Tribune de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, dans "Le Figaro" du décembre 2003, sur le bilan de la politique gouvernementale, intitulée "Cinq changements pour la France". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de M. Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, dans "Le Figaro" du décembre 2003, sur le bilan de la politique gouvernementale, intitulée "Cinq changements pour la France".

Personnalité, fonction : COPE Jean-François.

FRANCE. SE aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement

ti : Voilà presque vingt mois que le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin est au travail. Vingt mois, cela ne représente qu'un tiers de la législature. Et pourtant, en cette fin d'année 2003, certains esprits chagrins, souvent levés du pied gauche, se complaisent à pointer du doigt ce qui ne va pas. Un pointage un peu systématique, qui ne fait pas dans la nuance ! Tout est bon pour conforter la thèse d'une France qui décline, même s'il faut pour cela déformer la réalité ou avoir des amnésies sélectives.

Ces esprits chagrins fustigent d'abord la mauvaise conjoncture internationale, dont le gouvernement, à les entendre, serait forcément responsable. Peut-être auraient-ils pu rappeler au moins deux choses. D'abord que la reprise est en marche, et devrait se sentir dans les foyers français en 2004. Ensuite que le gouvernement n'a pas attendu cette reprise pour réformer : sous le gouvernement Jospin, on avait de la croissance mais pas de réforme ; sous le gouvernement Raffarin, c'est l'inverse. Toutes les décisions prises depuis vingt mois n'ont eu qu'un objectif : préparer la France au rendez-vous de la croissance. Et la reprise économique ne sonnera pas la pause : dans son "agenda 2006", le premier ministre a rappelé très clairement quelle était la feuille de route ; elle sera tenue.

Les esprits chagrins pointent aussi d'un doigt accusateur la politique du gouvernement qui, selon eux, ne serait pas assez "sociale". Peut-être auraient-ils pu rappeler la hausse historique du smic, qui représente un treizième mois pour plus d'un million de personnes, la loi Borloo qui donne une seconde chance aux personnes surendettées, ou encore la possibilité offerte à ceux qui ont commencé à travailler à 14, 15 ou 16 ans de partir à la retraite avant 60 ans. Toutes ces mesures éminemment sociales avaient été écartées par le gouvernement Jospin, qui les jugeait "impossibles". Les socialistes en rêvaient sans y croire ; nous l'avons fait !

Nos esprits chagrins montrent enfin du doigt le chômage qui augmente. Cette hausse, qui s'est amorcée début 2001, est effectivement un vrai sujet de préoccupation pour tous les Français. Il ne faut pas en rester aux constats mais considérer aussi les actes. Ainsi, ne pas oublier l'arsenal de mesures mises en place en 2003 en faveur des Français les plus fragiles et qui sont autant de marchepieds vers l'activité : 2 milliards d'euros de baisse des charges sur les bas salaires, 125 000 contrats-jeunes en entreprise déjà signés, mise en place du revenu minimum d'activité, relance des contrats initiatives emploi...

Autant de mesures qui ont permis de freiner la hausse du chômage et de stabiliser l'emploi salarié à 15,4 millions d'emplois en 2003 et qui, combinées au retour de la croissance, doivent permettre un reflux en 2004. Ceci sera favorisé par les mesures destinées à faciliter la création d'entreprises et qui ont déjà porté leurs fruits : nous sommes sur ces derniers mois entre 25 000 et 26 000 créations par mois, soit un rythme de 300 000 créations d'entreprises par an qui nous conduira à dépasser largement l'objectif que le gouvernement s'était donné d'un million d'entreprises nouvelles créées en cinq ans.

Notre pays a connu, pourquoi le nier, des épreuves terriblement douloureuses en 2003, dont le symbole le plus fort a été ce drame de la canicule, qui fut aussi celui de la solitude.

Jamais sans doute, depuis bien longtemps, les Français n'avaient été autant en quête de nouvelles voies, vers plus de fraternité, de responsabilité et de respect. Et jamais, depuis bien longtemps, un gouvernement, soumis aux multiples troubles climatiques, n'avait été aussi attentif à prendre à bras le corps tous les problèmes, y compris les plus complexes et les plus brûlants, pour proposer des réponses aussi courageuses et équilibrées que possible.

