Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à France 2 le 22 décembre 2003, sur le travail du gouvernement durant les fêtes de fin d'année, le dispositif de mobilisation contre le froid, les ambitions politiques de Nicolas Sarkozy, les réactions à la loi sur la laïcité et sur la préparation des élections régionales notamment en Ile-de-France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à France 2 le 22 décembre 2003, sur le travail du gouvernement durant les fêtes de fin d'année, le dispositif de mobilisation contre le froid, les ambitions politiques de Nicolas Sarkozy, les réactions à la loi sur la laïcité et sur la préparation des élections régionales notamment en Ile-de-France.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François, SICARD Roland.

FRANCE. SE aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement

ti : R. Sicard -. Le Conseil des ministres a été avancé à ce matin, cela va permettre aux ministres de prendre un petit peu de repos. Mais il n'y aura pas de conseil supprimé : c'est J. Chirac qui l'a voulu. Tout le monde doit donc rester sur le pont. Est-ce que c'est la leçon qui est tirée des grandes vacances gouvernementales de la canicule ?

J.F. COPE. - "Mais absolument pas, je suis même étonné qu'on puisse s'étonner, dans votre métier, de voir le Gouvernement travailler pendant les périodes¿"

R. Sicard -. On est parfois très candide, vous savez...

J.F. COPE. - "Oui je vois ça, parce que, écoutez, il se trouve que les deux réveillons du 24 et du 31 tombent un mercredi, qui est le jour traditionnel du Conseil des ministres. Il n'était pas imaginable que nous ne nous réunissions pas pendant deux semaines de suite. Donc le président de la République a convoqué deux Conseils des ministres, un aujourd'hui et puis un autre le 31 décembre."

R. Sicard -. Alors, à l'inverse, cela veut dire que les ministres vont être aussi absents que pendant la canicule ?


J.F. COPE.- "Non justement, dans cette affaire-là, ce qu'il faut bien voir, c'est que durant la période des fêtes de fin d'année, le Gouvernement se réunit de manière régulière, même s'il est vrai que l'une des deux fêtes étant fériée, on a décalé un tout petit peu le Conseil."

R. Sicard -. Mais c'est quand même vrai que pendant la canicule, on avait eu l'impression que le Gouvernement était un petit peu absent. Est-ce que là il y a des leçons qui ont été tirées par J.-P. Raffarin, par J. Chirac, de ce qui s'est passé ?


J.F. COPE.- "Mais il y a beaucoup de leçons à tirer de la canicule, beaucoup, beaucoup, beaucoup : sur le fonctionnement de l'administration, sur la manière dont on doit s'organiser dans ces périodes difficiles tels que des événements comme la canicule, comme aussi les grands froids. Vous savez que nous avons pris un certain nombre de dispositions, à l'initiative de D. Versini, dans ce domaine. On est sorti du temps de la polémique : le Gouvernement a été sur le pont durant l'été, je peux en témoigner, pour avoir eu priorité sur votre antenne à Paris même... Non, je crois que le problème est celui d'une réflexion sur la manière de rendre plus opérationnel l'ensemble de la machine administrative, dans ces événements qui sont extraordinaires mais pour lesquels il faut se préparer. C'est d'ailleurs tout aussi valable sur le terrain : c'est en Ile-de-France qu'il y a eu le plus de personnes décédées. Donc il y a de quoi se poser des questions sur la solitude et la manière d'y remédier."

R. Sicard -. Vous parliez des grands froids, vous parlez de la neige - on les annonce. Il y a un dispositif particulier qui a été mis en ¿uvre au niveau du Gouvernement ?


J.F. COPE.- "Oui, tout à fait. D. Versini présentait, il y a quelques semaines déjà, un nouveau dispositif de mobilisation, avec trois niveaux d'alerte : un niveau courant, un deuxième niveau et puis un troisième pour le très grand froid. Et en l'occurrence, cela signifie en clair beaucoup plus de places ouvertes pour les personnes sans domicile fixe, et puis tous les moyens mobilisables pour, en cas de moments difficiles, tenter de répondre le plus vite possible à la manière de protéger nos concitoyens."

