Interview de M. Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux transports et à la mer, à "France Inter" le 31 décembre 2003 sur l'alerte antiterroriste aux USA et l'annulation de vols d'Air France pour raison de sécurité, sur le retour annoncé de la croissance, sur la réduction de la période d'indemnisation des demandeurs d'emploi. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux transports et à la mer, à "France Inter" le 31 décembre 2003 sur l'alerte antiterroriste aux USA et l'annulation de vols d'Air France pour raison de sécurité, sur le retour annoncé de la croissance, sur la réduction de la période d'indemnisation des demandeurs d'emploi.

Personnalité, fonction : BUSSEREAU Dominique, WEILL Pierre.

FRANCE. SE aux transports et à la mer

ti :
P. Weill-. Des vols d'Air France à destination des Etats-Unis annulés pour raison de sécurité - cela s'est passé il y a quelques jours -, les Américains qui demandent aux compagnies aériennes qui se rendent aux USA ou qui survolent le pays d'embarquer des agents de sécurité. En cette période de fin d'année, l'alerte antiterroriste est à son maximum dans les transports aériens. C'est un sujet sensible sur lequel les autorités communiquent peu, alors on va essayer d'en savoir un peu plus ce matin. Est-ce que vous confirmez, qu'à la demande des Américains, des hommes du GIGN sont à bord en ce moment de certains vols d'Air France vers les Etats-Unis ?

- "Nous sommes dans un moment de sécurité maximum, ce qui veut dire en effet que certains vols très sensibles sont particulièrement surveillés avec des mesures qui s'apparentent à celles que vous venez de citer. Cela durera tant que nous aurons, avec nos amis américains, la même estimation d'une menace réelle sur les vols à destination des Etats-Unis ou certains vols venant des Etats-Unis se dirigeant vers l'Europe."

Donc, il y a actuellement des hommes du GIGN, ou peut-être des policiers du RAID dans certains appareils d'Air France ?

- "Permettez-moi de ne pas donner trop de précisions - vous comprendrez aisément. Ma réponse est oui."

Des armes à feu dans un avion, cela peut avoir des conséquences dramatiques. D'après ce que vous savez - je rappelle que vous êtes secrétaire d'Etat au Transport -, est-ce que les hommes du GIGN ont un type d'armement particulier qui peut être utilisé en vol, sans menacer la sécurité des avions ? On parle d'armes dites "non létales", elles peuvent immobiliser ou neutraliser un éventuel agresseur.

- "Vous avez tout à fait raison, les armements dont peuvent disposer celles ou ceux qui sont à bord des avions particulièrement surveillés doivent être des armements qui ne peuvent pas causer de dommages à l'avion, c'est-à-dire ne pas endommager la carlingue, ne pas créer un "sur-accident" ou un "sur-risque", et donc, il s'agit d'armements adaptés. Je rappelle que la compagnie Air France, en temps normal, depuis les évènements du 11 septembre, avait déjà à bord de ses avions des agents de surveillance, qui étaient des agents non armés. Beaucoup de compagnies en Europe ou des compagnies bien connues, comme la compagnie israélienne, ont à bord des personnels armés. Donc, le personnel armé ce n'est pas la règle, c'est actuellement une exception réservée à certaines situations très particulières. La règle, à bord des avions, ce sont des personnels non armés et dès que la situation sera redevenue normale en termes d'appréciation du risque, naturellement, il sera revenu aux mêmes mesures que celles qu'avait prises auparavant la compagnie Air France."

Air France utilisait déjà les services d'une société privée, d'agents de sécurité ; cette société est en liquidation judiciaire. Les Américains exigent que l'on forme ce qu'ils appellent "des shérifs de l'air". Est-ce que la France est prête à le faire ?

- "Pour l'instant, nous nous adaptons à une situation difficile et particulière en cette fin d'année. Les mesures que nous avons prises en France depuis le 11 septembre sont des mesures très importantes. Nous avons fait en sorte que le contrôle des bagages, de soutes soit complet à 100 %, y compris dans tous les aéroports autres que les aéroports parisiens, naturellement, ce n'est pas une mesure réservée à Orly et à Roissy. Nous avons fait en sorte que les contrôles des passagers, les contrôles des bagages, des cabines soient également faits à 100 %. Nous avons énormément renforcé les accès dans les aéroports : par exemple, l'aéroport de Roissy va s'équiper de la biométrie qui permettra, premièrement, par la lecture des empreintes digitales, de vérifier que les personnels qui ont accès à certaines zones soient les bons personnels. Donc, la France est au sommet de ce que l'on peut faire dans le domaine de la sécurité aérienne avec beaucoup d'investissements de la part des compagnies et de chacun de ceux qui nous écoutent. Car lorsque nous payons un billet d'avion, nous payons également une taxe qui sert à la sûreté. Donc, cela fait partie de toutes ces mesures qui sont importantes. Il y a une veille à bord, il y a des cockpits également protégés par des blindages. Donc, je crois que nous avons fait tout ce qu'il fallait. Pour l'instant, je le répète, c'est une petite période de fin d'année exceptionnelle avec un risque maximum d'après nos amis américains. Nous avons également notre propre estimation de cette situation et donc, nous nous adaptons."

