Déclarations de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, sur le principe de laïcité, le dialogue entre les religions, le débat sur le projet d'une loi interdisant le port du voile islamique à l'école et les réactions dans le monde musulman, et sur la lutte contre le terrorisme, Le Caire le 30 décembre 2003. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclarations de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, sur le principe de laïcité, le dialogue entre les religions, le débat sur le projet d'une loi interdisant le port du voile islamique à l'école et les réactions dans le monde musulman, et sur la lutte contre le terrorisme, Le Caire le 30 décembre 2003.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales

Circonstances : Voyage officiel de Nicolas Sarkozy au Caire (Egypte) les 29 et 30 décembre 2003. Conférence de presse commune avec le grand imam d'al-Azhar, cheikh Mohamed Sayed Tantawi, interview à des radios et à France 2 le 30

ti : Si le grand Imam Mohamed Tantawi me le permet, je voudrais, à la suite de sa déclaration, faire deux remarques. D'abord je suis heureux de pouvoir m'entretenir avec Son Excellence le Dr Mohamed Tantawi qui dirige cette prestigieuse institution d'Al Azhar. J'ai beaucoup de respect pour la personne et pour le rôle que joue le grand Imam d'Al Azhar, ainsi que pour la sagesse dont il a toujours su faire preuve. Le dialogue entre les cultures et entre les religions est nécessaire. Je voudrais qu'il n'y ait pas d'ambiguïté entre nous. Nombre de nos compatriotes français sont musulmans. L'Islam de France est devenu, avec le temps, l'une des grandes religions pratiquées en France et je voudrais dire au grand Imam que pas une seule nation européenne n'a fait autant que la France pour garantir les libertés de pratique religieuse des musulmans de France.

Cela s'est traduit, au mois d'avril dernier, par la création du Conseil français du culte musulman. Ainsi, les musulmans de France, comme les catholiques de France, comme les protestants de France, comme les juifs de France, sont représentés par une institution, prennent la parole et se voient reconnaître les mêmes droits que les autres religions.

Oui, je l'affirme, les musulmans pratiquants de France ont les mêmes droits que les pratiquants et les fidèles de toutes les autres religions pratiquées en France. La France donne l'exemple du respect et de la considération pour une minorité religieuse. J'aimerais être certain que partout dans le monde toutes les minorités religieuses ont autant de droit que les musulmans de France en ont depuis que le Conseil français du culte musulman a été installé. Le président de la République l'a dit : "L'Islam est une religion de France et les musulmans de France doivent pouvoir prier et pratiquer comme toutes les autres religions".

Mais, amis de cette prestigieuse institution d'Al Azhar, il n'y a pas de droits sans devoirs. Si les musulmans de France ont les mêmes droits que les autres fidèles, ils ont les mêmes devoirs.

Nous sommes attachés en France à la laïcité. La laïcité, c'est la neutralité de l'enseignement public pour tout le monde. Il ne s'agit pas de désigner spécialement les musulmans. La laïcité s'applique aux catholiques, aux juifs, à tous les pratiquants. A l'école publique française on ne porte pas de signes ostensibles d'appartenance à une religion. Il ne faut pas y voir une humiliation à l'égard de qui que ce soit. Il ne faut pas y voir un manque de respect pour votre religion. Il faut que vous compreniez que la laïcité c'est notre tradition, c'est notre choix.

Et je veux remercier le grand Imam d'Al Azhar d'avoir indiqué que dans un pays laïc et non musulman, le devoir de chacun c'est de respecter la loi de ce pays. Et il peut être assuré que la contrepartie du respect de la loi du pays c'est la garantie pour les musulmans pratiquants de France qu'ils auront les même droits que les autres.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 31 décembre 2003)


Interview avec des radios

Q - Que retenez-vous de votre rencontre avec le Grand Imam ?

