Interview de M. Renaud Donnedieu de Vabres, porte-parole de l'UMP à Radio France internationale, le 23 décembre 2003, sur l'accord passé par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne avec la Libye, concernant les armes de destruction massive et sur le maintien de la France à l'écart de la reconstruction de l'Irak. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Renaud Donnedieu de Vabres, porte-parole de l'UMP à Radio France internationale, le 23 décembre 2003, sur l'accord passé par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne avec la Libye, concernant les armes de destruction massive et sur le maintien de la France à l'écart de la reconstruction de l'Irak.

Personnalité, fonction : DONNEDIEU DE VABRES Renaud, GANZ Peter.

FRANCE. UMP, porte-parole

ti : Qui a raison, entre Michèle Alliot Marie, ministre de la Défense, et Dominique de Villepin, ministre des Affaires étrangères ? La France a t elle, oui ou non, été tenue à l'écart de l'accord passé par Londres et Washington, avec la Libye, sur les armes de destruction massive ?
"Je crois que vraiment, la question la plus importante, est celle que, dans un monde dangereux, la suppression d'une menace grave est une bonne nouvelle pour la sécurité internationale. Alors, les diplomaties américaine et anglaise ont joué à plein, comme les diplomaties française, allemande et anglaise avaient joué à plein en Iran. Le degré d'informations de partenaires et d'alliés n'est vraiment pas la question la plus importante."

A-t il été respecté cette fois-ci ?

"Je pense que l'échange d'informations, en tout cas, même dans les périodes de plus fortes crises, entre les services secrets américains et les services secrets français, joue. J'espère qu'il en va de même en permanence. Pour être franc, je ne sais pas répondre avec précision à votre question. Mais elle ne me semble pas - ce n'est pas être désobligeant de le dire - l'enjeu le plus important ; l'enjeu le plus important est de définir une méthode pour effectivement supprimer un certain nombre de menaces."

Donc, selon vous, la France a été tenue à l'écart des négociations entre Londres et Washington, avec Tripoli ?

"C'est possible, c'est tout à fait probable, je n'en sais strictement rien, je souhaite surtout que ce qui s'est passé vis à vis de la Libye puisse se répéter vis à vis d'autres pays, c'est à dire une méthode : on exerce des pressions, on parvient à un résultat, dans le respect des règles du droit international, avec, ensuite, en l'occurrence, l'AEIA, chargée du respect des règles. C'est cela qui est important. Je crois qu'aujourd'hui, on est dans un univers qui est tellement dangereux, avec une menace terroriste protéiforme, excessivement fluide, qui s'adapte à toutes les situations, qu'il faut qu'on ait une méthode incontestable d'action. Ce fut le cas là, en Libye, ce fut le cas en Iran, ce doit être demain le cas en Corée du Nord. Parce qu'à ce moment-là, il y aura un vainqueur : c'est le droit international et c'est la sécurité internationale. Et un camp mis en échec, c'est ce qui menace la paix, notamment les terroristes."

Cette affaire libyenne, cet accord sur les armes de destruction massive semble l'illustrer : la France est elle exclue du jeu par les Américains, qui lui font payer chèrement son opposition à la guerre en Irak ?

"Je ne pense pas, parce que à ce moment-là, c'est comme je vous le disais tout à l'heure, il faut parler aussi de ce que nous avons fait et réussi en Iran. Soyons francs : il y a par rapport au peuple américain, par rapport aux dirigeants américains, un élément très important, c'est que le président Bush a dit qu'au fond, il y a un lien entre S. Hussein et Ben Laden. Et c'est cela qui explique le fossé dans la relation transatlantique. C'est à dire que le peuple américain, un certain nombre de responsables politiques américains, croyant ce lien établi se sont dit que la France n'est pas un partenaire loyal dans la lutte contre le terrorisme. Et depuis, les Américains ont reconnu que ce lien n'était pas établi et que les vérifications sur place font apparaître qu'il n'y a pas d'armes de destruction massive. Je souhaite donc que la prise en compte de ces réalités permette une réconciliation entre les Etats Unis et la France. Cela prend forcément du temps, parce qu'il y a une vision nécessaire de l'équilibre mondial que nous cherchons à promouvoir et qui n'est pas forcément la vision de notre partenaire américain, donc les choses sont difficiles. Et puis, il faut avoir les yeux ouverts et être tout à fait réalistes. D'un mot, prenons l'exemple de ce qui s'était passé au Koweit, où nous avions tous participé : 90 % des marchés de reconstruction du Koweït avaient été attribués ensuite à des entreprises américaines."

Alors en attendant, l'addition semble un peu lourde pour Paris : sur la Libye, on en a parlé ; sur le dossier du réacteur de fusion expérimental ITER ; sur la reconstruction en Irak. On a quand même l'impression que les Américains ont décidé de punir la France de sa témérité du printemps dernier ?

