Interview de M. François Hollande, premier secrétaire du PS, à l'émission "Question ouverte" sur France 2 le 18 décembre 2003, sur le discours de Jacques Chirac sur la laïcité et l'intégration et l'annonce d'un projet de loi sur ce sujet, et sur le rejet par le Conseil européen du projet de constitution européenne, et la baisse de popularité dans les sondages du gouvernement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Hollande, premier secrétaire du PS, à l'émission "Question ouverte" sur France 2 le 18 décembre 2003, sur le discours de Jacques Chirac sur la laïcité et l'intégration et l'annonce d'un projet de loi sur ce sujet, et sur le rejet par le Conseil européen du projet de constitution européenne, et la baisse de popularité dans les sondages du gouvernement.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François, DUHAMEL Alain.

FRANCE. PS, premier secrétaire

ti : ALAIN DUHAMEL
Bonsoir, François HOLLANDE bonsoir.

FRANÇOIS HOLLANDE
Bonsoir.

ALAIN DUHAMEL
Lorsque la commission STASI sur la laïcité a rendu publiques ses conclusions il y a quelques jours, vous avez globalement approuvé. Jacques CHIRAC a prononcé hier un discours très important sur le même sujet, la laïcité, l'intégration et en s'inspirant des conclusions de la Commission STASI, est-ce que vous approuvez ?

FRANÇOIS HOLLANDE
Sur les grands principes je pense qu'il est normal, il est même bon que tous les Français se retrouvent sur ce que l'on appelle la laïcité et ce qu'elle doit être : un ensemble de droits et aussi de devoirs, dans la société d'aujourd'hui. Sur la loi, puisqu'il a été beaucoup question de cela, la loi sur les signes religieux. Oui, je me retrouve sur la proposition que faisait le rapport STASI, à la condition que la loi soit claire, parce que, si elle doit donner lieu encore à débat, à interprétation, à application différente sur le territoire, alors nous aurons beaucoup parlé, beaucoup discuté et finalement rien réglé. Donc¿

ALAIN DUHAMEL
Si elle est claire, vous votez ?

FRANÇOIS HOLLANDE
Que cette loi soit écrite en des termes simples, pratiques et applicables par tous.

ALAIN DUHAMEL
Si elle est claire, vous la votez ?

FRANÇOIS HOLLANDE
Si elle est claire, si elle est simple, si elle est pratique, je la vote.

ALAIN DUHAMEL
Est-ce que vous regrettez que finalement on ait renoncé à l'idée de deux jours fériés pour honorer le judaïsme et l'islam ?

FRANÇOIS HOLLANDE
Je sais que l'idée n'était pas populaire, y compris au sein du gouvernement, mais pas populaire non plus parce qu'elle n'était pas forcément comprise, elle ne me choquait pas. Parce que je trouvais normal que, dès lors qu'il y a des fêtes religieuses il y en ait pour toutes les religions, c'est aussi cela la laïcité, c'est le respect de toutes les religions, mais la neutralité entre les religions. Donc, l'idée ne me choquait pas. Mais je trouve qu'on peut très bien y répondre par des autorisations d'absence, des règlements intérieurs dans les établissements. Donc, je trouve qu'on trouvera la solution, là, sans passer par la loi.

ALAIN DUHAMEL
Quand vous entendez des représentants du gouvernement américain qui s'inquiètent pour la liberté religieuse en France à la suite du discours de Jacques CHIRAC, quelle est votre réaction ?

FRANÇOIS HOLLANDE
Je pense que ce n'est pas sans lien avec ce qui s'est produit au moment du déclenchement de la guerre en Irak, mais c'est peut-être plus intéressant que cela. Nous avons deux modèles différents. Il y a le modèle anglo-saxon américain, qui est de tolérer toutes les communautés et d'accepter tous les modes de vie. Et puis, il y a la France, qui n'est d'ailleurs pas seule en Europe mais qui est d'un certain point de vue, un modèle. Ce modèle c'est celui, justement, de la République et de la laïcité, c'est de respecter la liberté de conscience, chacun peut penser ce qu'il veut, croire ou ne pas croire, mais d'avoir des règles qui soient respectées par tous. Et je pense que c'est le grand défi pour les années qui viennent. Est-ce que cette laïcité est simplement formelle, des lois qui doivent s'appliquer, ou est-ce que c'est le principe d'égalité dans la République. Et je vais vous dire le point de vue qui est le mien, je pense que c'est le défi majeur pour la société française, dans les dix prochaines années. Au-delà des lois que l'on peut voter, est-ce qu'on est capable d'avoir véritablement une lutte contre toutes les discriminations ? Est-ce qu'on est capable de donner à chaque jeune et puis aussi à chaque citoyen, les mêmes droits et les mêmes devoirs ? Est-ce qu'on est prêt, et ça il ne s'agit pas simplement de déclaration d'intention ou de propos de circonstance, ou même de discours, là il s'agit d'acte. Est-ce qu'on est prêt à lutter mais à lutter vraiment contre tous les ghettos, contre toutes les ségrégations, et il y en a beaucoup, et est-ce qu'on est prêt à faire l'égalité sociale ? En matière de logement, en matière d'éducation, en matière d'emploi. Et si on fait ces choix-là, alors, il ne s'agit plus simplement de légiférer, il s'agit d'avoir une grande politique, une volonté, une mobilisation. Et je pense que pour le Parti que je représente, c'est le grand enjeu, la grande priorité. C'est peut-être ce que nous n'avons pas suffisamment fait, nous avons fait des choses sur l'emploi, sur le logement, jamais en cohérent... Là, il s'agit de donner à chacun l'égalité, la vraie.

