Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, dans "L'Information agricole" de novembre 2003, sur la démocratie sociale, le dialogue social et la négociation, le syndicalisme de réforme et l'implantation de la CFDT dans le secteur agro alimentaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, dans "L'Information agricole" de novembre 2003, sur la démocratie sociale, le dialogue social et la négociation, le syndicalisme de réforme et l'implantation de la CFDT dans le secteur agro alimentaire.

Personnalité, fonction : CHEREQUE François, CHANSIAUX Michel.

FRANCE. CFDT, secrétaire général

ti : L'Information agricole - Quel modèle de démocratie sociale la CFDT veut-elle défendre pour les années à venir ?

François CHEREQUE - Notre objectif, c'est de développer le dialogue social pour réussir les réformes a engager. Concrètement, nous réclamons que les partenaires sociaux puissent négocier sur tous les sujets sociaux avant que le gouvernement ne légifère, comme c'est le cas dans beaucoup de pays européens. Ensuite, nous voulons que les salariés puissent choisir régulièrement les syndicats qui négocient en leur nom, grâce à une élection de représentativité organisée dans chaque branche professionnelle. Enfin, nous proposons le principe de l'accord majoritaire dans les entreprises, mais aussi dans les branches professionnelles. Signés par des syndicats représentant une majorité de salariés, les accords ne seraient plus contestés. Cette proposition a une autre vertu : elle ferait passer notre démocratie sociale d'une logique d'opposition à une logique d'engagement des organisations syndicales. Car sans majorité, il n'y aurait pas d'accord. Cela encourage la coopération, la prise de responsabilité et la recherche du résultat. Dans sa réforme, le ministre François Fillon reprend le critère majoritaire dans les entreprises, c'est un premier pas.

I. A. - Quelle place accordez-vous aux corps intermédiaires ?

F. C. - Depuis le 21 avril, chacun est conscient qu'il existe un déficit de démocratie dans notre pays ou du tout du moins des interrogations fortes de nos concitoyens sur la légitimité des acteurs politiques mais aussi syndicaux. Tout ce qui pourra revaloriser les lieux de débat et de représentation est bon à prendre. Nous avons tout intérêt à renforcer les corps intermédiaires et les institutions comme les représentations consulaires, qui doivent être revitalisées, ou encore les Tribunaux de commerce. Il faut encourager ceux qui s'y engagent. La politique a tout à y gagner. Car la faiblesse des corps constitués ouvre la porte à des mouvements plus radicaux, plus contestataires. Leur seul mérite est de poser les problèmes. Rarement correctement. De les résoudre, jamais !

I. A. - L'Europe se construit et s'élargit, comment votre centrale s'adapte t-elle à cette nouvelle réalité ?

F. C. - Nous avons encore un travail important pour renforcer le syndicalisme au niveau européen, au sein d'une institution créée il y a une vingtaine d'années, la Confédération européenne des syndicats (CES). Elle regroupe pratiquement 80 % des salariés en Europe. En France les principaux syndicats, dont la CFDT, y adhèrent. Cette structure confédérale nous donne pleine satisfaction, et souvent il est plus facile de trouver un accord en son sein, qu'au niveau hexagonal ! La réalité syndicale européenne existe donc, les propositions de la CES sont reconnues et de plus en plus entendues. Nos moyens d'agir seront renforcés si la Charte des droits sociaux adoptée à Nice est intégrée à la future constitution européenne, comme le propose le projet élaboré par la Convention. Il faut même aller plus loin pour développer le dialogue social européen. C'est pour cette raison que la CES a manifesté le 4 octobre à Rome, lors de la réunion des chefs d'Etat. Nous exigeons aussi une politique de plein emploi coordonnée au niveau des pays européens, car c'est le problème social " numéro un " en ce moment. Il ne se passe pas une année sans une grande manifestation syndicale européenne. Le syndicalisme européen est une réalité, à nous de lui donner plus de sens. Dans les entreprises, la dimension européenne est de plus en plus présente, ne prenons que deux exemples, celui d'Alstom qui compte plus de salariés à l'étranger qu'en France et celui de la nouvelle entité Air France - KLM.

