Déclaration de Mme Arlette Laguiller, porte-parole de Lutte ouvrière, sur la politique du gouvernement, le climat social, la dégradation du secteur public, l'oppression des faibles, la gauche réformiste, les grandes lignes de sa campagne électorale avec la Ligue communiste révolutionnaire pour les prochaines élections régionales et européennes, Paris le 3 octobre 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Arlette Laguiller, porte-parole de Lutte ouvrière, sur la politique du gouvernement, le climat social, la dégradation du secteur public, l'oppression des faibles, la gauche réformiste, les grandes lignes de sa campagne électorale avec la Ligue communiste révolutionnaire pour les prochaines élections régionales et européennes, Paris le 3 octobre 2003.

Personnalité, fonction : LAGUILLER Arlette.

FRANCE. Lutte ouvrière, porte parole

Circonstances : Meeting à Paris le 3 octobre 2003

ti :

Travailleuses, travailleurs, camarades et amis,

Le gouvernement mène une politique d'agression violente contre les classes populaires. Il appelle cela "réformer", mais toutes les mesures qu'il prend, comme toutes les mesures qu'il refuse de prendre, visent à satisfaire ses commanditaires de la classe riche en dépouillant les salariés, les chômeurs, les retraités.

Ce qui s'est passé cet été, avec la canicule comme facteur déclenchant, est le résumé des conséquences dramatiques de la politique d'amputation des crédits pour les hôpitaux et la santé en général, mais aussi l'expression de l'immense mépris de la classe dominante et de son chargé d'affaires, le gouvernement, pour les classes populaires.

La canicule de cet été a peut-être été une situation météorologique extraordinaire mais les 15 000 personnes âgées qui sont mortes dans des conditions épouvantables ont été littéralement assassinées par la politique menée depuis des années par les gouvernements qui se sont succédé.

J'ignore quelles sont les convictions politiques du président de l'association des directeurs d'établissements pour personnes âgées, qui affirme que ce qui s'est passé est la plus grande catastrophe en Occident depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'équivalent de quatre à cinq fois plus de morts que le World Trade Center. Et il en rend responsable le fait que les établissements pour retraités manquent, au bas mot, de 7 milliards d'euros de crédit pour embaucher les 250.000 personnes nécessaires ne serait-ce que pour hisser la France au niveau de la Suisse, de l'Allemagne ou de la Suède.

Et de rappeler que ces 250.000 personnes supplémentaires ne seraient pas un luxe. Car, aujourd'hui, dans nombre de maisons de retraite, on ne donne qu'une fois par semaine, une douche aux pensionnaires, faute de personnel et, je le cite, "il arrive que les résidents passent tout leur dimanche au lit faute d'aides-soignantes pour les aider à se lever".

Tout le monde sait qu'il serait facile de trouver à l'heure actuelle les 250.000 personnes motivées et compétentes, à embaucher !

Mais, même après l'hécatombe de cet été, le gouvernement n'a nullement l'intention de dégager les 7 milliards d'euros nécessaires. Fillon, le ministre du Travail, a annoncé 40 millions de crédits d'urgence aux établissements de retraités. Cela représente 39,71 euros par retraité en établissement. Ce n'est même pas une aumône, c'est du mépris envers les personnes âgées. Et la mort de plusieurs centaines de vieux, chez eux, seuls, sans aide, n'a même pas amené le gouvernement à annuler sa propre décision de cette année de réduire le montant de l'aide pour l'autonomie (APA) qui permet au moins aux personnes très handicapées par l'âge ou la maladie de payer une aide à domicile. Ce qui fait qu'une canicule comparable, l'été prochain, risque de se traduire par la même hécatombe. Et il n'y aura sans doute même pas à attendre l'été. Une épidémie de grippe ou de pneumonie, atypique ou pas, pourrait avoir les mêmes conséquences catastrophiques cet hiver. Et on nous dira que ce n'est pas la faute au gouvernement, mais celle du virus ou du froid, comme on nous a expliqué, cet été, que cela n'a pas été la faute du gouvernement en vacances mais celle du soleil trop présent.

Mais la chaleur exceptionnelle n'a été que le révélateur de la situation déplorable des hôpitaux ou des services d'urgence, comme des maisons de retraite, même en temps ordinaire.

Les hôpitaux, comme tous les services publics, travaillent depuis des années en flux tendu. On y ferme depuis des années des lits, des services entiers, faute de personnel. Nombre de services dans les hôpitaux ne fonctionnent qu'en imposant au personnel des efforts déments et des heures supplémentaires impossibles à récupérer. Comment les urgences pourraient-elles faire face à des situations exceptionnelles lorsque, même dans des situations ordinaires, elles sont obligées de placer leurs malades dans les couloirs. Une fois l'urgence traitée, il est quasi-impossible de trouver une place dans les autres services d'un même hôpital ou d'un autre. Les budgets des hôpitaux étant plafonnés, il leur est impossible de faire face à des situations d'urgence, même pour du matériel courant. Dans combien d'hôpitaux, il fallait que le personnel se démène pour trouver des ventilateurs ou même, simplement, de l'eau glacée ? Mais comment faire lorsqu'il n'y a pas assez de personnel même sans compétence médicale, simplement pour faire boire les hospitalisés ou pour leur passer une serviette mouillée sur le visage ?

Voilà le résultat d'une politique de réduction des crédits des services publics, menée non seulement par le gouvernement Chirac-Raffarin, mais aussi par son prédécesseur Jospin.

Mais comment ne pas rappeler aussi l'irresponsabilité totale de l'Etat ? Le rôle d'un Etat au service de la collectivité serait de se doter en permanence des moyens de faire face à des situations exceptionnelles. Et, quand elles se produisent, de réagir en mettant en oeuvre les moyens collectifs qu'il est censé gérer. Mais l'Etat n'est pas au service de la collectivité.

