Editoriaux de Mme Arlette Laguiller, porte parole de LO, dans "Lutte ouvrière" les 7, 14, 21, 28 novembre 2003, sur l'occupation américaine en Irak et les attentats qui s'y perpétuent, sur la journée de travail supplémentaire pour les personnes âgées, sur le déficit de la sécurité sociale et sur les réductions d'indemnité versée aux chômeurs. | vie-publique.fr | Discours publics

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Editoriaux de Mme Arlette Laguiller, porte parole de LO, dans "Lutte ouvrière" les 7, 14, 21, 28 novembre 2003, sur l'occupation américaine en Irak et les attentats qui s'y perpétuent, sur la journée de travail supplémentaire pour les personnes âgées, sur le déficit de la sécurité sociale et sur les réductions d'indemnité versée aux chômeurs.

Personnalité, fonction : LAGUILLER Arlette.

FRANCE. Lutte ouvrière, porte parole

ti : 7 novembre 2003

Irak : le véritable terroriste est George Bush, représentant en placements pétroliers


L'attentat de dimanche 2 novembre contre un hélicoptère américain, où 18 soldats qui retournaient en permission aux USA ont trouvé la mort, est le dernier en date des symboles de la situation inextricable dans laquelle le gouvernement américain et George Bush en tête ont, en provoquant cette guerre, engagé leurs soldats et leur pays.

Le gouvernement américain rend responsables de ces actes, tour à tour ou en même temps, des partisans de Saddam Hussein ou des membres de réseaux d'Oussama Ben Laden. Sans doute parce qu'il est plus facile de trouver des fantômes à accuser que de faire face à une guérilla qui s'étend. Ou que d'expliquer pourquoi cette guérilla, qui ne peut exister et survivre quel que soit son nombre qu'avec le soutien d'une grande partie de la population, rencontre un tel appui dans le peuple irakien.

Colin Powell, le secrétaire d'État des USA aux affaires étrangères, aurait déclaré: "Nous n'avions pas prévu cela!".

C'était pourtant largement prévisible. Les USA étaient payés pour savoir, après leur défaite au Vietnam, que des troupes étrangères envahissant et occupant un pays ne sont jamais les bienvenues, à moins de chasser un autre envahisseur. Mais même dans ce cas, il ne faut pas qu'elles restent trop longtemps.

Les USA ont, bien sûr, supprimé la dictature de Saddam Hussein. Mais, pour tout le peuple irakien, ils l'ont remplacée par la leur. Les chars américains patrouillent dans les rues. Des quartiers ou des maisons sont brutalement perquisitionnés. La population se trouve toujours sans travail et contrainte de vivre dans les ruines de ses villes et villages. Les USA sont toujours incapables de réparer les bâtiments, les maisons détruites par leurs bombardements ou par leurs chars, et incapables d'enlever toutes les bombes qui ont labouré certains champs sans exploser. Ils ont ramené l'électricité dans quelques villes mais sont loin de l'avoir fait partout. La population vit, depuis la guerre, dans une misère bien plus grande encore que celle qu'elle connaissait avant le conflit.

Le gouvernement américain ne s'est pas engagé dans cette guerre pour détruire les armes de destruction massive car il n'y en avait pas. Il ne s'y est pas engagé non plus pour extirper le terrorisme car rien ne prouve que les chefs des organisations qui ont fait sauter les deux tours jumelles de New York se trouvaient en Irak.

Par contre, ce qui se trouvait en Irak, ce sont d'immenses réserves de pétrole qui excitaient la convoitise des grandes compagnies américaines et anglaises.

Si les USA ont souhaité que la guerre se mène avec des alliés mais sans en partager la direction avec l'ONU ou quelque autre puissance que ce soit, c'est parce qu'ils voulaient être entièrement libres de partager ce pétrole entre ceux des monopoles qu'ils voulaient favoriser.

Et si Chirac ne s'est pas joint à cette guerre, ce n'est pas par pacifisme. C'est parce que les USA avaient affirmé et réaffirmé que, de toute façon, ils seraient seuls à diriger ce qu'ils appelaient "la reconstruction" de l'Irak, c'est-à-dire le dépeçage de ses richesses pétrolières. C'est pour cela que Chirac pour l'impérialisme français et Schröder pour l'allemand boudent les appels au secours militaire de George Bush. En fait, le bourbier où s'enlisent les USA les arrange. Ils espèrent que cela amènera ceux-ci à partager. Peut-être le prétexte en sera-t-il un changement du président des USA fin 2004.