I. A. - Comment appréhendez-vous la réalité de la mondialisation qui se fait également jour dans les entreprises ?

F. C. - La CFDT est engagée dans la CISL (Confédération internationale des syndicats libres) qui est la plus grande force syndicale au monde par le nombre d'adhérents. Nous avons donc le moyen d'intervenir. Par exemple à Cancún, la CFDT a participé à la Conférence de l'OMC dans le cadre de cette organisation. Bien entendu, à cette échelle, c'est plus difficile de trouver des positions consensuelles, mais la mondialisation nous oblige à trouver des plates-formes communes. D'autre part, la place prise par les ONG dans le débat mondial oblige les syndicats à être plus visibles et efficaces sur ces questions. La deuxième piste de travail que nous avons au niveau mondial, ce sont les Comités de groupe des multinationales, dans lesquels nous agissons pour faire évoluer le droit social et les normes environnementales, dans tous les pays où ces entreprises sont implantées.

I. A. - Quelle approche avez-vous du milieu rural et que préconisez-vous pour son maintien ?

F. C. - Il est nécessaire de maintenir et de développer des industries agroalimentaires dans le milieu rural. Mais également de développer d'autres types d'emplois dans les campagnes. Il y a plusieurs pistes à développer. D'une part, il faut encourager les associations inter-entreprises ou groupements d'employeurs pour favoriser la pluri-activité. D'autre part, il faut améliorer l'emploi saisonnier. Un accord a été signé en 2002 mais il doit être complété dans plusieurs directions. Tout d'abord le logement, en facilitant l'accès au 1 % logement dans l'agriculture ; n'oublions pas que les saisonniers, ce sont en quelque sorte des intermittents ! En second lieu, la création d'une caisse de congés payés est nécessaire, tout comme le développement de la prévoyance collective. 850 000 personnes sont concernées ! Une troisième orientation : favoriser les emplois de proximité et d'aide à la personne, notamment en direction des personnes âgées. Enfin, il faut mettre en place des aides à l'installation des médecins et des professions médicales en milieu rural.

I. A. - Votre syndicat est le leader dans les industries agroalimentaires et le mieux représenté dans les sections agriculture des prud'hommes. Quelles sont vos relations avec ces partenaires ?

F. C. - Dans l'industrie agroalimentaire, comme partout, nous insistons sur le renforcement du droit d'alerte des syndicats ; il faut anticiper les restructurations sans attendre qu'il soit trop tard. Par exemple, comment ne pas penser, après la canicule de cet été, à ses répercussions dans les secteurs de la volaille ou des fruits et légumes ? La formation des personnels, ainsi que les soutiens à la reconversion, doivent être renforcés. Enfin, certaines conditions de travail, particulièrement éprouvantes, comme dans les abattoirs, sont une spécificité de cette filière. Si on veut revaloriser ces professions et attirer des jeunes, on ne peut pas faire abstraction de ce débat. Quant aux relations avec la FNSEA, elles sont anciennes, les deux syndicats ont été fondés sur des valeurs communes, celles des chrétiens sociaux. Cela n'empêche pas les débats contradictoires et nous nous félicitons que la FNSEA assume son rôle de partenaire social, dans la négociation. D'autres syndicats agricoles le fuient et nous le déplorons !

I. A. - Asseco est l'association de représentation des consommateurs de la CFDT, quelle position adopte-t-elle vis à vis des OGM ?

F. C. - Nous soutenons l'idée d'un développement durable fondé sur le social, l'économique et l'environnement. Concernant les OGM, nous pensons qu'il faut poursuivre les recherches, notamment les recherches publiques. Nous défendons le principe de précaution et nous sommes pour l'instant opposés à leur vente libre, tant que leur innocuité sur l'environnement et la santé n'a pas été démontrée. Pour ce faire, il faut expérimenter. Nous condamnons donc les opérations de destruction et d'arrachage des essais. S'il s'avère que les OGM ne présentent pas de risques, pourquoi laisser leur bénéfice aux Etats-Unis ?


Propos recueillis par Michel CHANSIAUX


(source http://www.fnsea.fr, le 2 janvier 2004)

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