Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur le projet de refonder le statut des parcs nationaux d'après les conclusions du rapport Giran, la charte de l'environnement et la protection du littoral, Port-Cros le 19 décembre 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur le projet de refonder le statut des parcs nationaux d'après les conclusions du rapport Giran, la charte de l'environnement et la protection du littoral, Port-Cros le 19 décembre 2003.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Déplacement de M. Jean-Pierre Raffarin dans le Var le 19 décembre 2003

ti : "Je voudrais saluer tous les parlementaires, tous les élus qui sont ici, et vous dire quelle est ma joie d'être aujourd'hui ici, à cet anniversaire. C'est une joie très sincère, parce qu'il se trouve que je m'intéresse depuis un certain temps aux parcs nationaux et que j'ai souvent eu l'occasion de m'intéresser au devenir de Port-Cros et de son parc, de le visiter. J'ai eu le bonheur ainsi de connaître la villa Noailles, son passé prestigieux, cette capacité de penser l'avenir ici autour de toute cette mobilisation des Noailles avec les grands artistes qui ont un peu inventé notre futur subversif. Et puis ce parc avec Emmanuel Lopez que je voudrais saluer, et cette action particulièrement intelligente qui est engagée ici.

Monsieur le maire, vous et vos adjoints que j'avais eu l'occasion de rencontrer notamment dans les initiatives culturelles qu'a prises votre commune, qui sont particulièrement significatives, je suis heureux de rendre hommage à toute cette dynamique de la matière grise, de l'intelligence qui est ici engagée. Une villa comme ça, avec cette splendeur, méritait bien en effet d'être partagée par TPM.

Je voudrais vous dire aussi combien l'ensemble des membres du gouvernement qui sont ici sont heureux de se retrouver avec Roselyne BACHELOT pour cet anniversaire et avec les deux ministres qui sont ici présents, parce que le décret date du 14 décembre 1963, et c'est un rendez-vous presque jour pour jour qui célèbre une vision des parcs qui est une vision vraiment " anticipatrice ".

Ceux qui ont pensé à l'époque avec le Général de GAULLE, avec le président POMPIDOU, avec André MALRAUX, à cette stratégie de protection de l'environnement, de la biodiversité, mais également aussi de l'enracinement culturel des territoires, ont anticipé les choses de manière d'avant-gardiste. Je voudrais saluer ici leur mémoire, parce que c'est le signe qu'il faut dans la vie publique être capable d'inventivité et 40 années de protection de la bio diversité, c'est aujourd'hui je crois, une des caractéristiques de la France d'avoir réussi ainsi à avoir des pôles d'excellence qui nous aident à bâtir l'ensemble des politiques qu'il nous faut bâtir pour protéger notre planète. 30 ans pour les Ecrins, 40 ans pour la Vanoise, 40 ans pour Port-Cros, il y a là une expérience significative de ce que peuvent être les pôles avancés du développement durable, les pôles avancés de la protection de l'environnement, et comme le disait le président PARANQUE, à l'instant de cette relation entre nature et culture qui est au c¿ur de l'équation des parcs nationaux et qui, je crois, doit rester cette direction pour l'avenir.

L'avenir, Jean-Pierre GIRAN y a travaillé en me remettant un rapport sur les parcs nationaux, une référence pour la France, une chance pour les territoires pour bâtir les principes d'une réforme de la politique des parcs, et je voudrais saluer la pertinence des travaux menés par le député Jean-Pierre GIRAN.

C'est un travail de grande qualité qui réussit, je trouve, à bien concilier ce qu'est la problématique des parcs, c'est à dire à la fois l'exigence nationale, exigence de vision nationale, exigence de solidarité nationale, mais aussi la participation des acteurs locaux et la capacité à l'intégration sur le territoire des populations qui vivent dans ces espaces particulièrement importants. Avec Jean-Pierre GIRAN, nous avons voulu donner une nouvelle impulsion pour les parcs nationaux et cette capacité à inventer un peu leur nouvelle gouvernance pour ce XXIème siècle et en s'inspirant des réussites, mais aussi des difficultés que vous avez eues ici à surmonter avec l'ensemble des partenariats.

Nous voulons être capables de refonder ce statut des parcs nationaux, et c'est pour ça que j'ai demandé à Roselyne BACHELOT de préparer des mesures législatives s'inspirant du rapport GIRAN pour que nous puissions au premier semestre 2004 ainsi décider par une expression du Parlement, Messieurs les députés, Messieurs les sénateurs, d'être en mesure de définir ce nouveau statut dans cette nouvelle, je dirais, cohérence, entre l'exigence nationale et internationale, cette attractivité, cette reconnaissance d'une politique rigoureuse, pour être une véritable attitude protectrice, mais en même temps intégrée aux partenariats locaux, et dans les partenariats locaux. Il y a naturellement le rôle de l'Etat, Messieurs les préfets, mais aussi l'ensemble des acteurs que sont les élus, évidemment, les collectivités territoriales, départements et régions que je salue, mais aussi la société civile, les acteurs des entreprises et des propriétaires, et des différents acteurs de la vie associative qui participent à cette dynamique.