Le gouvernement aurait pu essayer de prendre des mesures d'urgence au moins avec les moyens du bord. Il aurait pu mobiliser les bonnes volontés qui, à la base, dans les hôpitaux, dans les maisons de retraite, dans la population, ne manquaient pas, et heureusement !.

Mais non ! Qui ne se souvient de l'image de Raffarin, poursuivant ses vacances en montagne, expliquant, en substance, qu'il n'y a pas à s'inquiéter, la preuve, justement, c'est que lui-même continuait ses vacances ?

Qui ne se souvient de Mattei, le ministre de la santé, expliquant qu'il maîtrise la situation ? Qui ne se souvient de la campagne gouvernementale de mensonges pour nier le nombre de morts puis, quand cela a été connu, de se plaindre de ne pas en avoir été informé ?

Les infirmières, les aides-soignantes, les médecins, tout le personnel hospitalier, travaillaient jour et nuit et essayaient de compenser par leurs initiatives l'irresponsabilité de ceux qui prétendent diriger le pays. Cette irresponsabilité totale des sommets de l'Etat n'est pas accidentelle. C'est l'expression du mépris profond qu'ils témoignent à l'égard de la population. Et même maintenant que l'ampleur du drame est connue, ce qui préoccupe le gouvernement, ce n'est pas de changer les choses en accordant aux hôpitaux les crédits nécessaires. Non, la seule chose qui préoccupe tous les ministres impliqués, jusqu'au premier d'entre eux et jusqu'au chef de l'Etat, c'est la détérioration de leur image dans l'opinion !

Oui, le gouvernement, ces ministres qui s'embrouillent dans leurs explications, sont responsables et coupables au moins d'homicides involontaires !

Ce qui s'est passé cet été a ému l'opinion en raison des conséquences dramatiques spectaculaires. Mais combien d'autres mesures du gouvernement peuvent aboutir à des conséquences aussi dramatiques ?

Pour plaire cette fois à son électorat de droite réactionnaire, pour concurrencer Le Pen sur son terrain, le gouvernement vient de raccourcir la durée d'attribution de l'allocation spécifique de solidarité en même temps qu'il diminue la durée d'attribution des allocations chômage. Cette mesure concerne 500.000 personnes. Mais que deviendront ceux que cette mesure va condamner au seul RMI, s'ils y ont droit, c'est-à-dire à la somme misérable de 411,70 euros (2700 francs) ? Et je vous rappelle qu'en plus, les années de RMI ne sont pas comptées pour la retraite.

Que deviendront, surtout en cette période d'aggravation du chômage, ces hommes et ces femmes qui ont dépassé l'âge où on a une chance de retrouver du travail à condition bien souvent de changer de ville ou de région, alors qu'on sait que cet âge-limite ne dépasse pas 40 ans ?

Alors, combien d'entre eux seront poussés vers la misère ? Combien de vies familiales brisées ? Combien se retrouveront sans logement, à mendier pour survivre ?
Et, toujours pour plaire à l'électorat de droite, le gouvernement ne légifère pas contre la pauvreté, mais contre les pauvres. On n'en est pas encore à arrêter les mendiants ou les sans logis pour les envoyer aux travaux forcés, mais Sarkozy est capable de tout pour se forger un capital politique d'homme à poigne.

Et tout est à l'avenant.

La politique fiscale du gouvernement est une véritable provocation. Ne parlons même pas du scandale de l'impôt sur les bénéfices. Depuis vingt ans au bas mot, tous les gouvernements se sont évertués à faire baisser le taux d'imposition des bénéfices des entreprises. Tous l'ont fait en prétendant que cela créerait des emplois. Le mensonge est on ne peut plus flagrant depuis vingt ans. Les actionnaires se partagent l'économie faite grâce à ces cadeaux sur le budget de l'Etat et ils ne créent pas un seul emploi de plus. Le résultat, c'est que les grandes entreprises ne payent aujourd'hui qu'un impôt de 33,3 % sur leurs profits, fussent-ils immenses, au lieu des 50 % qu'ils payaient il y a 20 ans encore. Et je ne tiens pas compte des exonérations fiscales ou des multiples formes de passe-droit.

Rien que la différence représente un manque à gagner de l'ordre de 20 milliards d'euros pour le budget de l'Etat. Ce qui signifie que le simple fait de revenir au taux d'imposition des bénéfices du temps de Pompidou ou de Giscard, qui ne passent pas pour des gauchistes, augmenterait les recettes du budget d'une somme qui permettrait à l'Etat d'embaucher. Embaucher avec un salaire de 1.500 euros par mois, charges comprises, plus de 700.000 personnes, là où le manque de personnel est patent, dans le système hospitalier, dans les transports, dans l'Education nationale, dans l'encadrement culturel ou sportif des quartiers populaires, dans des logements décents aux loyers accessibles, dans l'accompagnement des enfants handicapés dans les écoles.

Mais parlons donc aussi des cadeaux fiscaux faits aux possédants, en tant qu'individus, sur leurs revenus personnels. Depuis un an et demi qu'il est au pouvoir, le gouvernement a réduit de 8,8 % l'impôt sur le revenu. Oh, je sais bien que nombre de travailleurs paient l'impôt sur le revenu ! Mais là où un couple de salariés imposables bénéficiera d'une réduction de quelques dizaines d'euros, un haut cadre ou un actionnaire ayant un revenu imposable de 420.000 euros fera l'économie de 10.000 euros, soit plus de huit fois le SMIC brut mensuel !