C'est en cela que la France du 31 décembre 2003 n'est déjà plus tout à fait la France du 21 avril 2002.

Je verrais au moins cinq grands changements. Cinq messages forts qui ont été envoyés aux Français.

Premier changement, la détermination réformatrice : les grandes réformes, toujours repoussées parce que réputées impossibles, sont lancées. Je pense notamment à la réforme des retraites. A en croire un ancien haut dignitaire socialiste, elle était supposée renverser dix gouvernements. Elle a été adoptée cet été. Cette "audace réformatrice", pour reprendre l'expression de Jean-Pierre Raffarin, reste intacte. Elle permettra en 2004 et 2005, dans le même esprit de diagnostic partagé, de dialogue, puis de décision, de préserver notre système de santé et de moderniser notre école. C'est essentiel, car il ne faut jamais perdre de vue que la seule véritable menace qui pèse sur nos "acquis sociaux", c'est l'immobilisme.

Second changement, le retour de l'autorité républicaine : nous sommes en train de rétablir l'Etat dans le registre que les Français attendent de lui. Un Etat qui sait donner aux collectivités locales - et notamment aux régions - des responsabilités nouvelles et fortes. Un Etat à la fois efficace et juste. Des moyens renforcés contre la délinquance, une lutte déterminée contre l'immigration clandestine, mais aussi l'abrogation de la double peine dans la loi Sarkozy et un programme d'humanisation des prisons caractérisent cet état d'esprit. Un Etat désormais décidé, comme l'a souhaité le président de la République, à lutter contre ces fléaux que sont la violence routière (avec des premiers résultats spectaculaires) ou le cancer, en particulier lié au tabac.

Troisième changement, la stratégie de la croissance utile : les impôts baissent. En vingt mois, la spirale infernale des prélèvements a été inversée. Les impôts et les charges ont été allégés de plus de dix milliards d'euros pour tous les Français, contribuant ainsi à réhabiliter le travail et à faciliter l'embauche. Sans compter que cela a aussi permis de soutenir la consommation en 2003 et que cela devrait, en 2004, avoir un effet amplificateur sur la croissance, et donc sur l'emploi des Français.

Quatrième changement, le renouveau de l'accord social : le gouvernement veille à un juste équilibre entre l'esprit de dialogue, toujours indispensable, et le temps nécessaire de la détermination. Dialogue social pour créer - et c'est historique - un droit individuel à la formation pour chaque salarié ; détermination pour rappeler que l'acte de grève est important et que, dorénavant, les jours de grève ne seront plus payés.

Le cinquième changement, au-delà de la solidarité, la fraternité : à travers le plan historique présenté début novembre par le premier ministre, c'est une nouvelle forme de solidarité et de fraternité que nous souhaitons réinventer. Pour les personnes handicapées et les personnes âgées dépendantes. Outre l'ampleur des moyens mis en oeuvre, ce plan a une particularité : pour la première fois, la solidarité n'est pas financée par l'impôt mais par le travail. Solidarité et fraternité en faveur des familles, ensuite, avec la création, très attendue par les Français, d'une allocation pour le libre choix de garde du jeune enfant.

Voilà le message d'optimisme et d'espoir que je souhaitais adresser avec le même enthousiasme à ceux qui se nourrissent d'esprits chagrins comme à ceux, plus nombreux qu'on ne le croit, qui demandent à voir le verre à moitié plein. Aux uns comme aux autres je me risque à prédire que 2004 sera une année passionnante !

Parce que les choses bougent et que le choix du mouvement est celui que les générations futures attendent de nous.

Parce que les Français ne veulent pas d'une nation immobile et rabougrie, mais rêvent au contraire d'un pays à la fois ambitieux et juste, mobilisé vers l'horizon européen, sans jamais laisser aucun de ses enfants au bord du chemin.


(source http://www.u-m-p.org, le 2 janvier 2004)

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