Déclaration de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, lors du point de presse conjoint avec la délégation du Conseil du gouvernement irakien intérimaire, sur la reconstruction de l'Irak, la contribution de la France au développement et à la coopération avec ce pays, l'annulation partielle de la dette irakienne, Paris le 15 décembre 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Dominique Galouzeau de Villepin, ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie, lors du point de presse conjoint avec la délégation du Conseil du gouvernement irakien intérimaire, sur la reconstruction de l'Irak, la contribution de la France au développement et à la coopération avec ce pays, l'annulation partielle de la dette irakienne, Paris le 15 décembre 2003.

Personnalité, fonction : GALOUZEAU DE VILLEPIN Dominique.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères, de la coopération et de la francophonie

Circonstances : Visite en France de la délégation du Conseil du gouvernement irakien intérimaire : rencontre avec Dominique de Villepin le 15 décembre 2003 à Paris

ti : Permettez-moi d'abord de dire combien je suis heureux de recevoir à Paris M. Abdel Aziz al Hakim qui préside actuellement le Conseil de gouvernement irakien ainsi que toute sa délégation. Cette délégation comporte plusieurs autres membres de ce Conseil : M. Talabani que j'avais déjà eu le plaisir de recevoir le 15 juillet dernier, M. Yonadam Kanna et M. Samir Chaker al Soumaiday. Elle compte aussi des ministres, notamment M. Zebari, ministre des Affaires étrangères ainsi que le ministre du Plan M. Mahdi al Hafez.

Cette rencontre souligne l'importance que les deux parties, la France et l'Irak, attachent à leur dialogue pour contribuer à la stabilité du nouvel Irak, à sa reconstruction et à sa bonne intégration dans la communauté internationale.

Cette visite intervient à un moment particulièrement important, au lendemain de l'arrestation de Saddam Hussein, une arrestation dont nous nous réjouissons tous et qui permet de tourner la page de la dictature. La page de la guerre a été tournée, la page de la dictature se tourne, nous souhaitons que cette page de la violence et du terrorisme puisse également très rapidement être tournée.

J'ai dit également à mes interlocuteurs combien nous souhaitions que ce développement majeur permette aux Irakiens de se tourner vers l'avenir, de s'unir pour construire le destin de leur pays, un Irak indépendant, un Irak démocratique, un Irak en paix et souverain.

Notre entretien a permis un échange de vues approfondi sur l'ensemble des questions ayant trait à l'Irak. Il nous a permis de constater une large convergence sur les grands principes qui doivent nous guider. Tout d'abord, la nécessité de préserver l'unité de l'Irak et de redonner aux Irakiens, le plus rapidement possible, la maîtrise de leur propre destin. Nous avons également souligné l'importance que la communauté internationale tout entière se mobilise pour oeuvrer collectivement en faveur d'un Irak stable, uni, démocratique, respectueux de sa grande diversité confessionnelle et pleinement intégré dans son environnement régional. A ce double titre, l'arrestation de Saddam Hussein constitue une chance que nous devons savoir tous saisir. J'ai rappelé à mes interlocuteurs, dans cet esprit, les propositions françaises visant notamment à mettre en place rapidement un gouvernement transitoire, dépositaire de la souveraineté et à même de conduire les affaires du pays.

L'accord intervenu le 15 novembre à Bagdad - que nous avons salué - va bien dans ce sens. Il faut désormais continuer d'aller de l'avant. Il faut notamment rendre ce processus le plus inclusif possible car il importe que tous les Irakiens se reconnaissent dans les institutions à venir. Il faut engager le plus rapidement possible également le mouvement de transfert des responsabilités gouvernementales aux Irakiens comme le prévoit bien la résolution 1511. Il faut inscrire le processus dans son contexte régional afin d'impliquer l'ensemble des voisins de l'Irak autour d'un objectif commun de stabilité et de prospérité. Il faut enfin donner toute leur place aux Nations unies dans ce processus.

Je l'ai indiqué au président Al-Hakim : la France est prête à prendre toute sa part dans ces efforts et à poursuivre l'action déjà entreprise à titre bilatéral comme européen, dans le domaine humanitaire bien sûr et dans le domaine de la coopération, qu'il s'agisse de l'éducation, de la santé ou encore de l'archéologie. En ce qui concerne la sécurité, nous envisageons une assistance conduisant à terme à la mise en place d'une école de gendarmerie en Irak.

Dans le domaine de l'économie enfin, les entreprises françaises sont prêtes à contribuer au développement de l'Irak dans des conditions transparentes satisfaisantes et, par ailleurs, dans le cadre du Club de Paris, la France, en liaison avec les autres créanciers estime qu'un accord pourrait intervenir dès 2004, si les conditions sont réunies. La France pourrait alors envisager des annulations de dette appropriées et compatibles avec la capacité de financement de l'Irak. C'est ce que j'ai annoncé au président Al Hakim et à sa délégation.