R - Le grand Imam d'Al Azhar, qui représente une autorité religieuse et morale incontestable, a indiqué qu'il y avait des règles qui se devaient d'être différentes entre les pays musulmans et les pays non musulmans. Il a dit, sans aucune ambiguïté et avec beaucoup de force, que dans les pays non musulmans s'il y avait une loi qui prohibait le port du voile de façon ostensible, eh bien il fallait respecter cette loi, que les musulmans se trouvaient alors en état de nécessité et donc qu'ils n'étaient pas obligés de se conformer à une obligation religieuse du port du voile. C'est donc une confirmation de la position française dont le président de la République a rappelé à de nombreuses reprises qu'elle n'était nullement une décision contre les musulmans de France.

Q - Vous pensez que cette prise de position très claire du cheikh d'Al Azhar peut apaiser le débat sur la question du voile en France et dans le monde musulman en général ?

R - Je ne pense pas qu'elle va refermer le débat, bien sûr, mais je crois en tout cas que, de la part d'une des plus hautes autorités de l'Islam dans le monde, c'est une prise de position qui est de nature à faire réfléchir et à apaiser les tensions. Cette haute autorité religieuse a dit clairement aux musulmans de France : vous n'êtes pas obligés de porter le voile pour des raisons religieuses dans un pays non musulman. La France n'est pas un pays musulman, la France a une tradition laïque, la France reconnaît à chacun le droit de vivre sa religion, la France reconnaît des droits aux musulmans comme à tous les autres fidèles et pratiquants, mais l'obligation religieuse de porter le voile est une obligation qui n'existe pas dans les pays non musulmans et celui qui l'a dit fait référence dans le monde musulman.

Q - Excusez-moi de parler de votre rencontre aujourd'hui avec votre homologue égyptien, vous avez signé un accord et vous avez parlé beaucoup du terrorisme.

R - Enfin, j'ai parlé beaucoup de terrorisme aujourd'hui, j'ai parlé de lutte contre le terrorisme avec le ministre de l'Intérieur égyptien, avec le ministre des Affaires étrangères et avec le chef des services égyptiens. L'Egypte a connu dans les années 1990 des événements terroristes extrêmement graves et il faut reconnaître que depuis six ans maintenant, l'Egypte, grâce à la politique qu'elle a mise en ¿uvre, n'a plus connu d'événements terroristes de cette nature. Nous avons à échanger des renseignements opérationnels et c'est la raison pour laquelle j'étais accompagné du directeur général de la police nationale, M. Michel Gaudin et du directeur de la DST, M. Pierre de Bousquet de Florian, car notre intention c'est de renforcer nos liens afin d'être plus efficaces dans la lutte contre le terrorisme.

Q - Est-ce que vous avez un commentaire à faire sur la volonté de l'administration américaine d'avoir des hommes armés dans les avions de ligne ?

R - Nous avons reçu des demandes des Etats-Unis. J'ai noté l'appréciation très positive des Etats-Unis sur la réaction du gouvernement français s'agissant des mesures de sécurité dans nos avions. Pour autant, et chacun le comprendra ici, je ne peux dévoiler ni le calendrier ni le contenu exact du plan de sécurité renforcé que nous avons instauré dans nos aéroports et dans nos avions.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 5 janvier 2004)


Interview avec France 2

Q - Monsieur le Ministre, la décision française d'interdire le port du voile dans les écoles publiques a suscité pas mal de réactions dans le monde arabe. Alors qu'est-ce que vous êtes venus chercher chez le cheikh Tantawi à Al Azhar ?

R - D'abord je suis venu expliquer pour qu'il n'y ait aucun malentendu. La décision qui a été prise d'interdire le port du voile de façon ostensible par le président de la République, n'est pas une décision contre les musulmans, ce n'est pas une décision contre l'Islam. C'est une décision pour que soit respectée la tradition de laïcité à la française. J'ai rencontré la plus haute autorité de l'Islam sunnite qui a dit avec beaucoup de force et sans aucune ambiguïté, c'était je crois très important, que dans les pays non musulmans, la France est un pays non musulman, les femmes musulmanes n'étaient pas obligées de porter le voile pour des raisons religieuses. C'est une prise de position capitale qui va permettre d'apaiser les choses et de faire comprendre à chacun que la République française veut reconnaître des droits pour les musulmans pratiquants et que ceux-ci sont soumis aux mêmes devoirs que les autres. La tradition de la laïcité va donc trouver et permettre cet équilibre que nous cherchons tous.

