Déclaration de M. Christian Poncelet, président du Sénat, sur cinquante ans de photogaphies d'actualité, au Sénat le 10 décembre 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Christian Poncelet, président du Sénat, sur cinquante ans de photogaphies d'actualité, au Sénat le 10 décembre 2003.

Personnalité, fonction : PONCELET Christian.

FRANCE. Sénat, président;FRANCE. UMP

Circonstances : Inauguration de l'exposition "Objectif Une : un demi-siècle vu par l'Express", au Sénat le 10 décembre 2003

ti : Messieurs les Présidents,
Mesdames, Messieurs, mes chers Collègues,
Mesdames, Messieurs, chers Amis,

Cette exposition " Objectif Une " - la bien nommée - est la huitième des expositions de photos que le Sénat a accueillies sur ses grilles de la rue de Médicis. Initiatives originales, ces expositions s'inscrivent dans le cadre d'une politique événementielle et culturelle que le Bureau du Sénat et moi-même avons souhaitée afin d'emprunter de nouveaux chemins vers nos concitoyens.

Ces nouveaux chemins ne remettent nullement en cause notre vocation première qui est d'abord d'être une assemblée parlementaire mais également, - c'est un plus, un bonus -, le représentant de l'ensemble des collectivités territoriales de France métropolitaine et d'outre-mer. Cette spécificité sénatoriale ne doit elle-même pas faire oublier que le Sénat exprime, comme l'a rappelé le Conseil constitutionnel, la souveraineté nationale au même titre que l'assemblée du Palais Bourbon. Le Sénat porte à l'¿uvre législative et au contrôle du gouvernement et de l'administration, l'attention patiente que l'on a toujours bien voulu lui reconnaître, dans un esprit de dialogue, et avec le souci de prendre en considération les conséquences concrètes, les incidences quotidiennes de l'action publique.

J'aurais tendance à dire que l'exposition que nous inaugurons aujourd'hui, nous rapproche de la synthèse entre notre action institutionnelle et la démarche nouvelle que nous avons adoptée vers nos concitoyens.

De quoi s'agit-il, en effet ? Rien de moins que de raviver notre mémoire sur des événements qui nous ont touchés et qui ont contribué à construire la France et le monde contemporain pendant le demi-siècle qui vient de s'écouler.

Cinquante ans d'actualité, cela correspond, j'y reviendrai, à l'anniversaire d'un magazine : L'Express.

C'est le temps qu'il faut pour former une génération de dirigeants.

C'est aussi un tout petit peu plus que la durée de la Ve République qui elle a 45 ans.

Chacun d'entre nous, quelque soit son âge, retrouvera sur ces images des événements qui l'ont fait rêver, vibrer ou frémir : un mariage princier, un exploit sportif, un spectacle mais aussi, hélas, la violence sous toutes ses formes : guerres, attentats, coups d'Etat, génocides¿ Les pays heureux n'ont pas d'histoire, disait Georges Pompidou, ¿ils n'attirent donc pas les reporters.

Moments cruciaux aussi où un peuple choisit celui qui va le représenter à l'occasion de ces grands débats qui, depuis 1965, rythment de façon si singulière notre vie nationale. Instants fugitifs où les conflits s'apaisent pour d'improbables accords. Moments plus prosaïques où surgissent peu à peu ces symboles de la société de consommation, aujourd'hui décriée.

Ces images nous révèlent aussi, et avec force, que notre conscience nationale emprunte désormais une bonne part de ses références à la vie internationale : mouvements de décolonisation, assassinat du Président Kennedy, conquête de la lune, chute du rideau de fer, tous événements familiers de ce que Marshall Mac Luhan appelait " le village global ", et qui est le nôtre désormais.

Certes, le choix des photos, qui est l'¿uvre des rédacteurs du journal L'Express, pourra toujours être discuté mais il ne s'agit pas de faire ¿uvre d'histoire ni d'être exhaustif : seulement donner à voir comme autant d'instantanés de nos vies. Ce sera à chacun de faire sa propre sélection.

Il n'est pas indifférent, en effet, qu'il s'agisse là de photos de presse. Ce sont des photos qui ont entendu marquer, immortaliser et illustrer des moments rares, des rencontres, de ces instants où tout bascule, des moments qui deviennent, grâce aux photo-reporters et aux rotatives qui démultiplient leur ¿uvre, des moments d'éternité et, parfois, de référence.