Voilà, cette réforme, nous voulons l'engager pour le premier semestre 2004. Je pense que nous serons en mesure, à la fin de ce premier semestre, d'être capable, en Conseil des ministres d'abord, puis au Parlement ensuite, de proposer cette réforme.

Vous citiez tout à l'heure LAMARTINE qui, Monsieur le président, est une plume particulièrement moderne, qui rend hommage, notamment dans l'histoire des Girondins, très attaché, qui rend hommage à madame ROLAND, madame ROLAND qui a été le leader des Girondins, et LAMARTINE dit de madame ROLAND, " derrière toute grande ¿uvre, il y a toujours une femme. " C'est pour ça que j'ai confié cette réforme des parcs à madame BACHELOT. Dans ces orientations, je tiens à vous dire que l'Etat est vraiment déterminé à assurer ses responsabilités nationales, mais aussi internationales dans la création des parcs et dans ce partenariat avec les collectivités territoriales au niveau de la gestion de ces espaces d'exception.

L'Etat doit être le garant de cette exigence avec les uns et les autres. Il faut cette dialectique permanente entre la cohérence nationale, l'exigence nationale, je dirais, et la proximité territoriale. C'est pour ça, et c'est dans ce sens-là, que nous voulons travailler avec les élus et avec l'ensemble des partenaires, ceux qui sont associés à la gestion des parcs et ceux qui sont associés notamment ici à ce parc national particulièrement important, puisqu'il est innovant. Il a participé à la réflexion qui a été menée par les participants du cinquième congrès mondial des parcs, puisque cette conception un peu originale des parcs nationaux qui ont une partie du domaine public maritime dans leurs responsabilités, et qui font que nous voulons faire évoluer cette notion de spécificité des espaces maritimes qui est, je crois une exigence nationale et qui concerne beaucoup des territoires en France métropolitaine, mais aussi Outre-Mer et qui constitue pour nous une réflexion à partir de laquelle Port-Cros, peut être source d'expérience et d'innovation.

Je souhaite vraiment qu'avec les collectivités territoriales on puisse partager cette vision d'un parc ambitieux qui puisse s'inscrire dans cette logique qui va être celle de notre Constitution maintenant avec cette charte de l'environnement que le président de la République souhaite inscrire dans la Constitution - c'est un élément très important de l'avenir.

Notre siècle, notre société est en train de prendre conscience que finalement, la planète sur laquelle nous vivons, est menacée et que l'humanité aujourd'hui, par la génétique d'une part, mais aussi par l'incompréhension quelquefois d'un certain nombre de phénomènes de développement durable, peut mettre la planète et l'humanité en cause, et c'est pour ça que nous voulons vraiment que l'environnement apparaisse dans notre loi fondamentale dans ce pacte républicain qui est la Constitution, et que l'on puisse placer l'environnement comme une ambition nationale, élément de notre cohérence nationale, puisque la France se doit de participer à la mobilisation nationale pour la protection de la planète. Vous savez que nous sommes des militants, le président de la République en tête, du protocole de Kyoto. Nous voulons qu'il y ait une sorte de meilleur partage dans le monde de la conscience, de la fragilité de la planète. Cette conscience-là, nous voulons la partager dans la Constitution, tout ceci à partir de la charte de l'environnement, du principe de précaution, et d'un certain nombre de valeurs qu'il nous faut défendre. Ces valeurs-là, il faut pouvoir les montrer dans un certain nombre de sites qui sont des sites non pas expérimentaux, mais qui sont des sites d'excellence qui peuvent nous aider à bâtir cette valeur supplémentaire de la République qu'est la dimension environnementale et du développement durable. Parce que c'est, je crois, très important que la France se situe dans ce message universel qui a toujours été un peu son histoire. Les grands intellectuels ont fréquenté cette maison, la France a le message de l'universalité dans ses gènes, elle a aussi ce message de développement pour le rendre compatible avec la protection de l'environnement. Je tiens à souligner l'action du Parc national de Port-Cros dans cette dynamique de l'environnement et dans cette exigence qui a été la sienne, pour notamment au niveau international avec l'Italie, avec Monaco aussi. Notamment, je pense à ce qui a été fait sur la biodiversité à propos des cétacés. Il y a là je crois un certain nombre d'orientations qui sont des orientations d'avenir et qui appartiennent à ces initiatives internationales qu'il nous faut renforcer.