Laquelle ?

- "Eh bien nous considérons qu'à partir du moment où nos amis américains qui ont des informations fortes dans ce domaine estiment qu'il y a un risque sur leur sol avec des avions pouvant venir de l'ensemble du monde, naturellement nous devons participer à la prévention de ce risque."

Cette présence des supers gendarmes du GIGN sur des vols d'Air France vers l'Amérique, est-ce que cette présence existe aussi sur d'autres vols sensibles à travers peut-être l'Europe ou le Moyen-Orient ?

- "Je ne vais pas vous donner la liste des vols sensibles par nature, mais vous devinez bien qu'en dehors des vols sur les Etats-Unis, il peut y avoir, en cette période de fin d'année, un certain nombre de pays que nous considérons habituellement comme des destinations sensibles, et en cette période de fin d'année comme des destinations demandant une surveillance supplémentaire. Cette surveillance se fait aussi au sol, dans la manière dont les avions sont traités dans les aéroports français."

Mais alors si on craint en ce moment des détournements d'avions, cela veut dire que des terroristes peuvent entrer dans un avion, avec des armes et cela veut donc dire que les contrôles avant l'embarquement ne sont pas fiables à 100 %.

- "Nous faisons en sorte, en France, que les contrôles soient fiables à 100%. Si vous avez récemment pris l'avion et si celles et ceux qui nous écoutent l'ont fait, ils se sont aperçus qu'on était contrôlé d'abord, au passage du point d'inspection vitrage. Ensuite, on est contrôlé parfois dans la passerelle - enfin à plusieurs niveaux. Donc, les contrôles sont maximum. Mais l'imagination de celles et ceux qui incarnent les forces terroristes est telle qu'il vaut mieux toujours prendre des précautions supplémentaires. Un citoyen américain a été arrêté avec des chaussures explosives ; c'était quelque chose qui avait passé des contrôles et qui était assez inattendu. On peut envisager que l'imagination des terroristes soit sans fin, ce qui veut dire que les mesures doivent être fortes. Mais il n'y a pas de raison d'avoir de psychose. Je sais qu'actuellement beaucoup de nos concitoyens, par exemple, sont aux Etats-Unis, ils profitent disons de la bonne situation monétaire de l'euro par rapport à celle du dollar. Donc, je crois qu'il faut surtout éviter la psychose. Simplement, lorsqu'il y a des périodes un petit peu compliquées, avec des conflits importants dans le monde, avec des risques, il faut s'adapter aux précautions. C'est ce que fait le Gouvernement français. Nous le faisons en parfaite étroite collaboration avec les Etats-Unis, mais nous gardons notre souveraineté et c'est nous qui apprécions les mesures que nous prenons."

Vous êtes un proche de J.-P. Raffarin, vous avez grandi en politique ensemble, notamment au sein du Mouvement des jeunes giscardiens. En ce 31 décembre, c'est un peu l'occasion de faire le bilan de l'année 2003 pour J.-P. Raffarin. Première chose : dites-moi, la ficelle était un peu grosse ce matin avec ce Conseil des ministres convoqué un 31 décembre en pleine trêve des confiseurs. On l'a compris : c'est pour montrer que le Gouvernement est mobilisé en permanence, et donc pour faire oublier son absence de réactions lors du drame de la canicule en août. Ce matin, dans la presse, il y a des commentaires assez durs, on parle d'un Conseil des ministres - j'ai lu ça - "extravagant", "baroque", à quelques heures du réveillon, les Français ne sont pas dupes quand même.