R. Sicard -. Il y a des ministres qui sont, eux, tout le temps sur le pont : c'est par exemple le cas de N. Sarkozy. Il paraît qu'il commence à agacer certains de vos collègues du Gouvernement ?

J.F. COPE.- "Non, je ne crois pas que ce soit comme ça que les choses se présentent..."

R. Sicard -. Vous n'avez pas l'impression que N. Sarkozy est présent beaucoup plus que tous les autres ministres ?

J.F. COPE.- "Non, enfin, ça, c'est la polémique qui peut ici ou là occuper les observateurs. Mais tel n'est pas le sujet. On est en charge d'une action, on a une feuille de route depuis 18 mois et nous tenons les différentes étapes, nous franchissons les différentes étapes de ces réformes qui sont demandées par les Français. Dans le cas que vous évoquez, le domaine d'action de N. Sarkozy, j'ai plutôt le sentiment que ce qui a été fait depuis 18 mois en matière de sécurité recueille l'assentiment et l'unanimité, parce que je crois même que du côté gauche de l'échiquier politique, on est silencieux, ce qui signifie une quasi approbation..."

R. Sicard -. Personne ne lui reproche d'être efficace, ce n'est pas la question. Ce que certains lui reprochent, c'est de peut-être être déjà dans la course à la présidentielle ?

J.F. COPE.- "J'ai bien vu, c'est la troisième fois que vous me posez la question, donc là on est bon, mais je crois que c'est honnêtement pas le sujet et n'attendez pas de moi que je réagisse à tout ça ! Le sujet de fond n'est pas là. Je me suis engagé en politique avec une idée assez simple : les Français choisissent leurs gouvernants sur la base d'un projet politique. Ce projet politique, étape après étape, nous sommes en train de l'accomplir. Ce que je regarde, c'est la manière dont les gens réagissent par rapport à ce que nous faisons : sont-ils suffisamment informés, ne sont-ils pas désinformés, et puis surtout comment est-ce qu'on peut continuer, parce que ces réformes, personne n'a voulu les faire avant ? Donc c'est à ça qu'on travaille."

R. Sicard -. Autre dossier : le voile islamique. Hier, il y a à peu près 3.000 femmes qui ont manifesté dans Paris pour la défense du voile. On a l'impression que les musulmans ne comprennent pas très bien cette interdiction du voile ?

J.F. COPE.- "Je ne partage pas tout à fait votre avis. Il peut y avoir, ici ou là, des moments d'incompréhension, ce qui est normal - c'est une décision qui est importante et c'est à nous de l'expliquer. Mais je crois que chacun doit avoir à l'esprit, à travers le discours du président de la République, qui je crois fera date, que l'on a tenté de bien expliquer les choses en matière de laïcité. La laïcité n'est pas le refus de la religion, c'est tout le contraire : c'est la liberté pour chacun d'exercer son culte dans le respect de celui des autres. Et je crois que ce dispositif va le permettre. Vous savez, de manière très concrète, nous avions constaté, ces derniers mois, ces dernières années - j'en ai été le témoin dans ma propre ville de Meaux -, qu'il y avait des comportements qui pouvaient porter atteinte à cette liberté et aussi porter atteinte aux jeunes filles qui, ici ou là, pour certaines d'entre elles, refusent par exemple de se faire soigner par un médecin homme. J'entends, comme beaucoup de mes collègues, comme beaucoup de mes concitoyens, des manifestations de racisme, d'antisémitisme : tout cela exige que l'on rappelle les grandes valeurs de la République. C'est l'objet de cette loi."