Q - En posant des questions autour de nous au Caire et ailleurs, on a l'impression que les gens dans les pays musulmans ne comprennent pas exactement cette mesure. On a l'impression que c'est le voile qui est interdit dans son ensemble, est-ce que là, il n'y a pas un problème de communication ?

R - Bien sûr, et c'est bien pourquoi je suis ici aujourd'hui, dans un pays musulman où quasiment toutes les femmes ou presque portent le voile. Dans la grande université de l'Islam sunnite, auprès de la grande autorité religieuse, j'ai expliqué la position française, j'ai défendu cette position française et je crois que la décision qu'a prise le grand Imam de dire aux musulmans de France : "dans un pays non musulman, vous devez respecter la loi du pays où vous résidez et vous n'êtes pas obligés de porter le voile", je crois que c'est une prise de position qui fera date.

Q - Il y a également ici des controverses au sein même de l'establishment de la direction religieuse de ce pays, par exemple le mufti d'Egypte a envoyé une fatwa à une jeune musulmane de France lui disant que le prophète affirme qu'il faut porter le voile. Alors est-ce qu'il n'y a pas ici un problème entre deux conceptions de l'islam ?

R - Vous avez tout à fait raison, il y a débat là aussi. Mais qu'est ce que nous cherchons nous-mêmes ? A promouvoir un Islam de France, un Islam modéré. Eh bien ce débat entre les plus modérés et les plus conservateurs, mais il existe aussi en Egypte ou ailleurs et notre choix, le choix de la République française, c'est de poursuivre le dialogue, le dialogue entre les religions qui est absolument nécessaire pour se comprendre et éviter les chocs de civilisations et de le poursuivre avec les plus modérés. Alors vous savez je ne me fais pas d'illusions. En Egypte ou ailleurs, il y a des gens qui sont plus conservateurs ou plus intégristes, et moi j'ai choisi de parler avec les plus modérés.

Q - Les avions : la plupart des syndicats de pilotes pratiquement, de la Finlande jusqu'à l'Italie, refusent le principe de vigiles, de policiers armés dans les avions. Quelle est votre position de ce point de vue ?

R - Nous avons reçu une demande du gouvernement américain qui était inquiet sur un certain nombre de lignes. Nous avons pris un certain nombre de mesures pour faire face à cette inquiétude et appliquer le principe de précaution car nous devons la sécurité à tous ceux qui empruntent les avions à partir de France. Cette décision était prise en accord avec les autorités américaines. J'ai noté d'ailleurs le satisfecit des autorités américaines aux autorités françaises, indiquant que nous avions fait un bon travail pour garantir la sécurité des vols. C'est une satisfaction. Maintenant est-ce qu'on va continuer ? Comment cela va se dérouler ? Vous comprendrez bien que ce n'est pas le rôle du ministre de l'Intérieur de la France que d'indiquer à tous ceux qui pourraient avoir des arrière-pensées le calendrier et les modalités d'un plan de sécurité renforcé que nous avons mis en place.

Q - Donc, les syndicats des pilotes n'auront pas d'autre choix que de s'incliner devant ces décisions françaises et américaines ?

R - Ma priorité c'est d'abord la sécurité. Je ne veux créer aucune polémique en la matière. Je dis simplement que nous avons été amenés à prendre certaines mesures et que je n'ai pas l'intention d'indiquer ni le calendrier ni les modalités qui permettront soit de renforcer ces mesures, soit de les alléger. Après tout, le caractère aléatoire permettra de faire réfléchir un certain nombre de gens qui pourraient avoir de mauvaises pensées.

Merci.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 5 janvier 2004)

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