Interview de M. Alain Juppé, président de l'UMP, à France 2 le 18 décembre 2003, sur la position du Président de la République dans le débat sur la laïcité et sur l'arrestation de Saddam Hussein. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Alain Juppé, président de l'UMP, à France 2 le 18 décembre 2003, sur la position du Président de la République dans le débat sur la laïcité et sur l'arrestation de Saddam Hussein.

Personnalité, fonction : JUPPE Alain, LABORDE Françoise.

FRANCE. UMP, président

ti : Revenons, si vous le voulez bien, Alain Juppé, sur le débat sur la laïcité, qui a été en quelque sorte conclu hier par le Président de la République. Il a resitué au fond la laïcité dans le cadre des institutions de la République française.

"Oui, c'était un grand discours, un discours d'une grande élévation de pensée et je crois qu'il a bien montré la modernité du principe de la laïcité. La laïcité, ce n'est pas une idée antireligieuse, c'est une idée qui est fondée sur le respect, le respect mutuel. La République respecte toutes les religions, elle leur permet de s'exprimer librement, et en même temps elle demande aux religions de respecter les principes de la République, parmi lesquelles l'égalité entre les hommes et les femmes, la dignité de la femme et je crois que ce discours a été finalement très rassembleur et très pacificateur."

Le périmètre, si je puis dire, aussi de la laïcité, est défini, il peut être élargi, mais en tout cas pour l'instant les principes s'appliquent essentiellement à l'école, à l'école d'ailleurs publique, mais aussi à l'hôpital.

"Oui, les principes s'appliquent partout, par exemple dans la fonction publique. Un fonctionnaire public n'a pas à afficher sa préférence ou son appartenance à telle ou telle religion, ou à tel ou tel parti politique. Il doit être neutre dans l'exercice de ses fonctions. Il y avait un problème spécifique à l'école où le droit applicable était un petit peu flou. Et donc le Président souhaite qu'il y ait une loi assez précise. Je crois qu'il a bien balisé le terrain : les écoles, les collèges et les lycées de l'enseignement public, et les signes ostensibles, c'est à dire les signes qui sont là pour être vus, qui ont un aspect un peu " provocateur " si je puis dire, un peu militant, un peu prosélyte. Et donc, là, il y aura une loi permettant ensuite la négociation, parce que le Président a souhaité aussi que, avant de faire tomber le couperet, il y ait concertation, pédagogie. Je pense qu'un chef d'établissement qui peut s'adosser à une loi claire pourra être plus persuasif que ce n'est le cas aujourd'hui."

Et à l'hôpital il fallait effectivement, là encore, rappeler les règles, parce qu'il y avait quelques dérapages ?"

"Il y avait des dérapages. Quelqu'un qui arrive en urgence, par exemple, et qui refuse de se faire soigner parce que le médecin est un homme - s'il s'agit d'une patiente femme, ou l'inverse - ça posait problème au fonctionnement du service public hospitalier. Et donc, là, on rappelle la règle, il y a un devoir de soins à l'hôpital public."

Dans l'ensemble les communautés religieuses ont plutôt bien réagi, y compris la communauté musulmane qui était plutôt opposée à l'idée d'une loi.

"Oui, parce que le discours du président a bien insisté aussi sur le respect dû à chacune des religions. Il prône par exemple - et je crois que c'est une très bonne idée - l'enseignement du fait religieux, de toutes les religions, à l'école."

Mais qui n'est pas fait par des religieux, qui est fait par des....

"Non qui sera fait, je sais pas moi, par le professeur d'histoire ou par le professeur d'instruction civique. La religion, ça fait partie de notre patrimoine culturel. Lorsqu'on sort dans un village de France, qu'est ce qu'on voit ? Une église. Lorsqu'on ouvre.."

Quand on va au musée..

"Quand on va au musée, quand on ouvre un livre.."

Quand on voit des peintres raphaéliques, effectivement on a besoin de savoir..

"Effectivement, quand on écoute de la musique... Et donc il est utile que, compte tenu du fait que les religions n'ont peut être plus la même présence dans la société française, pour certaines d'entre elles en tout cas, qu'elles avaient il y a quelques années ou quelques décennies, que nos jeunes sachent un peu ce que c'est que la Bible, sachent ce que c'est le Coran, sachent ce que c'est les grands livres ou les grandes références religieuses."

