieur le Ministre,

Monsieur le Président de la Chambre de Commerce France-Israël,

Monsieur l'Ambassadeur,

Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

Cette soirée annuelle de la Chambre de Commerce France-Israël, où j'ai le plaisir de vous retrouver à l'initiative du président Henri Cukierman, marque bien la diversité de la relation qui unit Français et Israéliens. Il y a peu, je me trouvais avec certains d'entre vous au Sénat, à l'occasion du dîner de l'Association française des amis de l'Université de Tel Aviv. Nous célébrions alors la densité de nos liens culturels et académiques, auxquels nous souhaitons donner un élan supplémentaire. Ce soir, ce sont les relations économiques qui sont à l'honneur. Et à fort juste titre.

Car nos relations sont plus que jamais vivantes. Nous avons vu en une décennie les exportations françaises vers Israël doubler et les exportations israéliennes vers la France progresser de 65 %. C'est dire qu'Israël représente pour l'économie française un partenaire économique majeur, devant des pays aussi importants pour nous que l'Inde, l'Egypte ou la Roumanie.

Plus de six mille entreprises françaises exportent vers Israël. La plupart de nos grands groupes industriels ou financiers y sont implantés. Je salue ici leurs représentants et à travers eux tous ceux qui, dans les deux pays, participent à cette aventure commune. Grâce à eux, grâce à vous, des projets conjoints, des coopérations industrielles naissent au gré des compétences de chacun et des intérêts de tous. D'autres perspectives se présentent, du programme de modernisation des infrastructures nationales décidé par le hgouvernement israélien au domaine des transports publics, du dessalement de l'eau de mer à l'énergie et aux télécommunications.

Nos deux pays ont à c¿ur d'exceller dans les technologies de pointe ; leur coopération dans ces domaines en est d'autant plus active. L'Europe apporte un soutien remarquable : c'est dans le cadre du Programme européen de recherche et développement que de nombreux partenariats technologiques franco-israéliens ont été conclus et financés. Ce programme, qui permet d'associer Israël à la recherche européenne, a d'ailleurs été récemment renouvelé et je m'en félicite.

Votre Chambre de Commerce s'inscrit au coeur de ces évolutions. Elle s'implique fortement dans la coopération établie entre l'ANVAR et son partenaire israélien : ce travail collectif a déjà donné lieu à une dizaine de projets conjoints entre PME françaises et israéliennes. Votre rôle est irremplaçable ; il vous revient de maintenir et développer un échange qui est avant tout humain, quotidien, concret.

Permettez-moi de souligner l'importance du secteur du tourisme, à la fois par son poids économique et parce qu'il incarne la réalité des échanges humains, la volonté de se connaître et de comprendre. La France constitue la seconde destination touristique des Israéliens et les Français, en dépit de la situation régionale, continuent de venir massivement en Israël où ils représentent 40 % des visiteurs annuels. Bel exemple de fidélité, de solidarité, d'intérêt partagé.


Ces relations commerciales, financières, technologiques ont créé entre nos deux pays un tissu exceptionnel, témoignage chaque jour réaffirmé de confiance et d'espoir. Confiance en l'avenir d'Israël, ses forces vives, cette créativité qui en fait l'un des pôles de la recherche technologique mondiale ; espoir de voir ce pays, si fréquemment confronté à l'hostilité, s'intégrer en toute sécurité dans son environnement régional.

Forts de cette confiance, il était essentiel à nos yeux de consacrer un volet économique et commercial spécifique à la relance de la relation franco-israélienne décidée dès juin 2002. Le groupe de haut niveau créé à cette fin et coprésidé par David Khayat et Yehuda Lancry a identifié, dans ce domaine, plusieurs axes d'actions concrètes qui sont dès maintenant mis en oeuvre : ils portent sur le développement de partenariats nouveaux ou l'organisation de manifestations conjointes. La restructuration profonde de notre dispositif de coopération scientifique, décidée par le groupe, résulte elle aussi de considérations économiques puisqu'elle fait une part importante à la recherche appliquée.

La visite récente en Israël de mon collègue François Loos, ministre délégué au Commerce extérieur, participe de cette volonté française. Elle a permis de réaffirmer la priorité que la France place dans l'expansion de ses relations économiques avec Israël. C'est ainsi que nous avons retenu Israël parmi les vingt-cinq pays prioritaires de l'action extérieure du ministère français de l'Economie, des Finances et de l'Industrie.

Cette évolution s'inscrit dans un développement remarquable de la coopération entre l'Europe et Israël. Il faut souligner cette réalité : alors que la perception de l'Europe n'est pas toujours positive en Israël, pas plus que celle d'Israël en Europe, les liens entre nos peuples, comme entre l'Etat d'Israël et les institutions européennes, donnent une toute autre image de nos relations.

L'Union européenne est en effet le premier partenaire d'Israël. L'accord d'association, en vigueur depuis trois ans, a donné une impulsion nouvelle à une relation déjà marquée par une grande proximité. L'approbation prochaine d'un accord agricole comme la solution en vue de la question des règles d'origine permettront de renforcer ce partenariat.


Chers Amis,

La force de notre relation, son intensité et sa richesse constituent pour nous tous un motif de satisfaction et d'espérance. Ces échanges nous rendent d'autant plus sensibles à un environnement politique difficile et souvent angoissant. Vous le ressentez vous-mêmes dans vos activités, inévitablement touchées par l'impact de la crise économique israélienne et par les incertitudes qu'entretient la poursuite du conflit.

