Interview de Mme Annick Lepetit, porte-parole du PS, à "France 2" le 19 décembre 2003 sur le projet de loi sur les signes religieux visibles et ostensibles, sur les problèmes de l'école et sur la candidature de Jean-Paul Huchon aux élections régionales en Ile-de-France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Annick Lepetit, porte-parole du PS, à "France 2" le 19 décembre 2003 sur le projet de loi sur les signes religieux visibles et ostensibles, sur les problèmes de l'école et sur la candidature de Jean-Paul Huchon aux élections régionales en Ile-de-France.

Personnalité, fonction : LEPETIT Annick, LABORDE Françoise.

FRANCE. PS, porte-parole

ti :

F. Laborde-. Avec A. Lepetit, nous allons revenir ce matin sur l'actualité qui a marqué les jours précédents et qui marquera sans doute les semaines qui viennent, avec d'abord le débat sur la laïcité, débat qui a été en quelque sorte lancé par le Président de la République, qui annonce un projet de loi. Donc, c'est à vous maintenant, les députés, de mettre tout ça en forme. Ça veut dire que c'est un travail qui va demander encore quelques mois ?

- "Il semblerait que le Premier ministre nous fasse cette proposition de loi en début 2004, il faut trouver, j'imagine, le calendrier parlementaire, mais effectivement ce sont les députés qui décident de voter ou pas une loi. Le Président de la République a repris des propositions du rapport Stasi et maintenant ce n'est pas terminé, il reste bien au contraire un grand débat à avoir autour de la proposition que nous fera le gouvernement."

Les députés qui ont déjà travaillé d'ailleurs avec J.-L. Debré, qui avait lui-même créé une structure d'auditions sur la laïcité.

- "Oui, il y a eu plusieurs travaux, un conduit par le président de l'Assemblée nationale, d'autres travaux conduits par la Commission Stasi. C'est un sujet effectivement extrêmement médiatique. La proposition de loi concerne les signes religieux, les signes visibles ou ostensibles, enfin bref, je crois que tout le monde a compris. Ce qui était intéressant, je trouve, dans les propositions de la Commission Stasi, c'est qu'il y avait autour une approche globale concernant la laïcité et il semblerait que là tout n'ait pas été repris. "

Vous pensez à quoi par exemple quand vous dites ça ?

- "Je pense que le Président de la République, hier, a eu de très belles phrases, de grands principes. Ce que je constate après un peu plus de 18 mois du gouvernement de J.-P. Raffarin, c'est que concrètement, dans les quartiers, il ne se passe rien ou plutôt nous sommes en régression. Moi je crois que si nous voulons vraiment une égalité des chances - c'est une belle phrase, le Président de la République l'a dit - tant mieux, sauf que concrètement ce n'est pas du tout ce qui se passe. On voit que, on vient de voter le budget à l'Assemblée nationale, on voit bien que tout ce qui prépare l'avenir - je pense à la Recherche, je pense à l'Education nationale, tout ce qui est le quotidien, je pense à l'emploi, au logement - est en régression, ce sont des budgets qui sont en régression. Donc si on veut vraiment qu'il y ait une intégration, si on veut vraiment que, je pense notamment aux jeunes issus de l'immigration se sentent inclus dans la société française, dans ce pays, eh bien il faut qu'ils puissent se loger, il faut qu'ils puissent travailler, comme d'ailleurs tant d'autres, et malheureusement ce n'est pas du tout ce qu'on voit, on voit plutôt la courbe du chômage qui augmente."

Dans les propositions que J. Chirac n'a pas retenues, qu'est-ce que vous regrettez ? Vous regrettez par exemple les jours fériés accordés pour l'Aïd ou Kippour, comme la Commission Stasi l'avait préconisé ?

- "Ce que je regrette, c'est qu'on a l'impression, c'est vrai, de stigmatiser une religion plutôt qu'une autre, or je crois que l'idée c'est effectivement de faire en sorte que la religion et le politique soit séparés, il existe une loi en France qui date de 1905 et qui est toujours en application. Il semblerait que depuis une dizaine ou douzaine d'années, notamment dans les établissements scolaires, mais pas seulement, puisqu'on parle également de l'hôpital, par exemple, il y ait confrontation avec des signes religieux, on pense effectivement au port du voile, moi je crois que¿ ce n'est pas cette loi, même s'il en faut une, qui va régler le problème. Moi je pense qu'il faut avoir une approche globale."