Globalement en tout cas, sur 1,8 milliard d'euros que cette baisse va coûter à l'Etat, les deux tiers, soit 1,2 milliard, iront aux deux millions d'imposables dont les revenus se trouvent dans les deux tranches supérieures de revenus, et seulement 600 millions d'euros aux 15 autres millions de contribuables. Et quant aux autres dont les revenus sont trop bas pour qu'ils paient un impôt sur le revenu, il n'y a pas de réduction du tout.

En même temps que le gouvernement réduit le seul impôt un peu progressif, il augmente la taxe sur le gazole qui frappe au même taux la voiture de luxe et la vieille guimbarde au moteur diesel qu'un ouvrier est obligé d'utiliser pour se rendre au travail faute de transport public convenable. Les impôts locaux ne sont pas du ressort direct du gouvernement. Mais, justement, l'Etat rejette sur les collectivités locales la responsabilité d'un nombre croissant de services publics. Du coup, les impôts locaux s'envolent ! La presse d'aujourd'hui annonce une augmentation de 4 % des impôts locaux en 2003. Or, les impôts locaux, on les paye même lorsqu'on n'est pas imposable. Et ce sont encore des impôts iniques qui frappent plus les pauvres que les riches. On paie plus dans les villes ou dans les banlieues ouvrières que dans les villes bourgeoises.

Les commentateurs et l'opposition socialiste dénoncent l'incohérence de la politique gouvernementale en matière de fiscalité. Mais il faut se souvenir que c'est Fabius qui avait prévu ce programme de réduction des impôts sur le revenu, que Raffarin n'a eu qu'à reprendre à son compte et à accentuer !

De la part du gouvernement actuel, comme de la part de son prédécesseur, ce n'est pas de l'incohérence. C'est une politique volontariste abjecte qui consiste à imposer toujours plus les plus pauvres pour réduire toujours davantage l'impôt des plus riches.

Et il n'y a pas que les mesures annoncées à grand renfort de publicité, il y a aussi une multitude de décisions prises dans la discrétion mais qui, chaque fois, sont à l'avantage des possédants.

Saviez-vous, par exemple, que la loi sur le mécénat, adoptée en juillet dernier, renforce encore les avantages fiscaux des plus fortunés qui peuvent déduire de leur impôt 60 %, et non plus 50 %, de leurs dons ? Saviez-vous que rien que les exemptions fiscales pour investissements à l'outre-mer, notamment dans l'hôtellerie, que vient d'adopter le parlement, vaut 1 milliard d'euros d'exonérations fiscales pour les investisseurs ? Saviez-vous que, grâce à Raffarin, une partie des salaires payés pour un employé de maison peut être déduite par l'employeur, non pas de ses revenus imposables, mais de son impôt ? Ce qui fait qu'on arrive à la situation qu'un bourgeois qui emploie un chauffeur de maître et qui peut déduire de son impôt sur le revenu le salaire de ce chauffeur ne paie, grâce à cette déduction, aucun impôt sur le revenu ! Alors que le chauffeur, lui, en paiera un. Ce n'est pas moi qui l'affirme, c'est le syndicat national unifié des impôts qui a fait ce calcul.

La question n'est pas de savoir s'il faut payer plus ou moins d'impôt dans l'abstrait. Elle n'est pas de "réhabiliter l'impôt", comme l'affirment certains dirigeants socialistes.

Bien sûr qu'il faut des impôts pour financer les services publics ! La question est de savoir qui les paie.

Eh bien oui, il faut faire payer plus d'impôts, et bien plus, à ceux qui le peuvent le plus ! Il faut augmenter l'impôt sur le revenu des tranches supérieures. Il faut une imposition bien plus lourde sur les bénéfices des sociétés. Mais, en même temps, il faut supprimer les impôts qui frappent plus lourdement ceux qui ont déjà du mal à vivre et, pour commencer, il faut supprimer les taxes et les impôts indirects, notamment la TVA.

Et puis quel cynisme, quelle impudeur de la part de Chirac et Raffarin quand ils expliquent que la réduction de l'impôt sur le revenu va favoriser la consommation et donc contribuer à la relance de l'économie. Comme si les principaux bénéficiaires de la réduction d'impôt avaient besoin de cette réduction pour consommer plus !

C'est pour consentir tous ces avantages aux possédants que l'Etat ampute les crédits pour les hôpitaux, pour les maisons de retraite, mais aussi pour les transports publics, pour l'Education nationale, pour tous les services publics qui sont utiles à toute la population !

Car, je le rappelle : nous défendons les services publics parce qu'ils sont un des éléments essentiels des conditions d'existence des classes laborieuses.

Sans un service public de la santé, l'écrasante majorité de la population, dont les revenus ne suffisent pas pour se payer des cliniques privées coûteuses, ne pourraient se soigner.

Sans le service public de l'Education nationale, ceux qui ne peuvent pas payer des collèges privés payants, ne pourraient assurer l'éducation de leurs enfants.

Et c'est la même chose pour la poste, pour les crèches, garderies, pour les transports publics.

La dégradation du service public depuis des années, faut de moyens, faute de crédits, représente une régression sociale considérable, mais aussi une attaque directe contre les classes populaires.

Une autre "réforme" du gouvernement, après celle du printemps dernier qui oblige à travailler plus longtemps pour avoir droit à une retraite plus réduite, est la "réforme" annoncée de la Sécurité sociale. Tout le monde sait qu'elle aboutira à une nouvelle dégradation du système de protection médicale.

Une véritable campagne de presse catastrophiste la prépare. Toute la presse répète que la Sécurité sociale est lourdement déficitaire et qu'elle va droit dans le mur si on ne prend pas rapidement des mesures. Quel genre de mesures ? On le sait déjà puisque le gouvernement a commencé à en prendre. Il vient d'augmenter le forfait hospitalier qui passera de 10,5 euros à 13 euros.