ALAIN DUHAMEL
Brièvement, vous pensez que l'ensemble des dispositions qui ont été annoncées est susceptible de réduire les antagonismes entre, par exemple, la communauté musulmane et la communauté juive française ?

FRANÇOIS HOLLANDE
Il faudra faire effort et là aussi ça passe d'abord par une mobilisation civique, une vigilance. On ne peut pas accepter l'antisémitisme, jamais ! Mais on ne peut pas accepter non plus la discrimination qui se fait tous les jours par rapport à certains jeunes ou moins jeunes de telle ou telle religion ou de telle ou telle origine. Mais je vous le dis, si c'est simplement un problème de mode de vie, nous n'y arriverons que par une politique d'ensemble, une politique de l'urbanisme, une politique de l'éducation, une politique de l'emploi.

ALAIN DUHAMEL
Alors, sur un autre sujet, il y a eu ce Conseil européen qui voulait adopter, qui était censé adopter une Constitution européenne. Ca a échoué. Jacques CHIRAC a dit, après : çà n'est pas une crise avec un grand " C ". Est-ce que vous êtes d'accord ?

FRANÇOIS HOLLANDE
Si c'est une crise et une crise majeure. Je pense que le président de la République a tort de la sous-estimée. Peut-être parce qu'il en est, pour partie, responsable. C'est vrai que le rôle de la France aurait été de favoriser l'accord. Etait-on le mieux placé pour le faire, lorsqu'on avait foulé au pied des engagements européens qui comptaient pour tous les pays et, notamment, pour ceux qui avaient fait l'effort budgétaire.

ALAIN DUHAMEL
Là vous pensez au pacte de stabilité ?

FRANÇOIS HOLLANDE
Au pacte de stabilité. Et puis aussi, cette conception du couple franco-allemand, nécessaire, indispensable mais qui ne peut pas être vécue comme une manière d'imposer aux autres, notre vision.

ALAIN DUHAMEL
Mais en même temps, il ne fallait pas édulcorer la Constitution ?

FRANÇOIS HOLLANDE
Surtout pas signer un mauvais accord. Mais il faut reconnaître aujourd'hui, la crise, le fait qu'elle est majeure, parce quelle est la conséquence du fait qu'il n'y a pas aujourd'hui de constitution ? C'est qu'on a l'élargissement, il se fait, il va arriver le 1er mai. Mais on n'a pas le cadre, le fonctionnement, les institutions, donc on a le risque d'une Europe qui n'avance plus. Alors comment il faut faire, parce que maintenant¿

ALAIN DUHAMEL
Alors comment est-ce qu'on en sort ?

FRANÇOIS HOLLANDE
Parce que maintenant il faut prendre des initiatives.

ALAIN DUHAMEL
Là, on est dans une situation théoriquement bloquée. Comment est-ce qu'on en sort ?

FRANÇOIS HOLLANDE
Je crois que l'erreur ce serait d'aller très vite, trop vite, de boucler un mauvais compromis. L'autre erreur, ce serait de considérer qu'on a tout le temps. Moi je vais suggérer une proposition. D'abord, il faut que de nouveaux nous affirmions le besoin d'une Constitution et pas d'une avant-garde simplement, d'une Constitution. Et deuxièmement, il va y avoir des élections européennes, là, au mois de juin, ces élections européennes doivent être utiles. Il faut que les Européens puissent à l'occasion de ces élections, se prononcer sur les différents projets constitutionnels. Et les socialistes européens, pas simplement les socialistes français, les socialistes européens doivent prendre position et dire : si nous sommes élus au Parlement européen, si nous pouvons peser, voilà les points essentiels pour nous en terme d'institution mais aussi de cohésion de l'Europe. Et je suggère que tous les partis le fassent parce que c'est peut-être, finalement le référendum qui n'aura pas lieu, qui peut se faire à l'occasion des élections européennes.