R. Sicard -. Mais il y a des pays où la question ne se pose pas, où les femmes peuvent aller voilées n'importe où ?

J.F. COPE.- "C'est exact et puis il y a des pays, où lorsque l'on s'y rend et que par exemple une jeune femme est en tee-shirt, elle peut se faire sanctionner, même quand elle est touriste. Donc je crois que chacun doit comprendre qu'il y a des règles de fonctionnement dans un pays donné. Les règles de la laïcité sont, aux yeux de la France, des règles de liberté, de tolérance, de respect. Je crois que c'est important que chacun respecte l'autre. Et c'est vrai que dans certains cas ce que l'on voit au quotidien, loin du journal de 20h00 - pardon, R. Sicard -, ce sont des anecdotes du quotidien qui étaient susceptibles de nous inquiéter par rapport aux valeurs de la République. Voilà pourquoi on y a répondu."

R. Sicard -. Mais pour ces femmes qui manifestaient hier, qu'est-ce qu'il faut faire ? Il faut leur expliquer encore votre démarche ?

J.F. COPE.- "De manière générale, il faut toujours passer beaucoup de temps à expliquer, surtout sur des sujets difficiles qui peuvent prêter à polémique. Je ne veux dire qu'une seule chose : cette loi est là pour protéger les citoyens, pour protéger le libre respect de la religion, dans le respect de celui des autres. Et à partir du moment où on peut assister ici ou là à des dérives, qui ne sont pas de nature religieuse mais de nature politique, et que notre devoir est de lutter contre toutes les formes d'intégrisme, il est normal que notamment à l'école, lieu public par excellence de l'éducation laïque et républicaine, chacun puisse porter un signe religieux qui est le sien, dans le respect discret de son intimité mais pas au-delà."

R. Sicard -. L'année prochaine est une année électorale, vous-même êtes candidat aux régionales en Ile-de-France. C'est une région qui est tenue par la gauche , à droite, vous êtes divisés... Cela s'annonce difficile ?

J.F. COPE.- "De toute façon, c'est une élection qui sera difficile, parce que la région Ile-de-France est détenue par la gauche et que nous avons effectivement besoin de convaincre les habitants de la région parisienne que c'est une élection importante, d'autant qu'aujourd'hui ils ne connaissent pas bien son président, ils ne connaissent pas bien ce que c'est que la région Ile-de-France. Donc il y a un travail d'explication à faire."

R. Sicard -. Qu'est-ce que vous faites pour les convaincre ?

J.F. COPE.- "Du terrain, du terrain, du terrain. Je suis aussi présent que possible pour écouter les uns et les autres. Et c'est vrai que maintenant, nous avons fait une cinquantaine de déplacements depuis trois mois, dans les huit départements de cette région, pour bâtir un projet qui soit un peu différent de celui des autres. Par exemple, l'un des éléments importants, c'est d'expliquer aux habitants que le président de la région va avoir des pouvoirs très importants, qu'il est une sorte de "super maire" au service du quotidien. Et parmi les propositions fortes, il y a celle pour moi de proposer aux habitants une carte orange à tarif unique à 45 euros pour toute l'Ile-de-France, parce que j'en ai assez de ces inégalités qui font que d'une zone à l'autre, on peut aller jusqu'à payer 132 euros par personne. Je crois que ça aussi, ce sont des choses qu'il faut changer, comme le service minimum dans les transports, comme aussi l'idée de créer des maisons des urgences... Des choses très concrètes que nous voulons faire pour désengorger les urgences, c'est un lien par rapport aux leçons à tirer de la canicule, avec des médecins avec lesquels on serait en convention, de 20h00 à minuit, pour désengorger les urgences à côté des services hospitaliers. Bref des choses pratiques. Et puis une ambition, je crois que c'est à ça qu'il faut qu'on arrive aujourd'hui. J'espère bien qu'on pourra le faire le plus tôt possible dans l'union à droite, parce qu'on pense la même chose les uns et les autres."

R. Sicard -. D'un mot si vous êtes élu, vous quitterez le Gouvernement ?

J.F. COPE.- "Oui, je m'y suis engagé. Si je suis élu président de la région Ile-de-France, je quitterai le Gouvernement pour me consacrer à 100 % à mes fonctions et à mes fonctions d'élu à Meaux."

(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 22 décembre 2003)

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