Il y a la cascade de déremboursements de médicaments. 70 médicaments remboursés dorénavant au taux des génériques, 84 totalement déremboursés. En avril, il y a eu 617 parmi les médicaments les plus utilisés dont le taux de remboursement est passé de 65 % à 35 %. Des centaines d'autres sont en attente, parmi les médicaments les plus utilisés. La simple annonce de ces mesures a commencé à faire grimper les tarifs des mutuelles. Mais que feront ceux qui n'ont pas de mutuelle ou ceux qui n'auront pas de quoi en payer ? Comment se soigneront-ils ?

Mais comment appeler des gens capables de prendre de telles mesures, sinon des assassins en puissance ?

Serait-ce qu'ils ne peuvent pas faire autrement, comme ils le prétendent ? Ces économies seraient-elles indispensables pour sauver la Sécurité sociale ? Mais en même temps qu'ils font ces trois sous d'économie sur le chômeur, le retraité ou le malade, ils se servent des caisses de la Sécurité sociale pour favoriser encore les patrons les plus riches. Même lorsque l'Etat rembourse ces exonérations de charges sociales, ce qu'il ne fait pas toujours, cela creuse un peu plus le budget, et cela diminue les crédits aux services publics.

La loi Aubry a déjà servi de prétexte au gouvernement Jospin pour consentir aux patrons des exonérations de cotisations sociales sur les bas salaires. La loi Fillon, en complétant la loi Aubry, a encore augmenté la note. En 2003, rien que ces exonérations-là ont représenté 15,9 milliards d'euros (104 milliards de francs). En 2004, elles atteindront 17,1 milliards d'euros (112 milliards de francs). En d'autres termes, rien que la moitié de ces exonérations empochées par les patrons suffirait pour permettre aux maisons de retraite d'embaucher le personnel qui leur manque.

Mais le comble, c'est que, depuis deux jours, un certain nombre de députés de droite, relayant le grand patronat, ont déclenché une offensive contre les 35 heures. A les en croire, si tout va mal pour l'économie, c'est la faute aux 35 heures. Le ministre du Budget, Alain Lambert, de se joindre au choeur pour affirmer que, si le budget est en déficit et si, donc, Bruxelles peut se permettre de rappeler la France à l'ordre, c'est encore la faute aux 35 heures qui coûtent cher. Mais, si les 35 heures coûtent, c'est à cause de l'argent versé, prétendument en compensation, aux patrons ! Eh bien, qu'il cesse de verser ces sommes au patronat, et le déficit disparaîtra ! Mais c'est l'inverse que veut le patronat : continuer à toucher les cadeaux accordés en contrepartie des 35 heures tout en supprimant le seul aspect positif pour les travailleurs dans cette affaire, les RTT.

Et je pourrais multiplier les exemples parce qu'il n'y a pratiquement pas un jour où, sous forme d'une loi ou de discrètes décisions administratives, le gouvernement ne prend une mesure favorable aux riches et défavorable aux travailleurs ou aux chômeurs.

Mais si on les laisse faire, où est-ce que tout cela va s'arrêter ? Combien faudra-t-il de morts, et pas seulement des vieux ? Nous sommes entrés dans le troisième millénaire mais ces gens-là, si on les laisse faire, ils nous ramèneront au XIXe siècle, ils nous ramèneront aux quartiers populaires lépreux, à la mendicité pour ceux qui auront perdu leur emploi, à la réapparition et à la généralisation de maladies liées à la misère. Et ce n'est pas pour demain ou pour après-demain, c'est déjà en route dans bien des régions ouvrières !

Le baron Seillière, venu, lui aussi, tout droit du XIXe siècle, trouve encore que cela ne va pas assez vite, pas assez loin. Il prodigue ses conseils à ses hommes de main du gouvernement, mais il trouve qu'ils ne sont pas encore assez efficaces. Pour le grand patronat, il n'y a peut-être pas encore assez de pauvres, et ils ne sont pas assez pauvres pour accepter de travailler à n'importe quel prix, d'être jetés à la porte le jour où on n'a plus besoin d'eux. Et, derrière le grand patronat, il y a toute une petite bourgeoisie réactionnaire dont Raffarin se pose en porte-parole en multipliant des phrases du genre "l'avenir de la France, ce n'est pas un immense parc de loisirs", relayé par Mattei qui vient d'affirmer que les salariés prennent "trop d'arrêts de travail". Pour tout ce beau monde, le chômeur jeté à la rue par une grande entreprise, et qui ne retrouve pas de travail aussitôt, et qui n'accepte pas un salaire divisé par deux ou par trois, est un fainéant !

Mais écoutons donc Jean-François Copé, porte-parole du gouvernement et candidat aux élections régionales en Ile-de-France, affirmer sentencieusement que "en ces périodes difficiles, il faut retrousser les manches plutôt que de se serrer la ceinture". Mais comment les trois millions de chômeurs, bientôt 10 % de la population active, pourraient-ils "retrousser les manches" alors que les maîtres de ce monsieur Copé les ont licenciés ? Et François Fillon, qui vient de boucler la boucle du cynisme de ces gens, en déclarant "qu'on ne peut indemniser le chômage indéfiniment". Autrement dit, les chômeurs n'ont qu'à crever !

Et ce sont ces gens-là, les grands bourgeois, comme leurs valets au gouvernement, qui osent prétendre qu'il n'y a plus de lutte de classe !