En attendant, si même après que la guerre est terminée, de jeunes Américains meurent tous les jours en Irak, ce n'est ni pour sauver le monde d'attaques nucléaires ou biologiques, ni pour extirper le terrorisme mais, plus prosaïquement, pour les monceaux de billets issus de l'exploitation du pétrole. Dans ce monde, la véritable dictature c'est celle de l'argent. Ces jeunes meurent ou resteront invalides à vie, pour le plus grand profit des capitalistes, des banquiers et des boursiers.


(source http://www.lutte-ouvriere-journal.org, le 6 novembre 2003)


14 novembre 2003

Un jour de travail forcé au bénéfice des patrons


Il a fallu 15000 morts provoqués par la canicule et trois mois de discussions au gouvernement pour que celui-ci mette sur pied son plan pluriannuel d'aide aux personnes âgées et aux handicapés.

Ces ministres n'avaient rien su dire, ni rien su faire au moment de la catastrophe, même pas en reconnaître l'ampleur. Cachant la réalité derrière des communiqués mensongers, ils n'ont pas même sacrifié une journée de leurs confortables vacances pour faire ne serait-ce qu'un geste. Ils nous parlent aujourd'hui abondamment de la "solidarité de tous" en appelant les Français "à donner le temps de leur coeur". En fait cela va se traduire pour tous les salariés, aussi bien ceux du secteur public que ceux du secteur privé, par une journée travaillée gratuitement, dont le fruit servira à financer un fonds destiné à améliorer -sur plusieurs années et de façon nettement insuffisante selon l'avis de tous les spécialistes- les aides publiques aux personnes âgées.

"Solidarité de tous" ose prétendre Raffarin. Mensonge grossier. Un de plus! Non seulement les patrons ne seront pas mis à contribution puisque les 0,30 % de la masse salariale annuelle qu'ils sont appelés à reverser à ce fonds seront le fruit du travail de leurs salariés. Mais il y a mieux encore. Une journée de travail représentant en moyenne 0,50 % de cette masse salariale, le patronat empochera donc la différence, soit 0,20 %. Autrement dit, près de la moitié du revenu de cette journée de travail supplémentaire.

Les patrons seront à coup sûr gagnants. Mais on ne sait pas si les personnes âgées et les handicapés verront la couleur de l'argent que le gouvernement s'apprête à voler aux salariés. Ce ne serait pas la première fois qu'une taxe créée pour financer la solidarité serait détournée de sa destination première. Les anciens se souviennent de la vignette auto qui avait été instaurée -déjà- par solidarité avec les personnes âgées en 1956 et qui, au bout de sa deuxième année d'existence, avait été utilisée pour financer tout autre chose, la guerre d'Algérie en particulier.

La sollicitude de Raffarin envers les patrons s'est manifestée d'une autre façon. Alors que la journée de travail forcée décidée par le gouvernement est fixée au lundi de Pentecôte 2005 pour les fonctionnaires, les patrons du secteur privé auront la liberté du choix du jour, à leur convenance, en fonction des besoins de leur production, sans que les travailleurs aient voix au chapitre.

Raffarin, qui n'a pas peur des grands mots, a déclaré que sa décision d'escroquer un jour de travail aux salariés était "une réforme historique, d'une ampleur financière jamais atteinte". Peut-être cela veut-il dire que ce hold-up contre le monde du travail est le hold-up du siècle. En tout cas il est particulièrement odieux et répugnant car c'est en invoquant la solidarité avec les personnes âgées et les handicapés que le gouvernement veut nous faire les poches pour remplir un peu plus celles des patrons.

Et du coup, les sommes que le gouvernement prétend vouloir consacrer à l'amélioration du sort des personnes âgées sont scandaleusement insuffisantes, de l'avis de tous les spécialistes qui sont confrontés à ces problèmes. Tous, urgentistes, directeurs de maisons de retraites ou associations qui s'occupent de soins à domicile, expliquent que les sommes alimentant le fonds solidarité-vieillesse sont une goutte d'eau dans l'océan des besoins.

