Interview de M. Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale, à RTL le 9 décembre 2003, sur sa position favorable à une loi sur la laïcité, le statut pénal du chef de l'Etat, les ambitions de Nicolas Sarkozy pour 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale, à RTL le 9 décembre 2003, sur sa position favorable à une loi sur la laïcité, le statut pénal du chef de l'Etat, les ambitions de Nicolas Sarkozy pour 2007.

Personnalité, fonction : DEBRE Jean-Louis, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Assemblée nationale, président;FRANCE. UMP, membre du comité politique

ti : J.-M. Aphatie-. Bonjour J.-L. Debré. L'Assemblée Nationale débattra ce matin de la notion de "service minimum" dans les services publics, et notamment dans les transports. Plusieurs députés voudraient voter rapidement une loi. G. de Robien, ministre des Transports, ne le souhaite pas. Et vous J.-L. Debré vous êtes au côté de qui dans ce débat ?

- "Moi je suis... "

Au-dessus ?

- "Au-dessus. "

Formidable.

- "Il faut être très clair. Moi je suis favorable... "

A une loi ?

- "A une loi. J'ai d'ailleurs déposé, il y a quelque temps, une proposition de loi en ce sens. Et la majorité des députés UMP et UDF sont favorables au principe du service minimum dans les services publics. "

Et J. Kossowski, député UMP des Hauts-de-Seine, a déposé une proposition de loi, déjà signée par 311 députés.

- "Tout à fait. Par conséquent, il n'y a pas d'ambiguïté sur ce que nous voulons. Le gouvernement - et G. de Robien - a choisi une méthode pour y arriver, en plusieurs temps, pour ne pas casser le dialogue social. Je pense que cette méthode est bonne. "

Donc pas de loi.

- "Pas immédiatement. Il faut commencer par discuter. Il faut commencer par dialoguer avec les représentants des syndicats, et faire comprendre qu'aujourd'hui, il est important d'assurer et de mieux concilier le droit de grève et le droit à la continuité des services publics. "

Et vous donnez jusqu'à quand à G. de Robien pour mener sa concertation avec les syndicats ?

- "Ecoutez, je pense qu'il faut entamer le dialogue, essayer de faire comprendre aux uns et aux autres le sens de leurs responsabilités. Il ne s'agit pas de déclencher des grèves partout. Il s'agit de montrer que les services publics, aujourd'hui, fonctionnent avec des règles, qui ne sont pas les mêmes qu'il y a trente ans. Et par conséquent, si on dialogue, si on discute, si on pèse le pour et le contre, si on fait comme font beaucoup de nos voisins, je suis persuadé qu'on y arrivera, et qu'on y arrivera rapidement. "

Une loi sur le voile à l'école, ça, on s'en rapproche ? On sait que vous, vous y êtes favorable. Les églises de France hier se sont inquiétées des accents de laïcité de combat. Est-ce que le débat a un peu dérivé au fil du temps, et est-ce que les tenants d'une loi sur le voile n'ont pas trop fait ?

- "Certains voudraient le faire dériver. Je crois qu'il ne faut pas avoir peur de la laïcité. Il faut absolument être intransigeant quant à la manifestation à l'école de signes d'appartenance religieuse ou politique. Qu'est-ce qui se passe ? Aujourd'hui, on voit que certains, ici ou là, de manière plus importante qu'on ne le dit, veulent remettre en cause le principe de la laïcité à l'école, c'est-à-dire veulent admettre que les enfants qui viennent pour apprendre, arrivent avec des signes distinctifs. C'est une erreur d'accepter cela. Et la réponse doit être une réponse claire, précise du législateur pour réaffirmer un principe ancré dans notre tradition et dans nos m¿urs, qui est : à l'école, on vient pour apprendre, et on ne vient pas pour manifester une appartenance religieuse ou politique. "

Donc une loi. Le président de la République que vous voyez souvent, dont on connaîtra très prochainement bien entendu le sentiment sur cette question, est convaincu maintenant ?

- "Je ne sais pas, je ne lui ai pas demandé. "

Ah si vous avez dû lui demander ! Vous n'allez pas nous le dire ce matin c'est tout.

- "Non mais le problème n'est pas là. Le problème n'est pas de savoir si untel le veut ou ne le veut pas. "

Ah si le Président le veut ou pas c'est intéressant quand même !

- "Je crois que c'est l'intérêt général de la nation, à un moment où certains veulent remettre en cause ce principe, de réaffirmer le principe de la laïcité à l'école. Un point c'est tout ! "

D'accord. On se parle franchement ce matin J.-L. Debré.

- "Mais je parle toujours franchement avec vous. "

Il y a un problème Sarkozy dans le gouvernement ?

- "Je ne fais pas partie du Gouvernement, je ne peux pas vous le dire. "

Vous regardez quand même ce qui se passe.