Car les méfaits du gouvernement s'ajoutent et complètent les méfaits du patronat lui-même. Oh, le patronat n'a même pas besoin de lois particulières pour agir à sa guise, pour mettre des centaines de travailleurs à la porte ici, pour fermer une usine complète là. Depuis plusieurs mois, les plans de licenciements succèdent aux plans de licenciements. Les plus puissantes et les plus riches des grandes entreprises sont à l'avant-garde sur ce terrain. Les unes prétendent que leurs affaires vont mal. Mais, pour la plupart d'entre elles, ce n'est pas la mauvaise marche des affaires, mais la recherche d'un taux de profit encore plus important qui explique les restructurations, les délocalisations et les licenciements. Elles s'en vantent d'ailleurs à longueur de colonne de journaux patronaux, à l'intention de leurs actionnaires.

L'aggravation de la misère est visible à l'oeil nu dans bien des régions ouvrières.

Nous ne pouvons pas laisser cela se poursuivre. Nous ne pouvons pas laisser une fraction croissante de notre classe plonger dans la misère. C'est humainement inacceptable !

Et le chômage en croissance pèse sur le reste, pèse sur les salaires de ceux qui ont du travail. Il favorise la flexibilité et la précarité. Il va dans le sens d'imposer à tous l'insécurité de l'emploi comme fonctionnement normal de l'économie. C'est déjà le cas. Quand on a perdu son travail, on sait que dans 9 cas sur 10, on ne retrouve qu'un travail précaire. Mais, en même temps, avec la multiplication des licenciements, la distinction entre travail stable et travail précaire est en train de disparaître.

Si on continue, on va revenir au marché du travail au jour le jour, comme avant-guerre, pendant la grande crise. On le voit déjà se constituer ici même, à certains endroits de Paris ou de la banlieue, avec des travailleurs qui se retrouvent tous les matins à attendre qu'un patron veuille bien les embaucher ne serait-ce que pour la journée. Aujourd'hui, cela concerne surtout les travailleurs immigrés, ceux qui sont dans la situation la plus fragile et qui n'ont pas d'autre choix que d'accepter ce qu'on leur offre. Mais, méfions-nous, cela va se généraliser pour les mêmes raisons qu'avant la guerre. Et c'est pour cela aussi, j'en profite pour le dire, que tous les travailleurs doivent soutenir tout ce qui rend la situation des travailleurs immigrés moins fragiles. La défense des travailleurs immigrés sans-papiers, la défense de l'extension des droits de ceux qui possèdent une carte de séjour, ne sont pas de simples actes de solidarité. C'est un devoir et un acte d'auto-défense de tous les travailleurs.

Ce n'est pas que l'économie aille plus mal qu'en bien d'autres périodes. C'est que le rapport de force entre le patronat et les travailleurs est de plus en plus défavorable. Mais, justement, un rapport de force, cela peut se changer. Et les entreprises disposent de capitaux colossaux, et la bourgeoisie dispose de fortunes comme jamais dans le passé. Il faut qu'une partie des bénéfices des entreprises et, au besoin, une partie de la fortune privée des bourgeois soient consacrées à maintenir l'emploi au lieu de le supprimer.

A cause de la chute dans les sondages, le gouvernement Chirac-Raffarin se dépêche de faire passer en force toutes les mesures que le patronat lui demande. Le gouvernement sait qu'il est fragilisé et que le nombre de voix obtenu par Chirac au deuxième tour de l'élection présidentielle ne lui servira pas éternellement de crédit.

Cette majorité d'un président, élu avec un score de république bananière, est en train de se fissurer et de prendre ses distances par rapport au gouvernement. Il n'est même pas dit que le gouvernement tienne sans remaniement ministériel jusqu'aux élections régionales et européennes.

Rappelons cependant que ce sont les mouvements sociaux du printemps et de l'été, la grève du personnel de l'Education nationale, les manifestations contre les atteintes aux retraites, prolongées par celles des intermittents du spectacle, qui ont commencé à déstabiliser le gouvernement.

Le mouvement n'a pas été assez puissant, assez ample pour faire reculer le gouvernement. Mais, finalement, le gouvernement ne s'en sort pas sans dégât. Et s'il n'y a pas eu, en septembre, une rentrée sociale chaude, le gouvernement est fragilisé car il y a un mécontentement énorme dans la population.

Un mécontentement que la gauche réformiste essaie de capitaliser. Mais elle aura du mal à nous refaire le coup de la virginité électorale retrouvée. Les travailleurs ne sont pas sans mémoire. Et le Parti socialiste et le Parti communiste n'ont toujours pas expliqué ce qui a dégoûté 4 millions de leurs électeurs au point qu'ils ne votent ni pour Jospin ni pour Hue.

Un an et demi après avoir été écartés du gouvernement, ils n'ont toujours pas dit ce qu'ils n'auraient pas dû faire ou ce qu'ils auraient dû faire en faveur de l'électorat populaire pour ne pas perdre tout crédit. Ils n'ont pas dit de quoi ils s'excusent et ce qu'ils promettent de ne pas recommencer.

Et pour ce qui est de l'avenir, ils essaient de trouver une formule magique qui leur évite de s'excuser pour le passé et, surtout, d'éviter de promettre quoi que ce soit pour l'avenir.

Tous les commentateurs, même ceux qui leur sont favorables, relèvent qu'ils n'ont pas de politique de rechange à opposer à la politique du gouvernement en place. Mais s'ils n'en ont pas, ce n'est pas faute d'hommes pour y réfléchir. C'est surtout parce qu'ils savent que, s'ils revenaient au pouvoir, le patronat exigerait d'eux de continuer la politique de la droite et qu'ils céderaient à ses exigences, voire ils iraient au devant, comme ils l'ont toujours fait. Ils critiquent certaines mesures du gouvernement de droite. Mais on ne les entend pas dire qu'ils considèrent ces mesures comme nulles et non avenues et qu'ils les annuleraient immédiatement dès leur retour au pouvoir !

Ils se gardent bien même de promettre, par exemple, que, s'ils revenaient au pouvoir, ils annuleraient les lois Fillon, allongeant pour tous de 37 ans et demi à 40 ans la durée de cotisation pour la retraite.