Je voudrais en venir au site particulièrement emblématique que représentent les "Salindières" et dire combien, je salue à cet égard le travail remarquable qui a été engagé par le Conservatoire du littoral dans ces sites et notamment par cette dynamique que développe le Conservatoire du littoral pour l'ensemble de notre protection. C'est une des caractéristiques de la France, c'est pour cela que nous avons besoin de ce pôle d'excellence qu'est le Conservatoire, notamment pour protéger tous nos marais littoraux et toutes les zones humides qui sont l'une des caractéristiques du territoire national et qui exigent une grande vigilance quant à leur biodiversité, quant à la préservation de cet environnement qu'il nous faut particulièrement protéger et rendre compatible avec la vie économique. J'ai demandé au Conservatoire dans cette perspective, et en ce qui concerne ici le parc d'acquérir dès 2004, les 20 hectares de la pinède de "Pesquier" qui constitue une zone biologique vitale. L'acquisition de terrains, on le sait bien, n'est pas une fin en soi, mais c'est le début d'une longue histoire de gestion patrimoniale et c'est pour ça, je crois que c'est important de mettre en place un programme ambitieux de restauration et volontariste de gestion élaboré ensemble pour cette pinède. C'est pour ça qu'une enveloppe spécifique d'un million d'euros sera débloquée dès ce budget 2004 pour réaliser les études et pour faire en sorte que les travaux d'aménagement des salins puissent être créés dans ce milieu, cet écosystème particulièrement spécifique. Je pense notamment à la nidification des flamands roses, ce qui serait pour nous ce que nous voulons qui soit, cette deuxième zone française. Nous souhaitons beaucoup qu'il puisse y avoir des travaux de réaménagement, mais aussi des travaux de mise en sécurité pour l'ouverture au public et l'installation d'observatoires des oiseaux.

Il faut aussi pouvoir séduire pour pouvoir convaincre et être capable d'expliquer et là, il y a un travail pédagogique que tous les partenaires peuvent développer ensemble, je pense notamment à toute la population scolaire, à toute la population des jeunes qui ont besoin de vivre ces connaissances de l'environnement et de vivre le développement durable comme une pratique qui soit une pratique tangible, opérationnelle. C'est, je crois, pour les plus jeunes esprits la manière de les convaincre et de les mobiliser dans cette pédagogie de l'environnement de la précaution et de conscience de la planète.

Voilà ce que je voulais vous dire en disant, combien j'avais un bonheur profond de saluer les mérites de ceux qui depuis 40 ans, se sont consacrés à la préservation de cet espace. Je pense que c'est particulièrement significatif, à la fois d'avoir réussi à bâtir ces politiques, mais aussi en avoir fait une force attractive. Et je voudrais dire à tous ceux qui en France ont peur des parcs naturels, nationaux ou régionaux qu'au fond, il y a une lecture très positive de cette dynamique là. C'est vrai qu'il peut y avoir des contraintes, c'est vrai qu'il peut y avoir un certain nombre d'inquiétudes, mais c'est vrai aussi que quand ces contraintes sont dépassées, quand on arrive à dégager une volonté collective, on est capable à ce moment là d'avoir une valeur attractive et une protection de territoire reconnue et cette reconnaissance favorise l'attractivité du pays.

Vous savez - je termine par là -, je crois vraiment qu'il faut que nous pensions à l'attractivité de la France. L'attractivité de la France, c'est une attractivité économique, c'est une attractivité sociale, c'est une attractivité sociale, c'est une attractivité culturelle, c'est aussi une attractivité des paysages et une attractivité environnementale. L'environnement est une des cartes maîtresses de notre pays dans l'espace international. Et donc nous avons besoin de valoriser ces atouts. La France est un pays qui a de très nombreux atouts géologiques, géographiques, des atouts historiques, culturels qui sont des capacités de séduction et d'attractivité pour un grand nombre de force de développement et finalement de partage de ce qui est notre art de vivre. Car, au fond, le tourisme, avant d'être des échanges de devises, c'est avant tout un partage, le partage d'un art de vivre, le partage de certaines valeurs, y compris les valeurs environnementales. C'est pour ça que je suis très heureux de pouvoir être à vos côtés pour saluer Port-Cros qui est un espace d'excellence de ces valeurs environnementales et de souhaiter un bon avenir et des v¿ux de prospérité, mais aussi de préservation et de qualité à Port-Cros et à tous ses animateurs. Pour chacune et chacun d'entre vous, je souhaite de très bonnes fêtes de Noël et aussi une bonne année 2004. Merci."

(source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 29 décembre 2003)

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