Quelqu'un disait que la photographie a apporté une autre manière de voir. Nous ne voyons plus seulement ce que nous voyons " en direct " avec nos propres yeux. Nous partageons d'autres regards comme si nous vivions plusieurs vies dans une infinité d'endroits. Ce faisant, l'événement tend à n'exister que dès lors qu'il est photographié. Il devient alors transmissible et objet de partage par tous car la photographie n'a pas besoin d'interprètes. C'est un dialogue direct. Nous qui vivons dans un monde de masse, grâce à la photographie nous pouvons poursuivre un dialogue singulier avec celui qui est derrière l'objectif et qui nous apprend une autre manière de voir le monde.

Cette exposition constitue, à cet égard aussi, une rétrospective intéressante de 50 ans de photo-reportage. En un demi-siècle, ce métier a considérablement évolué, tout comme les mentalités. Les censures et autocensures ne sont plus ce qu'elles étaient, la course au sensationnel a entraîné une surenchère dans la recherche du cliché dérangeant ou choquant. Ce qui n'était pas montrable il y a cinquante ans, s'étale dans tous les magazines et journaux télévisés sans que personne ne pense à s'en scandaliser. Cette évolution vers la transparence n'a pas que des avantages. La solution n'est sûrement pas toutefois de la réduire. Sans doute peut-on rêver de la discipliner. En fait, la meilleure solution est sans doute d'apprendre à chacun de savoir effectuer un tri.

La société de l'information est donc d'abord une formidable invitation à une toujours plus grande responsabilité individuelle. C'est sans doute ce qui rend si difficile la tâche des éducateurs d'aujourd'hui¿

L'Express a 50 ans : à travers cette exposition, c'est l'évolution d'un magazine dont la naissance a incontestablement marqué l'histoire de la presse française. Ses jeunes fondateurs ont su imposer un style nouveau. S'inspirant des magazines américains, ils ont écrit une page brillante et pionnière de la presse magazine française. Ils ont montré une voie que la concurrence a suivie. Loin de n'être qu'une mode passagère, ce nouveau style, plus décontracté, plus incisif, voire insolent, correspondait à une transformation profonde de la société française. De 1953 à 2003, c'est aussi l'aventure d'une entreprise avec ses crises, ses changements de propriétaire, mais toujours bien vivante.

Cette rétrospective m'invite, naturellement, à réfléchir sur le Sénat pendant ces même cinquante dernières années.

1953, c'est, pour l'institution du Luxembourg, la fin de la reconquête d'un pouvoir que la Constitution de 1946 avait voulu lui enlever. Dans quelques mois, la révision constitutionnelle du 7 décembre 1954 rétablirait la navette avec l'Assemblée nationale. Puis ce serait le sursaut national qui a conduit à la mise en place de la Ve République. Cette constitution, plus qu'aucune autre, souhaitait certes donner davantage de pouvoir au peuple ; mais, dans un souci d'équilibre, elle mettait aussi en place un Sénat restauré, un Sénat revigoré, à tel point que certains ont pu qualifier la Vème République de " République sénatoriale ".

L'histoire de ces quarante-cinq années de la Vème République ont permis de mieux comprendre, semble-t-il, le rôle du Sénat.

Le Sénat apparaît ainsi, sur le long terme, comme un élément d'équilibre. Comme un élément aussi de pondération du système qui a su prévenir les risques de dérapages tout en demeurant, plus souvent qu'on ne veut bien le dire, en accord profond avec l'opinion publique.

Le Sénat de la Ve République a su se distinguer de son prestigieux ancien qui avait, certes, favorisé la diffusion de la République à la fin du XIXe siècle mais avait été ensuite, il faut bien le dire, un puissant obstacle aux réformes de la première moitié du XXe siècle.

Le Sénat de la Ve République, au contraire, a su prendre l'initiative en matière de m¿urs dans les années 1960 et 1970, lancer et soutenir la profonde réforme de l'Etat que constitue la décentralisation, devenir un lieu de réflexion et de propositions économiques et sociales appréciées, s'affirmer comme un initiateur dans le domaine des nouvelles technologies et être l'une des institutions qui a le plus fait pour démocratiser la politique et les relations internationales.


Les expositions sur nos grilles sont autant de cadeaux à nos concitoyens. Je remercie, en l'occurrence, le journal L'Express et la société Canon de ce grand vent d'histoires, - au pluriel -, et d'émotions qui va souffler pendant trois mois. Vous aurez compris que ces expositions sont aussi autant d'invitations à une réflexion collective sur nous-même.


(Source http://www.senat.fr, le 22 décembre 2003)

Rechercher