Pourtant ni Raffarin, ni Chirac, ni Mattei, n'auraient de peine à trouver les milliards d'euros qui manquent cruellement dans ce domaine, comme dans d'autres liés à la détresse sociale qui s'étend dans le pays. Il suffirait de prendre l'argent là où il se trouve, en le prélevant d'autorité sur les profits des gros actionnaires, sur les fortunes des riches. Ce ne serait pas plus injuste, ni plus choquant que d'imposer autoritairement une journée de travail forcée et gratuite aux salariés!

Ce serait plus juste que la décision de construire un sous-marin de plus et d'augmenter de 4 % le budget militaire, comme vient de le décider le Parlement.


(source http://www.lutte-ouvriere.org, le 14 novembre 2003)

21 novembre 2003

Sécurité sociale : oui, il y a des abus... mais du côté de l'État


Après les campagnes sur les malades ou les blessés qui iraient trop souvent consulter aux urgences, les personnes âgées qui consommeraient trop de médicaments, c'est au tour des arrêts maladie qualifiés d'abusifs d'être accusés de porter la responsabilité du déficit de la Sécurité sociale. Un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales, remis le 12 novembre au ministre de la Santé, préconise de renforcer les contrôles sur les arrêts maladie de longue durée, de raccourcir la durée maximale d'indemnisation de trois à deux ans, de limiter le paiement des indemnités journalières à trois mois en cas de rupture du contrat de travail -et tant pis pour le travailleur qui, en plus de perdre son emploi, aura le malheur de tomber malade-, et de calculer les indemnités journalières des chômeurs sur la base de leurs allocations, et non plus sur celle du dernier salaire perçu. Et comment vivre avec 50 % des indemnités de chômage, pour un travailleur qui était payé au Smic?

Le gouvernement n'a pas fait connaître ses intentions, et ne prendra peut-être aucune décision à ce sujet avant les élections régionales et européennes du printemps 2004. Pour le moment, il ne s'agit sans doute que de tenter de culpabiliser les travailleurs, en même temps que de flatter la fraction la plus réactionnaire de l'électorat de droite, ces bourgeois grands ou petits qui considèrent que tous les salariés sont des fainéants. Mais ce rapport, demandé par le gouvernement, montre ce que celui-ci entend par "réforme de la Sécurité sociale".

Le nombre d'arrêts de travail a peut-être augmenté. Mais pas seulement à cause du vieillissement de la population, ou à cause de "l'accroissement de la pression mentale" ressentie au travail, facteurs que le rapport de l'Inspection générale des affaires sociales veut bien prendre en compte. C'est à cause, aussi, de la dégradation des conditions de travail, des cadences sans cesse plus élevées sur les chaînes de montage, responsables d'affections touchant les os et les tendons, y compris chez des travailleurs de 25 ou 30 ans.

Mais les conditions de travail dans les entreprises, cela n'intéresse ni le gouvernement, ni son Inspection des affaires sociales. Personne, dans ces milieux-là, ne se scandalise du fait que dans nombre de grandes entreprises la direction fait pression sur les victimes d'accidents du travail, afin qu'elles ne les déclarent pas. Non pas parce que le patronat voudrait faire économiser de l'argent à la Sécurité sociale, mais au contraire parce qu'il veut éviter d'être taxé par celle-ci. Ces pratiques n'intéressent pas l'État précisément parce que celui-ci est au service des patrons.

Ce qui intéresse le gouvernement, ce n'est pas le déficit de la Sécurité sociale, ce sont les sommes considérables que représente son budget, dans lesquelles il puise abusivement.

On nous présente les choses comme si la Sécurité sociale était une ¿uvre de charité financée par l'État au bénéfice des travailleurs qui en abuseraient. Mais l'argent de la Sécurité sociale, c'est l'argent des travailleurs. Et c'est l'État qui en abuse en faisant financer par la Sécurité sociale la construction des hôpitaux, la formation des futurs médecins, toutes choses qui devraient lui incomber (comme il finance les autres enseignements supérieurs ou la construction des casernes!), sans parler des réductions de charges sociales accordées au patronat, et que l'État ne compense que partiellement.

C'est pourquoi, quel que soit le détail des mesures que le gouvernement envisage de prendre sur la Sécurité sociale, on peut être sûr que le but qu'il poursuivra restera celui recherché par tous les gouvernements depuis plus de vingt ans: restreindre encore les droits des travailleurs, et faire financer le maximum de services publics par la Sécurité sociale (sans compter une aide aux cliniques privées), afin de disposer de plus de moyens pour faire des cadeaux aux entreprises.