- "Il y a beaucoup de monde dans votre studio ce matin, cela veut dire qu'à France Inter, les gens travaillent. Dans celles et ceux qui nous écoutent à travers la France, beaucoup de gens sont au travail, dans leur magasin, dans leur bureau. Ce soir, il y aura des cheminots, des gens de la RATP, des contrôleurs aériens, des tas de milliers et de milliers de Français, des policiers, des gendarmes qui travailleront. Donc, le Gouvernement avait une période pendant laquelle il se trouvait que les deux fêtes étaient un jeudi, donc on aurait pu envisager de stopper l'activité gouvernementale pendant cette période, la décision tout à fait normale et légitime du Président de la République et du Premier ministre a été de dire que le Conseil des ministres devait se tenir le 31. Honnêtement, le dernier Conseil des ministres a eu lieu le 22, celles et ceux de mes collègues du gouvernement qui souhaitaient prendre quelques jours de repos ont pu le faire, j'ai fait comme eux et il n'y a pas de raison de ne pas travailler aujourd'hui, comme vous le faites en ce moment en me posant des questions."

J.-P. Raffarin a connu des sondages de popularité en chute libre cette année. Il y a une légère amélioration ces derniers jours, puisque l'INSEE annonce un retour de la croissance. Mais quand même : J.-P. Raffarin aborde 2004 difficilement, avec un gouvernement dont plusieurs ministres, on le sait, sont en sursis - J.-F. Mattei, L. Ferry, R. Bachelot, F. Mer -, L'UDF est quasiment en dissidence, il y a un ministre de l'Intérieur qui est déjà candidat à la présidentielle de 2007... Est-ce que cela ne plombe pas l'action d'un gouvernement ?

- "Vous me décrivez l'enfer ! Je vais essayer, non pas de vous décrire le paradis, mais de me rapprocher de la réalité."

Mais ce que je dis c'est la réalité.

- "Le gouvernement termine l'année avec, d'abord, des meilleurs résultats économiques en fin d'année ; on voit bien que la tendance est en train de s'inverser. Deuxièmement, il s'appuie sur une force politique importante qui est l'UMP, qui est une création récente et qui est pour la première fois en France, le regroupement de 90 % de l'UDF, de Démocratie libérale et du RPR. Certes, il y a l'UDF qui s'est maintenue, mais avec laquelle nous espérons avoir, pour ces élections régionales et cantonales, les relations les plus harmonieuses possibles. Quant aux membres du Gouvernement, ils font leur travail et les appréciations que vous portez sur le fait qu'ils soient amenés à prendre d'autres fonctions sont vraiment des appréciations personnelles. Je crois qu'aujourd'hui¿"

Pas du tout, ce sont des appréciations qu'on a pu lire dans la presse, les journalistes qui ont été informés par des proches du pouvoir."

- "Vous êtes suffisamment informé des choses de la politique, P. Weill, pour vous méfier de la presse. Donc, je pense que¿"

Mais la presse a des sources !

- "Oui, la presse a des sources, mais les sources parfois sont de couleurs diverses et variées, selon que l'on veut diffuser telle ou telle information. Plus sérieusement, nous attendons l'intervention du président de la République ce soir. C'est un moment très important dans la vie politique de notre pays, c'est le moment où le chef de l'Etat fixe les orientations. A partir de ces orientations, le Premier ministre et le Gouvernement se mettront au travail. Nous avons un lourd programme pour 2004 et plus que regarder 2003, c'est ce que nous avons à préparer comme réformes pour 2004 qui nous intéresse aujourd'hui."

Alors justement : un des grands objectifs de J. Chirac - il ne cesse de le répéter -, c'est réduire la fracture sociale. Vous avez l'impression qu'on réduit la fracture sociale lorsque 180.000 demandeurs d'emploi vont basculer en fin de droits, dès demain, en raison de ce fameux plan de redressement de l'Unedic ?

- "Quand l'Unedic a un déficit de 3,7 millions d'euros par an, il faut bien prendre des mesures. Donc, les mesures ont été décidées par les partenaires sociaux visent à réduire la période d'indemnisation, sans pour autant faire en sorte que les chômeurs en subissent quelques difficultés. Nous avons ensuite le dispositif de l'allocation spécifique de solidarité, nous avons le dispositif du revenu maximum d'activités, nous avons le dispositif du revenu minimum d'insertion. J'ajoute également que nous avons fait de gros efforts pour mettre en place différents contrats pour aider les jeunes à entrer dans les entreprises. Honnêtement, ce message qui est aujourd'hui fait par certains, comme une espèce d'alarme sociale au 1er janvier ne comprend pas la réalité. Nous avions auparavant une politique sociale qui n'était pas financée, nous avions des allocations de fin d'année que le Parti socialiste n'avait pas financées. Aujourd'hui, nous finançons notre politique sociale et nous l'organisons autour des valeurs du travail et pas simplement de la solidarité sans qu'elle soit financée par le travail. Il y a la solidarité et il y a le travail ; c'est ce qui change aujourd'hui et c'est la politique que nous menons."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 5 janvier 2004)

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