Tribune de M. Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France, dans "Le Figaro" du 13 décembre 2003, sur la future constitution européenne et le nombre de représentants de la France à la Commission, au Parlement européen et au Conseil des ministres, intitulée "Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de M. Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France, dans "Le Figaro" du 13 décembre 2003, sur la future constitution européenne et le nombre de représentants de la France à la Commission, au Parlement européen et au Conseil des ministres, intitulée "Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République".

Personnalité, fonction : VILLIERS Philippe de.

FRANCE. Mouvement pour la France, président

ti : Monsieur le président de la République,

Un haut diplomate espagnol et un haut responsable polonais viennent de déclarer : " Si la France veut se suicider, c'est son problème, mais l'Espagne et la Pologne ne se laisseront pas saigner par l'Allemagne. " Vous ne cessez de mettre en exergue le parfait accord de la France avec l'Allemagne sur le projet de Constitution. Mais les Français doivent savoir que vous avez tout cédé à l'Allemagne en acceptant de faire de Berlin le futur pivot de l'Europe. La Constitution va cristalliser une triple infériorité française. En effet, entre le traité de Nice et la Constitution en projet, la France a cédé trois fois. La combinaison de ces trois reculs est dangereuse pour l'équilibre de l'Europe et pour l'influence française.

A la Commission, nous risquons d'être réduits à la portion congrue, avec une ou deux voix sur vingt-cinq, ou trente plus tard, et avec même, par moments, zéro voix si l'on suit le système proposé par la Convention.

Au Parlement européen, nous sommes en train d'entériner le recul de la position française acceptée par le traité de Nice, puisque notre pays va voir son nombre de représentants tomber de 87 aujourd'hui, à 78 en 2004, et à 72 en 2009, alors même que l'Allemagne restera au niveau de 99 députés.

Au Conseil des ministres, enfin, le nouveau système de calcul de la majorité qualifiée proposé par la Convention aboutit à prendre en compte à la fois le critère du nombre d'Etats (la majorité d'entre eux), et le critère de la population (pour le moment 60 %). Ce critère de population est ici parfaitement illégitime, car on calculerait " la " population globalement, comme s'il n'existait aucune distinction entre les peuples d'Europe. De plus, il va se retourner contre nous, immédiatement pour ce qui concerne nos relations avec l'Allemagne, et à terme encore plus gravement si la Turquie venait à entrer dans l'Union européenne.

La Direction de la prévision du ministère des Finances a réalisé de multiples simulations qui sont toutes très inquiétantes. C'est ainsi que Bercy conclut que le système proposé par la Convention permettra à l'Allemagne de dominer l'Europe et ensuite à la Turquie de voir son influence " progressivement monter en puissance pour dépasser celle de l'Allemagne entre 2015 et 2020, soit moins de dix ans après l'entrée en vigueur du nouveau système de vote. " Bercy tire même la sonnette d'alarme : " Dans le système de la Convention, la Turquie deviendrait à terme l'acteur de loin le plus puissant au sein du Conseil. "

Monsieur le président de la République, je me permets de vous mettre en garde : l'amitié franco-allemande ne résistera pas au déséquilibre prévu dans le texte actuel de la Constitution. Plutôt que de vous préoccuper de faire rentrer dans le rang l'Espagne et la Pologne, je vous demande de concentrer votre attention sur l'intérêt français. Là encore la note confidentielle de Bercy que j'ai pu me procurer tombe comme un fil à plomb : à terme, " l'asymétrie Allemagne - France qui joue au bénéfice de l'Allemagne se renverserait pour devenir une asymétrie Turquie - Allemagne à son détriment. "

Monsieur le président de la République, vous avez tout cédé à l'Allemagne. Quand vous parlez du couple franco-allemand qui menace de faire chambre à part, je ne puis m'empêcher de penser que c'est l'Allemagne qui porte la culotte. Osez dire la vérité aux Français, comme cela était écrit avant-hier dans le journal Libération : " Le projet de Constitution favorise le pays le plus peuplé : l'Allemagne. "

Je vous prie de croire, Monsieur le président de la République, à l'expression de ma plus haute considération et de mon profond respect.


(source http://www.mpf-villiers.org, le 2 janvier 2004)

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