Ils sont dans la même logique anti-ouvrière que Jospin qui, malgré cinq ans passés à la tête du gouvernement, n'a jamais pris la peine d'annuler les lois Balladur.

Alors bien sûr, maintenant qu'ils sont dans l'opposition, ils se permettent quelques formules radicales. Le Parti communiste, un peu plus que le Parti socialiste, parce que ses dirigeants savent que, même si le Parti socialiste revient au pouvoir, eux, ministres du Parti communiste, n'auront aucune responsabilité dans la conduite des affaires. Le seul rôle qu'on leur attribuera sera de justifier devant le monde du travail la politique anti-ouvrière décidée par d'autres.

La seule chance de la gauche dans les élections régionales et européennes qui viennent, c'est le gouvernement lui-même qui la leur offre. Ce gouvernement est tellement ignoble qu'une partie de l'électorat pensera peut-être que la gauche est moins pire que la droite. Ce en quoi ils se trompent. Car si la droite peut être aussi ouvertement contre les classes populaires, aussi cyniquement anti-ouvrière, c'est qu'elle profite de la situation créée par la gauche elle-même. Rappelons tout de même qu'au cours des 22 ans passés qui ont vu s'effondrer la situation des classes populaires, la gauche a passé 15 ans au pouvoir, deux fois plus que la droite ! Et qu'elle lui a bien préparé le terrain.

A Lutte ouvrière, nous continuerons à défendre les intérêts du monde du travail quel que soit le gouvernement. Nous continuerons à dire que les travailleurs ont des moyens à eux pour arrêter la dégradation de leurs conditions d'existence et pour améliorer leur sort. Des moyens qui découlent de leur nombre, mais aussi de leur position dans la production et dans la création des richesses. C'est grâce à leur travail que la société vit et que les riches s'enrichissent.

Les reculs incessants des dernières années ont fait oublier l'immense force du monde du travail. Cette force existe pour peu que les travailleurs se retrouvent sur le terrain de la lutte et des grèves sur des objectifs qui vont réellement dans le sens de ses intérêts. Et le monde du travail est vaste. Malgré tous les imbéciles, diplômés ou non, qui parlent de la disparition de la classe ouvrière, il y a dans ce pays près de 8 millions d'ouvriers d'usine ou de chantier. Mais la classe ouvrière ne se limite pas aux ouvriers des entreprises. D'abord parce que la classe ouvrière, ce n'est pas seulement ceux qui sont en activité, mais aussi ceux qu'un système économique dément maintient au chômage, ainsi que les retraités. La classe ouvrière, ce sont aussi les employés, les techniciens, les cheminots, les postiers, le personnel hospitalier. Nombre d'enseignants se sont rendu compte, lors de leurs grèves du printemps, qu'ils sont des travailleurs comme les autres, qu'ils ne sont pas considérés avec plus de bienveillance par les ministres et les journaux au service du patronat et le patronat lui-même. Ils ont réalisé aussi que leur lutte a d'autant plus de puissance qu'elle s'intègre dans une lutte plus générale.

Il en est de même plus largement des travailleurs de l'Etat, des fonctionnaires comme on dit avec une expression chargée de sous-entendus. Ils savent qu'ils sont en train de perdre les quelques avantages statutaires que certains d'entre eux conservent encore, sans même parler des projets de réduction draconienne des effectifs que prévoit le gouvernement.

Alors oui, le monde du travail n'a besoin pour se défendre d'aucun sauveur suprême. Il a les moyens de changer le rapport de force à condition qu'il retrouve confiance en lui-même et qu'il se retrouve sur des revendications fondamentales qui sont en réalité communes à l'ensemble du monde du travail.

C'est l'ensemble du monde du travail qui a besoin de se protéger des licenciements, des suppressions d'emplois. Les licenciements ne frappent pas seulement dans le secteur privé tant sont nombreux dans tout le secteur public, à la SNCF, à la Poste ou dans les hôpitaux, les vacataires, les précaires en tout genre, qui peuvent être licenciés pour un oui ou pour un non. Et quand on supprime des emplois, même sans licenciement, dans le service public, cela ne se traduit pas seulement par une dégradation du service rendu. Un emploi supprimé, c'est un enfant de travailleur qui trouvera plus difficilement du travail.

C'est l'ensemble des travailleurs qui ont besoin d'un salaire correct pendant qu'ils sont en activité, et d'une retraite convenable lorsque l'âge en est venu.

Alors, face à cette situation déjà catastrophique et qui menace de l'être encore plus, il faut des mesures de salut public devant lesquelles les intérêts particuliers de la grande bourgeoisie doivent s'effacer.

Oui, il faut interdire les licenciements collectifs sous peine de réquisition des entreprises ; arrêter les exonérations de charges sociales ; stopper les subventions au patronat ! Et il faut qu'avec l'argent ainsi économisé, l'Etat crée des emplois utiles qui font aujourd'hui cruellement défaut dans les hôpitaux, dans les maisons de retraite, à l'Education nationale, dans les transports en commun, mais aussi pour construire des logements à loyers abordables, des crèches et des garderies indispensables pour les femmes travailleuses et des installations collectives dans les quartiers populaires.

Oui, il faut faire payer les riches en relevant le taux de l'impôt sur les bénéfices, ainsi que sur les tranches supérieures de l'impôt sur le revenu ! Il faut imposer plus lourdement les profits boursiers.

Et il ne faut pas laisser au grand patronat, aux groupes industriels et financiers qui ne sont préoccupés que de leurs propres profits, et jamais de l'intérêt de la société dans son ensemble, il ne faut pas leur laisser le contrôle exclusif de l'économie !

