Interview de Mme Noëlle Lenoir, ministre déléguée aux affaires européennes, dans "La Tribune" du 15 décembre 2003, sur la suspension des travaux de la Conférence intergouvernementale concernant la future Constitution européenne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Noëlle Lenoir, ministre déléguée aux affaires européennes, dans "La Tribune" du 15 décembre 2003, sur la suspension des travaux de la Conférence intergouvernementale concernant la future Constitution européenne.

Personnalité, fonction : LENOIR Noelle.

FRANCE. Ministre délégué aux affaires européennes

ti : Q - Au lieu de conclure un compromis boiteux à Nice, n'aurait-il pas été préférable de suspendre les travaux ? On aurait gagné trois ans...

R - L'accord de Nice a été conclu dans des conditions difficiles. Pour la première fois, il s'agissait d'adapter les traités européens au contexte de l'Europe en voie d'élargissement. Le Traité de Nice, pour imparfait qu'il soit, reste un préalable utile à cet élargissement à vingt-cinq. Nous n'avons pas perdu de temps. Mais ne refaisons pas l'histoire. Le texte que nous a proposé la Convention révèle une bien plus grande ambition : ancrer l'Europe au centre des préoccupations des citoyens et pour ce faire renforcer sa capacité à décider. C'est un enjeu vital pour l'avenir de l'Europe et à mon avis les prochains mois montreront certainement que chacun aura à coeur de faire les efforts nécessaires pour aboutir.

Q - Cet échec du Sommet de Bruxelles risque-t-il de peser sur les élections européennes ?

R - Je ne le pense pas et, bien sûr, je ne le souhaite pas. Il faut expliquer à nos concitoyens que la suspension des travaux de la Conférence intergouvernementale est moins un échec que la traduction d'une volonté, celle de prendre le temps pour parvenir à un bon accord qui soit à la hauteur des défis de l'Europe du XXIème siècle : une Europe qui n'est pas seulement une union d'Etats, mais aussi une union de peuples. C'est à cette mission d'explication et de dialogue à laquelle j'entends continuer de m'atteler en sillonnant, comme je le fais depuis plus d'un an, les régions et territoires de France. Lors de mes déplacements, je me suis rendue compte que les Français, qu'ils soient d'ailleurs europhiles voire parfois eurosceptiques, savent bien que de plus en plus de solutions à leurs problèmes passent désormais par l'Europe. Ils savent notamment que l'Europe les protège mieux contre nombre de risques, que ce soit pour lutter contre la criminalité organisée et le terrorisme ou encore pour assurer leur sécurité en matière alimentaire, maritime ou nucléaire par exemple. Mais ils demandent que l'Europe soit plus lisible, ce qui reste l'un des objets de la future Constitution européenne.

Q - Comment va-t-on sortir de cette impasse ? pensez-vous qu'il faille reprendre tout de suite les travaux sous la prochaine présidence irlandaise ?

R - Il est probable qu'il faudra quelques temps avant de pouvoir rapprocher les points de vue des uns et des autres. Le but des Etats qui se remettront autour de la table des négociations doit être de faire primer l'intérêt général européen sur l'intérêt national chaque fois que cela est possible, comme l'a rappelé le président de la République à Bruxelles. C'est par cette démarche que nous parviendrons à dépasser les réticences ou les incompréhensions qui se sont fait jour. Il est vraisemblable que la présidence irlandaise s'attachera à renouer le dialogue constitutionnel. En tout état de cause bien évidemment l'Europe continue.


(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 16 décembre 2003)

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