Mais encore faudrait-il, et c'est bien pourquoi le gouvernement avance à petits pas, que les travailleurs se laissent faire.

(source http://www.lutte-ouvriere-journal.org, le 20 novembre 2003)

28 novembre 2003

Ils veulent contraindre les chômeurs à accepter n'importe quel travail

Les buralistes qui ont manifesté lundi 24 novembre ne font sans doute pas partie des catégories sociales les plus à plaindre. Mais l'attitude du gouvernement à leur égard est significative de son mépris envers les catégories sociales victimes de sa course désordonnée à ce qu'il appelle les "réformes" et qui consiste à chercher à dégager des ressources supplémentaires pour l'État afin de réduire les impôts pour les possédants et d'arroser toujours plus généreusement le grand patronat.

Le tabagisme est certes un vrai problème de santé. Mais, sous prétexte de faire pression sur les fumeurs, le gouvernement cherche surtout à récupérer quelques millions supplémentaires sans s'occuper des conséquences pour les buralistes. Devant leur réaction, Raffarin fait profil bas et propose de compenser leur manque à gagner.

Vis-à-vis des étudiants, Raffarin et le ministre de l'Éducation, Luc Ferry, se livrent à la même danse de Saint-Guy. Après avoir déjà reculé une fois, avant l'été, face aux étudiants qui protestaient contre sa "réforme" des universités, le gouvernement est revenu à la charge avant de prétendre qu'on l'a mal compris et que les étudiants protestent pour rien. Ces derniers appellent cependant à continuer les manifestations car ils se méfient des dénégations du gouvernement, et ils ont bien raison.

Mais, si le gouvernement essaie de composer face aux buralistes qui font partie de sa base électorale et s'il est prudent vis-à-vis des étudiants, il continue en revanche systématiquement ses attaques contre les travailleurs.

Après ses projets de la semaine dernière contre ceux qui ont le malheur de tomber malades, la réduction de la durée maximale d'indemnisation des arrêts maladie de longue durée de trois à deux ans et la diminution des indemnités journalières de chômage, il s'en prend de nouveau aux chômeurs avec l'instauration du RMA (Revenu Minimum d'Activité).

Le projet consiste à proposer à ceux qui touchent le RMI un revenu minimum d'activité à hauteur du Smic, pour un travail de 20 heures minimum par semaine. Aux travailleurs concernés, cela rapportera en tout et pour tout, par mois, 183 euros de plus que le RMI. Le patron, de son côté, n'aura que cette somme à débourser, car c'est lui qui touchera le RMI qu'il pourra intégrer dans le salaire versé, et, de surcroît, n'aura pas de charges sociales à payer. C'est donc une main-d'oeuvre quasiment gratuite qui est livrée aux patrons qui n'auront de surcroît aucune obligation à l'égard des travailleurs embauchés puisque le contrat est à durée limitée. Et cette activité, déjà à peine payée, ne comptera que partiellement pour la retraite du travailleur.

Le gouvernement ose prétendre qu'il s'agit là de créations d'emplois. On n'est pas loin du travail obligatoire gratuit au nom de la création d'emplois. Ce n'est pas seulement une escroquerie, cela aggravera encore le chômage. Les patrons qui auront à leur disposition cette main-d'oeuvre quasi gratuite n'embaucheront évidemment pas sous contrat à durée indéterminée, ils renverront même des intérimaires en fin de contrat pour profiter de l'aubaine.

Cette proposition est accompagnée de discours d'une cynique brutalité propageant l'idée que ceux qui sont au chômage le sont parce qu'ils préfèrent l'assistanat au travail. Il s'agit de faire pression sur les travailleurs au chômage pour qu'ils acceptent n'importe quel travail à n'importe quel prix. Et cette campagne contre les chômeurs se développe alors même que les plans de licenciements des grandes entreprises se multiplient et que le chômage s'aggrave!

Bien que son offensive contre les travailleurs soit permanente, le gouvernement la mène cependant pas à pas, en étalant les mesures. Malgré sa morgue et sa haine du monde du travail, il sait que, s'il y a des réactions, il risque d'avoir affaire, non pas à 30000 buralistes, mais à plusieurs millions de travailleurs. Il vérifiera peut-être plus vite qu'il ne le pense que son inquiétude est fondée.

(source http://www.lutte-ouvriere.org, le 27 novembre 2003)

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