La France veut s'impliquer davantage encore dans la recherche de la paix. C'est un devoir pour elle de contribuer au respect de deux droits fondamentaux dans cette région : le droit à la sécurité des Israéliens ; le droit à un Etat pour les Palestiniens. Les fondements de la démarche française sont connus de tous ici : la paix est la seule garantie d'une sécurité durable et réelle pour les Israéliens. Elle constitue le seul moyen pour Israël d'envisager un avenir serein au Moyen-Orient.

Cette paix ne sera acquise de façon durable et authentique que si le droit international est appliqué, là comme ailleurs, à travers la fin de l'occupation qui a commencé en 1967. Les éléments de cette paix et la méthode pour y parvenir existent. Ils sont rassemblés dans la Feuille de route élaborée par l'Union européenne, les Nations unies, la Russie et les Etats-Unis, que le Conseil de sécurité vient d'intégrer au droit international en adoptant à l'unanimité la résolution 1515.

Les peuples israélien et palestinien, comme tous les peuples, préfèrent la paix à l'affrontement. Ils sont prêts aux concessions qu'impliquera nécessairement un règlement. Car la négociation signifie par essence compromis et reconnaissance des intérêts de l'autre.

La violence qui a blessé si durement les Israéliens et les Palestiniens ces trois dernières années doit cesser. Le terrorisme, qui a frappé Israël en fauchant des vies innocentes, nous révolte tous. Rien ne justifie le terrorisme et nous devons lutter contre lui par tous les moyens disponibles.

Il faut mettre fin au désespoir, renverser les perspectives, montrer que la paix est possible. Le débat créé par l'Initiative de Genève a le mérite de représenter une nouvelle raison, une nouvelle occasion d'agir. Il nous renvoie à une évidence : oui, il faut prendre le risque de la paix ; oui, la volonté d'aller vers l'autre doit l'emporter. A partir de là, interrogeons-nous : la construction de la barrière de sécurité selon un tracé qui s'écarte de la Ligne verte, tout comme le développement des implantations, apporteront-elles davantage de sécurité ? Ne risquent-elles pas plutôt d'attiser inutilement les haines ? Je voudrais redire ici ma conviction : il n'y a pas de fatalité pesant sur le destin du peuple juif ou sur l'avenir des Palestiniens. Mais il n'y aura pas de paix sans volonté commune, pas de sécurité sans justice.

Notre objectif est celui d'une paix globale et durable. Tous, nous devons nous mobiliser pour nous en rapprocher et mettre en oeuvre, sans délai et sans préalable, la Feuille de route. C'est pourquoi la France souhaite que l'engagement de la communauté mondiale soit réaffirmé à l'occasion d'une conférence internationale afin de relancer un processus qui, depuis le Sommet d'Aqaba, peine à s'enclencher.

Saisissons l'opportunité qui nous est offerte : la violence a un peu diminué ; un nouveau gouvernement palestinien est en place, qui mène avec les groupes radicaux des discussions difficiles mais dont nous voulons croire qu'elles peuvent aboutir à une véritable trêve. Les Etats-Unis s'engagent de nouveau.

C'est maintenant qu'il faut agir, reprendre un cycle de négociations, faire les gestes de la paix pour montrer aux populations que le dialogue progresse et qu'à l'inverse de la violence, il produit des résultats et change leur vie quotidienne. Nous avons aujourd'hui toutes les raisons d'aller de l'avant. C'est ce que les deux peuples et le monde entier attendent.

Monsieur le Ministre, Cher Sylvain,

Vous ne devez pas douter de l'engagement de mon pays : la France, soyez-en convaincu, se veut garante de la sécurité d'Israël et des Israéliens. La paix et la stabilité au Moyen-Orient constituent un objectif prioritaire. Le choc de l'intervention en Irak, la persistance du conflit israélo-palestinien, la violence qui accable cette région et ses difficultés à trouver sa place dans la mondialisation sont autant de raisons à notre engagement et à notre détermination. Et c'est en se montrant à l'écoute de la région que la France, avec l'Union européenne, veut agir.

Pour Israël, un Moyen-Orient en paix est une condition de sécurité et d'avenir. C'est aussi une nécessité économique, pour que les entreprises israéliennes puissent développer tout leur talent et leur dynamisme dans leur environnement immédiat. Songeons à tout ce que l'économie israélienne gagnerait à pouvoir être présente dans les pays voisins ; pensons à la dynamique que le retour de la paix ne manquerait pas de créer pour toute l'économie de la région. L'exemple de l'Europe au lendemain de la deuxième Guerre mondiale l'a prouvé : la paix se construit aussi à travers les échanges économiques et ces "solidarités de fait" que voulaient créer les pères de l'unité européenne.


Monsieur le Président,

Chers Amis,

Je voudrais conclure sur deux points essentiels. L'Europe a une exigence de mémoire. Et c'est pourquoi la France se veut plus que jamais vigilante. Je souhaite réaffirmer ici la volonté des autorités françaises d'agir sans faiblesse contre le racisme et l'antisémitisme. Les mesures récemment prises sous l'autorité directe du président de la République, notamment la création d'un comité interministériel de lutte contre le racisme et l'antisémitisme, et de récentes et rigoureuses décisions judiciaires contre les auteurs d'actes antisémites confirment cette détermination. Nous ne transigerons jamais sur nos valeurs et nos principes.

Ensuite, Israël et la France sont par-dessus tout des pays amis, liés par l'histoire, une communauté de valeurs et un héritage culturel commun. Nos peuples sont animés par la même ambition, la même foi dans la paix, la même volonté de coopération. Votre institution y prend une part éminente qui symbolise notre amitié et notre espoir. Ensemble, nous pouvons tracer le chemin de responsabilité, de solidarité et de partage devant les épreuves de notre monde.

Je vous remercie.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 12 décembre 2003)

Rechercher