La coopération de la France avec l'Irak se développera d'autant plus facilement que la sécurité y sera renforcée, que la transparence économique et financière y sera assurée et que les transferts de souveraineté seront clairement engagés. Nous espérons ainsi que l'arrestation de Saddam Hussein créera un choc psychologique qui contribuera à faire converger les efforts de tous, ceux des Irakiens comme ceux de l'ensemble de la communauté internationale. La France restera à la fois en initiative et à l'écoute des responsables irakiens pour faire progresser cette démarche exigeante.

Q - Monsieur le Ministre, M. Talabani vient de dire qu'il a demandé à la France une présence politique à tous les niveaux. Est-ce que la France est actuellement disponible avant juin pour envoyer une présence politique dans un domaine quel qu'il soit ?

R - En ce qui concerne le processus politique qui a été évoqué, vous savez que l'accord du 15 novembre prévoit que l'ensemble des pouvoirs, l'ensemble de la souveraineté sera dévolue à l'Irak d'ici le 30 juin. Ceci implique bien sûr, que d'ores et déjà ce processus de transfert puisse être préparé de façon à ce que l'Irak ait les compétences décisionnelles dans l'ensemble des grands secteurs indispensables. Dans tous les grands domaines sensibles - je pense à la sécurité, au budget, au plan où des mesures comme l'a annoncé le ministre du Plan viennent d'ores et déjà d'être prises -, il est important que l'ensemble de ces administrations se mettent en ordre de marche. La France est prête à accompagner ce processus. Je l'ai indiqué, notamment dans le domaine constitutionnel où nous avons une compétence et une expérience particulière et j'ai donc proposé au Conseil du gouvernement intérimaire l'appui de la France pour que ce processus puisse aller jusqu'à bon port d'ici au 30 juin. Vous savez que nous souhaitons également que les Nations unies puissent prendre toute leur place dans les avancées de ce processus politique.

Q - Cette visite de la délégation irakienne intervient en plein débat sur l'exclusion de la France et d'autres pays anti-guerre de la reconstruction de l'Irak. Peut-on dire que la suppression d'une partie des dettes irakiennes dont vous venez de parler est une sorte de compromis avec Washington qui demandait cette suppression ?

R - Ne mélangeons pas les différents domaines. J'ai indiqué la disponibilité de la France pour ¿uvrer dans le sens d'une solution à la dette irakienne dans le cadre du Club de Paris. Vous comprendrez que comme président de ce Club, nous soyons tenus par une certaine réserve. Ce que nous souhaitons c'est qu'un accord puisse intervenir en 2004 - et nous pensons que c'est l'état d'esprit général au sein du Club -, et j'ai marqué ma disponibilité à certaines annulations, prenant en compte, bien sûr, les exigences particulières de la situation irakienne, comme les ressources dont peut disposer aujourd'hui l'Irak. Je crois qu'il ne faut pas mélanger cette question de la dette et la question, par ailleurs, des contrats de reconstruction. Je pense qu'il serait tout à fait inapproprié de nourrir une querelle sur cette question aujourd'hui. Il est important que les choses soient clarifiées. Nous allons examiner exactement la portée des déclarations qui ont été faites à Washington sur cette question. Nous allons le faire en liaison avec nos partenaires de l'Union européenne et la Commission. Ce que nous pensons, bien sûr, c'est que quand nous parlons de la reconstruction de l'Irak, il s'agit bien d'une reconstruction de l'Irak soutenue par l'ensemble de la communauté internationale et nous pensons que l'esprit de la reconstruction doit être l'esprit de l'unité. Notre seul souci sur l'ensemble de ces questions c'est bien sûr l'intérêt du peuple irakien. Cet intérêt du peuple irakien est la stabilité de l'Irak, dont nous voyons à quel point elle est importante, pour l'Irak, pour l'unité de l'Irak mais aussi pour la région et pour l'ensemble de la stabilité mondiale.

Q - Monsieur le Ministre, quand comptez-vous que votre plus haut diplomate, M. Bajolet ici présent, qui n'est pas ambassadeur puisqu'il est le chef d'une section d'intérêts aujourd'hui, puisse présenter ses lettres de créances et être donc l'ambassadeur de France en Irak ?

R - En ce qui concerne la France, c'est bien évidemment le plus rapidement possible. Et nous aurions souhaité pouvoir nommer cet ambassadeur avant la fin de l'année. Vous le savez, l'accord du 15 novembre a été conclu qui prévoit l'échéance de la fin juin. Nous espérons pouvoir accréditer auprès de ce gouvernement irakien, à cette même date, un ambassadeur de France.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 16 décembre 2003)

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