Il faut supprimer les secrets bancaire et commercial, imposer la transparence sur les comptes des entreprises, publiques comme privées, afin que chacun puisse constater qu'il y a suffisamment d'argent pour faire face aux besoins vitaux de la société à condition de mettre à contribution les plus riches.

L'essentiel de notre activité sera de continuer à propager ces idées parmi les travailleurs, par tous les moyens militants dont nous disposons.

Nous profiterons des échéances électorales qui viennent pour dire tout cela, pour affirmer notre opposition au gouvernement Chirac-Raffarin, pour défendre un plan de salut public, pour sauvegarder les intérêts des travailleurs.

Nous souhaitons dire tout cela dans le cadre d'une campagne commune avec la Ligue communiste révolutionnaire. Comme vous le savez, des pourparlers sont engagés à ce sujet entre nos deux organisations. Bien sûr, nous avons des divergences politiques avec la Ligue communiste révolutionnaire, des divergences dont certaines remontent au passé et d'autres ont trait à l'actualité politique. Mais nous espérons que, malgré ces divergences, nous pourrons nous mettre d'accord sur un certain nombre de points qui concernent la vie et les problèmes du monde du travail. En tout cas, pour le moment, les discussions avancent et j'espère qu'elles se concluront favorablement.

Et puis, au-delà du programme des revendications que nous essaierons de défendre auprès des travailleurs, nous aurons à continuer à défendre tout simplement les idées et les objectifs communistes.

Si le parti qui porte encore ce nom a retrouvé depuis peu une tonalité radicale qu'il avait laissé de côté pendant qu'il était au gouvernement, si, à la récente fête de l'Humanité, Marie-George Buffet, présidente du Parti communiste, a insisté sur l'identité communiste de son parti, ce ne sont malheureusement que des mots, rien que pour gagner du temps ! Car elle ne propose rien de précis, aucune autre perspective que celle qui consiste, au bout du compte, à s'aligner derrière le Parti socialiste.

Derrière ce parti socialiste qui, certes, recueille des voix parmi les travailleurs et plus encore dans la petite bourgeoisie, mais qui, lorsqu'il parvient au pouvoir, gouverne au service de la grande bourgeoisie.

L'électorat du Parti socialiste est différent de celui de la droite parlementaire. Mais c'est à peu près à cela que se réduit l'héritage lointain du Parti socialiste, du temps où il ambitionnait de défendre, fût-ce de façon réformiste, les intérêts du monde du travail. Mais pas grand-chose ne distingue aujourd'hui le Parti socialiste d'un parti bourgeois et un gouvernement socialiste d'un gouvernement de droite. Et, même son réformisme n'est plus qu'un souvenir historique. Ou, plus exactement, lorsqu'un gouvernement socialiste procède à des réformes, c'est comme pour Raffarin, Blair ou Jospin, pour qui le mot n'est utilisé que pour désigner une politique anti-ouvrière.
Et même la critique des dirigeants socialistes à notre égard, dans le genre de Weber, sénateur socialiste, ou de Martine Aubry, ex-ministre socialiste, qui nous reprochent, pour reprendre l'expression de Hollande, de ne pas vouloir "mettre les mains dans le cambouis", est significative. Le cambouis, dont ils se sont sali les mains jusqu'aux épaules, ce sont tous les services rendus au grand patronat, ce sont toutes les mesures qui ont conduit à la dégradation un peu plus grande de la condition ouvrière.

Ces gens-là prétendent qu'en refusant les responsabilités gouvernementales et tous ces postes bien payés au sommet de l'appareil d'Etat, les révolutionnaires que nous sommes sont inefficaces. Mais où est leur efficacité, à eux ?

Dans quelques années, Henri Weber prendra sa retraite de sénateur qui est certainement un peu plus conséquente que celle d'un ouvrier même convenablement payé. En quoi a-t-il aidé en quoi que ce soit le progrès ou l'amélioration des conditions d'existence des classes populaires ?

Tous ces gens-là prétendent qu'ils font ce que permettent les lois. Eh oui, les lois ne permettent pas grand-chose pour la bonne raison qu'elles sont faites par et pour les bourgeois. Le Code civil, le fameux Code Napoléon, dont on fête le 200e anniversaire, est toujours en vigueur. Ce qui ne prouve pas que Napoléon était un grand visionnaire, mais montre à quel point ceux qui dirigent l'Etat aujourd'hui sont réactionnaires !

Eh bien, dans ce Code Napoléon, qui constitue aujourd'hui encore l'ossature de la législation, neuf dixièmes des articles, sinon plus, sont faits pour protéger la propriété, et moins d'un dixième pour protéger les individus. Et des générations de Weber, d'Aubry, de Jospin et autres se succèdent au gouvernement et au parlement sans pouvoir et surtout sans vouloir changer ces lois réactionnaires.

Mais, en revanche, la mobilisation de la population, elle, peut faire changer les lois, en faisant pression sur le parlement, en faisant pression sur le gouvernement. C'est arrivé un certain nombre de fois, même dans l'histoire récente. Et c'est en fait la seule façon d'y arriver.

Eh bien oui, les lois, cela se change sous la pression des classes populaires. Et la différence entre les communistes révolutionnaires que nous sommes et ces gens-là, pour qui le réalisme consiste à servir les possédants dans les postes dirigeants de l'Etat, c'est de compter sur les classes populaires elles-mêmes et sur leur force pour changer les lois et, surtout, la réalité de l'exploitation qu'elles protègent.