Alors ça veut dire quoi ? Qu'il faut donner d'autres perspectives ? Qu'il ne faut pas être en négatif mais plutôt en positif, il faut dire " aimez la République ", " rassemblez-vous autour de la République " ?

- "Il ne faut pas, en tout cas c'est ma conception, que la religion remplace la politique, la politique au sens noble du terme. Et la politique au sens noble du terme, elle peut être comprise dès lors que tout le monde a sa place. Et pas seulement d'ailleurs les Français issus de l'immigration, je pense à d'autres."

A.Lepetit, est-ce que la gauche n'a pas une part de responsabilité là-dedans ? Est-ce qu'il n'y a pas eu un moment où justement l'idée de " Nation ", avec ce que ça pouvait avoir de positif, n'a pas été pris en compte par la gauche parce que c'était trop, si je puis dire, le terrain du Front national, à un moment donné ?

- "Nous avons tous une part de responsabilité, je le disais tout à l'heure. Je crois que la France et la laïcité se côtoient depuis fort longtemps. Nous sommes confrontés depuis quelques années à ce type de problèmes. Mais encore une fois, ce que je veux dire, c'est que, pour reprendre cette idée de loi, elle sera faite, j'imagine, pour donner un cadre aux chefs d'établissements. Ce qui compte avant tout c'est le dialogue. On voit bien d'ailleurs que ce dialogue existe, il y a eu beaucoup de prises de décisions à l'issue de dialogues au niveau des enseignants, des chefs d'établissements, des parents d'élèves, et puis certaines décisions ont été remises en cause. Donc c'est vrai qu'il faut un cadre, mais rien n'empêchera le dialogue. Deuxièmement, au moment où il y a un débat initié par le gouvernement autour de l'école, un débat un peu tronqué puisqu'il doit être terminé mi janvier, on sent bien qu'il y a des tas de problèmes autour de l'école, autour des collèges, qui ne sont pas réglés et qui ne seront pas réglés uniquement par le biais de cette proposition de loi. Donc ce que je veux dire, c'est qu'il ne faudrait pas que ce soit l'arbre qui cache la forêt. Il y a des sujets extrêmement importants qui sont vécus au quotidien par beaucoup de Français, par beaucoup d'entre nous et qui ne sont absolument pas réglés, ni par le discours du Président de la République, qui est très loin de la pratique quotidienne de la politique de ce gouvernement, ni par ce qui se prépare après les régionales."

Justement, vous parlez des régionales, J.-P. Huchon est candidat, si je puis dire, à sa propre succession, mais mauvaise surprise si je puis dire, le Parti communiste décide de faire une liste à part. C'est embêtant quand même pour le PS.

- "C'est ce qui se passe en Ile-de-France, c'est vrai, même s'il y a d'autres régions où l'ensemble des partis de gauche partent ensemble dès le premier tour. Pour ce qui nous concerne, les socialistes, ça fait de longs mois que nous souhaitons faire l'union dès le premier tour, pourquoi ? Tout simplement parce que dans certaines régions - c'est le cas en Ile-de-France, c'est le cas aussi en région PACA - nous gouvernons ensemble ces régions et il est logique de pouvoir proposer un programme ensemble à nos concitoyens."

Et puis le Front national peut faire des scores importants, en Ile-de-France comme en région PACA.

- "Le Front national peut faire des scores importants. Ce n'est pas en l'espace de 18 mois, compte tenu de la politique de ce gouvernement, que tout à coup le Front national va s'effondrer. Il faut que nous puissions le combattre sur le plan des idées, ça c'est à mon avis la première chose que nous devons faire. D'autre part, il faut que nous soyons unis. C'est vrai que je regrette que le Parti communiste en Ile-de-France parte séparé. Encore une fois, dans la majorité des régions, nous partons ensemble, et puis surtout ce qui compte, nous allons d'ailleurs proposer cela aux Français au mois de janvier, ce qui compte c'est un programme, c'est une politique, ce sont des propositions communes à offrir à nos concitoyens au sein des régions."

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 19 décembre 2003)

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