"Ce serait une grave erreur, je constate comme vous un certain nombre d'attitudes, je les regrette, lorsqu'elles sont d'ailleurs des franchissements de la règle de droit - l'OMC existe et donc cela s'est produit, et l'Europe, à plusieurs reprises, notamment dans le dossier sur la sidérurgie, a gagné face aux Etats Unis. La France a dit le droit, la France s'est exprimée avec justice. Dans la période actuelle, il faut se garder de toute leçon définitive. Nous voyons bien que sur le sol irakien, créer une paix définitive est longue à établir, que partout dans le monde, il y a des tensions, des risques et des menaces à caractère terroriste. Donc, aujourd'hui, dans le monde actuel, il n'y a pas de vainqueur définitif face au terrorisme et c'est un enjeu qui repose sur nos épaules à tous, que de trouver les moyens d'y faire face et de l'éradiquer. Je souhaite donc que les Américains se rendent plus compte que la France est un allié utile pour eux."

Quel est le bénéfice que Paris retire aujourd'hui de son opposition aux Etats Unis sur l'Irak ? On a un peu de mal à le voir pour l'instant...

"Tout simplement, d'avoir défini la bonne méthode pour parvenir à la sécurité extérieure ; tout simplement apparaître comme le camp, et nous sommes très nombreux, très nombreux... Parce que, si vous voulez, la France a été désignée comme bouc émissaire, nous avons été pointé du doigt, mais la coalition des Etats et, surtout, la coalition des peuples était tout à fait importante. Aujourd'hui notre crédit international, contrairement à certaines apparences ou à certaines caricatures de la presse anglo saxonne, est tout à fait considérable. Tout simplement parce que nous ne sommes pas devenus des pacifistes, mais nous avons simplement défini une bonne méthode pour essayer - il faut être modeste, essayer - de parvenir à davantage de sécurité internationale."

Vous parlez de la presse anglo saxonne. La presse française nationale est dure, ce matin, pour la diplomatie française : "pataquès", "cafouillage", "malaise", "isolement"...

"Est ce qu'il y a trois semaines, au moment du succès européen, qui était sympathique d'ailleurs, parce que c'étaient trois puissances européennes, l'Allemagne, la Grande-Bretagne et la France, est ce que la presse s'était emparée, avec force, si vous voulez de ce beau résultat ? Non. C'est tout à fait logique que l'on parle des choses qui posent problème et jamais de ce qui se passe de manière réussi..."

Finalement, tout cela ne veut il pas dire quand même que la France n'a plus vraiment les moyens d'avoir une politique étrangère autonome, dissociée du grand allié américain et que la Grande-Bretagne, par exemple, a parfaitement intégré cet état de fait et qu'elle en retire, elle, les bénéfices ?

"Je suis orgueilleux et pour mon pays et pour l'Europe, je crois que nous avons les moyens d'agir. Je crois surtout que notre vision de l'équilibre du droit est la seule vision qui permette, dans ce monde extraordinairement dangereux, de faire face. Croyez-vous qu'aujourd'hui, au Moyen-Orient, face au terrorisme islamiste, que le droit n'est pas la meilleure solution ? Croyez-vous que l'apologie de la force unilatérale résout les problème ? Non. Il ne faut surtout pas tenir de propos définitifs de ce qui vient de se passer en Libye qui, encore une fois, est une bonne nouvelle et je m'en réjouis. J'avais bien constaté, au moment des négociations, menées par les Américains et les Britanniques, il y a de nombreux mois, sur les conséquences en forme de guerre, qu'avait été la prise d'otages, sur l'indemnisation des familles des victimes, que des liens s'étaient effectués. Nous aussi. Souvenez vous de ce qui s'est passé, au moment où quelqu'un d'origine libyenne a été désigné comme président de la commission des Droits de l'homme, par l'ONU. Cela avait fait réagir, vous aviez bien observé les rapprochements qui étaient en cours. Je suis heureux qu'ils se manifestent encore une fois, c'est une menace de moins. Ce n'est en rien la victoire définitive du camp américain contre les apôtres du droit."

Et la France est toujours dans le camp Américain ?

"La France est un allié des Américains dans la lutte contre le terrorisme, mais la France, avec ses partenaires européens, essaye, sans que cela apparaisse comme un acte inamical et frontal, de développer une stratégie concertée. Et puis il y a des cas où on est directement concurrents, n'ayons pas peur de le dire : quand on vend des tas d'Airbus de par le monde, et j'en suis fier et heureux, on "se cogne", il n'y a pas d'autres termes, le concurrent américain, en l'occurrence Boeing. Il faut donc faire en sorte qu'au plan de la sécurité on soit partenaires, et parfois, au plan économique, eh bien oui, on est concurrents."


(Source http://www.u-m-p.org, le 24 décembre 2003)

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