- "Je regarde et j'observe. "

Vous avez failli dire non hein ? Vous avez failli dire : non il n'y a pas de problème ? Et puis vous avez retenu le non...

- "N'interprétez pas ! Vous me posez des questions et quand je ne réponds pas, vous voulez en plus essayer de voir ce que j'aurais pensé. "

C'est un peu mon métier.

- "Non, il n'y a pas de problème. Il y a un gouvernement qui traverse une période difficile. Il y a un gouvernement qui a une mission, qui est de réformer. Il y a un Premier ministre qui se bat pour faire bouger les choses. Notre responsabilité à tous est d'être rassemblés derrière le Premier ministre, derrière le Gouvernement, et de ne pas penser aux ambitions des uns et des autres. "

De ne pas penser aux ambitions des uns et des autres ou bien de ne pas afficher ses ambitions ? Est-ce que N. Sarkozy n'en fait pas trop ? Vous ne voulez pas me parler de N. Sarkozy hein ?

- "Je veux bien vous parler de tout ce que vous voulez. "

Même son nom vous ne l'avez pas encore prononcé !

- "Je pense qu'il y a des problèmes importants, comme la TVA, comme la laïcité. "

On en a parlé.

- "... Comme le service public et on parle d'un ministre qui fait parler de lui. Est-ce que finalement tout ça est très intéressant et intéresse les Français ? "

"Je suis extrêmement choqué de voir, deux ans après l'élection présidentielle, que le débat est à nouveau ouvert pour cette échéance". C'est un ministre de la République qui le dit, c'est F. Fillon. Et vous, président de l'Assemblée Nationale, vous ne regardez pas ça. Vous n'écoutez pas ça ?

- "Attendez... je l'ai dit avant F. Fillon. Je l'ai dit à la télévision il y a quelques jours. Il y a des échéances politiques qui arriveront en 2007. Ne nous détournons pas trop tôt du cap qui est le nôtre, qui est le cap des réformes. Nous avons une montagne à gravir, comme dirait le ministre de l'Intérieur. "

Dont vous ne citez toujours pas le nom.

- "Mais N. Sarkozy ! Je peux vous le dire si ça vous fait plaisir ! "

D'accord. D'accord.

- "Alors nous avons une montagne à gravir, des réformes à faire. Arrêtons de penser à autre chose ! Arrêtons de nous diviser parce qu'il va y avoir en 2007 des élections. Aujourd'hui les Français nous ont fait confiance, non pas pour aller nous agiter et pour essayer de faire valoir nos ambitions. Ils nous ont fait confiance pour que l'on essaie de réformer, de modifier, de transformer notre pays. Et tout ce qui nous détourne de cela est une erreur politique ! "

Message entendu. Une minute pour un dernier sujet important : le 2 juillet dernier, le Conseil des ministres adoptait un projet de loi constitutionnel réformant le statut pénal du chef de l'Etat. C'est un texte d'une grande importance, avait dit, ce 2 juillet-là, J.-F. Copé, le porte-parole du Gouvernement. Le Parlement devait se saisir de ce texte, et puis on n'en plus entendu parler. Ca en est où ?

- "Vous ne pouvez pas dire ça. Le Parlement ne se "saisit" pas... "

On devait lui présenter ce texte.

- "L'ordre du jour appartient au Gouvernement. Nous sommes à la disposition du Gouvernement. "

Et alors... le statut pénal du chef de l'Etat ?

- "Peut-être que le texte n'est pas encore prêt. "

Il a été présenté au Conseil des ministres.

- "Eh bien il peut être modifié encore. "

Par qui ?

- "L'ordre du jour appartient au Gouvernement. Je n'ai pas été saisi. "

Souhaitez-vous l'être ?

- "Mais moi je suis prêt à étudier tous les textes. "

Non non... mais souhaitez-vous être saisi du projet de loi constitutionnelle réformant le statut pénal du chef de l'Etat ?

- "Je souhaite qu'en ce qui concerne la Constitution, on ne la réforme pas par petits morceaux, mais si on a envie de la réformer, qu'on le fasse d'une manière globale. "

Alors ce texte-là...

- "Il est actuellement dans les cartons du Gouvernement. Il viendra le moment venu. Je crois qu'il y a des textes au moins aussi importants aujourd'hui - même plus importants - que ce problème de la responsabilité pénale du chef de l'Etat, notamment le problème de la laïcité, notamment le problème des services publics, notamment le problème du Budget. Et commençons par régler ces problèmes qui sont beaucoup plus importants que des réformes constitutionnelles ! "

J.-L. Debré qui ne veut pas être détourné de l'essentiel.

- "Je ne suis jamais détourné de l'essentiel, même par vous ! Même par vous. "


(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 9 décembre 2003)

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