ALAIN DUHAMEL
Certains de vos camarades de partis, l'aide gauche du PS, qui n'a pas été la plus européenne récemment, mais aussi quelqu'un comme Dominique STRAUSS-KAHN qui lui se présente comme un Européen positif, considèrent que pour s'en sortir, maintenant, à propos de cette Constitution européenne, il faudrait qu'il y ait une Constituante, comme au moment de la Révolution. Que ce soit une assemblée parlementaire élue qui élabore une Constitution. Ca vous paraît réaliste, cela ?

FRANÇOIS HOLLANDE
Il faut se méfier des formules rapides ou des slogans parce que, ce qui compte, c'est quand même de proposer quelque chose qui puisse être acceptée par tous. Mais, l'idée que je viens d'émettre, que les électeurs qui vont se prononcer puissent le faire en toutes connaissances de cause, sur la future Constitution européenne, au moment des élections européennes, ça, ça me paraît être possible. L'autre idée, c'est que le Parlement européen, dans la phase qui va suivre, doit, lui, délibérer aussi, de la Constitution. On a vu que les gouvernements n'y parvenaient pas, je pense que le Parlement européen peut être utile.

ALAIN DUHAMEL
Rapidement, l'image du gouvernement s'est dégradée, et apparemment, dans les sondages en tout cas, le Parti socialiste n'en bénéficie pas du tout. Comment est-ce que vous expliquez cette opposition ?

FRANÇOIS HOLLANDE
Pas encore, devrais-je dire...

ALAIN DUHAMEL
Non, mais dans les chiffres qu'on a, ils sont peut-être faux...

FRANÇOIS HOLLANDE
Mais parce que, tant qu'il n'y aura pas une élection, tant qu'il n'y aura pas eu une vérification devant le suffrage de ce que représente aujourd'hui le gouvernement, la majorité, il est impopulaire, mais on verra bien, et ce que représente la gauche, nous serons toujours dans l'expectative. Par ailleurs, moi je n'oublie pas ce qui s'est passé le 21 avril, la crise profonde, qui n'est pas terminée. Parce qu'on aurait tort de sous-estimer, je vois que beaucoup réfléchissent à 2007, moi j'ai encore à tirer toutes les leçons de ce qui s'est passé, que les électeurs nous ont données en 2002. Alors, je viens sur ce que doit faire le Parti socialiste. Ce n'est pas simplement d'appeler à la sanction. Bien sûr que nous aurons à donner notre sentiment sur le gouvernement lors des élections régionales de 2003. Moi, je propose que les socialistes et la gauche puissent être utiles aux Français dès 2004...

ALAIN DUHAMEL
C'est-à-dire, en un mot ?

FRANÇOIS HOLLANDE
C'est-à-dire dès les élections, de proposer un contrat où on voit pour les élections régionales ce que l'on pourrait faire dans chaque région, sur l'emploi. Je vais prendre quelques exemples : emploi¿

ALAIN DUHAMEL
Non, non, un seul, un seul...

FRANÇOIS HOLLANDE
Emploi : est-ce qu'on ne pourrait pas donner, justement, ces emplois jeunes qui ont été supprimés par la droite, des emplois jeunes dans toutes les associations, dans les régions où nous serions en responsabilité. Etre concrets, précis et efficaces.

ALAIN DUHAMEL
Alors, dernière question, personnelle. Tout le monde reconnaît votre vivacité, d'ailleurs on vient de le voir encore, on dit que vous êtes subtil etc... on dit que vous manquez d'autorité. Apparemment, les Français aussi pensent cela ?

FRANÇOIS HOLLANDE
Eh bien je vais leur montrer que j'ai au moins de la méthode. Que pour moi, l'autorité c'est de procéder étape par étape. Je m'occupe pour l'instant du collectif et je ne me préoccupe pas encore de moi-même, parce que, moi-même est moins important que le collectif. Et donc, moi, ma méthode, c'est rassembler les socialistes, j'y suis arrivé, de rassembler la gauche et de convaincre les Français. Après on verra si j'ai l'autorité pour cela.

ALAIN DUHAMEL
Merci François HOLLANDE.


(source http://www.parti-socialiste.fr, le 19 décembre 2003)

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