Il y a une autre étape à venir, qui est celle de l'intégration. On a envie de dire que "laïcité sans intégration", c'est un peu le "science sans conscience de Rabelais". Il y aura une nouvelle commission présidée par M. Stasi, qui va à nouveau effectivement se préoccuper d'intégration ?

"Non, ce n'est pas tout à fait une commission. Là aussi, on a souvent dit "mais la loi ne réglera pas tout". Evidemment, elle est nécessaire, me semble t il, elle n'est pas suffisante parce que l'une des vraies raisons du malaise qui existe aujourd'hui, ce sont les discriminations, selon que l'on appartient à telle ou telle catégorie. On connaît le délit de faciès. Eh bien, on trouve plus ou moins facilement un logement, plus ou moins facilement un emploi, on peut accéder plus ou moins facilement aux loisirs, et là le président rappelle que la République, c'est aussi l'égalité de traitement et la lutte contre les discriminations. Et donc il demande au Gouvernement de mettre en place une autorité spécifique, qui s'attachera à faire respecter ce problème de l'égalité de traitement. Vous savez, parfois, lorsqu'il y a des plaintes, les tribunaux, ou la police, mettent ça un peu sous le coude ou au bas de la pile. S'il y a une haute autorité qui est vraiment spécialisée dans ce domaine, on pourra lutter contre les comportements qui sont tout à fait inacceptables. Le président a aussi beaucoup insisté, et ça me paraît très important, sur la résurgence d'un certain racisme, d'une certaine xénophobie, de l'antisémitisme. Il y a aujourd'hui, dans les établissements scolaires en particulier, une montée de l'antisémitisme, des insultes. Aujourd'hui, " sale juif " c'est devenu quelque chose qui se banalise, c'est inacceptable, parce que ça aussi c'est en complète contradiction avec les principes de la République et donc il faut réagir, et réagir rapidement et fermement."

Je voudrais qu'on évoque rapidement, sur un tout autre thème, la situation en Irak. Depuis l'arrestation de Saddam Hussein, on aurait pu imaginer que les choses seraient un peu apaisées, or il n'en est rien. Il y a à nouveau des attentats. Le président G. Bush a parlé de peine de mort pour l'ancien dictateur, ce qui a choqué certains de ses alliés comme les Britanniques, les Espagnols. Comment voyez vous l'évolution de la situation en Irak ?

"Il aurait fallu beaucoup de naïveté pour s'imaginer que le lendemain de l'arrestation de Saddam Hussein, la paix allait revenir immédiatement. D'ailleurs, ce n'est pas ce qu'a dit le président Bush, qui a été là dessus très prudent. Cette arrestation est une excellente nouvelle, d'abord pour le peuple irakien lui même qui est enfin délivré d'un tyran qui l'a martyrisé pendant 30 ans. C'est aussi une bonne nouvelle, je crois, dans le processus de pacification de l'Irak, mais c'est un long chemin. Il faut que, d'abord, les Irakiens retrouvent leur souveraineté - vous savez que c'est une idée que la France soutient depuis longtemps - c'est à eux de régler leurs propres affaires, c'est à eux vraisemblablement de juger leur dictateur, dans le cadre des lois internationales.."

Les Américains ne devraient pas commettre l'erreur de ne pas le laisser juger sur place ?

"C'est un peu ce qui a été indiqué, je crois, par les responsables américains. C'est, je le répète, au peuple irakien de se prononcer, à la justice, dans le cadre évidemment des lois internationales et du respect des droits de la défense, comme toujours et comme partout lorsqu'on est attaché aux principes démocratiques. Et puis il faut que les organisations internationales, les Nations unies en particulier, se ré impliquent dans le processus de reconstruction de la paix en Irak."

Avec la France qui pourrait peut être aussi par le biais du Club de Paris et par l'allégement de la dette offerte à l'Irak, jouer un rôle.

"Les Américains ont demandé à la France, à l'Allemagne, aux autres pays concernés, à la Russie en particulier, de les aider dans ce processus de reconstruction. Ce qu'on essaye de dire depuis maintenant des mois et des mois, c'est que quel que soit le rôle important, que personne ne conteste, des Etats Unis, ils ne peuvent pas régler tous les problèmes du monde tout seuls. Ils ont besoin d'alliés, ils ont besoin de l'Europe, ils ont besoin de la France et je pense qu'il faut maintenant resserrer les liens, réchauffer les relations."


(source http://www.u-m-p.org, le 18 décembre 2003)

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