Et j'en profite pour dire que, lorsque ces gens-là nous reprochent que, dans les conseils régionaux ou au Parlement européen, nous nous abstenons systématiquement et, par là-même, nous favorisons la droite, ils mentent effrontément. Lorsque les partis de la gauche réformiste proposent des mesures qui vont un tant soit peu dans le sens des intérêts des salariés, de la majorité laborieuse de la population, fût-ce de façon critiquable parce que partielles, limitées ou velléitaires, nous les votons en règle générale. Mais nous ne les aidons pas à faire passer les plats au grand patronat !

L'alliance avec le Parti socialiste, ou plus exactement la soumission au Parti socialiste, est la seule politique que la direction du Parti communiste a à proposer à ses militants, qui méritent mieux.

Il se peut, encore que ce n'est pas certain, que le Parti communiste se présente dans les futures élections sur des listes séparées des listes du Parti socialiste et que ses porte-parole adoptent un langage plus radical. Mais, malheureusement, même si cela était le cas, ce ne serait pas le signe d'un changement de perspective politique.
La politique du Parti communiste se ramène uniquement à sa stratégie électorale. Le Parti communiste sait que, sans alliance avec le Parti socialiste, il aura très peu d'élus. Mais la crainte de ses dirigeants est que, s'il ne fait pas la preuve de son influence électorale, le Parti socialiste ne lui fera pas de place. Mais, pour faire cette preuve, il faut se présenter séparément, avec le risque que cela conduise à une déconfiture totale.

Quel crédit les travailleurs peuvent-ils accorder à un parti dont la direction affiche certes une "identité communiste" mais qui ne résistera pas à l'appât de quelques élus ?

Eh bien, nous sommes de ceux, de plus en plus rares par les temps qui courent, qui gardent la conviction que, pour se libérer, le monde du travail a besoin d'un parti représentant ses intérêts politiques, et rien que ses intérêts ! Il a besoin d'un parti communiste révolutionnaire.

C'est dire que nous ne participerons à aucune de ces rencontres, si à la mode en ce moment, que leurs tenants se retrouvent au restaurant parisien Ramulaud ou ailleurs, et qui ne sont destinés qu'à redonner une couleur vaguement rose à des anciens ministres blanchis aux postes ministériels sous Jospin. Oh, il en est aujourd'hui, de ces socialistes plus ou moins en rupture de ban, de ces Verts qui craignent d'être affaiblis dans les élections futures, de ces quelques pseudo-révolutionnaires égarés, qui voudraient bien se poser en alternative à gauche ! Il es vrai que le Parti socialiste dans son ensemble et la plupart de ses dirigeants en vue se sont tellement déconsidérés pendant les années Jospin que, pour nombre d'électeurs populaires, ils ressemblent comme deux gouttes d'eau aux politiciens de droite. Du coup, il y a un créneau pour ceux qui veulent participer à une entreprise de mystification et réhabiliter sous une autre étiquette une gauche en faillite.

Eh bien, les travailleurs n'ont pas plus à faire confiance à ceux qui se préparent à trahir leurs intérêts qu'à ceux qui les ont déjà trahis, d'autant moins que ce sont souvent les mêmes.

Et, quant à nous, nous ne participerons à aucune de ces tentatives qui se donnent en général pour objectif "un large rassemblement", même lorsqu'il tient dans l'arrière-salle d'un restaurant, et qui visent à recréer une gauche un peu plus présentable que celle qui a si ouvertement foulé aux pieds les intérêts du monde du travail.

Par-delà les épisodes électoraux qui viennent, il reste pour nous l'objectif fondamental qui est celui d'oeuvrer pour que renaisse un véritable parti communiste dans ce pays. Un parti communiste déterminé à défendre les intérêts politiques immédiats de la classe ouvrière face aux gouvernements qui, quelle que soit leur étiquette, sont toujours les conseils d'administration de la seule bourgeoisie. Un parti communiste qui retrouve l'objectif ambitieux qui a été celui du mouvement ouvrier révolutionnaire et qui était, et qui reste, le renversement de la domination bourgeoise sur le monde pour changer complètement les rapports sociaux et le fonctionnement de l'économie.

La défense des intérêts historiques de la classe ouvrière et la défense de ses intérêts immédiats sont de toute façon liées. En abandonnant la première, le Parti communiste a été tout naturellement amené à abandonner, aussi, la seconde, pour quelques places de ministre.

Tout dans l'actualité confirme le caractère néfaste de la domination de la bourgeoisie sur le monde, de la crise économique dont la société n'arrive pas à sortir aux guerres impérialistes menées en Afghanistan, en Irak, mais aussi en Côte-d'Ivoire ou, d'une autre manière, en Palestine. Sans même parler des autres guerres abjectes qui se mènent, celle que le pouvoir russe mène en Tchétchénie, avec la complicité des autres grandes puissances, ou celles qui se mènent en Afrique, du Libéria au Congo.

Oui, tout confirme que l'ordre social bourgeois est dans une impasse, qu'il ne fait pas progresser l'humanité mais qu'il la fait régresser : montée des idées réactionnaires et des comportements moyenâgeux, renaissance des fondamentalismes de toutes sortes et de l'ethnisme, dégâts parfois irréversibles causés à la nature par la course au profit de l'industrie capitaliste.

Ils sont de plus en plus nombreux, et heureusement, ceux qui dénoncent cet état de choses. Mais dénoncer ne suffit pas. Il faut préparer le renversement d'un ordre social dont la perpétuation est catastrophique pour l'humanité.

Et nous gardons la conviction que le prolétariat international est la seule force capable d'aller au-delà de la seule critique et de changer le monde.

Aussi peu nombreux que nous soyons par rapport à la tâche, c'est cela notre perspective et nous savons que cela va dans le sens de l'histoire.

Alors, camarades, bon courage pour les activités de l'année qui vient, pour les campagnes électorales, bien sûr, mais surtout pour tout le reste !

(Source http://www.lutte-ouvrière.org, le 6 octobre 2003)

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